Vingt ans de blog : aidez-moi à célébrer l’anniversaire qui approche

Photo gratuite générée automatiquement quand j’ai saisi les mots « Blog de vingt ans »

En juin, qui arrive à grands pas, ce blog fêtera ses vingt ans d’existence. Le tout premier billet date de juin 2005. Vingt ans d’une expérience d’écriture qui m’a fait plaisir et dont je suis même un peu fier.

Je voudrais marquer le coup, mais je ne sais pas comment. J’aimerais pouvoir faire des cadeaux à mes lecteurs, mais je ne sais pas lesquels. Si certains parmi vous ont des idées, elles sont les bienvenues. Des Thermos à l’effigie du sage précaire ? Non, ça n’a pas de sens. Des T-shirts ? Certainement pas, je suis opposé à la surproduction de textiles.

S’il me reste des exemplaires de mes livres publiés, je serais heureux d’en offrir quelques-uns, dédicacés, mais je ne suis pas certain que ce soit un cadeau très intéressant. En tout cas ce serait des raretés car tous mes livres se sont très bien vendus et sont aujourd’hui épuisés…

Peut-être pourrions-nous publier un petit livre avec une sélection de billets du blog, et l’offrir à quelques lecteurs ? Par tirage au sort ? Une espèce de tombola du sage précaire ?

Quelque chose s’annonce à l’horizon. Son regard commence à poindre.

Tenez-vous prêts. Et si vous avez des idées, n’hésitez pas à me les souffler. Car, en vérité, je ne suis pas très fort pour célébrer les anniversaires.

Quand Frédéric Beigbeder pose (enfin) la bonne question à Sylvain Tesson

Frédéric Beigbeder est la seule personne à avoir posé la bonne question à Sylvain Tesson. L’ensemble de l’entretien se cristallise dans ce moment. Soudain, il lui demande : « Mais comment vous payez ces expéditions ? Ça coûte une blinde ! C’est l’éditeur qui vous organise tout ça ? » La question est magistrale. Parce qu’évidemment, tout le monde connaît la réponse, mais il y a davantage que la réponse dans la question.

Moi, dans mes premiers textes critiques sur la littérature de voyage, il y a déjà vingt ans, je le disais : la question de l’argent est fondamentale et trop souvent escamotée par les auteurs. Car pour voyager sans travailler sur place, comme je le fais depuis 1998, il faut pouvoir prendre plusieurs mois de vacances. Partir, c’est bien beau, mais que fait-on au retour ? Que fait-on de ses affaires, si on en a ? Comment gagne-t-on sa vie ? Et quand on part plusieurs mois chaque année, cela demande une organisation conséquente.

Et Tesson, évidemment, ne parle jamais d’argent. Or, quelqu’un qui ne parle jamais d’argent, ce n’est pas parce que cela ne l’intéresse pas. C’est parce qu’il en a suffisamment pour que ce ne soit jamais un problème. Ceux qui ne parlent que d’aventure, d’ailleurs, d’amour, et jamais d’argent, sont souvent ceux qui ont une très bonne gestion financière — et une grande compétence dans ce domaine. C’est son cas.

D’une part, c’est un héritier richissime, propriétaire d’un appartement au centre de Paris. D’autre part, il est aussi héritier d’un capital culturel gigantesque, qui lui donne de nombreux contacts dans les médias et la presse. Mais c’est aussi un très bon businessman. On l’avait déjà noté il y a quinze ans à propos de son livre qui raconte ses vacances au bord d’un lac gelé : à la fin de ce livre, il remercie des entreprises et la diplomatie, qui ont donc financé son voyage.

Car il fait partie des très rares personnes qui non seulement n’ont pas besoin de travailler pour voyager, mais qui n’ont même pas besoin de dépenser de l’argent. Contrairement à tous les Français qui économisent pour partir, puis rentrent pour regagner de l’argent, lui, il se fait financer.

