Reportage californien (1) : Nobody Walks in LA

Ci-dessous le lien de mon reportage radio à Los Angeles, diffusé sur la Radio Télévision Suisse.

www.rts.ch/la-1ere/programmes/detours/5683336-detours-du-26-03-2014.html

J’étais en Californie en octobre 2013. Le décalage horaire et la santé précaire de mes parents provoquaient en moi des angoisses épouvantables. En même temps, je bénéficiais d’une chance incroyable, étant logé luxueusement par un gentleman comme on n’en fait plus.

C’est donc dans un état de conscience altéré que je me suis contraint à sortir mon micro-enregistreur et suis allé battre le pavé pour prendre du son. Dans la banlieue favorisée où j’habitais, j’explorais les alentours à pied, j’allais visiter les centres commerciaux, j’essayais de ne pas me ruiner en fruits bio délicieux. En marchant dans les zones résidentielles, je me sentais devenir fantôme, ou pire, rôdeur. Ne pas avoir de voiture vous rend suspect.

En revanche, le bus est très agréable. C’est en prenant le bus que j’ai pensé à cet angle de reportage : comment évoluer à Los Angeles sans voiture ?

En Europe et en Asie, attendre et prendre le bus m’ennuient tellement que je me déplace à vélo la plupart du temps. Ici, dans la culture de la voiture, prendre le bus devient grisant, excitant à bien des égards.

D’abord c’est compliqué. Ces sont des systèmes de pensée à part. Il faut étudier la chose, jongler avec des brochures, comprendre qu’il y a plusieurs compagnies, plusieurs systèmes, plusieurs logiques. Intellectuellement, c’est assez stimulant. Réussir à se rendre d’un point A à un point B apporte une réelle satisfaction d’ordre narcissique. On y est arrivé et on n’en est pas peu fier.

C’est tellement complexe que les compagnies de bus proposent des cours pour se familiariser avec la technique. La brochure le stipule : « Prendre le bus pour la première fois peut être intimidant« , d’où la nécessité d’une session de cours intensifs, adaptée à l’âge et au niveau de l’usager désireux d’en savoir davantage.

Ensuite, les bus sont des lieux passionnants à observer. On y voit des vieux, des handicapés, des femmes de ménage latinas, des gens qui n’ont plus de permis, des gens qui n’en ont jamais eu. Peut-être aussi des gens qui prennent le bus par choix environnemental.

On y fait des rencontres, car les usagers latinos sont plus bavards que les « blancs anglo-saxons ». Une dame du Salvador m’a parlé pendant tout un trajet. Elle est divorcée, ses deux enfants sont grands et mariés quelque part aux Etats-Unis. Elle fait des ménages dans les banlieues huppées et elle rentre chez elle, dans le sud de la ville. Elle n’a pas refait sa vie car « les hommes ne sont pas fiables ». Il y en a trop qui, paresseux, ne cherchent à se marier que pour obtenir des papiers.

Un Latino lit le Los Angeles Times un crayon à la main, et souligne des mots, met des croix un peu partout. Sans doute apprend-il l’anglais par ce moyen, pendant ces longs trajets qui le mènent à ses chantiers d’ouvrier en bâtiment.

Beaucoup de gens dorment. Peut-être sont-ils sous le coup du décalage horaire, comme moi. Car mes yeux commencent à me bruler vers 4 ou 5 heures de l’après-midi.

2 commentaires sur “Reportage californien (1) : Nobody Walks in LA

  1. J’aurai voulu être 1 homme pour faire comme toi ,
    j’ai toujours eu peur du regard des hommes,
    maintenant je suis vieille,
    je fais aussi, des ménages,
    mes enfants au loin font des études,
    Je ne prends jamais le bus,
    La seule fois où j’ai voulu le prendre
    je me suis faîte agressée par 1 sdf
    parce que j’avais effleuré son sac à dos-
    Mon donjon est ma prison,
    Le blog du Sage , mon évasion –

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