Pour reprendre en plein jour les termes d’un débat qui s’enlisait dans les profondeurs d’un échange de commentaires, posons la question franchement : pourquoi faut-il que les banques centrales soient dépendantes du pouvoir politique ? C’est un débat qui n’existe qu’en Europe, je crois, car il n’y a que dans l’Union Européenne qu’une banque centrale profite de la merveilleuse cacophonie des différents gouvernements. Pendant que les Allemands veulent un euro fort et que les Français réclament une baisse des taux de change, les banquiers font ce qu’ils veulent.
Voici donc les deux principes qui s’opposent :
1- Une banque centrale doit obéir au pouvoir politique.
2- Une banque centrale autonome est affranchie des dérives démagogiques, ce qui favorise la stabilité de la monnaie. Si l’Europe n’était pas « unie », nul doute que le franc serait très bas et que le Deutsch mark serait très fort. L’économie française se porterait-elle mieux ? De toute façon, ce qui est bon pour l’économie allemande est bon pour l’Union Européenne, donc c’est bon pour la France. Voilà un syllogisme européen pimpant qu’on entend peu à la radio. D’un autre côté, pour que le pouvoir politique européen pèse sur une décision, il faudrait que les différents gouvernements s’entendent, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Mais imaginons que tous exigent une baisse de l’euro, peut-on raisonnablement penser que la banque centrale résisterait à la pression ? La banque centrale européenne n’est donc pas tant arrogante, que soustraite aux désaccords et aux tensions politiques.
Maintenant, si l’on me demandait, mais toi, toi, qu’est-ce que tu préfèrerais ? Un euro faible ou un euro fort ? Où est ton intérêt ? Je dirais que mon intérêt est d’éviter les crises, davantage que la recherche de l’enrichissement. S’il y avait une politique monétaire qui était reconnue pour éviter les ridicules volte face économiques, les satanés cycles schumpeteriens, qui se surajoutent aux fluctuations existentielles déjà assez pénibles comme ça, je dirais : « voilà ce qui convient à l’établissement incertain et temporaire de la sagesse précaire. »

