Je suis allé voir le spectacle de Dieudonné

Il fallait bien se faire une idée, après le délire médiatique de l’hiver dernier. Jamais un comique n’avait attiré une telle haine et provoqué une telle levée de bouclier.

De passage à Paris, j’ai réservé une place au théâtre de la Main d’or pour voir Asu Zoa, le dernier spectacle de Dieudonné en date. C’est une expérience que je recommande à tout le monde, que l’on ne regrette pas. Depuis le charme du passage parisien, qui rappelle les textes de Walter Benjamin, jusqu’au dernier geste du spectacle, percutant et bouleversant.

Le soir de la représentation, je ne suis pas en avance et la charmante caissière me dit qu’elle ne prend pas les cartes bleues, qu’elle m’attend si je vais retirer de l’argent liquide sur le faubourg Saint-Antoine. Quand j’entre dans la salle, je ne vois nulle part où m’asseoir, elle est remplie à ras bord, d’un public magnifique. Très mélangé, l’auditoire contient de nombreux noirs, de nombreux arabes et de nombreux blancs. Parmi tous ces gens, je crois repérer des hipsters à chapeau (comme moi), des beaufs, des bourges, des intellectuels, des banlieusards, des gens des cités, des bobos. Des gens qui se poussent pour se faire une place, dans une impeccable bonne éducation. Les gens se saluent avec cordialité et douceur. Nulle part ailleurs, n’est visible une telle diversité sociale et culturelle. Je ne ressens aucune tension, communautaire ou autre.

Dieudonné entre sur scène et glisse quelques quenelles sous des applaudissements nourris. Il a grossi et est assez mal fagoté. Il m’a l’air plutôt fatigué. Il porte une chemise raide et épaisse, un pantalon baggy et une paire de baskets. Toujours ces cheveux courts et cette barbe qui lui donnent l’apparence de musulman de banlieue.

Le mur du spectacle précédent est toujours sur scène. Elément de décor d’un spectacle interdit par les autorités de la république, le mur n’a pas d’utilité scénographique. Il est peut-être là pour rappeler la violence dont l’artiste est victime. C’est un mur du souvenir.

Puis Dieudonné se lance dans un spectacle sans temps mort. Il passe d’un sketch à l’autre avec un art consommé de la transition. Tout est très bien écrit, parfaitement calibré. Et les gens rient à se tenir les côtes. A côté de moi, un grand noir très costaud rit de bon cœur, en particulier aux blagues concernant les Africains, l’esclavagisme et les Antillais.

Dieudonné commence par nous, le public. Il rappelle que tout a été fait pour nous inciter à ne pas venir. Quelque part, le plan a été mal exécuté, ou mal conçu, puisque les amateurs viennent voir Dieudonné par centaines de milliers. On a beau faire peser sur eux la suspicion qu’ils seraient peut-être racistes, rien n’y fait. Le comédien rappelle qu’on le traite de nazi dans les médias, alors il les prend aux mots et essaie vainement de se mettre dans la peau d’un nazi.

Nous rions parce que l’humoriste est drôle.

« Hitler raciste ? Pas plus que nos présidents. » Dieudonné raconte alors que le président Hollande serait revenu récemment sur la question de l’esclavage dans l’histoire de France. Que c’était bien regrettable, une histoire bien tragique, mais qu’aucune compensation financière ne serait envisageable.

Dieudonné joue au con, feint la déception et laisse un silence s’installer. Puis il déchire le silence par un grand rire africain, qui emballe la salle.

Tout Dieudonné est dans ce grand rire joyeux et satirique. Un grand rire qui balaie tout sur son passage, l’hypocrisie des dirigeants et l’amnésie des blancs. Moi, en tant que blanc issu d’une nation colonisatrice, j’ai aimé ce rire et j’ai ri avec Dieudonné. J’ai senti que c’était un rire de générosité, non un ricanement de vengeance. Dieudonné nous disait : « Rions ensemble de cette tragédie et de tout ce bordel. » Rions plutôt que de pleurer éternellement.

Je n’avais jamais expérimenté auparavant un rire de cette qualité. Un rire de réconciliation.

Il termine le spectacle sur un thème important, dans lequel il excelle : le cancer. Il parvient à nous faire pleurer de rire avec cette maladie qui nous a tous touchés de manière directe ou indirecte. Je ne sais pas comment il a fait, c’est comme un tour de magie.

Il rend hommage à un jeune homme décédé récemment, un jeune homme atteint d’un terrible cancer et qui a voulu glisser des quenelles sur scène, dans ce théâtre même. Un jeune homme espiègle qui voulait rire une dernière fois, et qui adressait son geste irrévérencieux à toute la terre, à Dieu, à l’absurdité de la vie. Je ne sais toujours pas comment il s’y est pris, mais nous riions à gorge déployée face au souvenir de ce jeune homme qui avait reçu tellement de traitements chimiothérapiques qu’il en était devenu « radioactif ».

Dieudonné, lui, termine et résume son spectacle en faisant ce geste absurde, et en le soulignant d’une déclaration inattendue : « Une quenelle dans le fion de la peur ! »

5 commentaires sur “Je suis allé voir le spectacle de Dieudonné

  1. Très Cher,
    Dieudonné , pour nous pauvre Québécois de souche pensions qu’il était plus exénophobe que nous-autres …hélas il n’en est rien…nous avons nous comme Québécois voulu rejoindre la France dans sa maîtrise de l’islamiste; hélas nous avons échouer; personne n’est une entrave à l’autre de personne; …tous nous sommes semblable à l’autre plus que personne…

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  2. C’est fou comme ce comédien inspire d’informations contradictoires. Depuis des années, on parle de son public. Au début, on disait que c’était plein de nazillons au crane rasé. Maintenant on dit qu’il n’y a que des « gens du 93 ». Et vous qui nous dites qu’il y a autant de Français de souche banals que de gens issus de l’immigration. Il y a forcément quelqu’un qui nous ment.

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  3. Un autre avis en cliquant sur le lien :

    intéressant … comme avis !
    Et merci au sage précaire d’avoir osé émettre un avis différent de celui que l’on voudrait nous faire prendre à grand renfort de médias ! 😉

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