L’identité de la France : la guerre de conquête

L’armée incarne la France

Pour vous, qu’est-ce qu’être français ? Cette question revient incessamment quand se profile une élection majeure. Les uns répondent la culture, les autres les paysages, etc. Jean Ferrat chantait Ma France pour répondre à cette irrespirable question. Il était temps que la sagesse précaire prît position pour dissiper les malentendus.

Où se trouve le propre de l’identité française ? Dans la guerre d’agression et de conquête. Mais à la différence de ceux qui envahissent en disant « ce territoire était à nous depuis 3000 ans », les Français ne prétendent même pas bénéficier de la moindre légitimité. Nous frappons par la seule volonté de prendre, de conquérir. Par conséquent, la conquête territoriale militaire est la seule activité qui nous réunit par delà les siècles.

1066 : conquête de la Grande Bretagne.

1096-1260 : conquêtes de territoires orientaux autour de Jerusalem (croisades).

Moyen-âge : conquêtes de l’Occitanie, de la Gascogne, de la Bourgogne, de la Provence, des Flandres, etc.

XVe siècle : conquête de l’Italie.

XVIe-XVIIIe siècles : conquêtes de territoires du nouveau monde (Amérique), mais aussi d’Europe, d’Asie et d’antarctique.

XIXe : conquête de territoires africains et asiatiques (colonisation).

XXe : perte de l’empire coloniale et de la puissance de la France par la même occasion, car les deux sont inséparables.

Rien n’incarne mieux la continuité de la France que sa capacité à mettre les autres en captivité.

Ce n’est pas ce que j’aime dans mon pays, mais ce que j’aime dans mon pays, malheureusement, n’est ni propre à la France ni invariablement incarné par la France.

La seule chose qui nous distingue de nos voisins, c’est notre brutalité et notre agressivité purement militaire.

La question qui reste à traiter est : comment avons-nous fait pour dissimuler cet état de fait à notre conscience et aux touristes du monde entier ?

Promenade au bord de l’Isar

Les bords de la rivière qui traverse Munich, dimanche 01 octobre 2023

Un long fleuve intranquille : l’action culturelle et la psychiatrie

Cécilia de Varine, 2023

Cécilia de Varine est à la fois une artiste, une médiatrice culturelle et une administratrice. Un peu comme le sage précaire, si à la place d’artiste on écrivait « blogueur », à la place de médiatrice « chercheur en littérature/prof de philo », et à la place d’administratrice « dictateur en puissance ».

Il fallait pour ce profil hors norme un métier incroyable, une activité insoupçonnée. Après avoir travaillé en musées, Cécilia a trouvé sa place chez les fous. Elle dirige depuis des années le service culturel d’un hôpital psychiatrique de Lyon, non pas le Vinatier, mais le Saint-Jean de Dieu.

Pour parler de son action et de cet hôpital, elle a rendez-vous tous les mois au micro d’une station de radio qui lui ouvre son antenne. Là encore, un concept d’émission très original, inouï sur les ondes traditionnelles des chaînes majoritaires.

La chronique de Cécilia est très bien faite. Elle tresse les histoires passionnantes de l’hôpital psychiatrique, de la ville de Lyon, et de l’exposition qu’elle met en place pour commémorer le bicentenaire de l’hôpital.

https://www.rcf.fr/bien-etre-et-psychologie/un-long-fleuve-intranquille-rcf-lyon?episode=403894&fbclid=IwAR3R8cVeiOYkm1VTSGqn5VziVxPwqORS1EdUZrP362rokMWdwjMoCmGPZ30&share=1

Ma femme souffre du COVID

On a fait le test jeudi dernier, et je suis négatif. En même temps je ne ressentais aucun des symptômes de la maladie. Mais assez parlé de moi.

Mon épouse Hajer se sentait fiévreuse et extrêmement fatiguée. Diagnostiquée positive au COVID, elle refuse que je m’approche d’elle et élit domicile dans notre chambre à coucher. Je suis condamné à vivre dans le reste de notre appartement. Chienne de maladie qui m’exile loin de celle que j’aime. La séparation des couples n’est pourtant pas la pire des conséquences de ce virus qui, visiblement, est apparu parmi nous pour durer.

Je passe donc mes journées à désinfecter l’appartement et à préparer des tisanes, des soupes, des choses à manger et à boire en petite quantité car un malade du covid n’a plus d’appétit.

Tout cela nous renvoie au printemps 2021 quand j’étais malade d’un autre variant de ce même virus. La comparaison n’est pas à mon avantage.

Quand Hajer s’occupait de moi, elle était aux petits soins, faisait énormément d’efforts, venait souvent s’enquérir de mon état. Même la nuit elle entrait dans ma chambre et me réveillait pour s’assurer que j’étais en vie. Ma pauvre amoureuse avait peur que je meurs et je trouvais cela tellement mignon.

Et pourtant, Dieu sait que j’étais pénible. D’une humeur massacrante, toujours gémissant comme Orgon dans le Malade imaginaire de Molière.

