Capital culture : Bordeaux, Lyon ou Marseille ?

Bordeaux, Lyon, Marseille, on dirait le tiercé final (dans le désordre) de la ligue 1 de football. Comme le football entre de plein droit dans la culture, cela ne me choque pas qu’il rejoue un match tout aussi mercatique, celui de la Capitale européenne de la culture. 

Quand on voit l’importance que cela a eu à Liverpool, l’attribution de ce titre devrait être pris davantage au sérieux.

Aujourd’hui, la décision sera prise pour la ville française choisie pour 2013. Bordeaux, Marseille et Lyon sont au coude à coude.

Enfin non, la vérité est que Lyon n’y croit pas. Les Lyonnais pensent que, avec un maire socialiste, réélu il y a peu, la ville n’a aucune chance. Les maires de Marseille et de Bordeaux sont dans la majorité présidentielle, paraît-il, et mes amis français m’ont dit, d’un air de fatalité assumée, que c’est ainsi que les décisions sont prises.

Moi qui suis lyonnais, je me dis que si cela se joue entre Marseille et Bordeaux, c’est à Marseille que va ma préférence, pour tous ses clichés de bordel et de générosité. Après Lille, Marseille, pour une raison obscure, cela me paraît logique.

Les ruses de l’histoire appliquées à Sarkozy

Le sarkozisme m’amuse parce que les décisions prises, les lois et actes sont pris dans une danse où plus personne ne se repère. La politique actuelle ne peut que déstabiliser, ébranler, secouer, et c’est ce qui est réjouissant.

Il n’y a que les fanatiques et les dogmatiques qui sont capables de tout rejeter ou de tout accepter. Je me méfie autant des uns que des autres.

Il faudra attendre que Sarkozy lâche le pouvoir, ou qu’on l’en détache, qu’il disparaisse d’une manière ou d’une autre, et attendre que toute cette précipitation se dépose, comme dans les éprouvettes des chimistes, pour qu’on puisse analyser à froid et poser des jugements. On voit assez clairement ce qui est bon et ce qui désastreux, mais il est impossible de se faire une idée de l’action globale.

Moi qui ai milité (enfin, milité) contre lui lors des élections présidentielles, je suis dans l’impossibilité de juger si ce qui se passe aujourd’hui aura plutôt des effets positifs sur la France.

Un exemple qui me plaît. La fin de la publicité sur les chaînes de télé publique. C’est une mesure lancée comme ça, sans réflexion, dans une improvisation foireuse. D’abord, on se dit que cela avantage son copain Bouygues, et que c’est une mesure anti-service public. Puis les débats ont lieu au sein des chambres, des médias, des foyers et des commissions. Le législateur construit son projet de loi et au final, les gens de gauche ne savent plus quoi opposer à cette loi.

Sarkozy a dit qu’il voulait des opéras à 20h30, « et si ça ne fait pas d’audience, tant pis! » Il veut aussi une vraie émission littéraire à une heure de grande écoute. Cela ressemble à un voeu pieux et pourtant, cet été, la direction de France Télévision cherchant à devancer la loi, à satisfaire les désirs du Prince, j’ai pu voir le Faust de Gounod à 21h00. Cela m’a fait plaisir.

Pas besoin du financement des publicités, pour tout cela (opéras, émissions culturelles). Les contestataires sont donc embarrassés. On les entend dire, par exemple : « Il vaudrait mieux augmenter la redevance, plutôt que ce financement bla bla bla. »  Qu’est-ce que cela peut foutre ? Le débat devient poussif et inintéressant.

On verra ce que cela donnera, mais moi qui suis pour la frugalité baroque, ça me convient bien, une télévision qui ne cherche plus à imiter TF1, qui abandonne ses programmes merdiques sans imagination, et qui crée, avec trois bouts de ficelle, des émissions inventives. On n’a pas besoin d’argent pour être intelligents, séduisants, sympathiques, drôles, charmants. Si nous n’y arrivons pas, eh bien crevons, que voulez-vous que je vous dise ? Il vaut mieux pas de télé publique du tout, que la télé publique qui a été la nôtre depuis 20 ans.

