Retour de Germanie. Le bilan est comme à chaque fois positif. À force de m’y rendre, je commence à devenir un bon connaisseur de l’Allemagne. Mon premier voyage outre-Rhin remonte à 1992 ou 1993, avec mon vieux copain Ben, en stop de Lyon à Nuremberg. Puis en stop de Nuremberg à Heidelberg. C’était l’hiver, il neigeait, et nous nous relayions pour tendre le pouce sur les aires d’autoroute. Nous lisions à tour de rôle L’art d’aimer d’Ovide en attendant qu’une voiture de luxe veuille bien nous prendre. Nous avions une certaine foi en l’humanité. Le pire, avec le recul, est de noter que cela fonctionnait.
Plus tard, je suis allé à Cologne pour une amoureuse allemande rencontrée en Irlande. Puis j’ai rejoint mon vieux copain Mathieu à Dusseldorf, où il jouissait d’une résidence d’artiste. Puis j’ai découvert Berlin, tout seul, et je ne compte plus les villes où je me suis baladé, seul ou accompagné : Hambourg, Brême, Dresde, Hildesheim, Ratisbonne, Leibzig, Iéna. Toutes les localités autour du lac de Constance. Bref, on peut dire que je connais un peu l’Allemagne.
Depuis quelques années, mes voyages se font avec mon épouse qui, en qualité de germaniste, se doit d’y mettre les pieds de temps en temps. Nous ne faisons pas de stop, ce qui est dommage car avec une jolie femme, mes chances de succès augmenteraient considérablement, sans vouloir porter préjudice à Ben, qui est un joli garçon à sa manière.
Le bilan superficiel que je retire de ce dernier séjour à Munich est l’incroyable confort des transports publics bavarois. Nous avons passé des heures dans des bus et des métros pour passer d’hôtels en auberges, de campus universitaires en institutions culturelles, de nuit comme de jour, et nous n’avons pas vu une rame bondée ! Pas un bus surchargé, pas une heure de pointe énervée.
Une sensation de calme et de luxe véritable : des Allemands de tous âges à vélo. Une sensation de tranquillité et d’espace. De propreté et d’aise.
Moi qui me demande souvent quelle voiture pourrait incarner mon goût, je crois avoir reçu ma réponse dans une rue du quartier culturel de Munich : un jeune cadre en costume cravate a déboulé devant moi sur un vélo. Je l’ai trouvé élégant.
Depuis mon tout premier voyage en Allemagne avec Ben, j’ai toujours trouvé les Allemands charmants, et surtout souriants à mon endroit. Ce détail me surprend car je n’ai pas un visage auquel on sourit beaucoup d’ordinaire. C’est peut-être la terre où le sage précaire est à sa place. Ma femme trouve que les femmes asiatiques me regardent et me draguent, mais elle ne voit pas que moi, ce sont les Allemands, tous les Allemands, qui me font craquer.