L’odeur des châtaigniers en fleurs

Parc des châtaignier, Le Vigan, juin 2023.

Ce ne sont pas des images qu’il faudrait pour illustrer ce billet, mais des trucs odorants. Ce que je voudrais partager avec vous n’est ni visuel ni conceptuel. J’aimerais vous faire sentir ce que l’air embaume quand les châtaigniers fleurissent. Une fragrance entêtante et sucrée qui fait mal à la tête. On a l’impression de respirer dans un pot de miel.

Fleurs de châtaignier

Quand je vivais à la montagne, en 2012-2013, j’avais la sensation que cette odeur avait quelque chose de sexuel, mais je ne le pense plus. Cette notation est purement documentaire. Pour mémoire.

Le fait est que beaucoup de femmes sont indisposées par ce parfum puissant. Je ne sais si ces informations sont liées entre elles. Elles ne sont là que pour documenter le réel.

À suivre.

La vie calme et souriante des Allemands

Retour de Germanie. Le bilan est comme à chaque fois positif. À force de m’y rendre, je commence à devenir un bon connaisseur de l’Allemagne. Mon premier voyage outre-Rhin remonte à 1992 ou 1993, avec mon vieux copain Ben, en stop de Lyon à Nuremberg. Puis en stop de Nuremberg à Heidelberg. C’était l’hiver, il neigeait, et nous nous relayions pour tendre le pouce sur les aires d’autoroute. Nous lisions à tour de rôle L’art d’aimer d’Ovide en attendant qu’une voiture de luxe veuille bien nous prendre. Nous avions une certaine foi en l’humanité. Le pire, avec le recul, est de noter que cela fonctionnait.

Plus tard, je suis allé à Cologne pour une amoureuse allemande rencontrée en Irlande. Puis j’ai rejoint mon vieux copain Mathieu à Dusseldorf, où il jouissait d’une résidence d’artiste. Puis j’ai découvert Berlin, tout seul, et je ne compte plus les villes où je me suis baladé, seul ou accompagné : Hambourg, Brême, Dresde, Hildesheim, Ratisbonne, Leibzig, Iéna. Toutes les localités autour du lac de Constance. Bref, on peut dire que je connais un peu l’Allemagne.

Depuis quelques années, mes voyages se font avec mon épouse qui, en qualité de germaniste, se doit d’y mettre les pieds de temps en temps. Nous ne faisons pas de stop, ce qui est dommage car avec une jolie femme, mes chances de succès augmenteraient considérablement, sans vouloir porter préjudice à Ben, qui est un joli garçon à sa manière.

Le bilan superficiel que je retire de ce dernier séjour à Munich est l’incroyable confort des transports publics bavarois. Nous avons passé des heures dans des bus et des métros pour passer d’hôtels en auberges, de campus universitaires en institutions culturelles, de nuit comme de jour, et nous n’avons pas vu une rame bondée ! Pas un bus surchargé, pas une heure de pointe énervée.

Une sensation de calme et de luxe véritable : des Allemands de tous âges à vélo. Une sensation de tranquillité et d’espace. De propreté et d’aise.

Moi qui me demande souvent quelle voiture pourrait incarner mon goût, je crois avoir reçu ma réponse dans une rue du quartier culturel de Munich : un jeune cadre en costume cravate a déboulé devant moi sur un vélo. Je l’ai trouvé élégant.

Depuis mon tout premier voyage en Allemagne avec Ben, j’ai toujours trouvé les Allemands charmants, et surtout souriants à mon endroit. Ce détail me surprend car je n’ai pas un visage auquel on sourit beaucoup d’ordinaire. C’est peut-être la terre où le sage précaire est à sa place. Ma femme trouve que les femmes asiatiques me regardent et me draguent, mais elle ne voit pas que moi, ce sont les Allemands, tous les Allemands, qui me font craquer.

À Munich en juin

À Munich, les gens sont calmes et souriants, ils font des efforts pour se montrer polis et gentils. Ils semblent nous dire : voyez comme nous sommes devenus sympas et décontractés, aimez-nous quoi.