Et sa réponse à Beigbeder est laconique, mais suffisante : « Comme mon père n’a jamais accepté les subventions de l’État pour son amour du théâtre, de même, j’obtiens des financements privés grâce à de merveilleux amis. » Ces merveilleux amis, cela ne veut rien dire. Dans ce milieu de la haute bourgeoisie, les amis sont des collaborateurs, des associés en affaires. Bien sûr, on tisse des liens. Les bourgeois sont des êtres humains comme nous. Mais ce sont des associés avant tout.

Il remerciait autrefois les entreprises à la fin de ses livres, mais il a probablement arrêté, la ficelle étant trop grosse. Cela entachait l’image d’aventurier vagabond qu’il cherche à se donner. Il existe sans doute aujourd’hui des associations ou collaborations financières, gérées par son agent, avec des entreprises richissimes. Il leur propose peut-être des stages, des rencontres, des moments privilégiés avec les hauts cadres de telle ou telle boîte. Des entreprises profitent de l’image de Sylvain Tesson, mais à un niveau confidentiel, réservé aux invités de marque.

C’est toute la stratégie des happy few : on conserve l’aura de mystère, celle du clochard céleste, et en même temps on développe un business model redoutable, extrêmement efficace — mais uniquement parce qu’il est rare. Ce modèle ne peut être reproduit ni par vous, ni par moi. Il repose sur une personnalité construite comme exceptionnelle, comme rare. C’est de la rareté organisée. C’est un produit de luxe.

La question posée par Beigbeder nous permet de comprendre cela. Donc bravo à lui. Et seul un mec de droite comme lui pouvait poser cette question. Il fallait que ce soit une conversation entre bourgeois, dans un lieu feutré. Si Mediapart avait posé cette question, Tesson n’y aurait même pas répondu, et la fachosphère aurait hurlé à l’inquisition idéologique menée par des médiocres hostiles à l’argent. Il fallait que ce soit un grand bourgeois pour que la question ne paraisse ni négative ni malveillante.

Et c’est précisément ce qui la rend si éclairante.

Retour du papier chez les riches : un week-end à l’hôtel de luxe

Nous passons le week-end pascal dans un hôtel de luxe, une bulle de silence japonais dans la splendeur orientale. Ici, les riches lisent des livres en papier. C’est la nouvelle distinction sociale. Depuis que les outils numériques sont devenus les jouets de la populace, c’est le retour au livre qui fait figure de raffinement. Lire, voilà la nouvelle élégance discrète.

Pour le sage précaire, lire, ça a toujours été la vie normale, ordinaire, dans les usines comme sur les plages de sable blanc.

Je me réjouis de cette nouvelle mode : sans l’avoir prémédité, je me trouve dans le ton et dans les codes des gens privilégiés. Mes livres m’accompagnent partout, par coquetterie autant que par nécessité. Les rares clients qui scrollent sur leur téléphone se signalent par une forme de vulgarité.

Je m’en ouvre à Hajer en lui demandant si mon observation est déjà une banalité ou si elle fait partie de mes théories loufoques dont on se moque avant de les adopter. Mon épouse est plutôt d’accord avec moi mais elle émet une théorie à elle : ce n’est pas pour frimer que les riches lisent mais pour se sevrer des réseaux sociaux. Le livre est donc un signe brandi devant le peuple pour dire au monde : voyez, moi au moins, j’essaie de m’en sortir.

On se promène dans les jardins, entre deux baignades en mer ou en piscine. Moi, je mate les couvertures des bouquins. Le verdict est cruel : les lectures ne sont pas à la hauteur des lieux. Beaucoup de romances et des romans à enquêtes. Des couvertures brillantes, des titres évocateurs et vite oubliés. On dirait que le retour du papier n’a pas ramené avec lui l’exigence littéraire.

