La France des chanteurs

J’ai découvert cette chanson à l’occasion de la mort de Jean Ferrat. Je la trouve assez jolie quoique comprenant des fautes de style assez lourdes, comme des rimes embrassées là où la mélodie aurait demandé des rimes croisées ou plates, et qui font tomber « Robespierre » comme un cheveux sur la soupe. Mais on pardonnera à Jean Ferrat. Après tout, il a beaucoup apporté à la variété française. En particulier cette voix russe, qui n’existait pas chez nous, avant lui.

Une chanson sur la France, de 1980, écrite par un fils d’immigrés russes, juifs, et pauvres. Sympathisant communiste, Ferrat a quand même envie de faire fausse route à l’internationalisme et de déclarer son amour à une France qui lui paraît valoir le détour.

Contraste avec cette chanson sur le même thème de 2007. Je ne me permettrai pas de juger ni les rimes, ni la voix, ni rien, car j’ai bien trop peur de me faire casser la gueule, ou de me faire traiter de vieux con. Les paroles me laissent perplexe jusqu’au bout, où j’entends : « Alors peut-être qu’on dérange mais nos valeurs vaincront / Et si on est des citoyens / Alors aux armes la jeunesse / Ma France à moi leur tiendra tête / Jusqu’à ce qu’ils nous respectent », chante Diam’s.

On peut se demander ce qu’elle entend par le verbe « respecter », et aussi ce qu’elle entend par « nos valeurs ».

Si j’étais professeur de français langue étrangère, je ferais écouter côte à côte ces deux chansons. 27 ans d’écart entre les deux. L’âge de Diam’s, peut-être, quand elle écrivit sa France à elle.

D’un côté, un homme qui a le sens de l’histoire, qui s’est approprié la révolution française, et qui croit dans la solidarité politique d’une communauté de travailleurs : « Qu’elle monte des mines, descendent des collines ». Sa France est à la fois rurale et urbaine. Elle se construit sur une terre et des paysages dans lesquels, même sans argent, il est possible d’aimer la vie  : « Au grand soleil d’été qui courbe la Provence / Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche / Quelque chose dans l’air à cette transparence / Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche ».

D’un autre côté, une jeune femme qui a le nez collé à son époque, pour qui l’histoire du monde a commencé hier matin. Une jeune personne qui hurlera à vos oreilles qu’elle a des valeurs et qu’elle croit au respect. 

Une espèce de mélancolie prend le pauvre type qui écoute les deux chansons. La France est passée d’une geste épique où des révolutionnaires aux cheveux blancs voulaient se battre pour faire triompher un idéal républicain, à un lyrisme de quartier où l’idéal est de ne pas travailler, de « fumer des clopes un peu d’shit, mais jamais de drogues dures ».

On pourrait dire que les deux suivent au fond le même idéal : respect pour tous, égalité et fraternité pour toutes les classes de la société. Ce qui me frappe, au contraire, c’est que l’un ne demande rien et que l’autre exige tout. L’un construit collectivement sa dignité, l’autre rêve, mais je ne sais pas de quoi.

2 commentaires sur “La France des chanteurs

  1. Nous sommes là comme des vieux Romains sur le forum de Lutèce, écoutant les jeunes Gaulois parler un latin tout bizarre, presque sans déclinaisons… preuve aux yeux des vrais latinistes, que ce monde décline.

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  2. Vous les vieux,
    vous parlez de déclin avant le vôtre …
    Mais la vie est plus forte que le déclin
    sous le fumier même les fleurs pousseront
    toujours ..

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