In Palmis Semper Parens Juventus: un Bavarois fou d’amour pour les palmiers

Historia Naturalis Palmarum, de Von Martius

Sur les traces des palmiers : une fascination tardive des voyageurs européens

Je travaille actuellement sur un article pour un catalogue de musée consacré aux palmiers dattiers. Ce projet m’a conduit à m’intéresser à la manière dont les premiers Européens ont perçu et décrit ces arbres emblématiques, que ce soit en Arabie ou sous d’autres latitudes.

C’est ainsi que j’ai découvert le travail fascinant de Carl Friedrich Philipp von Martius, un botaniste bavarois du XIXe siècle, véritable pionnier dans l’étude des palmiers. Von Martius a consacré une œuvre monumentale en trois volumes, rédigée en latin, à l’histoire des palmiers : Historia naturalis palmarum. Son attachement passionné à ces arbres transparaît dans une phrase devenue célèbre : “In palmis semper parens juventus, in palmis resurgo” — « Près des palmiers, je me sens jeune. Près des palmiers, je revis. »

Une visite sur la tombe de von Martius

Cette admiration pour von Martius nous a récemment conduits, Hajer et moi, sur sa tombe à Munich. Nous étions curieux de voir si le cimetière, à l’image de ses écrits, rendait hommage à son amour des palmiers. Mais, à notre grand dam, la tombe est modeste, envahie de mauvaises herbes, sans aucune trace des palmiers qu’il chérissait tant. Ce contraste m’a inspiré l’idée qu’il serait juste d’y planter un palmier et d’y graver sa célèbre phrase, en hommage à son œuvre et à sa passion.

Von Martius et les tropiques

Cependant, il est essentiel de souligner que l’amour de von Martius pour les palmiers n’a pas été nourri par des voyages en Arabie, mais en Amérique du Sud. Ses recherches et son émerveillement ont trouvé leur source dans les tropiques du Brésil, où il a exploré des forêts luxuriantes peuplées d’espèces de palmiers variées. Ce contexte tropical explique peut-être pourquoi sa vision des palmiers était si empreinte de vitalité et de jeunesse.

Illustration de Von Martius

Les voyageurs européens en Arabie : une découverte tardive

En revanche, les voyageurs européens en Arabie, avant le XIXe siècle, semblent presque aveugles à la présence des palmiers. Dans mes recherches, j’ai constaté que des explorateurs comme Ludovico di Varthema, au début du XVIe siècle, ne mentionnent ni les palmiers ni leurs fruits, les dattes. Ils décrivent abondamment d’autres plantes, mais les palmiers semblent échapper à leur attention.

Ce silence se prolonge pendant des siècles. Ce n’est qu’au XIXe siècle que des voix commencent à célébrer la beauté des palmiers dans les régions arabes. Richard Burton, l’explorateur britannique, est l’un des premiers à en parler avec admiration, soulignant leur élégance et leur ombre bienfaisante. Cette reconnaissance tardive est intrigante : pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que les palmiers soient perçus comme des objets de beauté, et non de simples pourvoyeurs de fruits ?

Une hypothèse : le regard européen en transformation

L’hypothèse qui émerge de mes recherches est que la reconnaissance des palmiers comme des arbres visuellement et symboliquement importants a nécessité un ajustement progressif du regard européen. Les arbres européens, tels que les chênes ou les hêtres, définissaient la norme pour ce qu’un arbre devait être : robuste, feuillu, enraciné dans un climat tempéré. En comparaison, le palmier, avec son tronc élancé et sa couronne singulière, défiait ces attentes. Il était, en quelque sorte, invisible aux yeux des premiers voyageurs, non parce qu’il n’existait pas, mais parce qu’il ne correspondait pas à leurs cadres de perception.

Ce n’est qu’avec l’avènement du romantisme, l’expansion des sciences botaniques, et une ouverture culturelle accrue au XIXe siècle, que le palmier a pu être véritablement “vu” et célébré. Les écrits de Burton et de von Martius en témoignent : ils marquent le moment où le palmier passe du statut de simple ressource alimentaire à celui d’icône esthétique et symbolique.

Aujourd’hui, les palmiers sont omniprésents dans notre imaginaire des paysages désertiques et tropicaux. Mais il est prudent de se rappeler que cette reconnaissance a été le fruit de siècles d’échanges, de voyages et de révisions de nos cadres de perception. Et, peut-être, cela nous invite aussi à nous demander quelles merveilles, sous nos yeux, passent inaperçues nous restent encore à voir.

Le lac Starnberger

Au bord du lac Starnberg, février 2024. Photos Hajer Nahdi-Thouroude

Brunch du vendredi 16

Avec les fleurs qui ont servi pour la Saint Valentin,

Avec les pains délicieux dont les Bavarois ont le secret,

Avec les choux de Bruxelles que j’avais cuisinés ce matin en prévision d’un déjeuner vegétarien,

Avec des fruits et légumes issus de l’agriculture biologique,

Avec un thé noir japonais acheté chez Biocoop en Cévennes,

Nous avons festoyé comme des bobos wokistes et propalestiniens.