Aujourd’hui que les rôles se sont inversés, je fais de mon mieux mais je ne suis pas au niveau. Mes tisanes et mes soupes ne sont pas aussi délicieuses, je me plains d’être fatigué et c’est Hajer qui, du fond de sa fièvre, s’inquiète de ma santé.

À l’opéra de Munich

Je ne sais pas pourquoi les gens pensent que l’opéra est un passe-temps pour les bourgeois. Le sage précaire va à l’opéra depuis les années 1990 et cela ne lui coûte jamais plus qu’un ticket de cinéma.

Cette semaine, au Staadtoper de Munich, j’ai payé nos places huit euros chacune, mais ne dites rien à Hajer qui croit peut-être que l’opéra est un divertissement réservé aux riches.

C’était une production du Didon et Énée de Purcell. Les voix étaient très belles, surtout celle de Belinda, la suivante de Didon. Et surtout celle d’une des sorcière, celle très maigre qui portait une perruque argentée. Hajer a trouvé la voix d’Énée un peu ridicule, mais à moi elle m’a plu.

Mon seul point de comparaison est l’enregistrement des « Arts florissants », dirigé par William Christie. Ce n’est pas très original, j’en conviens, pour un honnête homme qui devint adulte à la fin du XXe siècle, mais je ne suis pas là pour faire l’intéressant. Or, cette production de Munich sonnait vraiment comme celle des Arts florissants.

La scénographie était très riche et un peu attendue. Tout y était des fétiches contemporains de l’art opératique. Une vraie voiture qui roule pour de vrai, un plateau tournant, une mise en scène anachronique, un usage disproportionné de la vidéo et des danseurs de hip hop.

Ils ont coché toutes les cases.

J’ai adoré.

Au sortir de la salle de spectacle, Hajer me fit la remarque qu’à part sur scène on n’avait vu que des Blancs.

Julia Cagé et les conseils de lecture. Une faille dans la rhétorique de nos élites

L’économiste Julia Cagé est un bon produit du système scolaire français. Dès le début de l’entretien qu’elle a accordé à Thinkerview, on sait qu’elle a fait une thèse en Amérique et qu’elle a fait une grande école en France. On ne sait pas encore laquelle.

Tout le long de l’entretien, elle parle de choses dont elle n’est pas spécialiste, mais elle se comporte avec le charme de quelqu’un qui a l’habitude de passer des oraux. Elle se dit : comment passer pour un connaisseur sur cette question alors que je n’y connais rien ? Pour le sage précaire, qui n’est spécialiste que de cela, le bullshit intelligent, la prestation de Julia Cagé est très encourageante.

Le seul gros défaut dans la roublardise de Mme Cagé se révèle à la fin de l’émission, quand elle doit pourtant répondre à la question la plus facile.

Une des questions finales des entretiens Thinkerview consiste à donner trois conseils de lecture. Franchement, c’est du pain béni pour bricoler des réponses avantageuses. Or, souvent, les intervenants sont fatigués à ce moment-là et donnent des réponses mal foutues. Même l’écrivain François Bégaudeau ne s’en est pas bien sorti et a lancé trois noms comme ça, à l’arrache, sans habiter sa réponse.

Julia Cagé est très amusante à observer dans cet exercice car elle joue le rôle qu’apparemment on enseigne dans les classes préparatoires et les grandes écoles : l’art de parler de tout avec éloquence et de paraître aussi convaincant que possible. C’est en tout ce dont se flattait l’historien Patrick Cabanel en son temps. On ne devrait pas être fier de cela, et le sage précaire n’est fier de ce talent que parce qu’il n’en a pas d’autre.

D’abord elle dit : « ouais ! » mais elle n’a pas encore les trois livres en tête.

Après un silence, elle cite un livre de Barbara Stiegler mais elle en dit juste assez pour impressionner. Elle ne l’a pas lu. Elle en a tout juste entendu parler.

Ensuite elle galère pour trouver un deuxième conseil. Elle soupire, pense à voix haute, se demande ce qu’elle a lu récemment, et rien ne vient. La honte pour une intellectuelle française. Ressaisis-toi Julia.

À court d’idées, elle lance un truc de baratineur que nous connaissons tous : « Alors là je vais vous dire, ça va vous étonner. Je vais vous faire bondir, là. » C’est génial de voir, ça nous rend les élites plus proches de nous. Tenez-vous bien, je vais vous conseiller un truc, mais c’est une dinguerie, retenez-moi ou je fais un malheur…

Elle conseille toute l’oeuvre de Hanna Arendt. Comme c’est ridicule, et pour se rattraper, elle prétend l’avoir relue récemment. Pour faire passer la pilule, elle n’a d’autre choix que d’insister, de grossir le trait : »J’ai tout relu du début à la fin », dit-elle, en vous regardant bien dans les yeux, pour s’assurer que ça passe. C’est évidemment un gros bobard. Elle en tire de pauvres idées sans grand intérêt, des choses à moitié fausses, du bla bla convenu sur Hanna Arendt, mais elle pense avoir produit son petit effet.

