On peut être en retard sur son temps

Sans vouloir me fâcher avec mes chers amis du CNRS, de Princeton University et de l’université de Lausanne, je voudrais affirmer modestement qu’il n’y a rien de déshonorant à être en retard sur son temps.

Je fais référence ici au colloque qui s’est tenu à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, il y a quelques jours. Parmi les débats qui nous ont tenus en haleine, il y avait celui qui opposait les « orientalistes » et les « post-orientalistes ».

Je m’explique brièvement.

D’un côté, mes chers amis cités plus haut pensaient que Nicolas Bouvier avait « décentré » la littérature de voyage dans un contexte d’impérialisme et de néo-colonialisme. De l’autre, il y a notamment votre serviteur qui dit simplement que non, tout génial que fût l’écrivain suisse, son grand récit L’Usage du monde tient un discours qu’il convient d’appeler « orientaliste », voire « néo-orientaliste ». Je ne vais pas répéter toutes ces choses déjà dites et écrites, mais chez Bouvier, les « autres » (les voyagés) sont vus en miroir de ce que sont les Occidentaux. Et c’est un miroir inversé : les « autres » incarnent dans L’Usage du monde le contraire de ce que « nous » sommes. Cela renvoie à ce qu’Edward Said appelait l' »orientalisme », un phénomène d’essentialisation des populations rencontrées.

La vérité est que Nicolas Bouvier n’était pas en avance sur son temps, et j’ajoute qu’il n’y a aucune honte à cela. Sur la question du récit de voyage comme discours qui met en forme un rapport à l’autre, une hiérarchisation de l’espace, voire une relation hégémonique incarnée dans des marqueurs stylistiques et des choix narratifs, la culture francophone avait déjà amorcé un processus de déconstruction du récit colonial et impérialiste : que l’on songe aux situationnistes et leurs dérives, à Michel Butor et à son Mobile américain, ou encore aux analyses de Roland Barthes sur les voyages et leurs représentations dans Mythologies notamment.

De ce point de vue là, Bouvier était en retard sur temps. Il était pétri d’une littérature d’avant guerre, et alors ? Est-ce un mal ? L’histoire de l’art et des idées abonde en êtres exceptionnels qui étaient en retard sur leur temps.

Johan Sebastian Bach composait et jouait de manière démodée. Les gens venaient l’entendre en disant : « Ça me rappelle les génies qu’on entendait du temps de mon grand-père, mais en mieux. »

Leibniz, tout révolutionnaire qu’il fût, pensait comme un homme du XVIIe siècle alors qu’il vivait au siècle des Lumières.

Nicolas Bouvier colloquisé

Le colloque des 6 et 7 octobre s’est très bien passé. On s’est bien amusé et on a été gâté par d’excellents buffets ainsi qu’un très bon restaurant japonais dans le 7ème arrondissement de Lyon, rue de Bonald. Le choix d’un japonais s’était imposé en raison du livre de Bouvier Chronique japonaise.

Le campus de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) est très beau, les amphis sont classes et les jardins laissent pousser des fleurs des champs, des mauvaises herbes, comme on le fait maintenant dans les milieux informés. Nous étions donc plongés deux jours durant dans la fabrique de l’élite française.

Les études sur Nicolas Bouvier sont chatoyantes. Beaucoup de Suisses dans ce colloque lyonnais, donc beaucoup des débats tournèrent autour de sujets qui intéressaient surtout les Suisses. Or, pendant qu’ils parlaient entre eux, les autres purent explorer les traductions et les réceptions anglaises, allemandes, italienne, espagnoles, chinoises, iranienne, et même coréenne. C’était extraordinaire.

Une performance magistrale d’Halia Koo traita de manière comique, distancée et maîtrisée de la traduction et de la réception coréenne. Maîtresse de conférence à Terre-Neuve au Canada, elle a su mêler un grand sérieux avec un sens impressionnant de la performance scénique.

Daniel Maggetti, qui règne sur les lettres françaises à Lausanne, donna une conférence passionnante sur les premières années de l’écrivain et de sa réception à l’intérieur de la Suisse : il dégonfla le mythe d’un Bouvier simple et discret, pour dévoiler une personnalité assoiffée de reconnaissance, apte à faire appel à des réseaux, des cercles et des pistons. Cela faisait écho à la conférence de Raphaël Piguet qui parla de la vie de Bouvier en Amérique et qui nous informa de tous les soutiens que le voyageur obtint de la communauté suisse pour être invité à donner des conférences dans les universités prestigieuses du Nouveau Monde.

Comme je m’occupais de la réception britannique/irlandaise, et que Raphaël devait a priori rester centré sur les États-Unis, nous nous sommes parlé plusieurs fois sur des rendez-vous « Zoom », lui à Princeton et moi en Cévennes, depuis l’hiver 2022 jusqu’à cet automne. Nous avons ainsi évité de marcher sur nos plates-bandes respectives et avons précisé nos objets d’étude. Lui s’est finalement attelé à la réception « grand public » anglophones, et moi aux usages « universitaires » de la critique bouviérienne.