On me dit : je ne peux pas croire que Sarkozy veuille faire le bien du service public. Je suis d’accord, il s’en fiche certainement. Mais ce que veut Sarkozy m’est indifférent. L’histoire nous montre souvent des résultats éloignés, voire opposés à l’esprit dans lequel les actions ont été entreprises. On veut sauver les âmes, et on se retrouve tortionnaire. On veut purifier une population, et on se retrouve criminel. On veut se cacher et se protéger et on se retrouve catapulté héros de guerre. On veut du clinquant et on finit par recréer une télé vertueuse. On méprise la culture et, sans le faire exprès, on crée les conditions politiques et matérielles pour que la culture redevienne centrale dans les médias.

Ah, que de ruses et de blagues l’histoire du sarkozisme nous réserve-t-elle encore ?  

Le pessimisme du sage précaire à Belfast


Je ne sais pas d’où vient ce vieux tropisme qui fait du sage précaire un être qui imagine toujours l’échec. L’Irlande lui sied, l’Irlande qui a inventé cette fameuse « loi de Murphy », selon laquelle le pire est toujours le plus probable. Si quelque chose peut foirer, en vertu de la loi de Murphy, on peut raisonnablement s’attendre à ce que cela foirera complètement.
Théorie de l’optimisme
La paix est vue comme un équilibre précaire, l’équilibre comme un bonheur inattendu, le bonheur comme un miracle temporaire, l’amour comme un bonheur passager.
Alors, lorsque le sage précaire se promène à Belfast, il ne peut s’empêcher de penser que la violence entre républicains et unionistes s’enflammera de nouveau. Belfast a connu le calme, ces dernières années, pour deux ou trois raisons très simples : la croissance économique qui a donné du travail aux pauvres gens, l’évolution démographique qui fait qu’il y a presque autant de catholiques que de protestants, la bonne volonté des dirigeants anglais et irlandais, le volontarisme des Américains sur ce dossier, le vieillissement et l’assagissement des leaders terroristes.
Mais avec la crise économique, on retrouve un des plus puissants nerfs de la guerre communautaire : les jeunes au chômage, sans avenir, qui s’inventent un héroïsme en laissant libre cours à leur violence. Et comme le volontarisme politique va décroître, que les protestants vont se sentir dépassés démographiquement, qu’ils vont se crisper sur une situation que personne ne trouvera plus légitime, la seule issue aux problèmes à venir sera le terrorisme. Ce sera à leurs yeux le meilleur moyen de ne pas voir le pays évoluer de la pire des manières : le rattachement de l’Irlande du nord à la république d’Irlande.
Lire les murs
Pour ma part, je la vois sur les murs, cette violence passée, et les communautés n’oubliant jamais la violence passée, je vois dans cette violence passée les graines de la violence à venir.
C’est une rue charmante du sud de Belfast, avec de jolis pubs, des magasins de légumes, quelques cafés et d’assez nombreuses pharmacies. C’est le nouveau Belfast, celui qui semble n’avoir jamais souffert des « troubles ». Et pourtant.
Une église catholique est clairement abandonnée. Une église méthodiste est au contraire prise en charge par une communauté pleine d’égards.
Des drapeaux de l’Union Jack, des drapeaux orangistes, qui dans cet environnement, donne une idée de sectarisme au même titre que des signes religieux. Et ailleurs, des drapeaux irlandais. On se dit que c’est peuplé de manière assez hétérogène, ici, et qui si ce fut toujours le cas, on a dû se battre plus d’une fois sur Ormeau Road.
Précisément, le voyageur peut lire sur un mur une plaque funéraire : « Tués par les escouades de la mort britanniques. » « Tués pour leur foi ». Un homme sort d’un pub et vient me voir : « Salut, qu’est-ce que vous faites ici ? Vous prenez des photos ?
– Oui, je me demande de quoi il s’agit. On lit « morts pour leur foi », vous connaissez ces gens ? De quelle foi s’agit-il ?
– Ah, c’était tous des catholiques.
– Vous êtes du coin ?
– Oui, je suis d’ici.
– Et les mecs étaient catholiques ?
– Oui, ils étaient dans cette maison. Des gars sont entrés avec des armes et ils ont tiré. »
Il n’en dira pas plus, il partira de suite. On ne parle pas de ces choses-là, pas trop, pas trop longtemps, pas à voix haute, pas dans la rue et pas avec des étrangers dont on ne sait pas ce qui les motive.