Le luxe, peut-être, est ailleurs. Dans le geste de tourner une page, dans le bruissement d’un signet qu’on replace soigneusement, dans le poids d’un volume qu’on glisse dans son sac plutôt que dans sa poche. Le contenu ? On repassera. Le chic, désormais, c’est l’objet-livre, pas forcément la pensée qu’il contient.

Redresser infatigablement les discours de haine

Cette vidéo dispense un message malsain sur l’islam qu’il convient de redresser. Je reprends pour toi, mon ami, chaque point énoncé par cet influenceur qui a probablement un bon fond mais qui s’égare pour produire sans s’en rendre compte un discours de haine.

Quand tu vas à la mosquée et que tu lis le coran, voici les valeurs qui grandissent en toi nécessairement :

1. L’obéissance aux lois de l’univers et l’usage de la raison pour tout ce qui relève de tes décisions et de tes choix.

2. Le respect des femmes qui ne sont jamais vues comme « inférieures » aux hommes. Au contraire, un homme qui maltraite une femme commet un péché.

3. La tolérance la plus absolue envers ceux qui « adorent ce que je n’adore pas » (coran, sourate 109). Aucune haine n’a jamais été professée envers les non-musulmans. En revanche, toutes les religions monothéistes promettent l’enfer, mais ça, au fond, c’est assez banal.

4. Une confiance dans l’esprit scientifique qui cherche à comprendre les lois de la nature. Le coran regorge d’observations simples de la nature en disant : « Il y a là un signe pour ceux qui savent réfléchir. » (coran, sourate 16, verset 11 parmi tant d’autres occurrences.) Les musulmans ont toujours été de grands scientifiques. La superstition, au contraire, est comme partout le fait des pauvres gens qui répètent des trucs de famille sans rapport avec la religion (je recommande de leur pardonner leur égarement en attendant qu’un système éducatif inclusif leur permette de s’instruire.)

5. La violence est proscrite, que ce soit violence physique, psychologique ou symbolique. Seule la défense est permise, avec des limitations car ce qui est recherché est toujours la paix, la concorde et l’entente, non la capitulation humiliante de l’agresseur (coran, sourate 9, verset 6).

Cet influenceur que je ne connais pas parle dans le média du philosophe Michel Onfray. Ce dernier a écrit le livre le plus faible sur l’islam qu’on puisse imaginer. C’était en 2016. Depuis, il est devenu salarié d’un milliardaire corrompu et réactionnaire pour diffuser – entre autres – la haine des musulmans.

Lire Onfray, regretter Onfray ? À propos de « Théorie du voyage »

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Il y a des livres que l’on découvre trop tard et dont l’absence dans nos propres travaux devient un regret intellectuel. Théorie du voyage de Michel Onfray (2010) en fait partie. Lorsque j’écrivais ma thèse sur la philosophie du récit de voyage, ce livre aurait pu y figurer, ne serait-ce que pour comprendre une certaine perception du voyage en France au tournant du XXIe siècle. Pourtant, je l’avais ignoré. Aujourd’hui, je mesure ce qu’il aurait pu apporter, non pas tant pour ses qualités, mais pour ce qu’il révèle des lieux communs qui structurent encore le discours sur le voyage.

Dans le panorama de la littérature de voyage, Onfray est un personnage en entre-deux. Trop jeune pour appartenir au mouvement de la « littérature voyageuse » des années 1990 réunis autour de Michel Le Bris, trop vieux pour faire partie des néo-explorateurs dont la tête de file est Sylvain Tesson, nés dans les années 1970. Ni compagnon de route des anciens soixante-huitards reconvertis dans un certain néo-conservatisme, ni figure emblématique de cette vieille vague de jeunes voyageurs commerciaux, il occupe une position indécise, flottante. C’est peut-être cela qui rend son livre symptomatique d’une certaine conception du voyage, à la fois banale et datée.

