Vacances obliques

En vacances, il est bon de ne rien prévoir pour sauter sur des occasions qui, parfois, se présentent.

Je végétais depuis une semaine, peut-être deux, content de vivre au ralenti pour récupérer et me soigner. Beaucoup de sommeil et de promenades, de rangement paresseux pour guérir de l’absence de certaines sensations dues à des êtres chers. Une hibernation d’été qui ne demandait qu’à continuer.

Et soudain, une machinerie s’est emballée, et je me suis retrouvé sur les routes dans une incessante fugue, pasant d’un endroit à l’autre, d’une maison à l’autre, d’une activité à l’autre.
En une grosse semaine, j’ai visité des lieux et rencontré des gens comme personne n’aurait pu le faire en organisant son temps de manière rationnelle. De la famille, des copains, des copains de copains, de la famille de copains, des copains de la famille, des inconnus, et ce sur des territoires aussi étrangers les uns aux autres que le Vercors, Montélimar, Roanne,  la  campagne roannaise, Angers, Blois, les bords de la Loire, Saint-Etienne, Lyon.

J’ai appris le métier de charpentier, celui de déménageur, celui de guide touristique.

Sans avoir rien décidé par moi-même, j’ai pu visiter trois ou quatre châteaux de la Loire, ce qui constituait pour moi un vieux rêve que je n’avais jamais réussi à actualiser, par manque de temps sur le territoire français. Par la grâce du hasard, j’ai enfin posé mes yeux sur Chenonceaux, Blois, Chambord (qui est plus beau que tout ce que j’avais imaginé, plus extraordinaire, plus étrange).

Et j’ai fait une traversée de la France rurale, d’est en ouest, et oblique, du nord-ouest au sud-est. Une France que j’ai trouvé bien molle, pour dire le vrai. je me disais, n’y a-t-il que moi, pour avoir la niaque, dans ce bled ?

Jour de marché dans la ville nouvelle

Jour de marché sur l’esplanade Saint-Bonnet, à Villefontaine. Nous sommes à une vingtaine de kilomètres de Lyon, à la campagne, dans ce qu’on appelle une « ville nouvelle », une forme d’urbanisme lancée, je suppose, dans les années 1975, une ville qui s’est lentement peuplée dans les années 80, sans passion et sans faire parler d’elle.

Quand j’étais au collège, mes professeurs disaient que ces villes étaient très moches.

Vingt ans ans plus tard, le bilan humain est magnifique. Toutes les races du monde sont concentrées sur cette petite place du marché. Les commerces de nourriture sont tenues par des gens issus de l’immigration, les banques et les magasins du genre librairie, trucs informatiques, sont tenues par des Français de souche. La bibliothèque du centre Simone Signoret a, comme il se doit, un personnel bigarré.

Toutes ces populations vivent ici sans agressivité. Au contraire, il se dégage une impression d’harmonie tout à fait convaincante. Et je recommande au voyageur de s’asseoir à une terrasse et de regarder les visages, les façons de marcher, les façons de se saluer : un vrai livre ouvert d’ethnologie contemporaine. Je pensais à ce que pourrait en écrire un Nicolas Bouvier, et voici ce qu’il penserait. La ville nouvelle nous présente sur un plateau (l’esplanade), l’un des plus beaux échantillonnages de l’humanité du 21ème siècle que la terre puisse porter. On croit, pour cela, qu’il faut aller en Amérique, ou dans les creuset orientaux, mais parfois, dans un repli de la campagne française, on trouve de ces joyaux anthropologiques. 

Il n’y a pas trop de mélanges, cela dit, mais une tranquille cohabitation. Qu’est-ce donc qui permet cette heureuse cohabitation, alors que tout le monde veut se foutre sur la gueule, si l’on en croit les journaux ? Le marché, bien sûr, la gloire du commerce, l’argent qui coule et qui s’insinue partout, l’argent que tout le monde partage, ainsi que le soleil et l’air qu’on respire. De poche en poche, de mains en mains, l’argent qui brûle comme du feu et qui coule comme de l’eau, qui glisse entre les doigts comme du sable, l’argent qui fructifie comme une terre ou un arbre. 

On parle des marchés d’Asie centrale, celui fameux de Kashgar, des souks du monde arabe et des grandes rencontres de Bénarès, mais qui parle du marché de Villefontaine, Isère ?