Les Britanniques sont-ils plus racistes que nous ?

Encore un assassinat commis par une bande de jeunes ouvertement racistes. La victime est un étudiant de Doha.
A Londres seulement, 24 adolescents ont été tués « par une agression violente » en 2008, rapporte The Independent. Tous ne sont pas racistes, notez bien.
Ces événements vont peut-être faire réfléchir nos amis d’outre-Manche sur leur banalité. Ils sont aussi racistes que les autres, ce qui n’étonne personne en Europe, sauf eux. Comme ils se croient plus civilisés que nous, ils devront faire un effort pour se rendre compte des instincts, des passions et des frayeurs qui travaillent leur base.
A l’époque où Le Pen atteignait le second tour des présidentielles, je me souviens avoir passé un week-end avec des Irlandais et des Anglais. Nous étions d’accord pour dire qu’un Le Pen ne serait pas possible au Royaume Uni, mais nous ne l’expliquions pas de la même manière. Pour moi, la droite anglaise étant beaucoup plus à droite que la nôtre, le parti conservateur peut exprimer, grâce à ses éléments les plus extrêmes, un nationalisme que nos politiciens ne peuvent se permettre d’exprimer, de peur d’être stigmatisés comme pétainistes. Mes amis ne comprenaient même pas ce que je disais, ils disaient avec toute la douceur du monde que, tout simplement, les Anglais ne sont pas « naturellement racistes ». Sous entendu : « à la différence d’autres peuples, qui le sont naturellement, et qui n’ont pas peur de voir débouler au second tour des élections présidentielles un fasciste. »
Pour l’instant, ils en sont à tracer un lien entre la crise et la criminalité. Bientôt, ils se demanderont s’ils ne sont pas aussi beaufs que les Français, et ce sera douloureux.

Début août : et le Dalai lama, où est-il ?

Il devait venir en France début août, même que Sarkozy n’avait pas le droit d’aller lui parler, ordre de l’ambassadeur de Chine.

Même qu’il avait répondu crânement, que personne ne l’empêcherait de rencontrer un Prix Nobel de la paix.

Même que je me frottais les mains, parce que ça provoquerait tout un tas de bisbilles diplomatiques.

Les médias n’en parlent plus. Ils parlent des vacances de Sarkozy, du fait qu’il tient, cette année, à ne pas faire parler de lui. Or, s’il fait cela, s’il reste silencieux, il obéit de fait aux injonctions de Pékin.

Il manquerait un geste diplomatique de première importance. Recevoir le Dalai Lama avant de se rendre aux J.O. de Pékin, voilà qui aurait de l’allure.

Journalistes, ne nous laissez pas trépigner, dites-nous au moins où est le Dalai Lama et ce qu’il fait.

Philippe Val, ou la fatigue de la correction politique

Philippe Val caricaturé par Plantu
Philippe Val caricaturé par Plantu

J’aimais bien Philippe Val à l’époque où il faisait un duo avec Patrick Font. Font et Val se produisaient dans des salles de province et provoquaient un rire immense. J’étais trop petit pour tout comprendre, mais les Salles des fêtes et les Bourses du travail pouvaient être secouées de fous rires que je n’ai jamais revus ailleurs. Ils chantaient, usaient d’un langage scabreux, scatologique et intellectuel, et faisaient des sketches à connotation politique et religieuse. Val avait une belle voix et, dans le duo, prenait un peu le rôle du bellâtre raisonnable, alors que Font prenait celui du vieil obsédé. Val était dans le self control, Font dans le retour du refoulé. C’est ce retour qui provoquait le rire incontrôlable.