À Munich, les musées sont grandioses mais les oeuvres sont exposées de manière un peu scolaire. Quand les conservateurs veulent faire preuve d’originalité, comme dans la Pinacothèque moderne en ce moment, c’est un peu lourdaud : ils classent des oeuvres non plus selon leur chronologie mais selon un point commun qu’elles partagent. Une salle d’autoportraits, une salle peintures où il y a une forêt, une salle de peintures où l’on voit un zizi, etc.

Alte Pinacothek, Munich

À Munich, les cafés sont cool comme en Amérique. Les restaurants turcs se sont embourgeoisés et l’on y dîne pour pour 66 euros à deux (pourboire compris).

À Munich les hôtels sont si chers qu’on ne peut loger qu’une nuit avec le coût d’une semaine dans une chambre d’hôtel de Montpellier.

Librairie française de Munich, trouvée par hasard au sortir du restaurant turc Ali Bey.

Mais où sont les pauvres ?

La maison « futuriste » (1966), Pinacothèque moderne, Munich.

Nous sommes à Munich pour quelques jours et avec un objectif qui doit rester confidentiel.

Le sage précaire a donc opté pour sa couverture préférée : visiter les meilleurs musées de la ville et les églises les plus follement baroques.

Les deux impressions qui se dégagent le plus nettement dans les rues, les bus, les métros, les cafés et les restaurants : gentillesse et richesse.

Où sont donc les fameux travailleurs pauvres qui vivent dans leur voiture ? Où sont les migrants que l’Allemagne accueille par millions depuis dix ans ? Où sont les immigrés, où sont les dingues et les paumés ?

Allemagne et Italie

Un tableau d’un romantique allemand montre deux femmes amoureuses l’une de l’autre. Le sens politique souligne plutôt l’amitié entre les peuples mais le sage précaire y décèle une tension lesbienne. Le tableau date des années 1820 et il est très prude. L’une des deux femmes est timide, un peu froide. L’autre est plus libérée, plus passionnée, et cherche à séduire la première. Toutes deux sont habillées à la mode Renaissance italienne, genre quattrocento baba cool.

Le titre du tableau : Italia und Germania. Une façon pour le romantique allemand de dire que l’Allemagne et l’Italie sont deux nations soeurs, proches et attirées l’une par l’autre. Je souriais dans ce gros musée d’art classique, la Alte Pinakothek de Munich. Je peux me tromper, mais selon moi, la femme qui symbolise l’Allemagne est une jolie brune un peu réservée, un peu timide, et elle est sur le point de céder devant l’insistante passion de la fougueuse séductrice italienne.

Je me suis trompé. La lecture du cartel explique le contraire. Je mets en ligne une reproduction de l’image pour que vous vous fassiez votre opinion.

Mon interprétation : l’Italie insuffle à l’Allemagne la vie des sens et de la chair. L’Allemagne se tient prête à devenir la prochaine grande nation culturelle de l’Europe. Il y a eu la Renaissance italienne, et l’Allemagne romantique prend le relais.

Erreur, il fallait être moins compliqué : l’Allemagne est symbolisée par la jeune fille blonde et l’Italie par la jeune brune.

L’Allemagne est chère et la France pauvre

Nous avons dormi dans le dortoir d’une auberge à Munich. Mal organisés, nous avons préparé notre séjour en Allemagne il y a trop peu de temps. Les seuls hôtels où il y avait encore de la place étaient beaucoup trop chers pour nous.

Dans notre chambre, un homme ronflait non loin de moi. Un Indien se fit livrer de la bouffe avant minuit et mangea longuement je ne sais quel curry très odorant. D’autres voyageurs arrivèrent après minuit. Au dehors, des jeunes faisaient la fête. Au dedans, nous étions cinq individus. Au réveil, Hajer était étonnée que tous ces gens pouvaient ronfler aussi fort.

Combien avons-nous payé pour ce logement modeste ? 120 euros. C’est le prix pour une chambre d’hôtel en France, et même deux nuits dans un hôtel modeste.

C’est la manière qu’a choisi la France pour devenir compétitive en Europe : appauvrir sa population pour acquérir l’attractivité des pays en voie de développement. Avec nos salaires français, quand nous voyageons, nous sommes contraints de vivre chichement. Il y a trente ans, quand je voyageais en Allemagne, les prix étaient à peu près similaires entre nos deux pays.