Art et randonnée font bon ménage. Le musée Franz Marc

Kolch am see, février 2024

À une heure de route au sud de Munich poussent les Alpes, où se lovent de grands lacs, que le peintre Franz Marc a élu pour domicile après la première guerre mondiale.

Notre intention était d’abord d’aller nous promener au bord de l’eau et prendre le soleil, mais sur le point de prendre la route du retour, nous avons fait un saut au Musée Franz Marc, établi dans la propriété de l’artiste où sa veuve a vécu jusqu’à sa mort.

Au Musée Franz Marc

Ce n’est pas une bicoque, qu’on s’entende bien. Le peintre devait être un bon gros bourgeois pour s’offrir une telle demeure en surplomb d’un grand lac au pied des Alpes. Et cent ans plus tard c’est toujours vrai si je puis dire : nous devons être de bon gros bourgeois pour avoir les moyens de nous délecter d’art moderne dans la campagne bavaroise, à une heure de Munich, à 9 euros 50 le prix du billet d’entrée.

Est-ce que voir quelques tableaux et sculptures vaut de payer 10 euros ? Pour moi oui, mais c’est parce que je suis un salaud de privilégié, je dois le confesser. J’ai pris un gros kiff de bourge supérieur et intellectuel : voir enfin pour de vrai des toiles qu’on n’a vues qu’en reproductions, c’est un plaisir des sens et de l’intellect.

Au XVIIe siècle, pour définir le plaisir propre à l’art, Poussin (je crois) parlait de « délectation », une jouissance sensuelle élevée par une satisfaction spirituelle. Pour nous, devant les tableaux de Marc, de Kandinsky, de Macke et de toute la petite bande du mouvement Der Blaue Reiter, se mêlait à la délectation une jubilation puérile de reconnaître des choses vues et étudiées ailleurs.

Manifestation agricole

Depuis la Bibliothèque Nationale de Bavière, 8 janvier 2024

Ce matin, dès potron-minet, de nombreux tracteurs et autres engins roulants prenaient place sur une avenue importante de Munich.

Moi je me rendais à la Bibliothèque pour explorer leur salle des périodiques et emprunter quelques livres que j’avais réservés sur le site de l’institution.

À mon grand dépit, je ne saurais dire avec précision la raison exacte de cette manifestation du monde agricole. Par crainte d’être bloqué au centre ville, j’ai pris le métro au bout de quelques heures seulement.

Neige de 2024

Banlieue de Munich, 7 janvier, 6 h 00 du matin.

Il neige à nouveau sur Munich et sa région. C’est une nouvelle assez excitante pour que je l’annonce sur ce blog dès l’aube.

On nous annonce 40 centimètres de neige au sol.

L’autre jour, chez Décathlon, on a vu plusieurs types de luge. Hajer n’a pas eu envie de pratiquer ce sport auguste, mais je ne pourrai peut-être pas résister.

Épiphanie

Aujourd’hui tout est fermé en Bavière car les régions catholiques font du 6 janvier un jour férié.

En revanche je n’ai pas vu de galettes des rois. Je m’en avise à l’instant, en voyant sur internet que le 6 janvier célèbre les rois mages en Galilée. Dans mon souvenir, les Français mangent à cette occasion une galette délicieuse fourrée de frangipane, et se cassent les dents sur une fève qui élit le roi ou la reine de l’assemblée.

Je m’en ouvre à mon épouse qui connaît mieux l’Allemagne que moi. Elle est évasive sur le sujet. Elle dit que la galette des rois est peut-être un truc français, et que les Allemands ont sans doute d’autres traditions car, dit-elle, « les rois mages n’ont pas apporté une galette de frangipane à Jésus. »

Merveilles de la Bibliothèque de Munich

Si vous avez une heure ou deux à perdre au centre-ville de Munich, et que vous en avez ras-le-bol du shopping, des cafés et bières, entrez et visitez la grande bibliothèque nationale de Bavière, vous ne le regretterez pas.

Les bibliothèques pâtissent d’une réputation malheureuse que vous devez, par votre seule présence, conjurer. Les bibliothèques sont les lieux où vous trouverez la plus forte concentration de belles personnes dans une ville, puisqu’elles sont fréquentées par des étudiants qui font leurs recherches.

Ce sont aussi des lieux d’exposition, donc des espaces de promenade. Je recommande ardemment l’exposition un peu cachée dans le couloir qui mène à la salle de lecture dite « Musique, cartes et images ».

Pendant que j’y suis, je recommande chaleureusement de réserver une place dans la salle de lecture « Musique, Cartes et Images ». Une petite merveille de salle de travail, décorée d’un piano à queue, de globes terrestres de toutes les époques, de cartes géographiques rares. Des livres par milliers remplissent les étagères sur trois étages.

Sur la coursive du troisième étage, j’ai été pris d’un terrible vertige. Je me tenais à la rambarde tandis que je feuilletais des atlas des années 1900. Je suis redescendu les jambes flageolantes. Vous voyez bien que les librairies sont des lieux palpitants !