Liouba Bischoff, dont le livre L’Usage du savoir a profondément renouvelé les études sur Bouvier, a parlé notamment de sa postérité dans l’oeuvre des écrivains qui ont suivi. Elle nous a fait le plaisir de citer un extrait sonore de Jean Rolin himself, et de souligner sans chercher la polémique la nullité de Sylvain Tesson et les limites de la « littérature voyageuse ».

Je ne vais pas revenir sur toutes les contributions, qui furent vraiment intéressantes et riches. Notons seulement qu’apparemment une pilule ne passe pas dans la communauté des bouviériens : le fait qu’il ait été un jeune homme de droite, plutôt orientaliste, admirateur d’auteurs réacs. Cela ne l’a pas empêché de se déporter sur la gauche, comme d’autres écrivains avant lui. Victor Hugo aussi a commencé conservateur avant d’être très à gauche. Jean-Paul Sartre aussi, on oublie souvent que dans les années 1930, il était loin d’être le combattant des causes prolétaires qu’on a connu plus tard. J’ai suffisamment écrit et publié sur la question des errements politiques de Nicolas Bouvier, je n’ai pas besoin d’y revenir.

Il y avait une jeune femme iranienne, une jeune femme russe, une Chinoise restée en Chine qui a parlé en visioconférence. L’actualité brûlante du temps présent était incarnée par ces jeunes gens.

Recherches sur la littérature de voyage : l’école francophone

Les spécialistes de la littérature de voyage ne sont pas extrêmement nombreux mais ils forment une petite communauté universitaire très intéressante à observer. Je précise d’emblée que je fais partie moi-même de cette communauté, donc mes paroles n’ont rien d’objectif. Cette petite analyse m’amuse d’autant plus que j’ai essayé de cartographier l’équivalent britannique de cette approche française. J’avais montré qu’il existait une « école de Nottingham » et un « cercle de Liverpool ». J’étais très satisfait de mes catégories qui m’ont valu quelques remarques. Par conséquent, pour caractériser l’approche française de la littérature de voyage, je vais essayer le terme d’ « école francophone ».

Je ne peux pas annexer le nom d’une institution ni d’une ville pour la raison que la revue principale est affiliée à Clermont-Ferrant, comme l’est Philippe Antoine, l’un des fondateurs de ce courant, bien que le centre de recherche soit affilié à la Sorbonne. D’ailleurs, s’il n’y avait pas eu ce décentrement, on aurait pu parler d’une « école de Paris » puisque la collection de livres la plus importante fait partie des Presses de l’Université Paris-Sorbonne, et que d’importantes figures de ce groupe de chercheurs travaillent à Paris : François Moureau est une huile de la Sorbonne, Sarga Moussa est affilié au CNRS et Gilles Louÿs à Nanterre. On est donc passé à deux doigts d’une centralisation commode. Au contraire, on peut parler aujourd’hui d’une belle décentralisation. Regardez le comité de rédaction de notre revue, Viatica : outre Clermont-Ferrand, se distinguent l’université de Picardie avec Anne Duprat, l’École normale supérieure de Lyon avec Liouba Bischoff, l’université de Lorraine avec Alain Guyot, etc. Et je ne parle pas d’autres figures marquantes telles qu’Odile Garnier de Nice, Daniel Lançon de Grenoble ou Sylvie Requemora-Gros d’Aix-Marseille. C’est donc la France tout entière qui est concernée par cette « école francophone ».

Beaucoup plus que la France, évidemment, c’est pourquoi je ne l’appelle pas « l’école française ». C’est l’ensemble de la francophonie qui s’exprime ici puisque la place de la Suisse et du Canada est incontournable quand on évoque la littérature des voyages. Je ne pense pas aux éternels écrivains suisses que l’on sort du chapeau chaque fois que l’on invoque le récit de voyage, Ella Maillart et Nicolas Bouvier, mais bien des chercheurs, car dans ce domaine aussi les universités suisses, canadiennes, belges, sont souvent en avance sur la recherche hexagonale. Le suisse Adrien Pasquali a écrit un livre de référence en 1997 peu avant de disparaître. Roland Le Huenen a longtemps enseigné à Toronto et a écrit les premiers grands articles qui ont marqué notre champ de recherche, Roland Le Huenen qui est décédé il y a peu et à qui la revue Viatica rend un vibrant hommage dans son huitième numéro.

