Préférer les hipsters aux hippies

J’ai beau trouver la musique hippy agréable, cette esthétique, qui me plaisait tant à 14 ans, me paraît pauvre et un peu abjecte aujourd’hui que je retourne, sans l’avoir prévu, sur les lieux de la création du mouvement flower power.

Ceux qui suivent ce blog se souviennent peut-être d’un billet que j’ai écrit sur un festival de hippies contemporains dans le sud de la France, le Souffle du rêve. Le ton satirique que j’avais employé avait déchaîné des commentaires outragés et insultants, de la part de gens qui mettent sans doute des fleurs dans leurs cheveux et qui aiment se réunir en grand nombre dans des festivals. C’était des réactions d’intolérance et d’agressivité de la part d’individus qui professent la liberté et l’amour.

Chez le chanteur McKenzie, même autoglorification que chez les souffleurs de rêve des Cévennes. Il le dit dans la chanson : nous sommes tous des gentle people. Il y a chez les hippies une obscure assurance d’être originaux et bienfaiteurs. Ils pensent rendre le monde meilleur tout en étant dogmatiques et peu ouverts sur le reste du monde. C’est peut-être les différentes drogues qu’ils consomment qui les amènent à penser ainsi.

Alors bien sûr, nul besoin d’être fin psychologue pour comprendre que si je critique si fort la naïveté un peu bébête des baba cool, c’est en fait mon adolescence que je conspue. On me dira avec raison: « deviens adulte, accepte-toi, et tu mettras à nouveau des fleurs dans tes cheveux. »

A  quoi je répondrai que je n’ai plus assez de cheveux pour y mettre des fleurs.

La vérité est ailleurs. Mon adolescence, je ne la rejette pas entièrement. J’ai gardé les sensations de l’adolescent que j’étais, le désir de voyager, celui d’aimer une femme aux cheveux bouclés, le sentiment que rien n’est au-dessus de l’amour. Mais en flânant à San Francisco, le voyageur peut difficilement adhérer à l’immaturité articulée du mouvement hippy, à cette inculture autosatisfaite et à ce narcissisme incessant.

Les contradictions touffues dans lesquelles je me débats seront peut-être éclairées par l’étymologie même du mot « hippy ». Dans les années 40, on parlait des « hipsters », qui écoutaient Charlie Parker, et adoptaient la musique, les goûts, les habits et le langage des Noirs. Ils étaient cool, négligés et pauvres. Ils vivaient d’expédient, buvaient et se droguaient. Ils lisaient, écrivaient, et voyageaient, comme on le voit notamment dans Sur la route, de Jack Kerouac.

Ils ont ouvert la voie à des mouvements culturels tels que la génération Beat. Hipster a connu, dans les années 60, un dérivé un peu dégradé. C’est devenu « hippy », pour désigner des jeunes gens qui prenaient l’apparence des hipsters, mais qui n’en avaient plus la culture. Les hippies copiaient leurs aînés, mais plutôt que du jazz, trop nuancé et complexe pour eux, ils se sont investis dans le rock et le folk, plus basiques.

Donc, voilà, je ne m’attendais pas à ce que mon voyage à San Francisco prenne cette tournure, mais je m’aperçois que s’il y a une génération rebelle qui m’intéresse en tous points, ce n’est pas celle des années 60 et 70, mais celle des années 40 et 50.

Les uns ont inventé une langue, une littérature, les autres une musique psychédélique. Les uns étaient plutôt solitaires et solidaires, les autres plutôt grégaires et égoïstes. Les uns voyageaient sans un rond, les autres étaient aidés par leurs parents. Les uns étaient vraiment incompris, les autres ont été les chéris des médias, au point d’en prendre la tête.

9 commentaires sur “Préférer les hipsters aux hippies

  1. Je vous lis depuis plusieurs mois, c’est mon premier commentaire ! (je vous ai trouvé sur internet sur des recherches liés à Jean Rolin, mon écrivain fétiche).
    J’adhère à 100% à ce post, et je m’y reconnais totalement (sauf les cheveux, j’en ai encore).
    Merci pour ces croquis du quotidien intemporel !
    A bientôt !

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    1. Tu as raison, Cochonfucius, c’est pourquoi je précise que c’est surtout la stupidité de mon adolescence que je pointe, et à travers elle, l’arrogance de certaines jeunesses.
      Mais je note quand même que des auteurs comme Jack Kerouac n’aimaient pas trop les hippies. Ces derniers prenaient Kerouac comme une référence, mais lui-même ne se sentait aucune affinité avec cette jeunesse grégaire. Il y a là, dans ce décalage, quelque chose à comprendre, à mon avis.

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      1. Haha, je constate avec plaisir que tu es toujours méchant quand tu veux, pas du tout gentle comme ce pauvre McKenzie. On voit bien que tu ers encore capable de refuser de comprendre la noblesse intrinsèque du hippie, en bon Européen arrogant que tu es. Hipster, ça veut dire quoi, au juste ?

        Je pense qu’il y a un truc, dont on a déja parlé je crois, qui fait une grosse différence entre hipsters et hippies, c’est que la génération des années 40 comme Kerouac, je crois, a fait la guerre alors que celle des 60’s a refusé d’aller la faire.
        Ce qui m’a toujours impressionné, c’est que Kerouac n’évoque jamais, à ma connaissance, son expérience de militaire, il se présente un peu au contraire comme un parfait blanc-bec. Je pense qu’il aurait eu horreur de faire son « ancien combattant ».

        Sur la plaque, en haut, c’est Kerouac écrit en chinois? Il aurait adoré, j’en suis sûr.

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  2. Très cher,il m’est bien difficile de te mailer des posts en ce moment vue que mon ordi a choper un virus donc mon P.C. est out; alors je me rabat sur les claviers de ma bibli de quartier ; heureusement qu’elle n’est qu’à peine plus loin qu’un coin de rue de chez-moi.En ce moment je commence à lire ton livre sur les Travellers; j’avais demandé qu’il soit dans le réseau des bibli de la ville; je constate en l’ayant feuilleter sommèrement que tu cites tes amis Tom et Barras et que la description de ton lieu de vie de ce temps-là me semble se rapprocher des post de ton blog, quoiqu’il en rapporte plus de ta vie d’alors et cela me vat car je suis une véritable fouine:il y aura aussi dans le réseau  »Traits Chinois… »dans pas longtemps; j’aurais bien voulu en faire l’achat pour mon usage personnel mais le fric me manque.

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    1. Ah, génial, Mildred. Tu as raison, je préfère mille fois que mes petits livres soient dans des réseaux de bibliothèque.
      Bien sûr, le récit sur les Travellers irlandais a beaucoup d’écho avec mon blog, comme d’ailleurs tout ce que j’écris. Le blog, c’est l’atelier.

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