Onfray y propose une vision du voyage qui se veut poétique, mais qui se vautre souvent dans le cliché. Exemple frappant, cette longue citation de la page 115 :

J’aime les espaces jaunes du colza, verts du blé en herbe, violets ou mauves de la lavande, j’aime voir les rivages découpés (…) Lacs, rivières, étangs, marécages transformés en miroirs violents par le soleil. J’aime voir passer les voitures, petites traces lentes sur les routes, filer les trains, longs serpents ondulants, glisser les péniches lourdes et lentes, ou marcher les humains futiles et essentiels.

L’intention est évidente : écrire un texte empreint de lyrisme, mais le résultat est d’une pauvreté affligeante. Les couleurs primaires des paysages, les formes élémentaires du monde, des phrases que pourrait rédiger un enfant à l’école. Rien d’inédit, rien qui fasse surgir un regard singulier sur le voyage.

Le plus regrettable, cependant, n’est pas tant cette prose convenue que l’absence d’un véritable dialogue avec les écrivains voyageurs. Certes, Onfray cite Nicolas Bouvier, mais de manière anecdotique, sans approfondir. Il ne semble pas s’intéresser à la littérature de voyage contemporaine, ignorant des auteurs comme Jean Rolin ou Baudrillard, qui avaient pourtant déjà exploré des territoires similaires. Son approche reste prisonnière d’une opposition éculée entre voyageur et touriste, comme s’il n’existait pas déjà une littérature critique sur ce sujet – on pense notamment aux travaux de Jean-Didier Urbain.

Onfray croit se démarquer sur un point : il défend la vitesse contre la lenteur. Contrairement à la tendance qui fait de la lenteur une posture subversive, il assume la modernité du voyage rapide et préfère l’avion aux pérégrinations interminables. Sur ce point, je ne suis pas en désaccord. J’avais moi-même critiqué dans mon propre livre l’idée selon laquelle la lenteur serait en elle-même une forme de résistance. Cependant c’est tellement XXe siècle cette opposition ! Et puis surtout, défendre l’usage de l’avion au XXIe siècle sans même aborder les enjeux environnementaux ou énergétiques, c’est rester désespérément ancré dans une vision du voyage qui ne dépasse pas le stade du débat de café du commerce.

Finalement, Théorie du voyage est un livre utile, mais malgré lui. Il représente l’exemple parfait du discours convenu sur le voyage, une illustration de ce que l’on peut qualifier de banalité du voyageur philosophe. En cela, il devient un bon point de départ, dans le cadre d’un article de critique ou de recherche, pour mettre en valeur tout autre texte qui, lui, proposerait une véritable réflexion sur l’acte de voyager. À défaut d’être un livre marquant, il sert au moins de repoussoir.

Régis Genté : un journaliste visionnaire et exemplaire

Régis Genté sur Donald Trump

Il y a des auteurs dont les prémonitions sont si précises qu’elles paraissent surnaturelles alors qu’elles révèlent seulement un solide instinct ancré dans une réalité tangible et circonscrite. Régis Genté fait partie de ces journalistes dont la finesse d’analyse et la rigueur documentaire préfigurent les événements avant même qu’ils ne deviennent l’objet du débat public. Son livre sur Donald Trump, paru bien avant l’élection de ce dernier, en est un parfait exemple.

Lors de sa parution, beaucoup ont jugé que Genté exagérait. Le titre ne laissait pourtant aucun doute sur sa thèse : Trump était, selon ses recherches, entre les mains du Kremlin. L’auteur documentait minutieusement les liens de Trump avec la Russie, bien avant l’accession de Vladimir Poutine au pouvoir. Il y révélait l’existence de connexions financières, économiques et peut-être même sentimentales, voire érotiques, entre le magnat de l’immobilier et l’empire soviétique.

Ce qui fait la force de ce livre, c’est son absence de sensationnalisme. Genté ne cherche ni à accabler ni à extrapoler. Son journalisme est une enquête rigoureuse, fondée sur des faits vérifiés, loin des outrances et des interprétations hasardeuses. En cela, il s’inscrit dans la tradition des grands reporters qui laissent parler les documents et les témoignages plutôt que leurs opinions personnelles.