Je trouve cela beau, cette constitution d’une communauté de chercheurs qui se souvient, qui fonde des traditions et qui ouvre ses rangs à des jeunes pour vivifier la pensée et faire place à l’innovation. Cette communauté se manifeste dans plusieurs espaces symboliques comme des rencontres, des collections spécialisées chez des éditeurs universitaires, des revues ou des laboratoires. Les principaux animateurs de cette communauté organisent fréquemment des colloques nationaux et internationaux qui se concrétisent parfois dans des publications. On peut bien sûr mentionner le Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages (CRLV) fondé par François Moureau dans les années 1980, la collection « Imago Mundi » chez Sorbonne Université Presses, où j’ai eu le bonheur de publier ma Pluralité des mondes, la revue Viatica fondée en 2014 et les colloques réguliers dont celui de 2012 où j’ai participé pour la première fois sans avoir clairement conscience de la cohérence idéologique de cette communauté vivante et affectueuse envers ses aînés.

Pour rendre justice à mes petits efforts, je me permets de relever que j’ai quand même tenté de poser des jalons dans un billet de 2012, d’une comparaison entre la critique britannique du travel writing et son équivalent francophone. Certes, je me limitais dans ce minuscule article à montrer qu’en France et au Canada on faisait encore grand cas des écrivains voyageurs médiévaux à la différence des études britanniques et que cela avait de réelles conséquences idéologiques. Cela reste maigre mais il faut un début un tout et je reste persuadé que nous devrions nous pencher sérieusement sur une cartographie des diverses approches théoriques sur la littérature des voyages, pays par pays, langue par langue. Que font les Allemands par exemple ? Comment étudient-ils les écrivains voyageurs de langue allemande ? Je pose cette question à tous les universitaires d’outre-Rhin que je croise dans les colloques et mes voyages, et n’ai jamais reçu de réponses satisfaisantes. Que font les Polonais quand ils étudient Jean Potoski, Andrzej Stasiuk et Ryszard Kapuscinski ?Le but de cette cartographie, selon moi, ne serait pas de fusionner toutes les approches, mais de prendre conscience de nos impensés, nos angles morts, nos divergences et nos convergences, et au final de muscler certaines tendances critiques, voire de passer des alliances de circonstance sur tel sujet, telle notion, comme des tribus de guerriers nomades.

En attendant que lumière soit faite sur l’Europe de la littérature viatique, recentrons-nous sur cette myriade de textes et de rencontres en langue française. Les générations s’y croisent, de frais doctorants pas encore trentenaires côtoient des fringants retraités, des livres passionnants ont été publiés. Quelque chose est en train de se passer qui vaut le détour.

Deux jeunes écrivains aux antipodes : Julien Blanc-Gras et Blaise Hofmann

Marquises de Blaise Hofmann

En lisant Les Marquises, de Blaise Hofmann, je pense constamment à un autre écrivain de voyage, Julien Blanc-Gras.

Ou plutôt, je pense à un récit spécifique de Blanc-Gras, publié en 2013 : Paradis avant liquidation (Au Diable Vauvert éd.). Les deux livres décrivent la vie et l’histoire d’îles lointaines où il ne fait pas forcément bon vivre, mais qui ont incarné, chacune à leur manière, l’image du paradis. D’un côté les Marquises, qui renvoient aux peintures sauvages de Gauguin et à la voix de Brel. De l’autre les îles Karabati, dans l’océan Pacifique, c’est-à-dire la carte postale du lagon et des cocotiers.

De ce point de vue (le paradis qui est devenu un enfer), le récit de Julien Blanc-Gras est plus convaincant, car il adopte cette question comme axe de narration. Chapitre après chapitre, le lecteur est atterré devant ce qui devrait être un territoire de bonheur simple, et qui se révèle un cloaque abominable.

Blaise Hofmann, lui, ne prétend pas dire la même chose. C’est d’ailleurs un peu le problème de son livre : Les Marquises (Zoé, 2014) n’a pas d’angle d’attaque particulier, il consiste en une narration plaisante et intéressante d’un séjour aux Marquises, sans plus. On passe de personnages en personnages, d’un lieu à l’autre, sans raison apparente, en dehors du fait que l’auteur a bel et bien rencontré ces gens et visité ces lieux.

Je n’aime pas donner de leçons, et je ne juge pas la qualité littéraire du livre d’Hofmann. Ce que j’écris là est seulement une impression de lecture, due au télescopage de deux livres qui sont parus presque en même temps. Si je me permets de dire ce qui est bon et ce qui ne va pas à mes yeux, c’est uniquement pour lancer une réflexion ; je me parle à moi-même, comme dirait Montaigne, et ne cherche aucunement à prescrire quoi que ce soit.

Le récit de voyage est un genre protéiforme et monstrueux, il peut s’adapter à tout. Il n’y a pas de règles auxquelles il faudrait obéir. On fait ce qu’on veut dans le récit de voyage et c’est très bien comme ça. Mais si l’on veut, ce qui est mon cas, que ce genre gagne les lettres de noblesse qu’il mérite, il faudrait peut-être structurer nos récits en leur donnant un axe, un angle ou une problématique. Qu’il y ait un projet de départ, quelque chose comme ça. Celui qui excelle à cela, c’est évidemment Jean Rolin, mais on me reproche de trop parler de Jean Rolin, alors je ferme ma bouche.