Val est devenu célèbre en prenant la tête de Charlie Hebdo, dans les années 1990. Je n’ai jamais trop lu cet hebdomadaire, je le feuilletais chez des amis. La seule fois que je l’ai acheté, c’était la semaine suivant le 11 septembre 2001. Je fus déçu, rien n’y était dit, aucune prise de position originale. Les éditos de Val m’horripilèrent, tout comme ses chroniques sur France inter, qui ne me faisaient jamais rire et ne me faisaient pas réfléchir non plus. J’étais surtout frappé par sa passion pour l’interdiction, l’exclusion et l’anathème. Parce que telle chose était repérée comme nocive (un parti politique, une publicité, une pratique commerciale ou culturelle), il fallait l’anéantir.
L’affaire Siné n’est donc pas un accident, selon moi, mais un épisode nécessaire de la logique de Val. Non seulement Val veut ôter les affreuses paroles antisémites qui dégradent l’image de son journal (Siné a commis le crime d’écrire : « Il ira loin ce garçon », c’est vrai qu’il a dépassé les bornes), mais il exige de Siné des excuses publiques. Cette exigence a quelque chose d’humiliant qui entre parfaitement dans le « système Val », pour qui la politique consiste à interdire, à exclure, à contrôler, à vérifier.

Je me souviens d’un dessinateur phare de Charlie Hebdo qui se plaignait de n’avoir pas été autorisé à publier des caricatures de Bernard-Henri Lévy, car Val ne voulait pas qu’on se moque d’un intellectuel pour ne pas se tromper d’ennemi (l’ennemi étant l’antisémite, le raciste ou le fanatique). Le dessinateur (dont je ne dévoilerai pas le nom, pour ne pas lui faire courir le risque d’être viré lui aussi) m’a montré ses dessins. Je les ai trouvés vraiment intéressants et marrants. Ils moquaient l’imposture d’un penseur à la mode. Le patron, Philippe Val, a protégé l’imposture intellectuelle, et aujourd’hui, le même BHL soutient activement Val dans l’affaire Siné. Il y a là-dedans quelque chose de gênant, d’un peu nauséabond, qui entache, je pense, l’image d’un journal (et de son rédacteur en chef) faussement libre et incroyablement conformiste.

Je l’ai entendu sur France Culture donner une conférence sur « Le rire de résistance », dans laquelle il expliquait que la gouaille était collaboratrice, mettant dans le même panier Mistinguet, Maurice Chevalier et Louis Ferdinand Céline (faisant croire au passage que Céline parlait avec gouaille, ce qui est tout à fait faux). Il ouvrit sa conférence avec une anecdote qui se passait en Chine, et parlait d’ « annexion » de Hong Kong par la Chine Populaire, ce qui est, aussi, une erreur grossière. Le pire, dans cette conférence, est qu’il se considèrait lui-même, sans autodérision ni recul, comme un parangon du « rire de résistance ».
Aujourd’hui, il faut peut-être résister à Philippe Val. Résister à la tentation de ce totalitarisme bien pensant. Résister aux dérives du politiquement correct, car la liberté d’expression est menacée à l’intérieur même de la presse satirique.

Avec le temps, je me suis aperçu que je préférais Patrick Font. Il était beaucoup plus talentueux, plus hilarant, mais aussi plus fou, plus pervers que Philippe Val. Ses chansons étaient mieux écrites, plus poétiques quand il voulait être poète, plus drôles quand il voulait être drôle. Tandis que Val donnait des leçons de politique, Font pétait les plombs et pouvait entrer sur scène tout nu, sans raison apparente, ou se lancer dans une improvisation délirante. Il n’est peut-être pas insignifiant qu’aujourd’hui, Patrick Font soit condamné à l’obscurité et l’ignominie, après avoir fait de la prison, et que Philippe Val jouisse de tous les avantages de la vie médiatique : riche, célèbre, soutenu par un aréopage de personnalités influentes, donc protégé, il est dans la lumière, dans son bon droit, la conscience infiniment tranquille.