Plus précisément, ce qui fait la force de Genté est sa fixation sur le monde russe, et encore plus fermement sur le caucase et la Géorgie. L’inverse exacte des « toutologues » qui s’improvisent experts dans nos médias. Peut-être va-t-il un jour me faire mentir, mais en atttendant il surprend à chaque livre avec des analyses qui partent du Caucase pour aller vers l’international et l’actualité brûlante.

Or, depuis février 2025, les analyses de Genté résonnent avec une acuité troublante. Les prises de position de Trump – son mépris affiché pour le président ukrainien, ses accusations infondées de dictature, sa reprise systématique des éléments de langage du Kremlin – sont devenues si flagrantes qu’elles mettent même mal à l’aise une partie de ses soutiens les plus fervents. Son zèle pro-russe frôle l’absurde, au point de devenir contre-productif même pour ses alliés.

Ce paradoxe, qui pourrait presque prêter à des lectures littéraires sur la manipulation et la soumission, n’est cependant pas le terrain de Genté. Il ne s’abandonne ni aux hypothèses ni aux déductions gratuites. Il avait tout vu, prévu, en s’attachant aux faits, aux sources, à la matière brute de l’information qui venait de son territoire d’expertise. Cette rigueur en fait un journaliste rare, précieux, et indispensable.

Installé à Tbilissi depuis plus de vingt ans, Genté est un observateur ancré dans une réalité locale, dont il extrait des lignes de force à l’échelle mondiale. Son regard porté sur la politique géorgienne, sur l’économie du football en Russie ou sur le parcours de Zelensky avant son ascension planétaire, témoigne d’une remarquable intuition journalistique. Il perçoit les tendances profondes avant qu’elles ne deviennent évidentes aux yeux de tous.

En cela, Régis Genté est plus qu’un journaliste : il est un éclaireur du temps présent. Son premier récit de voyage, Voyages au pays des Abkhazes, publié en 2012, mériterait d’être relu aujourd’hui sous un nouveau jour. Car c’est peut-être dans les détails de ce voyage que se cachent ses intuitions les plus fulgurantes.

Pour que les Cévennes ne sombrent pas entre les mains de la réaction : Soutien à Régis Bayle pour 2027

Midi Libre, janvier 2025. Les vœux du maire dans le village d’Arrigas

Les Cévennes sont une terre merveilleuse, habitée par une population modeste et travailleuse. La pauvreté économique la place naturellement dans une tension politique que l’on retrouve à chaque élection. Aux dernières législatives, le député de gauche s’est fait sortir, à la surprise générale, par un énarque parachuté qui adopte les discours du néo-fascisme pour promettre aux gens modestes de les débarrasser de la racaille.

Je lis dans Mediapart que les extrémistes du Gard appliquent des méthodes trumpiennes pour provoquer, intimider et humilier leurs opposants politiques. Ils jouent la carte du conflit permanent, cherchant à diviser et à empoisonner le débat public.

Dans ce contexte délétère, où l’espace démocratique se rétrécit sous la pression de la haine et de la manipulation, il est essentiel de soutenir ceux qui incarnent une belle vision de la politique. Régis Bayle est de ceux-là. Il incarne une politique de dialogue, de justice sociale et de résistance face aux dérives autoritaires.

Au contraire de Bayle, le nouveau député de droite, ne connaissant rien aux Cévennes, cherche un ancrage en agressant des politiciens du cru qui ont le malheur d’être de gauche. Face à cette arrogance, il faut affirmer une manière de faire de la politique respectueuse et efficace : non pas en jouant le jeu de la provocation, mais en maintenant un cap, en affirmant des valeurs et en construisant des alternatives solides.