On sent qu’Hofmann ne veut pas choisir, car il ne veut rien délaisser. Qu’il veut parler de tout, et qu’il ménage, en quelque sorte, la chèvre et le chou. Le quotidien et les légendes, la nature et les profils Facebook, le renouveau culturel et les poulets aux hormones. Il est vrai que tout cela existe, mais l’impression laissée, à la lecture, est celle d’un témoin qui coche les cases de tout ce qui est important à dire, alors qu’un écrivain devrait nous emporter dans un voyage dont il est le capitaine.

Cette même indécision se retrouve à la quatrième de couverture, quand l’éditeur et l’auteur cherchent à qualifier le ton du livre : « C’est un carnet de route plein d’autodérision, un regard empathique, curieux, critique et généreux ». C’est un peu tout ça à la fois, et pour le coup, aucune de ces postures stylistiques et/ou éthiques ne s’impose.

Une scène m’a beaucoup intéressé, dans Marquises. Le narrateur assiste à un festival de danse traditionnelle, et publie sur son blog les petits reportages qu’il en retire. Grâce aux réseaux sociaux, son blog est lu dans son pays natal, la Suisse, mais aussi par des gens concernés, des Marquisiens furibards. Le billet de blog reçoit des commentaires injurieux et virulents. On l’accuse de ne rien comprendre, d’être un touriste dédaigneux qui juge du haut d’un mauvais complexe de supériorité. L’auteur du livre, et du blog, est évidemment très emmerdé : « Je reçois ma première baffe virtuelle. Virtuelle et anonyme ». Hofmann a raison de dire que les écrivains d’autrefois ne pouvaient pas connaître ce genre de déconvenue, car alors, on écrivait au retour, et exclusivement pour les compatriotes. On se foutait pas mal de savoir ce que ressentait les gens du pays visité.

Cela pourrait introduire à de nombreux sujets de réflexion passionnants, compte tenu des moyens actuels du voyage, de la présence d’internet, de la relative immédiateté que proposent les blogs et les réseaux sociaux. Chemin faisant, c’est effectivement le statut de l’écrivain, du récit de voyage et de sa réception, qui est mis en question. Malheureusement, Blaise Hofmann fait son mea culpa et passe à autre chose. J’aurais aimé qu’il développe, surtout parce que j’ai vécu des histoires similaires, soit avec des lecteurs chinois, soit avec les néo-hippies du festival du Souffle du rêve. Cela aurait pu être une manière d’approche : les marquises connectées, le voyage virtuel, la cyber-écriture et les paysages redéfinis par les nouvelles technologies.

Blanc-Gras paradis

A l’inverse, Julien Blanc-Gras a abordé les îles Kiribati avec un angle d’attaque précis. Comme ces îles vont bientôt disparaître sous la mer, à cause du changement climatique, ce voyage est une sorte de dernier relevé avant disparition. Paradis, avant « liquidation ». Avec les deux sens, drolatiques et tragiques, du mot liquidation : dissolution d’une entreprise, et noyade dans un liquide hostile. L’océan aux couleurs turquoises devient un monstre pollué et toxique qui va tout recouvrir et tout avaler.

La différence entre ces deux auteurs est peut-être que l’un est grand reporter. Blanc-Gras a signé, notamment, quelques reportages pour le magazine M du Monde. Il a peut-être développé l’art et la manière de raconter des choses en fonction d’une question et de s’y tenir. Blaise Hofmann, lui, s’inscrit dans la tradition des écrivains marcheurs, qui écrit un livre comme une promenade, avec un souci du rythme et des détails ; sauf qu’une promenade, par définition, choisit un itinéraire, une route, qui laisse de côté le territoire qui n’est pas traversé, et que Marquises s’occupe de tout un territoire.

Ils sont allés aux antipodes, et ils sont un peu aux antipodes l’un de l’autre.

L’ermite limite : Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson

Le livre à lire en 2013, minutieusement, qui n’est pas sans talent et qu’on ne lit pas sans agacement non plus, est de Sylvain Tesson : Dans les forêts de Sibérie. A l’approche de la quarantaine, l’écrivain voyageur a décidé de se payer une demi-année de vie dans une cabane au bord du lac Baïkal, en Sibérie. L’hiver, le lac est gelé, le paysage est de neige et de glace, la solitude règne et la vodka coule à flots. Au printemps, les moustiques font rage et la vodka coule à flots. L’ermite français reçoit et rend quelques visites, et la vodka, comme à toutes les pages du livre, coule à flots.

