Un voyageur ingénieur en Arabie : création et critique

Cela fait plusieurs semaines que je me plonge dans les écrits de Thierry Mauger, écrivain ingénieur, photographe et ethnographe, figure discrète mais que je découvre comme incontournable dans la littérature de voyage contemporaine. Ayant reçu récemment un don de cinq de ses ouvrages majeurs, je me suis imposé une discipline particulière : lire ses textes avec attention plutôt que de me limiter à ses photographies. Cet exercice a révélé une profondeur inattendue, une richesse que l’on tend souvent à occulter en réduisant ses livres à de simples recueils d’images.

T. Mauger, Heureux bédouins d’Arabie, p. 18-19.

Ce qui me frappe, c’est à quel point mon modèle d’analyse du récit de voyage, développé dans ma thèse de doctorat puis complété dans un livre publié en 2017, reste pertinent pour éclairer l’œuvre de Mauger. Ma thèse, construite comme une grille d’analyse historique et théorique, permet d’étudier les récits de voyage en fonction des évolutions stylistiques et idéologiques des décennies qui les ont produits. À travers cette méthode, j’ai démontré que le récit de voyage n’est pas un genre figé, mais un espace d’expérimentation qui évolue avec les formes littéraires, scientifiques et artistiques.

L’apport de ce modèle est double : il permet de différencier les courants réactionnaires, nostalgiques, souvent stéréotypés, des courants novateurs et créatifs ; et il évite toute essentialisation d’un auteur, en reconnaissant la diversité des tendances qui peuvent coexister dans une même œuvre.

Un témoin des années 1980

L’œuvre de Thierry Mauger illustre parfaitement cette complexité. Ancré dans les années 1980 et 1990, il incarne plusieurs facettes de la littérature géographique de cette époque. Une partie de son travail relève de l’imaginaire nostalgique, celui d’une Arabie éternelle et millénaire, où les Bédouins sont dépeints comme les derniers garants d’un mode de vie non occidental. Ce regard participe d’un courant populaire et industriel, empreint de clichés sur la liberté du désert et le rejet de la modernité. Depuis le XIXe siècle romantique, les voyageurs se croient très profonds en dénonçant la modernité et « l’extinction d’une civilisation », toujours qualifiée d’« authentique ». Notre auteur en est d’ailleurs parfaitement conscient et le dit sans complexe :

La vue du désert draine encore un flot de clichés, persistante empreinte nostalgique d’un monde romantique.

T. Mauger, HBA, p. 30.

Mais Mauger ne se limite pas à cette vision. Son attention minutieuse aux détails – qu’il s’agisse d’architecture, de bijoux ou de gestes quotidiens – le rattache à un courant plus technique, voire « ingénieur », qui émerge dans les années 1980-1990. Ce courant, loin de glorifier un passé idéalisé, documente avec précision les savoir-faire, les constructions, les métiers et les paysages.

Enfin, une autre dimension de son œuvre, plus tardive, mêle une interprétation libre des motifs traditionnels arabes avec des références aux sciences ésotériques, à la mystique islamique et à des théories anthropologiques ou psychanalytiques. Ce mélange éclectique témoigne d’une créativité singulière, parfois difficile à cerner, mais révélatrice d’un esprit assoiffé de structures et de symboles.

Une grille d’analyse nécessaire

Analyser l’œuvre de Mauger à travers cette grille me permet de montrer comment il appartient à des courants multiples et parfois contradictoires. Cette approche nuance la réception d’un auteur souvent cantonné à une seule dimension, celle du « photographe voyageur ». Elle révèle aussi l’apport de ma méthodologie, qui semble faire ses preuves au fur et à mesure.

Le désintérêt pour le récit de voyage en tant que genre littéraire est, à mon sens, une lacune majeure de la critique contemporaine. Alors que d’autres genres populaires – science-fiction, polar, fantasy – ont su gagner en légitimité, le récit de voyage reste perçu comme mineur, voire suspect. Les récits les plus stéréotypés, tels que ceux que j’ai abondamment critiqués sur ce blog, renforcent cette image simpliste. Pourtant, le genre offre une richesse inexploitée, capable de révéler des réalités complexes et de porter des innovations stylistiques majeures.