J’appelle de mes vœux que la gauche désigne Régis Bayle comme candidat aux législatives de 2027. Il a le profil parfait pour gagner contre l’union des haines. Professeur d’histoire-géographie au lycée du Vigan, il est maire d’un petit village de montagne comme ses ancêtres l’étaient déjà. Il appartient à une lignée d’hommes politiques qui travaillent la terre et la république depuis la révolution française. Une visite au cimetière d’Arrigas suffit pour s’en convaincre.

Bayle est aussi président de la Communauté de Communes du Pays Viganais et conseiller régional proche de la présidente socialiste Carole Delgas. Bref, il connaît le territoire local comme sa poche et maîtrise les rouages de la vie politique des Cévennes. Quand il parle, l’accent méridional le plus élégant de France se déploie pour soutenir des projets de développement économique et industriel dans une region qui a plus besoin de cohésion que de discrimination.

Pas étonnant qu’il soit la cible du nouveau député inconnu qui cherche à se faire un nom sur le dos des hommes en place. Régis Bayle saura répondre avec sagesse et en adoptant la seule attitude envisageable en pareil cas : monter en compétence et en qualité pour sauver les Cévennes.

Soutenir Régis Bayle pour 2027, c’est refuser cette politique du chaos que veut instaurer l’extrême-droite soumise aux modèles autoritaires et affirmer que la politique peut être efficace tout en respectant les règles républicaines. C’est un acte nécessaire pour préserver un débat démocratique digne et refuser la logique du rapport de force permanent.

La divertissement des adversaires : humaniser des Israéliens pour animaliser des Arabes

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On peut reconnaître une chose à Pascal Praud : c’est un professionnel de la télévision. Il a réussi à créer une ambiance, un rythme, un cadre dans lequel le téléspectateur fatigué trouve son compte. C’est du spectacle. Mais ce spectacle, derrière son apparente légèreté, est profondément utile. Il révèle quelque chose. Il met en lumière l’adversaire. L’adversaire de la liberté, de l’inclusion, de la République telle qu’on voudrait qu’elle soit : ouverte et égalitaire.

Une séquence qui en dit long

Hier soir, une séquence m’a particulièrement marqué. Le présentateur évoquait un bébé israélien pris en otage par le Hamas. Autour de ce sujet, trois professionnels : un autre présentateur cité en exemple, une journaliste spécialiste du dossier, et Pascal Praud lui-même. L’objectif était clair : humaniser cet enfant, faire ressentir au spectateur toute l’horreur de cette situation.

Et bien sûr, cela fonctionne. On compatit. On s’émeut. On s’identifie à cette famille israélienne en souffrance. Mais dans le même temps, une question s’impose : où sont les autres bébés ? Où sont les milliers d’enfants palestiniens massacrés dans ce conflit ? Leur humanité, leur souffrance, sont-elles moins dignes d’attention ?

Ce silence assourdissant, cette absence, révèle une idéologie. On veut nous faire pleurer sur le malheur d’une famille, et c’est légitime, mais ce faisant, on occulte volontairement l’autre camp. Comme si ces enfants palestiniens, ces familles détruites, ne méritaient pas le même regard, la même compassion.

Une idéologie décomplexée

Cette séquence de télévision est le reflet d’un racisme décomplexé. Elle repose sur une dichotomie : d’un côté, des êtres humains, de l’autre, des barbares. C’est cette pensée qui permet de traiter un camp avec humanité et l’autre comme une masse indistincte, déshumanisée, réduite à des chiffres ou des clichés.

Et c’est là le cœur du problème. Ce n’est pas seulement une question de narration biaisée. C’est une question de regard sur le monde. Ce racisme tranquille, diffus, se manifeste dans cette incapacité à accorder aux Palestiniens la même individualité, la même dignité qu’aux Israéliens.