Les futurs contingents du président Sarkozy

Je ne comprends pas les anti-sarkozystes qui veulent absolument réduire le temps de parole du président dans les médias. Il faut croire que la haine rend aveugle. Il est pourtant clair que plus Sarkozy se montre, plus il parle, plus il est impopulaire.

S’il s’absentait des médias, outre qu’on rigolerait peut-être un peu moins, sa courbe de popularité remonterait, car par son simple silence, il reprendrait de la hauteur aux yeux du peuple. Nous, le peuple, il nous en faut peu pour trouver un dirigeant noble : qu’il se taise, qu’il bouge peu.

Je dis, qu’on le laisse parler, qu’on le laisse brasser. D’abord, cela nous divertit, et puis il se casse la figure tout seul. Car les Français ne l’ont jamais beaucoup aimé, et ne l’aimeront jamais vraiment, ils ne se reconnaîtront jamais en lui. On le voit, même les nouveaux riches, même les types un peu bling bling, ils ne se projettent pas en Sarkozy. Il n’y a guère que quelques expatriés, qui croient comprendre le monde sous prétexte qu’ils promènent leur ignorance hors de France – et j’en sais de quoi je parle –, qui gardent une certaine foi en ses réformes.

Une autre raison fait que je m’oppose à la comptabilisation de son temps de parole. Il serait dommageable que le président de la république soit réduit à son rôle de leader de parti politique. Il l’est, c’est entendu, De Gaulle était leader des gaullistes, Mitterrand régnait sur les socialistes, etc. Mais tous incarnaient plus ou moins l’ensemble de la communauté nationale. C’était évident pour Chirac à l’époque de la guerre en Irak, ou de ses discours reconnaissant les crimes de l’Etat français. C’est moins évident avec l’actuel président qui s’y entend comme une chèvre pour susciter de l’adhésion, mais ne légiférons pas à la hâte. Tous les présidents ne seront peut-être pas des agités de la com, et lui aussi pourra peut-être, un jour, incarner autre chose que lui-même. Laissons-lui le bénéfice, non pas du doute, mais, si je puis me permettre, des futurs contingents.

Laissons le président parler comme il l’entend, que diable, et cessons de vouloir tout compter, tout contrôler. Je doute que ce soit en encadrant à la seconde près les paroles des uns et des autres qu’on rendra notre démocratie plus saine et plus vigoureuse.

Sarkozy et la Chine

Il participera aux Jeux olympiques, il a finalement pris sa décision. Inversement, ce sont les Chinois qui ne veulent plus l’y voir.

Sur internet, des sondages montrent qu’ils préféreraient qu’il s’abstienne, tout compte fait. Deux raisons à cela. Premièrement, les manifestations pro-tibétaines, les rumeurs concernant Carrefour ainsi que tous les bruits abracadabrants qui habitent l’âme de la jeunesse chinoise. Deuxièmement la manière dont notre président s’y est pris pour négocier.

Il avait dit qu’il viendrait à Pékin à condition que les pourparlers (re)prennent avec le Dalai Lama.

Le président de la France pose ses conditions pour poser ses fesses dans un stade olympique. Il pose ses conditions devant la Chine. Les Chinois sont outrés, non des convictions politiques de Sarkozy, dont ils se foutent, mais de sa manière arrogante de parler de la Chine, de se poser comme supérieur à ses interlocuteurs.

Non seulement les Chinois ne supportent plus l’arrogance de leurs « amis étrangers », mais en plus leur façon de négocier, de faire avancer ou de conduire des projets, comporte une grande dose de communication, de contacts répétés visant à créer une ambiance de confiance mutuelle.

Tous ceux que j’ai vu se présenter en Chine en bombant le torse, pensant négocier sous forme de conditions posées, par ultimatum, sans mettre les formes, se sont cassés les dents. Travailler avec les Chinois, cela peut être long et difficile, il faut de la patience et du doigté, et il faut, pour ne pas se faire balader, avoir les idées claires sur les objectifs qu’on voudrait voir réaliser. Et accepter par moments, de s’en éloigner, de s’en écarter.