Redevenez étudiants

J’étais au collège, ou au lycée. Un conseiller d’orientation était dans la classe et nous demandait ce qu’on voulait faire plus tard. J’ai répondu : « Etudiant ». Oui, mais après tes études, que veux-tu faire comme métier ? Pour moi, la meilleure des activités, celle dont je rêvais, c’était d’être étudiant. D’autres disaient bien pilote de ligne, maquilleuse…

On me disait qu’il faudrait bien gagner sa vie, et cela me paraissait naïf, comme argument : gagner sa vie, oui, mais un homme qui étudie, ça n’a pas besoin de gagner beaucoup d’argent. Je trouverais toujours le moyen de manger, nul besoin de faire tourner toute ma vie autour de cette question-là. Gagner de l’argent est nécessaire, certes, mais pas davantage que de gagner, disons, de l’affection, de la reconnaissance, de la force physique, de l’endurance. L’obtention de tous ces biens se ferait au coup par coup, aux moments où le besoin se ferait sentir, il n’y avait pas lieu d’orienter sa vie – dès l’adolescence – en fonction d’eux.

Or, sans me vanter, je peux dire que je réalise mon rêve de collégien. Je m’arrange pour rester un étudiant, au sens large du terme. Ce n’était pas mon seul rêve, alors il faut que je combine un peu : je rêvais aussi de voyager et de connaître des femmes différentes, cela complique la donne, mais c’est faisable, sur la durée, et on peut acquérir une forme de stabilité dans l’effort.

En revanche, mes amis chinois ne comprennent pas mes projets. L’idée que je fasse une thèse maintenant, cela ne leur inspire que sourires, sarcasmes et suspicion. Il faut les comprendre. Pour eux, une thèse ne renvoie qu’à un diplôme, « un bout de papier », qui mène à une espèce de carrière. En quatre années, et en fréquentant assidûment les Chinois du monde universitaire, j’ai rarement eu le sentiment que la recherche était respectée en Chine. Même à l’université, celui qu’on admire le plus, c’est le boursicoteur, celui qui fait fortune. Il faut les comprendre, ils en sont aujourd’hui à travailler pour obtenir un avenir meilleur pour eux et pour leur descendance. Le seul luxe qu’ils comprennent, c’est celui de la grosse voiture, du bel appartement, du voyage pendant lequel on fait du shopping.

Il est vrai que la sagesse précaire a quelque chose de décadent. De côtoyer des Chinois, cela me donne de moi-même une image décadente. Pourtant je travaille plus qu’eux, je ne suis pas plus inefficace, je projette mon travail dans l’avenir et je prétends les aider à trouver des perspectives de développement. Dans les faits je ne suis pas décadent. C’est donc une question de discours, d’attitude face à la vie. Le Chinois post-maoïste dit : « On en a suffisamment bavé et on est suffisamment précaires pour rêver à une résidence gardée par des statuettes de dieux gréco-romains. »

Le sage précaire leur donne raison mais il leur dit : « Amis chinois, il y a aussi de l’avenir pour ceux qui savent rester sans rien faire, pour ceux qui sauront regarder les villes et les paysages. La Chine a besoin d’étudiants éternels qui sachent parler des jardins, qui sachent fréquenter les femmes occidentales pour ensuite partager leurs connaissances aux lits de leurs compatriotes. »

Expo Shanghai 2010: mon projet préféré pour le pavillon de la France

Lors de mon premier passage, devant ce projet, j’ai eu une réaction de rejet. Trop sombre, trop végétal, trop personnel, le visiteur entrait dans l’imaginaire d’un homme singulier alors qu’il était censé entrer en France, et un imaginaire, qui plus est, assez peu typique.

Mais en me promenant entre les autres projets candidats, les images du pavillon dit « élémentaire », ont fait leur chemin dans mon esprit. Je vous invite à voir ces photos et un petit film d’animation sur le site des pavillons français.

Voilà un projet qui aurait créé de la polémique, qui aurait déclenché la fureur de ceux qui veulent une image lisse de la France. Et puis, c’est de l’imaginaire, c’est vrai, on plane en plein fantasme, dans le « pavillon élémentaire », et un type d’imaginaire qui va justement se développer dans les années à venir selon moi.