Le journal de Tesson est donc assez agréable à lire, n’était le début du livre, qui est un véritable pensum, et qui concentre beaucoup des défauts de la littérature du voyage prétentieuse et creuse qui s’expose chez les « étonnants voyageurs », le célèbre festival de Michel le Bris où Tesson est régulièrement invité.

Les premiers chapitres sont embarrassants de bêtise et d’absence de scrupule. Beaucoup de pose, de la part de l’écrivain, des manières de faux Nicolas Bouvier mâtinées de clichés agoraphiles. Trop d’oppositions complaisantes entre la solitude de l’ermite et la grégarité des citadins. Trop d’autocongratulation et de narcissisme dans ce qui était censé faire l’éloge de la vie intérieure. Trop d’omissions des conditions matérielles présidant un projet qui coûte extrêmement cher, ne serait-ce que par la nécessité d’un congé de six mois, de transports coûteux, de provisions spécifiques et de sponsors. Et partant, une occultation complaisante des moyens financiers et humains qui ont été nécessaires pour réaliser cette mise en scène de la frugalité.

Ce livre fait penser à une superproduction hollywoodienne qui raconterait la vie de l’abbé Pierre et de Benoît-Joseph Labre. Tout cela donne à ses aphorismes sur la pauvreté un aspect un peu suspect : « On dispose de tout ce qu’il faut lorsque l’on organise sa vie autour de l’idée de ne rien posséder » (p. 176). Rien posséder, c’est vite dit quand on réalise une expérience subventionnée par Culture France, l’année croisée France-Russie, les équipements MILLET, toutes organisations remerciées en fin d’ouvrage. L’ermite est loin d’être aussi précaire qu’il le dit, et à la lecture, on se dit qu’il fallait bien des efforts et des partenariats pour se mettre à nu dans la forêt.

En définitive, Tesson écrit une ode à la simplicité, mais en utilisant des ressources très élaborées pour cela. Il milite pour un environnement propre, mais il a recours à des véhicules polluants. Il prétend être en autonomie mais il est soutenu par de nombreuses institutions étatiques, diplomatiques, journalistiques et commerciales. Il chante la supériorité de la solitude mais il bénéficie d’un véritable réseau de soutiens et de protecteurs.

Ce qu’on peut lui reprocher n’est pas de bénéficier de ces avantages, car on est toujours le privilégié de quelqu’un d’autre, mais de prétendre être un pauvre hère.

Par ailleurs, si l’auteur ne manque pas de talent d’écriture, le récit est gâché par des options stylistiques qui abusent d’opposition binaires et hiérarchiques. Il y a toujours quelque chose qui est « supérieur » à autre chose : la peinture par rapport à la photo, la vie dans les bois par rapport à celle dans les villes, etc. L’écrivain passe par trop de formules qui tendent à juger que ses choix de vie sont les seuls qui vaillent, que ses choix de véhicules sont les meilleurs. Quand il écrivait sur de longues randonnée en Asie centrale, il faisait de la marche le seul moyen de transport valable ; maintenant qu’il relate une expérience immobile, il change de hiérarchie (mais il demeure dans la hiérarchie) : « Le défilé des heures est plus trépidant que l’abattage des kilomètres. » (p. 264) Cette prise de conscience édifiante, en fin de livre, fait écho à ses espoirs de début de livre : « Il suffisait de demander à l’immobilité ce que le voyage ne m’apportait plus : la paix. » (p. 40).

Trop d’aphorismes pontifiants : « L’essentiel ? Ne pas peser à la surface du globe. » (p.42) « Qu’elle est légère cette pensée ! Et comme elle prélude au détachement final : on ne se sent jamais aussi vivant que mort au monde ! » (p. 198) Ou comment encenser la légèreté en étant lourdingue. Des métaphores à la Bouvier : « La vie en cabane est un papier de verre. Elle décape l’âme, met l’être à nu, ensauvage l’esprit et embroussaille le corps. » (p. 255)

La page 198, en l’espèce, pourrait être citée in extenso. Si j’étais professeur et que j’avais un cours sur la littérature des voyages à dispenser, je consacrerais une petite séance à cette seule page. Tesson s’y surpasse en aphorismes d’ivrognes : « La cabane permet une posture, mais ne donne pas un statut », et en poésie frelatée : « La lune rousse est montée dans la nuit. Son reflet dans les éclats de banquise : une hostie de sang sur l’autel blessé. » A moins que ce ne soit la poésie elle-même qui soit éthylique : « Aujourd’hui, j’ai écrit des petits mots sur le tronc des bouleaux : « Bouleau, je te confie un message : va dire au ciel que je le salue. » Les italiques sont dans le texte.

Tout cela n’incite pas Tesson à la modestie pourtant. Il porte constamment un regard hautain sur le monde : « le mauvais goût est le dénominateur commun de l’humanité » (p. 30), de juge sur ses contemporains : « la laideur des complets-cravate » (p. 255), prenant sans vergogne le rôle d’arbitre des élégances : « J’ai saisi la vanité de tout ce qui n’est pas révérence à la beauté. » (p. 265).