L’exemple de Thierry Mauger est emblématique. En réinscrivant son œuvre dans une perspective historique et théorique, je peux démontrer sa contribution à la littérature de voyage contemporaine, mais aussi l’intérêt d’une approche critique.

Revenir à l’œuvre d’un ingénieur civil spécialiste des constructions, c’est redécouvrir un auteur dont les écrits et les images d’habitats bédouins méritent une lecture attentive. C’est aussi une occasion de rappeler l’importance de valoriser la littérature de voyage, non pas comme un simple exercice de nostalgie ou d’exotisme, mais comme un espace d’expérimentation et de dialogue entre les époques, les cultures et les idées.

Thierry Mauger, les hommes fleurs et la nostalgie des voyageurs

Alors vous, lecteurs, je ne sais pas quel âge vous avez. Peut-être êtes-vous, comme moi, nés dans les années 1970 ? Si c’est le cas, vous ressentirez peut-être cette étrange familiarité en feuilletant les livres de Thierry Mauger. Il y a quelque chose dans ces ouvrages qui rappelle spontanément les livres de notre enfance, ces objets colorés des années 1980 que l’on trouvait sur les étagères de nos parents.

Chez moi, ces livres voyageaient bien avant moi. Mon père, ramoneur de métier, et ma mère, infirmière, avaient accumulé des ouvrages sur les paysages lointains, des récits d’explorateurs et des photographies exotiques. Notre bibliothèque familiale racontait autant nos origines que nos aspirations : de l’Afrique subsaharienne, où mes parents avaient vécu, à l’Afrique du Nord, où nous avons beaucoup voyagé. On y trouvait des livres aux couleurs criardes, aux typographies datées, mais qui, à leur époque, incarnaient la modernité.

C’est cette esthétique, un peu kitsch aujourd’hui, que je retrouve chez Mauger. Mais derrière ces images, quelque chose m’interpelle, une mécanique culturelle plus profonde. Les récits de voyage, notamment ceux des années 1970-1980, portent souvent en eux une idéologie particulière, celle de la déshistoricisation.

La mélancolie de ce Saoudien par Mauger me rappelle celle des autochtones du Brésil photographiés par Claude Levi-Strauss.

L’éternel présent des récits de voyage

Dans ses livres, Thierry Mauger capte ce qu’il appelle « la nostalgie » pour une vie tribale « authentique ». Cette formule résonne avec un courant dominant dans la littérature de voyage : celui qui présente les peuples comme figés dans un temps immuable, hors de l’Histoire. Roland Barthes dénonçait déjà cette tendance dans Mythologies (1957), en montrant comment les guides touristiques transformaient des cultures en objets intemporels, hors de toute réalité politique ou sociale. Le mouvement « Pour une littérature voyageuse » en est une illustration éclatante.

Thierry Mauger, à sa manière, s’inscrit dans cette tradition. Ses photos des montagnes d’Arabie et de leurs habitants – notamment les fameux « hommes fleurs » – semblent vouloir figer un moment, une esthétique, une culture dans une capsule temporelle. Cette démarche, bien qu’esthétiquement fascinante, pose des questions : quelle est la place de l’histoire, de la modernité, des transformations sociales dans ces images ?

Les hommes fleurs : mode, érotisme et désir

Prenons les hommes fleurs, ces guerriers des montagnes d’Arabie parés de fleurs dans leurs cheveux. Ces images frappent par leur étrangeté et leur modernité inattendue. Ces hommes portent des chemises ajustées, parfois psychédéliques, qui évoquent autant la mode indienne des années 1920-1930 que les vêtements occidentaux des années 1970. Ces détails vestimentaires brouillent les lignes temporelles et culturelles.

Ils incarnent aussi un imaginaire profondément lié au désir. Ces fleurs dans les cheveux, ces corps habillés de motifs colorés, évoquent des pages célèbres de la littérature. Dans L’amant de Lady Chatterley, D.H. Lawrence écrivait que la fleur est à la fois masculine et féminine, symbole de désir et de fusion des genres. Ces hommes fleurs des montagnes d’Arabie, photographiés par Mauger, actualisent cette ambiguïté érotique dans un contexte inattendu.

