Précarité à Dublin

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Quelques jours chez Tom et Barra, dans les beaux quartiers de Dublin, c’est une pratique très particulière de la sagesse précaire. Ils colouent un appartement de grande classe. Tom ne travaille presque pas et on se demande comment il fait financièrement. Barra est professeur polyvalent, il enseigne toute sorte de choses dans un lycée professionnel, et se plaint de la chèreté de la vie en Irlande.

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La crise se fait sentir de manière très aigüe en Irlande. Barra qui lit l’Irish Times tous les jours est déprimé par l’amas de mauvaises nouvelles quotidiennes. Dépôts de bilan, chômage, scandales, il n’a plus confiance dans ses dirigeants.

Tom aussi parle désormais politique. Allongé sur un de ses canapés, il blâmait les banquiers et tous les spéculateurs, quels qu’ils soient. Lui qui n’a jamais emprunté un euro à personne, il est outré que des gens aient acheté des maisons sans avoir d’argent au préalable, que des banques aient pris des risques inconsidérés.

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Etonné de voir que mes amis ne faisaient pas de feu, j’ai proposé d’aller chercher du bois, ou des briquettes de tourbe. Sur le chemin, je me suis arrêté à des bennes qui contenaient pas mal de planches, de poutres et autres solives. Barra m’a vu revenir avec ces déchets sans grand plaisir. Il n’aime pas beaucoup qu’on se distingue aux yeux du voisinage. Tom, lui, était ravi. Les déchets ça le connaît, il s’en fait des meubles.  

Se chauffer avec des détritus procure une vraie joie. D’abord celle d’avoir chaud et s’être dépensé pour cela. Mais aussi la joie d’être dans la gratuité des choses, dans la richesse des poubelles, dans l’écologie des glaneurs. Nous ressentions une satisfaction de gens bizarres, peu fréquentables. Une satisfaction de précaires qui savent qu’il y a moins de plaisir lorsque le feu prend d’un seul coup, sans faire aucun effort. Il y avait enfin le plaisir d’avoir fait oeuvre de nettoyage naturel.

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Le feu de cheminée a tout de suite réchauffé l’atmosphère. Nous pensâmes beaucoup moins à la crise. Tom se préparait pour aller à une soirée en l’honneur du poète écossais Robert Burns. C’était le 250ème anniversaire de sa naissance et une jeune Américaine avait invité des amis à manger et à réciter chacun un poème de Burns. Tom choisit par hasard et refusa catégoriquement de répéter devant nous.

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Le lendemain de sa soirée, il eut envie de dépenser de l’énergie : il sortit une petite scie qu’il avait gardé dans ses armoires et scia quelques planches de la façon la plus baroque qui se puisse imaginer: sur la table basse du salon, agenouillé sur les planches.  

Je retournais aux bennes et rapportais assez de planches pour tout mon séjour.

6 commentaires sur “Précarité à Dublin

  1. Le feu, c’est bon aussi avec des babelous (nom ardéchois des pommes de pin) qui éclatent en escarbilles. Je vois des étoiles sur le manteau de la cheminée. Tom qui aime peu dépenser, sauf l’énergie, puisée dans la poésie de Robert Burns, connaît-il le bouffadou ?

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  2. Certainement pas. Tom suit un régime inflexible, quasi maniaque, avec des variations légères et subtiles, mais qui n’iront pas jusqu’à manger du bouffadou! Qu’est-ce que c’est, au fait, le bouffadou ?
    Les étoiles sur la cheminée, ce sont les cartes de voeux que les Irlandais gardent assez longtemps en exposition. Je n’ ai jamais compris pourquoi ils gardaient ces cartes, qui sont pour la plupart assez quelconque. Je suppose que c’est une manière pour eux de prolonger les festivités, de respecter les gens qui ont envoyé lesdites cartes, et peut-être d’exhiber leur popularité.

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  3. Le bouffadou, rien à voir avec la truffade !!! ça sent le terroir tout ça, cré nom. Le bouffadou est une branche d’arbre creusée dans sa longueur d’un trou qui laisse passer l’air que l’on souffle sur les braises pour les ranimer. Imaginer un bout de bois d’environ 1,5O m, comme un tuyau. Il y a aussi une petite poignée, départ d’une branche, qui permet de le tenir quand on souffle. Effet de soufflet, mais action de respiration du souffleur : on travaille le souffle, pas les mains.

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  4. hou la la !! hou la la

    je n’ai aucune source sûre pour dire ce que j’ai à dire, mais
    sans vouloir être alarmiste et paranoïaque, il me semble que ce n’est pas très bon pour la santé de brûler du bois de récup ; àcause des traitements des dits bois…
    bon, en meme temps, je suppose que ce n’est qu’une goutte de plus dans toutes les pollutions qu’on ingurgite à longueur de temps.

    hmmm

    donc, finalement, escusez moi de cette ombre au tableau, et profitez bien, veinards! (quoique, aller récupérer du bois dans la forêt … oui, je sais, c’est moins urbain…)
    bref, bonne flambée!

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