Contempler la nature et tâcher de trouver des métaphores poétiques, comme la lune-faucheuse d’Hugo, c’est le truc à éviter, selon moi ; la preuve : « Les nuages du soir mettent des bonnets de coton aux montagnes ensommeillées. » (p. 256) Du reste Tesson cite Hugo dans cette même page pour « prolonger la question hugolienne », mais ces prolongations ne donnent que des rêveries pseudo-romantiques dont on ne sait que faire : « qui prétendrait que le ressac n’est pour rien dans les rêves du faon, que le vent n’éprouve rien à se heurter au mur, que l’aube est insensible aux trilles des mésanges ? » N’est pas Hugo, certes, qui veut, et l’on se prend à admirer les auteurs qui savent se garder de faire de la poésie.

Un musée Nicolas Bouvier ?

La jolie bibliothécaire me parlait dans son bureau, environnée de toutes les archives de Nicolas Bouvier. Dehors, Genève était grisâtre. Elle semblait heureuse de voir un passionné de Bouvier prendre la mesure de son énorme travail de recension, de conservation et de traitement des ressources.

Elle m’a montré des carnets très poignants : les premières versions, tapées à la machine, de narrations qui allaient devenir L’Usage du monde. Des carnets qui montrent la sédimentation de sa recherche littéraire.

Puis elle me dit que la maison où il habitait, à Coligny, a été vendue. Je demande : « N’aurait-ce pas été possible d’en faire un musée ? »

Un musée ? Elle ouvre de grands yeux. « Là, vous vous heurtez à la discrétion helvétique. » Il y aurait quelque chose de trop exhibitionniste, semble-t-il, à vouloir faire un musée Nicolas Bouvier. Pourtant les maisons d’écrivains sont des choses qui se visitent avec fruit. Et celle de Coligny serait significative car Bouvier a écrit à son propos, il a aussi écrit sur sa fameuse « chambre rouge », sur son jardin…

La plupart des écrivains voyageurs n’ont pas de maison à visiter (Cingria par exemple, à part sa bicyclette, des chambres d’hôtel et des chambres d’amis, on ne voit pas ce que l’on pourrait visiter). Mais il y a des écrivains voyageurs avec maison, comme Pierre Loti à Rochefort, et comme Nicolas Bouvier à Genève!

La bibliothécaire me montre les portraits d’écrivains, peints il y a un siècle, qui décorent la partie supérieure des murs de son bureau : « Tous ces gens étaient d’éminents écrivains, mais plus personne ne les connaît aujourd’hui. Comment savoir si Bouvier sera toujours connu dans cent ans ? »

J’aime quand les femmes sont prises d’un accès de mélancolie, et qu’elles méditent sur la déchéance de toute chose. J’ai donné la réplique à ma jolie bibliothécaire pour donner un tour léopardien à notre conversation. Le jour baissait dehors, et nous nous demandions où la beauté fuyait, et quand la rose fânerait, après que sa beauté fut éclose.

Elle me dit que Bouvier n’avait rien d’une statue inaccessible, qu’il était encore vivant, aux yeux de tout le monde ici, que l’idée de faire un musée Bouvier était aussi « farfelue » que celle d’embaumer mon grand-père.

Je n’aime pas beaucoup les démonstrations de modestie.

A la pause que je m’octroie, je vais boire un café dans Livresse, un café-libairie. je demande à la gérante du lieu s’il existe un lieu, muséal ou non, qui célèbre la mémoire de Nicolas Bouvier. Elle n’en connaît aucun, et ne semble pas trouver l’idée intéressante.

Ce n’est pas Bouvier le problème, et la question n’est certainement pas d’idôlatrer qui que ce soit. Ce qui me préoccupe, c’est plus généralement ce dont Bouvier est le nom : le nomadisme helvétique. Je vois ce musée comme un lieu de recherche pour tout ce qui concerne les écrivains suisses du voyage. Et ils sont nombreux : Rousseau, Töpffer, Cendrars, Cingria, Maillart, et j’en oublie. On pourrait visiter, mais aussi organiser des colloques sur le récit de voyage, proposer des résidences d’écrivains du voyage, présenter des projections et des conférences. J’imagine d’ici quelque chose de décontracté et de sérieux, à la suisse, avec beaucoup de jolies intellectuelles genevoises. Les grandes familles richissimes auraient financé ce centre-musée, pour la gloire.

Je m’en ouvre à la libraire-cafetière : elle s’en fout, elle n’aime pas « ce type de récit de voyage ». Ce qu’elle aime, à la rigueur, ce sont les anciens récits d’explorateurs, les découvreurs du Nouveau monde, des choses comme ça. Mais les récits trop modernes, non. « Parce que je voyage déjà beaucoup, jen’ai pas besoin qu’on me dise comment voyager ».