Regarder pour comprendre

Alors, pourquoi continuer à regarder une émission comme celle-ci ? Parce qu’elle divertit, oui, mais aussi parce qu’elle éclaire. Elle met en scène une pensée en action, celle qui façonne une partie de l’opinion publique, qui légitime des politiques, qui nourrit des discours d’exclusion et de haine.

Regarder, c’est aussi se préparer. Voir l’adversaire fourbir ses armes, comprendre ses mécanismes, ses stratégies. Ce n’est pas agréable, mais c’est nécessaire.

Et si l’on veut un jour bâtir une société réellement inclusive, réellement républicaine, il faut commencer par dénoncer ces récits, ces silences, et ces regards biaisés.

Pouvoir, influence et comédie : l’association de malfaiteurs entre le président et le comédien

Certaines trajectoires individuelles se croisent et, par leur écho, éclairent des dynamiques plus profondes. Prenons, par exemple, le cas de Yassine Belattar, comédien accusé de comportements inappropriés dans le milieu du spectacle, et celui d’Emmanuel Macron, président de la République française. À première vue, ces deux figures évoluent dans des sphères bien distinctes. Pourtant, leur association occasionnelle – notamment lorsque Belattar fut choisi pour représenter la France lors d’un déplacement présidentiel au Maroc – invite à une réflexion sur les rapports de pouvoir et de responsabilité.

Les témoignages récents concernant Belattar évoquent un homme qui, derrière son charme apparent, aurait parfois abusé de sa position d’influence, notamment vis-à-vis de ses collègues féminines. Cette dynamique, où la séduction laisse place à l’autorité, voire à l’agressivité, soulève des questions sur l’exercice du pouvoir, dans un cadre artistique ou ailleurs.

Emmanuel Macron, quant à lui, n’est évidemment pas directement lié à ces accusations. Cependant, son rôle en tant que figure publique associée, même brièvement, à Belattar, et ses choix de soutien à certaines personnalités controversées, interpellent. Il est difficile de ne pas y voir une forme de provocation calculée, un jeu d’équilibre où l’autorité s’impose parfois au mépris des attentes collectives. L’épisode Alexandre Benalla ou encore les déclarations provocatrices sur le soutien apporté à des stars de cinéma accusées de viol en sont autant d’exemples.

La comparaison, bien qu’audacieuse, invite à réfléchir : que se passe-t-il lorsque des figures publiques – qu’elles soient artistes ou hommes politiques – exercent leur pouvoir non pas pour construire, mais pour affirmer leur domination ? Dans les deux cas, une même mécanique semble à l’œuvre : séduire, fédérer, puis imposer, quitte à humilier. Cela pose une question cruciale sur la responsabilité de ceux qui occupent une place d’influence.

Si Belattar est aujourd’hui interrogé pour ses actes, peut-être devrions-nous aussi interroger plus largement les mécanismes qui permettent à certains d’abuser de leur pouvoir. Et cela ne concerne pas seulement les individus, mais les structures mêmes qui favorisent ces abus.

Les mafieux du monde de la télé regardent leurs victimes dans les yeux et leur disent : tu es nul, tu es moche, sans moi tu n’es rien, et ils regardent leur victime se soumettre à leur pouvoir sans même avoir à leur demander : qu’est-ce que tu vas faire ?

Emmanuel Macron nous regarde dans les yeux et nous dit : je protège Benalla, je le couvre, je couvre Bellatar et d’autres malfaiteurs, qu’allez-vous faire ? J’impose au peuple un gouvernement dont il ne veut pas, des lois contre lesquels il a manifesté, en lui disant, allez donc dans la rue, manifestez tant que vous voulez, je suis le plus fort.

Dans les deux cas, ces manifestations de pouvoir ne ressortissent pas à la puissance, mais à la violence symbolique des hommes frappés d’impuissance. Des hommes pleins de ressentiment qui ont besoin de sensations fortes pour se sentir exister, car la vie simple n’est pas suffisante pour eux.

