Diaspora, Mémoire et Formes

C’était un superbe colloque, qui m’a beaucoup stimulé. Comme quoi, le monde universitaire a encore de la niaque, ce dont je n’ai jamais douté.

Trois jours dans un hôtel très élégant de la ville de Kitchener, dans la province de l’Ontario. Des participants qui venaient du Canada, des Etats-Unis, des Caraïbes, d’Afrique et d’Europe. Je faisais partie des rares qui venaient d’Europe, grâce à quoi je me suis senti puissamment dépaysé. Tout s’est déroulé en français, mais le contenu théorique était tellement différent de ce qui se fait en Europe que j’étais toujours sur une sorte de nuage, comprenant les choses avec retard. Parfois je ne comprenais plus rien, puis je comprenais à nouveau, puis je comprenais que je n’avais rien compris. C’était délicieux.

Parmi les Canadiens francophones, il y avait des Québécois, mais aussi des Franco-Ontariens, ainsi que des Français « des Prairies », c’est-à-dire des provinces de l’ouest (Alberta, Colombie britannique…). Comme nous étions en Ontario, j’ai beaucoup entendu parler d’écrivains de cette province, et les universitaires du coin parlent sans complexe de cette culture, de leurs écrivains, comme s’ils étaient d’une importance mondiale. Et ils le sont peut-être, d’ailleurs, qu’en sais-je moi ? J’en suis venu à me demander si Daniel Poliquin n’était pas le Kafka des temps post-industriels…

Il y avait aussi des chercheurs de différentes diasporas, de toutes les couleurs et de tous les accents. Je me trompe : il n’y avait personne d’origine asiatique, cela est une lacune.

Sinon, des belles femmes aux métissages étourdissants. Une francophone d’origine sri-lankaise, élevée au Québec et enseignant aux Etats-Unis. Une Française d’origine berbère qui cite Nietsche en anglais dans un prodigieux accent new-yorkais. Un Français du Forez, qui a échangé le bel accent stéphanois pour un accent anglais qui fait qu’on le croit natif de Grande Bretagne. Au bout d’un moment, on ne sait vraiment plus qui on est ni d’où l’on vient.

La question, alors, reste entière dans mon esprit : y a-t-il des formes de narrations qui soient propres aux littératures produites dans des diasporas, par des migrants et des exilés. Et surtout, y a-t-il des formes de récits qui soient incompatibles avec cette situation de déracinement ? A côté de moi qui ai parlé de la forme « récit de voyage », d’autres ont examiné la question de l’essai, et de l’autobiographique. Affaire à suivre.

4 commentaires sur “Diaspora, Mémoire et Formes

  1. C’est sympa de faire partager ton expérience universitaire canadienne sur ce blog…je crois que je suis un peu jaloux quand même…ca me rapelle un colloque a l’université de genéve sur la francophonie et la didactique du français à l’étranger, où j’ai pu relaté mon experience de prof de fle en chine, a Nankin . C’était trés varié comme public avec de belles femmes aussi mais moins dépaysant que le canada sans doute…(photos ?). A+

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  2. Je n’ai pas de photos François. Mais oui, les études sur la francophonie, le postcolonialisme et les littératures migrantes et diasporique, ont l’avantage de vous faire rencontrer des gens de tous les horizons, c’est quand même très frais.
    Cochonfucius, tu m’étonnes, je n’y avais pas pensé, mais tu as raison.

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  3. Cochonfucius is watching us…et a une sacrée une bonne mémoire…toujours marrant de relire ses vieux posts (dont j’ai souvent un peu honte d’ailleurs…enfin pas de regrets,sinon n’ a pas fini… ) On est en 2011 au fait, tu pourrais peut être faire un billet sur « les livres de mes années 2000″…a moins que cela soit déjà fait…

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