Je n’ose pas répondre que cette opinion serait un peu l’équivalente de celle d’une Emma Bovary qui refuserait de lire des romans d’amour sous prétexte qu’elle préfère tomber amoureuse par elle-même.

L’élégance suisse

Quand je me promène à Genève, je ressens la présence de Nicolas Bouvier partout. Pour moi, Genève, c’est Bouvier. Ou plutôt, c’est ce que Bouvier en a dit : une ville anglophile, dont la politesse, la libéralité, la rigueur et la chaleur discrète viennent d’un attachement profond à l’Angleterre.

Dans le même temps, Genève est une enclave presque française en Suisse. Dans sa biographie de Bouvier, François Laut décrit le Genevois comme un Parisien un peu perdu. Un Suisse qui cherche à être reconnu à Paris, et qui développe vis-à-vis des Français un mélange de familiarité et de mépris.

A la pause, je vais boire un café dans endroit littéraire qui fait librairie et café, « Livresse ». J’y lis, dans La Tribune de Genève du vendredi 13, que cela chauffe au niveau du commerce des livres. Pour ou contre le prix unique… Il y aura un referendum en mars pour laisser le peuple décider. Le débat est sensible en Suisse romande car 80% des livres sont importés de France, et coûtent 20 à 80%  plus cher qu’en France. Au-delà du coût, on voit le malaise que cela peut créer, sur le long terme : la grande littérature vient la plupart du temps de France, d’où un sentiment ambivalent pour cet encombrant voisin. Les Genevois sont un peu dans la position des Français provinciaux qui savent que tout se fait à Paris.

Mais personne ne peut accepter ce rôle de provincial. C’est dégoûtant d’être provincial, c’est morne, c’est ennuyeux, c’est lourd. D’ailleurs, avant la constitution des états-nations, au XIXe siècle, les grandes villes francophones étaient de véritables centres culturels, économiques et politiques qui n’avaient rien à envier à Paris. Elles jouissaient d’un rayonnement international : Genève, Lyon, Dijon, on venait de l’Europe entière pour vivre, pour y prier, pour y créer.

Les archives de Nicolas Bouvier

À la bibliothèque de Genève, j’ai manipulé, des jours durant, des carnets de notes de Nicolas Bouvier. Une fois que sa veuve, Eliane, a donné son accord pour que je pose mes sales doigts sur ces reliques, j’ai demandé à la dame en charge des archives de consulter ce qui avait trait aux voyages en Chine de Bouvier, et plus généralement à ce qui était en lien avec l’orientalisme.

J’avais aussi annoncé que je m’intéressais au Rhône, et que tout ce qui pouvait se rapporter aux rivières, aux fleuves, aux montagnes et aux Alpes était bienvenu. En particulier, un texte intitulé « Les Leçons d’une rivière », où l’écrivain était censé avoir évoqué frontalement la question de sa dépression nerveuse. Le fleuve, le Rhône, la montagne et la dépression de l’écrivain voyageur, tout cela me donnait l’eau à la bouche.

Je suis très excité à l’idée de découvrir ces carnets. J’écris dans le mien, à la table d’un café genevois, en pensant à ceux de Bouvier. J’imagine qu’ils sont bien tenus, lisibles, ordonnés, parce que Bouvier est un bon bourgeois, bien élevé, que l’on écrivait à la main tous les jours à son époque. Parce qu’il est suisse, genevois, à l’impeccable éducation et à la prose impeccable. J’imagine des carnets très ordonnés aussi parce que la bibliothécaire qui s’occupe des archives a référencé les carnets de manière extrêmement méthodique.

Je rencontre très vite cette bibliothécaire : très jolie, elle arbore un sourire enjôleur sous l’efficacité helvétique qui m’avait impressionné lors de notre échange de courriels. Elle a préparé les cahiers qu’elle pensait utiles, et joue de sa chevelure courte en souriant beaucoup. Elle fait preuve de douceur et de rigueur, ce qui ne fait que confirmer mon penchant pour les femmes qui travaillent dans ce milieu.

Je dois prendre les carnets un par un, et les feuilleter à ma place, dans une salle d’étude dépeuplée. Je n’ai pas le droit de photographier les documents d’archive, mais je suppose qu’il n’est pas interdit de prendre un cliché de la salle Senebier…

Les cahiers de Bouvier sont faits de pages blanches, non striées. Les mots suivent des lignes plus libres, au gré de l’humeur de l’auteur. Celui-ci se révèle d’ailleurs prodigieusement égal, régulier, harmonieux dans sa tenue des lignes d’écriture.