La Bibliothèque nationale de la Bavière

Bayerische Staatsbibliothek, Munich

Toujours assoiffé de lecture, je me suis rendu à l’Institut français mais à trois reprises la médiathèque était close. C’est probablement de ma faute mais une institution qui n’accueille pas le public aux heures normales de la journée est une institution qui ne fera pas bon ménage avec la sagesse précaire.

En me promenant au hasard autour de l’Institut français, j’ai decouvert ce qui s’est avéré être la plus grande bibliothèque de Munich : la Bayerische StaatsBibliothek. Je ne m’en rendis pas compte car j’avais approché ce bâtiment par les jardins de l’arrière, en flâneur, sans carte, et visuellement, cela pouvait être n’importe quelle administration. J’avisai un café, je pris une boisson chaude et m’assis à la terrasse. C’est là que je compris que c’était une bibliothèque. Quel dommage que je ne lise pas l’allemand couramment, pensais-je. Les trésors que je rate avec ma pauvreté linguistique.

Mais au fait, ces grandes bibliothèques doivent avoir aussi de nombreux ouvrages en français et en anglais ! Le catalogue en ligne me confirma cette intuition mais tout me parut compliqué.

Le sage précaire est malgré tout un voyageur obstiné. J’y suis retourné et j’ai fini par obtenir une carte d’usager valable huit ans, et j’ai réussi l’exploit de comprendre comment s’y prendre pour réserver des bouquins dans leurs réserves, les collecter et les emprunter.

Je n’expliquerai pas ici les procédures à suivre qui sont peut-être encore plus sybillines que celles qui président au fonctionnement de la BNF François Mitterrand.

La police nous espionne

Quand les policiers ont quitté mon logement, j’ai repensé à leur comportement et j’avoue avoir ressenti de la perplexité. Qu’étaient-ils vraiment venus faire chez nous ?

Dans notre voiture à la vitre brisée, un exemplaire du coran est toujours mis à disposition, par habitude, cela fait partie de notre environnement. Or, la veille, j’avais remarqué que quelqu’un avait visité ma voiture, des papiers étaient en désordre et la boîte à gants étaient ouverte. Mais je ne m’inquiétais pas car il n’y a rien à voler dans ce véhicule.

La personne en question a dû courir au poste de police : il y a dans notre bonne commune un groupe d’islamistes étrangers. Leur voiture est française, leur immatriculation est française, leur coran est français et une vitre est brisée. Protégez-nous grands dieux ! Et s’ils cachaient des bombes ?

Pendant que je faisais ma déposition sur la table de ma salle à manger, je trouvais que la policière regardait un peu trop lourdement dans mon appartement. Je pensais : est-ce tant le bazar que ça ? Juge-t-elle mes performances d’homme au foyer ?

En fait elle était en mission. Elle espionnait, elle contrôlait la population. Elle investigait l’intérieur de ces nouveaux venus pour rédiger un rapport sur notre degré de dangerosité.

Après leur départ je me suis mis à leur place pour imaginer ce qu’il avaient pu penser.

On sonne, c’est un barbu quinquagénaire qui nous ouvre, il est peut-être franco-arabe, c’est sans doute un Français d’origine berbère ou d’Asie centrale. Il porte un survêtement mais vu son embonpoint il ne fait pas beaucoup de sport. Trop de couscous et de gazouze. Il ne parle pas allemand mais bon, on ne peut pas lui en vouloir, la plupart de nos immigrés sont infoutus de maîtriser notre doux idiome. Trop complexe pour eux.

Ce monsieur en survète ne montre pas de signe de méfiance, il n’est ni méchant ni menaçant. Nous invite à entrer dans son salon et nous propose un café pour nous amadouer. Il croit peut-être nous charmer en parlant anglais avec un accent ridicule.

Dans son salon, de grands tapis orientaux recouvrent le parquet. Nom de Dieu, des islamistes. On demande une pièce d’identité. Le quinquagénaire s’exécute, il nous donne son passeport. C’est un blanc finalement, né à Lyon, avec des prénoms chrétiens. Un caucasien sans doute converti à l’islam. Attention à la foi des convertis, c’est les pires. N’oublions pas qu’il y a beaucoup de convertis dans les rangs des djihadistes.

Il nous dit que sa femme travaille en lien avec notre armée et que lui ne travaille pas pour accompagner sa femme. Bizarre. À vérifier et à surveiller.

Il nous sourit avec ses dents du bonheur. Il ne porte pas plainte pour la vitre brisée car il croit à un accident. Il prétend ne pas croire à un crime car il a « confiance dans les habitants » de notre commune. C’est l’hôpital qui se fout de la charité. S’il y a un criminel ici, c’est lui, non pas les retraités allemands qui l’environnent.

Des cartons jonchent le sol de l’appartement. Trop petits pour un trafic d’armes ou de drogue, mais suffisants pour confectionner des bombes. D’ailleurs, il y a une couscoussière. À surveiller. Sur le canapé du salon, des livres pour enfants en allemand et un gros dictionnaire bilingue français-allemand.

Nous quittons les lieux après quinze ou vingt minutes. Nous informons le concierge de l’immeuble et lui demandons de garder l’œil ouvert.