« Istanbul » d’Orhan Pamuk

Je ne prétends pas être autre chose qu’un beauf, moi, qu’il n’y ait pas d’ambigüité entre nous. J’ai emporté Orham Pamuk dans mes bagages, écrivain turc, prix Nobel de littérature 2006. De plus, comme je suis un touriste avec de petites attentes, j’ai emporté Istanbul, Memories and the City, qu’il a publié un an avant de recevoir le Nobel.
Si aucune page de ce livre n’est géniale, le livre dans son ensemble se lit merveilleusement bien, en particulier à Istanbul (cela dit sans vouloir frimer, c’est juste une évidence). Ulysse par exemple, se lit moins bien à Dublin, je pense, car au fond, peu de choses sont dites sur Dublin dans Ulysse.

Or, j’ai lu quelques chapitres de Pamuk sur le Bosphore alors que j’étais sur un bateau qui remontait le Bosphore, et là, j’avoue que ce fut une belle expérience. Comme, en outre, le livre est rempli de photos noir et blanc, et de reproductions de peintures, on lit sans ressentir le besoin de prendre des photos soi-même.
Pamuk dit que le Bosphore passe en plein centre de la ville. Je suis un peu réservé devant cette assertion car la rive asiatique d’Istanbul est beaucoup moins centrale que la partie européenne. Quasiment tout ce qui se visite, quand on ne fait que passer, se situe à l’ouest.
Le livre de Pamuk se lit formidablement car il passe avec grâce de ses souvenirs d’enfance, de sa famille, à la ville, à l’histoire et à l’histoire culturelle.
Exemple :
Chapitre 6, « Exploring the Bosphorus », parle des excursions avec sa mère et son frère, et parle de la mélancolie qu’il y a, quand on est Turc, à voir les demeures ottomanes magnifiques au bord de l’eau, sur des kilomètres. Il réalise combien d’autres Turcs, autrefois, avaient une vie tellement « extravagante ». Nostalgie du passé qui mène au 
Chapitre 7, « Melling’s Bosphorus ». C’est une promenade dans les peintures de Melling, peintre allemand d’origine française qui a beaucoup rerésenté la ville au XVIIIe siècle.

Après quoi il revient sur des souvenirs familiaux, et en particulier les disparitions de son père. Les absences de son père sont au coeur de la tristesse de l’écrivain qui analyse et généralise cette tristesse dans le
Chapitre 10, « Hüzün ». Hüzün, c’est le nom d’origine arabe qui désigne la mélancolie spécifique à la ville d’Istanbul. Cela amène l’écrivain à évoquer de grands intellectuels stanbouliotes mélancoliques dans le
Chapitre 11, « Four Lonely Melancholic Writers ». Ces écrivains ont cherché à créer une littérature turque moderne, tous les quatre inspirés par la littérature française : le poète Kemal, le mémorialiste Hisar, le romancier Tanpınar et l’historien Koçu. La thèse de Pamuk est que ces grands créateurs de la modernité turque ont pu trouver leur voix propre en se consacrant à la dériliction d’Istanbul, la chute de la civilisation ottomane, et à la sombre poésie du Bosphore.
Après quoi il consacre un petit chapitre à sa grand-mère, qui était contemporaine de ces quatre écrivains et qui était elle-même historienne. C’est ainsi que chaque chapitre pourrait se lire indépendamment les uns des autres, mais qu’ils résonnent les uns dans les autres, s’appellent, se relaient.
C’est un fait, tout cela devient une lecture prenante. Le lecteur a envie d’en savoir plus à chaque fin de chapitre, alors qu’il n’y a pas d’intrigue, pas de fiction, pas de suspens, pas d’énigme à résoudre. Le genre général et accueillant de l’essai me correspond de plus en plus, et celui-ci est un modèle du genre autobiographique.
Chacun devrait écrire son Istanbul à soi.

4 commentaires sur “« Istanbul » d’Orhan Pamuk

  1. « Chacun devrait écrire son Istanbul à soi. »

    Il y a une dizaine d’années, j’avais « rêvé » (imaginé) une pipe en « écume de mer » come il s’en fabriquait à Istambul fût un temps. je l’avais imaginé en forme de dé à jouer, comme une pipe idéelle, une pipe pour idées fumeuses, attribut d’un Sherlock Homeless, détective private joke et inspecteur d’expositions. J’en parlais à une amie qui voyageait en Turquie et elle la trouva effectivement au Grand Bazar.

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  2. Que ne trouverait-on pas au grand bazar ? Des gens le déconseillent, disant que c’est trop touristique et plus authentique du tout. Qu’est-ce à dire ? C’est en effet touristique et en même temps authentique. Authentiquement marchand, échangeant des marchandises pour les touristes du monde entier. Je recommande d’y aller pour l’architecture du lieu et pour les couleurs, la pure matérialité de tous les étals : une surcharge d’objets de toute taille, brillants, séduisants. Et puis boire un thé ou un café turc, non pas pour se la jouer Turc, mais parce qu’ils y sont bons.
    Pamuk pour ma thèse, il faudra voir. Si l’occasion se présente, pourquoi pas. C’est vrai qu’entre Pamuk et Le Clézio, deux prix Nobel à deux ans d’écart, on peut faire de la littérature du voyage comparé; ils ont tous deux un fort sentiment de nostalgie face aux territoires et aux cultures perdues ou fragiles.

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