Architecture et Art nouveau (2) Le miel du capitalisme

Je suis sorti abasourdi des Galeries Lafayettes et, dans la foulée, par hasard et sans préméditation, je suis entrée dans une banque. Pourquoi, je ne le sais plus.

Qu’est-ce qui m’a fait pousser la porte d’une banque, mes ailleux ?

Là, une émotion m’a saisi qui me poursuit depuis des semaines.

ste-generale-1.1283080359.jpgPhoto : journéesdupatrimoine.culture.fr

Ce dans quoi j’entrais était d’une audace extraordinaire. La lumière tamisée, brune. Quelque chose de sucré et d’animal dans l’atmosphère.

C’était encore la « Belle époque » qui s’exprimait, mais différemment que dans les Galeries Lafayette, de l’autre côté de la rue. Comme dans le grand magasin, le plafond consistait en une verrière en dôme, mais ici, l’impression donnée était plus calme, plus intérieure, plus chaleureuse.

XXe siècle commençant, couleurs étranges, passant du vert au noir par le beige, l’or et l’ocre « terre sienne ». Un espace immense où l’on se sent devenir insecte. Un insecte bien à l’abri. Verre, béton armé et métal, on était en plein futurisme. Je me promenais, incrédule : je savais que j’étais dans un lieu construit un siècle plus tôt, et en même temps, les poutrelles en métal apparent, les espaces de travail ouverts, la diffraction de l’espace me paraissaient très contemporains.

ste-generale-2.1283080499.jpgPhoto : paris-en-photo.fr

Parfois, on se sentait dans un hall de gare, mais une gare silencieuse, secrète, pour des voyages sans train et sans déplacements. A d’autres moments, cela faisait penser à une église. Gare, église, tout cela ne devient un peu confus.

Oui, il y a quelque chose de sacré dans l’atmosphère, dans les formes et dans les couleurs. Du sacré et du sucré.

Je sais d’où venait l’impression de sucré. De la ruche. C’était une architecture organique, qui prenait modèle sur les constructions animales : ruches, termitières, terriers. Ce bâtiment est plein d’alvéoles et de niches, de gîtes.

ste-generale-3.1283080563.jpgPhoto: suri.morkitu.org

C’est l’agence centrale de la Société Générale, boulevard Haussmann. Avec l’opéra et les Galeries Lafayettes, elle forme un triangle impressionnant, où se mèlent l’argent, les échanges, l’art et la musique.

Il ne faut pas rater la visite jointe de ces deux grands joyaux de l’art nouveau : la banque et le grand magasin. Aux Galeries Lafayettes, la verrière et le décor ont pour effet d’étourdir le passant pour lui faire dépenser toute sa fortune. A la Société Générale c’est le contraire : l’architecture cherche à rassurer le client, intérioriser ses angoisses, afin de l’encourager à économiser, à thésauriser, à enfouir sa fortune dans la magnifique « Salle des Coffres » rutilante.

D’où la ruche et les alvéoles, pour rappeler le génie conservateur des abeilles.

C’est la première fois que je rencontre ce phénomène. Une architecture centrifuge et une architecture centripète. A deux reprises, les années 1900 nous font tourner la tête, mais là pour sortir de soi, et ici pour descendre en soi, au fond de son moi capitaliste.

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