Les rêves post-hippie des voyageurs

Enfin, comment ne pas voir dans ces hommes fleurs une résonance avec le mouvement hippie des années 1960-1970 ? Ces fleurs dans leurs cheveux me renvoient involontairement à la célèbre chanson de Scott McKenzie : If You’re Going to San Francisco.

If you’re going to San Francisco

Be sure to wear flowers in your hair

«  Si tu vas à San Francisco / N’oublie pas de mettre des fleurs dans les cheveux », etc.

Mais ici, ce n’est pas la Californie qui se dessine, c’est un territoire moins accessible, une terre pluvieuse et pleine de tribus ennemies, les montagnes du Sud de l’Arabie, que les Romains appelaient Arabia Felix, tellement l’agriculture et le commerce y étaient florissants.

Thierry Mauger, comme tant de voyageurs post-hippies (il avait 21 ans en 1968) semble chercher dans ces paysages et ces hommes une matérialisation du rêve d’un autre monde. Un monde plus simple, qu’il juge authentique, où l’esthétique et le mode de vie rejoindraient une harmonie naturelle perdue dans les sociétés modernes.

Une esthétique à déchiffrer

Ce qui me fascine aujourd’hui dans le travail de Thierry Mauger, c’est la manière dont ses images convoquent une multitude de récits. Elles parlent à la fois de la nostalgie d’un monde révolu, de la mode des années 1970, des idéaux hippies, et d’une tension érotique qui traverse les cultures.

Alors oui, on peut critiquer cette vision parfois dépolitisée, ce refus de l’histoire. Mais on peut aussi y voir une invitation : celle de regarder de plus près, de creuser les couches de sens, de comprendre ce que ces images disent, non seulement des hommes fleurs, mais aussi des maisons fleurs et des mosquées fleurs.

Thierry Mauger : entre fascination et rejet, une réflexion sur les montagnes d’Arabie

Il y a des rencontres artistiques qui commencent mal. Thierry Mauger, photographe, ethnologue et écrivain voyageur, en est un exemple personnel marquant. La première fois que je suis tombé sur ses livres, c’était à la bibliothèque de Munich, puis à nouveau en Arabie Saoudite lors de mon pèlerinage en décembre 2024. Ma réaction initiale ? Le rejet.

Je trouvais ses photographies mal imprimées, mal mises en page. Les couleurs étaient fades, les contours maladroits, et certaines compositions me paraissaient tout simplement affreuses. Et puis, il y avait cette manière qu’il avait de se présenter : escaladant une montagne, se décrivant comme ayant changé de vie à 40 ans pour se consacrer à la photographie et à l’écriture. Tout cela m’irritait. Pourquoi ? Je ne saurais le dire précisément. Peut-être était-ce cette mise en scène un peu trop appuyée d’un destin personnel, ce goût pour l’automythologie dont je suis pourtant moi-même un adepte…

Mais quelque chose s’est produit. Je suis revenu, encore et encore, vers ses photos. J’ai appris à me méfier de mes premiers mouvements. Trop souvent, le rejet initial masque une complexité qui ne se dévoile qu’avec le temps. Les montagnes d’Arabie qu’il a photographiées, entre le Yémen et l’Arabie Saoudite, m’interpellent profondément. Ayant vécu au pied du Jebel Akhdar à Oman, je connais la puissance évocatrice de ces paysages. Ce sont des espaces à la fois arides et habités, silencieux et chargés d’histoire.

L’unicité de Thierry Mauger

Ce qui rend l’œuvre de Thierry Mauger fascinante, c’est son unicité. À ma connaissance, peu de photographes ont exploré les montagnes d’Arabie avec une telle profondeur dans les années 1980 et 1990. Il s’est intéressé non seulement aux paysages, mais aussi aux architectures locales, aux traditions et surtout aux hommes et femmes qui y vivent.

Parmi ses sujets les plus marquants, les “hommes fleurs” occupent une place centrale. Ces guerriers parés de fleurs incarnent une dualité saisissante : la beauté et la violence. Les fleurs, dans ce contexte, ne sont pas de simples ornements. Elles deviennent des symboles de puissance, de protection, voire d’agressivité. Mauger capture cette tension avec une sensibilité qui, malgré mes réserves initiales, m’a peu à peu conquis.