Il s’agit de l’imaginaire futuriste. Futuriste au sens du courant artistique du début du XXe siècle, ces peintures de machines, cette célébration de la vitesse, de l’aviation, du machinisme, d’une vitalité bruyante et folle.

Mais futuriste aussi au sens de la science fiction, avec ses paysages de fin du monde, ses espaces diffractés, son mode de vie post-atomique. Pour une grande puissance nucléaire comme la France, c’était le meilleur des projets.

Trois grand espaces : un sous-sol appelé « caverne », un sol accidenté comme un champ, appelé « toit de Descartes », et les « nuages », au sommet des tours. De grandes ailes étranges. Le tout forme une image puissante et peu accueillante. On ne voit pas en quoi il s’agit d’un pavillon, puisque de l’extérieur on ne voit que trois pylones en forme de champignons. Les espaces d’exposition sont, d’une part, enterrés dans la « caverne » et, d’autre part, élevés au niveau des « nuages ».

Dans le sous-sol, la « caverne » donc, le visiteur est vraiment projeté dans un univers tragique de Bande-dessinée. Il fallait oser. Osons le tragique, par Toutatis, et créons des ciels qui nous tombent sur la tête.

Les longs toits font penser à de gigantesques ailes d’insectes, les structures font penser à des phares, les tours en entier font penser à des champignons. Insectes, phares et champignons, ce sont les mots que j’ai entendu de la bouche d’étudiants et de visiteurs lors de l’exposition des quatre projets, au Musée de l’urbanisme de Shanghai.

Vus d’en haut, les toits/ailes d’insectes forment trois sphères qui s’interpénètrent et rappellent les peintures rythmiques des cubistes ou des puristes, ou de tous ces mouvements qu’on appelait « avant-garde ». La structure en acier nous rappelle la Tour Eiffel et, avec elle, tout l’imaginaire mécaniste des premières machines volantes et les innovations de la Belle epoque. Jules Verne, l’Amérique, les premières voitures et les « téléphonages » de Proust, c’était à tout cela que nous ramenait le Pavillon élémentaire, à toutes les intenses rêveries que provoquaient il y a cent ans l’ingénierie et l’industrie.

Voilà, c’était un projet bordélique, imparfait, contestable, passéiste/futuriste, prétentieux et incompréhensible. Un pavillon que n’auraient pas aimé nombre de Français mais qui aurait marqué les esprits, qui aurait couru crânement sa chance de s’imposer parmi les landmarks de Shanghai et de devenir, à terme, un symbole de la créativité française.

Au lieu de cela, nous savons déjà ce que deviendra le pavillon choisi par la France. Il va roupiller et les entreprises qui l’auront financé y organiseront des surprises parties pour le grand capital.

Expo Shanghai 2010 : le pavillon français

Pavillon français

Voilà le pavillon français, choisi par Sarkozy, pour l’expo Shanghai 2010.

Il n’est pas mal mais je le trouve tellement consensuel qu’il est déjà un peu ennuyeux. On dit qu’il y a un jardin au milieu, mais c’est faux, il y a des trucs végétaux qui rappellent les jardins à la française. Bon. Il y a surtout cette enveloppe grillagée qui est censée symboliser un voile qui se soulève, mais qui sera très datée en 2010 car on lui trouvera des ressemblances avec le stade olympiques de Pékin.

Au Musée de l’Urbanisme de Shanghai, on peut voir ces jours-ci les quatre finalistes parmi la cinquantaine de projets en compétition. J’y suis allé avec des étudiants, le jour de l’inauguration, et je dois dire que des quatre, celui-ci n’est pas le plus original, loin de là, mais il est le plus… oui, le plus consensuel.

Il s’intitule le « pavillon sensuel », quelque chose comme ça. Sous prétexte qu’il y a des plantes, on parle d’odorat et de visuel. Puis, mécaniquement, car il s’agit de vendre un projet, on généralise le concept en lançant le titre de « Pavillon sensuel », sans que l’on sache en quoi le toucher, le goût et l’ouïe seront convoqués. 

Il est élégant, miroitant, joli, carré, ondoyant de façade, mais il risque d’être fatigant pour les yeux avant même que d’être construit.

Il y avait, dans le choix du pavillon français, une possibilité pour Sarkozy de donner une image de rupture et d’audace, dans le Pavillon élémentaire par exemple. Il a préféré l’ennui et la discrétion.  