DAF, Diriyah Art Futures : Une plongée dans les futurs de l’art en Arabie saoudite

À Riyad, un nouveau musée a récemment ouvert ses portes que nous avons visité pendant nos récentes pérégrinations arabesques : DAF (Diriyah Art Futures).

Situé à Diriyah, berceau historique du royaume saoudien, ce lieu combine passé et futur. Diriyah, avec son palais historique du XVIIIe siècle, est une ville chargée d’histoire. À quelques pas de ces ruines, le ministère de la Culture a choisi d’implanter un musée d’art contemporain tourné vers l’avenir.

La première exposition, intitulée “Art Must Be Artificial”, explore les intersections entre art, numérique et intelligence artificielle. À travers des œuvres pionnières, elle propose une sorte d’archéologie des futurs possibles, nous plaçant en observateurs d’un présent déjà empreint des marques du futur. C’est un projet ambitieux et conceptuellement intrigant.

Une scénographie impressionnante, mais…

Le musée lui-même est une œuvre. L’architecture est remarquable, les volumes spacieux et les scénographies parfaitement exécutées. L’expérience visuelle et sensorielle est indéniable. Pourtant, une question essentielle m’a habité tout au long de ma visite : où est l’émotion esthétique ?

En tant qu’amateur d’art contemporain depuis les années 1990, j’ai souvent été confronté à des œuvres technologiques ou interactives. La première Biennale de Lyon dont je me souviens concernait justement les nouvelles technologies et c’était bien avant internet puisqu’elle devait avoir lieu autour de 1995.

Mais ici, devant ces installations numériques, une impression domine chez moi : l’absence de véritable profondeur émotionnelle. Les œuvres, bien qu’intéressantes sur le plan conceptuel, semblent souvent dépassées dès leur apparition, tant les technologies vieillissent rapidement.

Interaction ou distraction ?

Un exemple marquant est une œuvre interactive datant des années 2000. Elle propose un paysage stylisé où les arbres et les fleurs bougent en fonction des déplacements du spectateur. Certes, c’est ludique, et probablement captivant pour des enfants. Mais en tant qu’adulte et médiateur culturel, cette interaction m’a laissé le cœur froid.

Un détail révélateur : l’une des médiatrices m’a affirmé que l’art interactif est « supérieur à l’art non interactif ». Une déclaration péremptoire qui soulève des questions sur la manière dont ces œuvres sont présentées au public. L’interaction, bien qu’amusante, ne suffit pas à créer une émotion artistique durable.

Une fétichisation des nouvelles technologies

Cette exposition illustre une tendance générale : la fétichisation des nouvelles technologies dans les mondes culturels et éducatifs. Depuis les années 1990, j’observe comment l’art numérique, bien qu’impressionnant sur le moment, peine à susciter une véritable connexion esthétique.

Cela me rappelle cette première Biennale d’Art Contemporain dont j’ai parlé, il y a trente ans, qui explorait les débuts de l’Internet et des questions cybernétiques. Certaines œuvres étaient conceptuellement intéressantes, mais beaucoup ont déçu les Lyonnais, qui sont il est vrai des gens faciles à décevoir.

Une réflexion nécessaire

En visitant DAF en Arabie saoudite, je suis ressorti partagé. Le musée et son architecture sont des réussites incontestables. L’exposition, quant à elle, interroge notre rapport à l’art, à la technologie et au futur. Mais elle met aussi en lumière un défi fondamental : comment les nouvelles technologies peuvent-elles transcender leur dimension ludique, enfantine et même puérile ?

Pour l’instant, je reste en quête d’une œuvre numérique ou générée par intelligence artificielle que l’on pourrait qualifier de chef d’œuvre, et qui pourrait me faire réfléchir, m’émouvoir ou me faire rire.

En attendant, le musée reste une visite incontournable, ne serait-ce que pour son cadre extraordinaire et son ambition de questionner les futurs possibles de l’art.