Des questions en suspens

Pourtant, son œuvre soulève des questions intrigantes. Pourquoi semble-t-il être le seul à avoir documenté ces régions avec une telle intensité ? Y avait-il d’autres photographes ou écrivains qui n’ont pas eu accès à ces espaces ou n’ont pas été publiés ? Comment Mauger a-t-il obtenu les autorisations nécessaires pour explorer ces territoires dans une époque où l’accès à ces régions était très restreint ?

Ces questions ne diminuent en rien l’importance de son travail, mais elles invitent à réfléchir aux conditions de production de l’art et à la manière dont certaines voix, certains regards, finissent par dominer la représentation d’un lieu ou d’une culture.

Retour sur l’essentiel

En revenant sans cesse à l’œuvre de Thierry Mauger, j’ai compris que son unicité résidait aussi dans son regard ethnographique, mêlé d’un sens de la mise en scène presque instinctif. Ses photos ne sont pas parfaites ; elles sont parfois maladroites, mais elles portent en elles une force brute, et surtout une présence à son époque, aux années 1980, qui finit par s’imposer.

La frime et la grâce

Des Saoudiens moins « élitaires » que d’autres

Les Saoudiens souffrent d’une réputation qui ne reflète pas toujours la réalité de leur personnalité. Dans les pays du Golfe persique, notamment en Oman, les stéréotypes abondent. Les Omanais, perçus comme paisibles et agréables, tendent à opposer cette image à celle des Saoudiens, souvent qualifiés d’arrogants ou de prétentieux. Cette perception repose sur plusieurs préjugés : la possession des lieux saints de l’islam, la richesse pétrolière ou encore un certain chauvinisme supposé.

Pourtant, une observation directe et prolongée des Saoudiens vient contredire cette caricature. Au contact, ils révèlent des traits similaires à ceux des Omanais : douceur dans le langage, politesse remarquable et respect profond dans les interactions humaines. Mais ce qui distingue l’Arabie Saoudite d’Oman, c’est la diversité sociale et culturelle, bien plus marquée dans le premier.

Cela a conduit Hajer, mon épouse, à dire que les Saoudiens « sont un peuple moins élitaire que les Omanais. »

Contrairement à Oman, où l’uniformité sociale et l’élégance vestimentaire prédominent, l’Arabie Saoudite expose un éventail plus large de classes sociales et de styles de vie. Les très riches restent souvent invisibles, laissant l’espace public dominé par des classes moyennes et populaires. Cette diversité s’exprime aussi dans les habits : des tenues traditionnelles soignées côtoient des apparences plus négligées, témoignant d’une société moins homogène que celle d’Oman.

Une réflexion partagée par Hajer est venue corroborer ce contraste. Observant un homme non loin de nous, elle m’a dit : « Celui-là est Saoudien, ça s’entend à sa façon de parler, mais il se comporte comme un Égyptien tout au plus. » À bon entendeur salut.

Riyadh, capitale renaissante aux quelques facettes

Notre voyage en Arabie Saoudite se poursuit dans la capitale, Riyadh. Chaque quartier semble raconter une histoire différente, avec des ambiances qui varient considérablement.

Le quartier des ambassades, Al Safarat, est un havre de tranquillité gardé par des policiers qui laissent passer les voitures au compte goutte aux deux seules portes d’entrée. Son architecture soignée s’inspire des traditions locales, tandis que son urbanisme met en avant des parcs, des passages piétons et des espaces verts. Pourtant, ce quartier conserve un caractère particulier, presque détaché, comme s’il n’était pas pleinement habité – une impression renforcée par son rôle diplomatique.

À l’opposé, le King Abdullah Financial District (K.A.F.D.) offre une vision ultramoderne de Riyadh. Ce quartier, surgissant presque de nulle part, est une véritable forêt de gratte-ciels audacieux. Plus ou moins piétonnier, il est parfait pour se promener ou boire un café parmi les hommes d’affaires. Avec ses tours impressionnantes il rappelle La Défense, à Paris, ou tout autre ville moderne qui veut son centre d’affaires.

Mon coup de cœur, cependant, reste Olaya et sa célèbre rue, Tahlia Street. Ce n’est pas son nom officiel, mais le surnom, signifiant “douceur” ou “sucrerie”, convient parfaitement. Bordée de cafés, de restaurants et de lieux de sortie, Tahlia Street est animée à toute heure. Ses larges trottoirs et pistes cyclables attirent non seulement les piétons mais aussi les amateurs de trottinettes.