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L’épuisement du cycliste à Shanghaï

Ce fut plus fort que moi, pour la première fois j’ai abandonné. La ville m’avait bien eu, j’étais à bout de force et je ne voyais plus d’issue.

Je faisais du vélo depuis longtemps déjà, en pleine nuit, mais je ne m’en rendais pas compte. Le vélo, pour moi, c’est assez proche de la grâce, mon corps n’a plus de poids, il survole le bitume, il avale les kilomètres en pensant à autre chose. Quand je sors d’un bar et que j’annonce : « J’ai encore une heure de vélo pour rentrer chez moi », mes compagnons de bouteilles font les yeux ronds. Une heure de vélo, dit comme cela, ça paraît chiant comme la mort, mais une fois sur la bécane, on pense à mille choses et l’heure passe aussi vite qu’un épisode de Dallas.

L’autre soir, je sortis de chez mes amis avec une appréhension. Je n’étais pas certain de la route pour revenir chez moi. Je n’avais pas de carte de Shanghai. C’est le problème, disons-le. J’ai péché, j’ai payé pour l’orgueil de croire que je connaissais bien Shanghai, maintenant. C’est une illusion, je suis beaucoup plus ignorant que je l’imagine.

Je pris la route, vers une heure du matin, relativement optimiste, car quand je prends la route, je me sens toujours dans mon élément. J’ai une confiance exagérée dans les réflexes de mon corps, les millions de perceptions mémorisées par mon corps grâce auxquelles je retrouve mon chemin sans l’avoir même cherché.

C’était sans compter Shanghai. Elle a des ressources, cette vieille catin. A deux heures du matin, j’étais toujours dans une espèce de banlieue qui ne ressemblait à rien de connu. Je bifurquais, je me dirigeais selon la lumière, selon l’impression que me donnaient les axes routiers, selon les points cardinaux, car il me fallait aller nord ouest.

A deux heures et demie, les routes devinrent mauvaises, et je sentais que je m’éloignais, inexplicablement, et du centre ville, et de toute banlieue. Soudain, un nom de rue m’apparut. Oui je connais cette rue, je l’ai déjà empruntée un jour. En réalité je connaissais son nom, mais je n’avais jamais vu ce Mac Do, ni ce croisement.

Un grand découragement me prit. Ma fatigue n’était pas étrangère à cela. Je rangeai mon vélo, l’attachai à une rambarde, achetai de l’eau et du chocolat dans une superette et pris un taxi. Le plus humiliant est que le taxi ne mit pas beaucoup de temps pour arriver chez moi, peut-être vingt minutes. J’étais donc tout près, j’avais réussi à me soustraire à la banlieue innommable, mais j’ai baissé les bras à trois heures du matin.

Deux jours plus tard, je n’ai toujours pas eu le goût, le temps ou le courage d’aller rechercher mon vélo.   

Comment gagner sa vie sans être professionnel

Dans une rue de Taipei, pour fêter l’anniversaire d’un dieu local, une troupe de comédiens et de chanteurs ont diverti les communautés du quartier Xinyi pendant trois ou quatre jours. L’après midi, et le soir jusqu’à minuit, des histoires fleuve se succédaient, qui racontaient des anecdotes de la vie du dieu en question, dont le culte est célébré tous les jours dans un temple de fortune, de l’autre côté de la rue.

Ce qui m’a le plus étonné, c’était l’attention et la présence de tous ces gens, toutes générations confondues, qui préféraient suivre cette performance de théâtre syncrétique, empruntant au théâtre traditionnel et à la variété taiwanaise, plutôt que de regarder des feuilletons à la télévision ou de jouer à des jeux sur internet.

J’ai demandé à un quidam si la troupe était professionnelle, ou si c’était des gens du quartier qui faisaient du théâtre, en amateurs fervents. Il a ri : « Non, ils ne sont pas professionnels. Enfin, c’est leur job, oui, mais ils ne sont pas professionnels. »

J’ai voulu prendre en photo les jolies actrices qui se maquillaient, ou se démaquillaient, ou se reposaient, ou fumaient des clopes dans les coulisses, mais elles ne voulaient pas. Coquetterie ou réel rejet de la prise d’image, ce n’était pas à moi de juger, je les ai laissées tranquille.