Femme à sa toilette près de la piscine

Jeune femme à sa toilette, de Titien

Près de la piscine du Vigan, ils ont accroché ce Titien qui montre une femme qui se déshabille. Dans l’histoire de l’art, l’autre titre de ce genre de scènes est « Vanité ». On y voit souvent une courtisane qui décide d’abandonner les bijoux et les symboles d’une vie fondée sur l’apparence et le désir des autres. Par capillarité, le spectateur y voit aussi une pute qui se prépare à faire son office.

Le béton gris et noirâtre qui entoure le tableau de traînées obliques rappelle la chevelure de la dame et communique un mouvement presque maritime à l’acte qu’elle s’apprête à commettre.

Le centre culturel du Bourilhou, attenant à la piscine municipale.

Jour du bac de philo

Nos chers enfants ont planché ce matin sur leur épreuve de philosophie. Grande émotion pour le sage précaire qui a préparé les élèves du lycée du Vigan à cette épreuve. Et qui dit jour de bac, dit souvenir de son jour de bac à soi. On se rétroprojette, si l’on peut dire.

Nous avons eu le nez creux cette année dans notre préparation. Pour le bac blanc en mars, l’un des sujets que j’ai proposés était : « Peut-on élaborer une méthode pour être heureux ? » Aujourd’hui, les bacheliers ont eu : « Le bonheur est-il affaire de raison ? » Inutile de souligner l’analogie entre les deux sujets.

Pour le texte à expliquer, j’étais plutôt content car j’aime les développements de Claude Lévi-Strauss sur le bricolage dans La Pensée sauvage. J’en ai même fait un petit billet appliqué à la cabane il y a une dizaine d’années. Je l’avais intitulé sobrement « Bricolage ». En le relisant aujourd’hui, je décide de lui donner un titre plus précis et plus cévenol : « Bricolage de la cabane ».

Puis, tout bien considéré, je l’ai rebaptisé « Bricolage ».

Toute la communauté des professeurs de philosophie est vent debout contre le choix de ce texte de Lévi-Strauss pour nos élèves de terminale. Ils le trouvent inadapté au niveau de nos élèves et ils ont peut-être raison.

Je suis d’accord avec mes collègues : les recteurs, les directeurs et les inspecteurs auraient dû choisir mon texte sur le bricolage, à propos de mon frère bricoleur et de moi manœuvre.

Le Musée du Louvre en voyage dans les Cévennes

Partenariat remarquable entre deux musées français : le Musée cévenol (Le Vigan, Occitanie) et le Musée du Louvre (Paris, Ile de France). 73 peintures sont reproduites et exposées un peu partout dans les communes de la région du Vigan.

Pourquoi dans cette région ? L’affiche qui présente l’événement l’explique par l’image. On voit sans le nommer (pourquoi d’ailleurs ?) l’écrivain viganais André Chamson qui fut l’un des principaux acteurs de la protection des oeuvres du Louvre lorsque les Allemands ont occupé la France. Avec d’autres conservateurs, il a emporté tout ce que Paris comptait de chefs d’oeuvres et est allé les cacher dans des châteaux et des demeures répartis sur les territoires, avant d’aller prendre le maquis.

Ce qui me plaît le plus dans cette exposition hors-les-murs, c’est la manière dont les tableaux s’intègre aux murs mêmes de la ville. Je suis particulièrement sensible aux murs décrépis, parfois délabrés, dont les couleurs offrent un étonnant prolongement aux teintes sublimes des maîtres italiens. Je ne sais dans quelle mesure les conservateurs qui ont mis ce projet en oeuvre ont pensé à cela, mais les réussites sont nombreuses et les contrastes pleins de richesse.

L’exposition devait se terminer en juin 2022. Chanceux que nous sommes, nous continuons d’en profiter un an plus tard. Peut-être les élus ont-ils décidé, devant la remarquable tenue des reproductions en dépit des intempéries, de laisser les peintures décorer nos villages jusqu’à la date de leur extinction naturelle. En tout cas, après deux ans d’exposition, elles sont toujours impeccables et resplendissantes. Gardons-les.

Le vieux Pont

Le vieux Pont du Vigan, mars 2023
Vieux Pont, juin 2023.