La rue est marquée par deux phénomènes remarquables : d’un côté, un trafic automobile dense, où les conducteurs n’hésitent pas à patienter des heures aux croisements. De l’autre, une foule humaine, surtout de jeunes, qui envahit les lieux dès 22 ou 23 heures. Les cafés se remplissent de gens savourant des chocolats chauds, des cafés au lait et des pâtisseries jusqu’à très tard dans la nuit.

Un soir d’insomnie, j’ai décidé de me promener à 4 heures du matin. À ma grande surprise, Tahlia Street était encore bien vivante. Certes, il y avait moins de monde, mais les cafés restaient ouverts, témoignant de l’énergie nocturne qui caractérise ce quartier. Les femmes y sortent librement et, apparemment, c’est une nouveauté.

Al Balad : un vieux quartier réussi au cœur de Jeddah

Le sage précaire avec sa valise en Jeddah, après son pèlerinage à la Mecque. Photo (c) Hajer Nahdi, décembre 2024.

Al Balad, le quartier historique de Jeddah, est un trésor architectural et culturel qui évoque les « vieilles villes » médiévales de France ou encore les quartiers historiques d’Asie, souvent datant des XIXe et XXe siècles. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce quartier incarne un modèle exemplaire de restauration et de préservation.

Les bâtiments en bois, fragiles et précaires, sont patiemment restaurés par des artisans locaux et des artistes. Les détails des moucharabiehs, ces élégants treillis en bois, témoignent d’une esthétique à la fois fonctionnelle et poétique. Dans cet espace chargé d’histoire, la végétation occupe également une place importante : des arbres ombragent les ruelles et apportent une bouffée de fraîcheur bienvenue.

Les chats errants, emblèmes discrets du quartier, y sont non seulement tolérés, mais aussi nourris, contribuant à l’atmosphère conviviale et paisible des lieux.

Flâner dans les ruelles d’Al Balad, c’est se perdre avec plaisir dans un univers qui oscille entre les médinas d’Afrique du Nord et les quartiers culturels de Chine. Hajer et moi avons eu la chance de nous y égarer à deux reprises, savourant à chaque fois la réussite d’un quartier qui a su se mettre en scène de manière convaincante.

La ballade du sage précaire en balade à Al Balad

La police m’a interdit de me tremper les pieds dans la mer Rouge

Nul besoin d’expliciter ce titre par un billet de blog fastidieux. Vous avez compris de vous-même. Après notre pèlerinage à la Mecque, nous retournâmes à la ville portuaire de Djeddah, toujours en Arabie saoudite. Comme il fait encore chaud autour de Noël, nous espérions vivement nous baigner dans la mer Rouge. Nous avions déjà échoué dans cette entreprise à notre arrivée, par manque de préparation.

À notre retour, nous avons soigneusement choisi une plage, avec du sable, ouverte sur la mer, sans barrière.

Hélas, l’interdiction de la baignade était inscrite sur un grand panneau, en arabe et en anglais.

Nous nous sommes résigné à tremper nos pieds seulement. Et cela même fut de trop. Une voiture de la police saoudienne est venue jusqu’à nous. L’agent m’a hélé et m’a rappelé l’interdiction. « Je vous ai vu », a-t-il précisé, quand j’ai protesté que je n’avais pas nagé. Tremper ses pieds est déjà une infraction.

L’agent était un peu embarrassé. Il n’appréciait pas ce rôle de père fouettard et dans un sourire de connivence, il m’encouragea à me rendre sur la côte « au nord de la ville », où paraît-il se trouvent de superbes plages pour les gens comme nous.

Je te salue, vieille Kaaba

Avant de partir je tiens à demander pardon à ceux que j’ai offensés, sans le savoir, sans le vouloir, par un regard, par une incurie du cœur. Je te salue, vieux temple obscur.

Aux temps immémoriaux d’Ibrahim, qui te fonda, et d’Hajer qui fit jaillir la source d’eau pure que nous buvons aujourd’hui, le sage y puise la noirceur et la douceur de la vie animale. Je te salue, vieux temple obscur.