L’ambiance festive de la rue me rappelait des souvenirs de théâtre amateur que je pratiquais dans un village du Dauphiné quand j’étais adolescent. Toujours, je dormais dans les décors, le soir, car il fallait un gardien. Parfois, une comédienne restait avec moi. Ce n’était généralement pas celle dont j’étais amoureux, mais les nuits étaient quand même transfigurées par le lieu, la facticité, la fragilité et l’excitation propres aux décors de théâtre.

Le lendemain de cette représentation, la rue retrouva sa tranquillité. Le dieu avait passé une bonne fête d’anniversaire, les comédiens pouvaient aller entretenir d’autres quartiers, d’autres fidèles.

Je suis comme le roi d’un pays pluvieux. Bloqué à Taïwan

Je commence cette journée dans la plus grande incertitude quant a ce qu’elle va me reserver en termes d’attentes, d’immobilités et de deplacements.

Je suis a Taipei et je dois être ce soir à Shanghai. Or, il n’y a pas de vol direct entre Taiwan et la République populaire de Chine. Il faut prendre une correspondance à Hong Kong, à Macao, au Japon ou en Corée. En général il y a du retard, mais ces jours-ci, il y a surtout un typhon qui fait pas mal de dégâts dans la region.

Le typhon est venu s’ecraser sur les côtes taiwanaises (un typhon peut-il « s’ecraser » ?) et les avions des jours derniers ont été annulés. Aujourd’hui devrait donc être relativement busy, comme jour de transports publics et internationaux.

Le typhon a continue sa route jusqu’à la Chine et, si j’en crois la télévision taiwanaise, il sévit en ce moment dans la région de Shanghai. Les inondations dans toutes la région ont fait plusieurs morts et ont détruit de nombreuses infrastructures. J’imagine que je pourrais tres bien rester bloqué dans des aéroports. Aujourd’hui, demain, combien de temps ?

Dois-je preciser que je me rejouis de cela ? Non des ravages causés par les intempéries, mais d’entrer dans un temps indéfini d’attente. C’est l’excuse idéal pour rater l’ecole, pour manger des trucs en chocolat que je vais m’empresser d’acheter, et pour lire ce que j’ai dans ma sacoche : Baudelaire dans l’edition de la Pléiade et un roman de Don de Lillo.

Je sais l’art d’evoquer les minutes heureuses

Myanmar

Dans l’appartement où je loge, à Taipei, la télévision propose une centaine de chaînes, des chinoises en plusieurs dialectes, des japonaises et des anglophones. CNN, ce matin, montre des images de la répression en Birmanie (Myanmar).
C’est un pays où je comptais aller, mais voilà, si la démocratie en vient à s’imposer, ou si, comme en Chine, le pays ouvre ses bras plus grand aux étrangers, l’appel d’air sera tel que les touristes seront trop nombreux pour moi.
Je devrais avoir honte d’être inspiré de cette maniere face à des événements de ce type.

La Taiwanaise

En direct de Taiwan, ou l’ordinateur ne connait pas les accents francais.

Rencontre un type d’une soixantaine d’annees qui reproche a son frere de sortir avec une Taiwanaise de vingt ans sa cadette. « Mon frere, dit-il, c’est un flambeur, qu’est-ce que tu veux. Il a beaucoup joue, beaucoup parie, et il a toujours perdu. »

Moi, je trouve qu’il a plutot reussi, au contraire, il s’en est paye de larges tranches, il a voyage, il a fait des affaires, il a gagne beaucoup d’argent puis tout perdu. Puis il a su se relever tranquille, en louvoyant avec les banques. Il a connu des femmes, il ne s’est jamais marie, n’a pas d’enfant. Je ne sais pas s’il le regrette, mais il sait toujours apprecier la beaute des choses transitoires. Sur le seuil du troisieme age, il n’a pas de propriete, mais il habite avec une (jeune) Chinoise qui, pour reprendre ses mots, « s’occupe de moi comme jamais aucune femme n’a su le faire. » Il reve tout haut, il se demande s’il ne va pas quitter la France pour de bon et venir finir ses jours ici.

Son frere trouve cela revoltant. Sur le ton de la confidence, il me dit, sans m’expliquer vraiment pourquoi, que c’est mal.

« Ca me plait bien, moi.

– Oui, mais toi tu es jeune. Lui il a 60 ans!

– Non mais ca me plait bien que ce soit possible a 60 ans. »