Je m’amuse à relever les fautes d’orthographe. Non par méchanceté, mais parce que cela me rassure. Même dans les tapuscrits, on note des « appercevoir », « dammassé », « mélancholique », « socièté », « avillissant », etc. C’est un écrivain tellement parfait dans sa prose, tellement minutieux dans la confection de ses phrases, au point qu’elles possèdent quelque chose d’éblouissant, tellement précieux, que c’est pour moi un soulagement de le savoir imparfait, de le voir commettre des fautes de français presque sous mes yeux, en direct.

Voyage à Genève

Après la victoire de Lyon sur Lille, bien éveillé et plein d’énergie, je prends la voiture que l’on me prête et conduis en pleine nuit vers Genève.

J’arrive au bord du lac Léman à deux heures du matin, et dors sur le siège baissé, dans un sac de couchage. Dans la nuit, France Culture rediffuse une émission de 1981 sur et avec Jacques Lacarrière. Celui-ci venait de publier En cheminant avec Hérodote, et il parlait de l’Egypte, des Koptes, des monastères chrétiens le long du Nil. Je suis ébloui par la conversation de Lacarrière, son érudition, son talent d’orateur, son don des langues et ses intuitions d’historien. Entre deux sommes, je me dis qu’en plus de toutes ces compétences, il a renouvelé un genre littéraire. C’était en 1974, avec Chemin faisant, un récit de voyage à pied à travers la France. Il a récidivé en 1976 avec L’Eté grec, un essai sensible, foisonnant d’érudition et de réflexion, qui donne au récit de voyage un lustre éclatant.

Je suis à Genève pour Nicolas Bouvier, et cette émission sur un écrivain voyageur de la même génération que lui (ils sont nés tous les deux avant 1930) se présente comme un signe de bon augure. Je finis par m’endormir en laissant la radio allumée, et je me réveille au matin près du lac brumeux, et contre le parc de la Grange.

Je roule mon sac de couchage, replie le petit matelas d’appoint, me promène un peu pour acheter des francs suisses et boire un café.

Je prends place à une table avec vue sur le lac, commande un café et lis la Tribune de Genève. Ce 12 janvier 2012, j’apprends que la place Bel Air est un raté urbanistique. Je lis aussi ceci qui m’intéresse tout particulièrement : « LONDRES ET EDIMBOURG SONT A COUTEAUX TIRES ». Le Premier ministre anglais veut un referendum sur l’indépendance de l’Ecosse, mais il s’oppose aux indépendantistes sur deux points : il ne veut pas attendre, et il tient à poser une question claire et radicale, dont la réponse soit « oui » ou « non » à l’idée de quitter le Royaume-Uni.

Dans la rubrique « Monde », une page entière sur le couple franco-allemand, et dans les petites annonces, beaucoup de propositions indécentes parmi lesquelles celle-ci, plus indécente, peut-être, que les autres : « Plainpalais, gentille femme poilue, nature, distinguée, embrasse, se laisse caresser, fellation, personnes âgées bienvenues ».

Je reprends la voiture et monte sur la colline de Cologny, où habitait Nicolas Bouvier, dans une maison qui appartenait à la famille de sa femme. J’aurais aimé voir sa maison, la fameuse « chambre rouge », le jardin, des choses comme cela. Je voulais surtout prendre la mesure de l’aspect géographique de sa vie sédentaire. Je suis époustouflé par la richesse des maisons.

Avant d’aller feuilleter ses carnets, je prends un peu conscience de l’incroyable confort matériel dont jouissait le grand écrivain voyageur.

Un leprechaun fatigué en route pour la Suisse

Sur cette photo, le vert de mon chapeau n’a pas seulement pour but de d’entrer en relation avec la couverture du livre de Nicolas Bouvier en arrière-plan. La composition a davantage de sens que cela.

Le vert du chapeau est en fait la couleur de l’Irlande, et le chapeau lui-même un élément de costume pour fêter la Saint Patrick, le sain patron de l’Eire.

Je voulais rendre hommmage à l’Irlande car je viens de recevoir une bourse de la part de l’ADEFFI, l’association des études françaises d’Irlande. Comme cette année, la bourse était subventionnée par l’ambassade de Suisse, j’ai fait un dossier de candidature qui mettait en avant mon travail sur l’écrivain voyageur genevois Nicolas Bouvier.

L’argent qui m’a été attribué servira à faire un petit voyage en Suisse, aux archives de l’écrivain. D’où la présence de ses Oeuvres complètes en arrière plan de ma photo. Ainsi en un seul cliché, sur une seule ligne, il y a à la fois ma tête, l’Irlande et la Suisse.

Il fallait une petite photo pour un bulletin en ligne qui informe des petits événements de l’université. Mes amis thésards ont procédé à quelques prises de vue, et ce sont ces deux-là qui ont été élues par le haut comité des affaires picturales de mon bureau collectif.

Or, il est fort à parier que l’université choisira le deuxième cliché, sans le chapeau de Leprechaun.