Son troisième conseil est un roman de Paul Auster, et là non plus elle n’est pas brillante. Bon, c’est la fin de l’émission, elle n’est clairement plus la fringante normalienne qu’elle est d’ordinaire.

À part ça j’aime bien Julia Cagé et je regarde cet entretien pour la deuxième fois, ce qui est assez dire.

Ne l’appelez plus Fête de la bière mais « Fête d’octobre »

Photo générée par une banque d’images gratuites, quand j’ai saisi le mot « Oktoberfest »

Beaucoup de gens portent des costumes inspirés de la tradition bavaroise, à Munich, fin septembre. Culottes courtes en cuir pour les hommes et chaussettes en laine ; robes à fleurs pour les dames et cheveux tressés. L’imagerie populaire les montre souvent une chope de bière à la main et ventripotents. Contrairement à cette image véhiculée, les gens que je croise se mettent en fait sur leur 31 et deviennent très séduisants dans ces accoutrements.

Oktoberfest, à Munich, n’est pas qu’une fête de la bière. C’est curieux d’ailleurs, cette habitude française de désigner les fêtes des autres par un élément gastronomique. La « fête de la bière » pour les Allemands, la « fête du mouton » pour les arabo-musulmans. Un critique postcolonialiste dirait que cela indique une réduction orientaliste de la culture des autres à une simple boustifaille, afin de déprécier ladite culture et la rendre consommable. Mon impression superficielle est que pour les Bavarois, il se joue toute autre chose au sein de la communauté que de belles bitures, à l’occasion de la fête d’octobre.

Plusieurs fois, en nous promenant dans la capitale de la Bavière, nous fûmes impressionnés par le nombre de gens de tous âges costumés. Nous pensâmes que l’Oktoberfest devait fonctionner comme un grand terrain de drague, un gigantesque salon de la rencontre amoureuse.

De judicieux tailleurs se sont ingéniés à couper les vêtements traditionnels de façon à exhiber de généreux décolletés chez les femmes et d’avantageuses carrures chez les hommes. À nos yeux, les stations de trains de banlieue se transforment en défilés de mode.

Or, comme nous ne buvons pas de bière, nous ne nous introduisons pas dans les fameuses tentes où les gens se livrent à des activités infernales et font ce qu’à Dieu ne plaise. En conséquence de quoi, mon reportage s’arrête là.

La maturité des villes allemandes

Parmi les nombreuses choses que j’aime en Allemagne, figure l’âge mûr des habitants. Dans les villes residentielles du sud de l’Allemagne, on est frappé par le nombre de personnes âgées dans les rues.

Quand on se promène dans les centres urbains de villes vibrantes comme Munich, certes, on se sent porté par une énergie de jeunesse et de vigueur. Mais dès qu’on s’éloigne du centre pour aller là où les Allemands vivent, dorment et garent leurs véhicules, la moyenne d’âge augmente sensiblement.

Ceux qui poussent des landaus existent mais ils sont tellement minoritaires qu’on a envie de les protéger. D’ailleurs les jeunes couples sont souvent déjà trentenaires, charmants et gracieusement dégarnis, et on les choie. Tous les parcs sont parsemés d’excellents équipements pour les enfants, équipements que le sage précaire et son épouse utilisent quand ils sont seuls dans les Spielplatz. Les espaces ne manquent pas pour des chérubins qui me paraissent omniprésents de par leur rareté.

Comme c’est l’immigration qui apporte de la jeunesse il faut aller dans les quartiers défavorisés et les villes déshéritées pour voir des enfants et des adolescents. Le sage précaire n’aime pas excessivement les adolescents ni les enfants, donc les villes allemandes lui conviennent.

Surtout qu’il ne faut pas s’y tromper : la majorité de quadra et de quinquagénaires qui peuplent les villes ne sont pas en mauvaise santé. La plupart est juchée sur une bicyclette et fait du sport. Beaucoup ont de beaux cheveux. On croirait voir des jeunes en mouvement, puis les visages ridés apparaissent, et la surprise n’est pas désagréable.

Naples entre amis

Le Musée Cévenol, Le Vigan

À tout seigneur tout honneur. Le plus célèbre des tableaux du Louvre à été exposé sur la façade du Musée Cévenol, la référence muséographique du Vigan et du pays viganais.

Ce musée vaut le détour, pour tous ceux qui songeraient à passer quelques jours de vacances dans les Cévennes. On y découvre les arts et les techniques développés par les Cévenols pour vivre et apprécier la vie sur une terre hostile.

Ouvert en 1963, sous le patronage d’André Chamson, de Claude Lévi-Strauss et de Pierre-Henri Rivière, c’est un des premiers musées ethnologiques de province. La notion d’ écomusée n’existait pas encore je crois mais c’est une des tentatives remarquables qui ont été proposées pour faire circuler les savoirs et les mémoires sur un territoire circonscrit.

Alors quand le projet des expositions de toiles du Louvre a été pensé pour rendre hommage au travail d’André Chamson, on n’a pas beaucoup hésité pour savoir où mettre la Joconde.