Il faut à la fois être malin et témoigner d’une affection sincère, ce que faisait très bien Chirac, par exemple.

Alors bien sûr, on me dira que Sarkozy ne s’adressait pas aux Chinois, mais qu’il faisait signe vers son électorat et vers l’opinion publique occidentale. Auquel cas, il faudrait que son personnel l’informe qu’on ne peut plus étanchéifier les opinions publiques. Et qu’il y avait d’autres moyens, plus efficaces, pour faire avancer l’idée que le Dalai Lama devait redevenir un partenaire.

En Chine, la liberté d’expression est totale

C’est le titre du dernier billet que j’ai écrit sur mon blog chinois. J’y fais la confession que je n’ai jamais subi de pression, ni d’intimidation, en trois ans de blog.

Or ce matin, j’essaie de m’y rendre, sur ledit blog, mais impossible. Tout est bloqué. D’habitude je contourne la censure en passant par un proxy, mais ce matin mon proxy n’est plus accessible non plus, pas plus que tous les autres proxy.

Je suis donc dans l’impossibilité de lire, de gérer et d’approvisionner ce blog dont l’adresse est http://chines.over-blog.com. Si, dans l’intervalle qui nous sépare de la résolution du problème que nous rencontrons, des lecteurs bien intentionnés pouvaient s’y rendre afin de s’assurer qu’aucun commentaire dégradant, insultant ou politiquement incorrect ne s’y déverse, je leur serais infiniment reconnaissant.

En attendant, je ne suis pas mécontent que le dernier billet traite de la liberté d’expression. Dans le cas où le blocage perdurerait, ce serait une belle page d’accueil pour un blog laissé à l’abandon.

La misère morale du recruteur

A Shanghai, le XXXX 

Cher monsieur,

Je reconnais que les conditions que nous vous offrons sont à la fois précaires, incertaines et insuffisantes. Vous insinuez avec raison que nous ne manquons pas de toupet de chercher à vous attirer avec un tel salaire, mais la réalité est que nous n’avons pas vraiment d’autres choix : nous cherchons des profils expérimentés et hautement diplômés, prêts à travailler pour presque rien. Je comprends que vous ayez trouvé mon courrier « drôle et honteux en même temps ». Mais il se trouve que d’autres candidats de valeur restent intéressés par l’offre malgré le bas salaire.

Vous parlez de « misère morale » à propos du fait que, tout en étant lecteur moi-même, j’aide à recruter d’autres lecteurs. Je ne suis pas certain de comprendre ce que vous vouez dire mais cela m’a fait réfléchir de la manière suivante. Comme je suis exploité, je devrais me battre pour améliorer les conditions de vie des gens de mon espèce. Or plutôt que de me battre, j’aide ma hiérarchie à exploiter d’autres glandus. Il est vrai que, vu sous cet angle, mon action manque de noblesse morale et de conscience sociale.

Il ne faut pas oublier, cependant, qu’un professeur d’université chinois gagne en moyenne 400 euros par mois, et que cela représente le double du salaire moyen à Shanghai (ville la plus riche du pays). Mon revenu mensuel est, comme je l’écris dans l’annonce, d’un petit millier d’euros, grâce à un travail supplémentaire payé par le consulat, à quoi s’ajoute un logement fourni par l’université ; tout cela me rend incroyablement privilégié par rapport à mes collègues chinois – qui me sont pourtant supérieurs du point de vue de la qualification – et m’interdit tout jugement d’indignation devant le sort réservé à l’éventuel lecteur étranger qui voudra bien tenter l’aventure ici.

Si le salaire de ce dernier s’avère ne pas dépasser les 500 euros par mois, il bénéficiera des conditions de vie de tous les lecteurs étrangers en Chine, parmi lesquels on trouve un peu de tout, des normaliens, des docteurs, des agrégés en disponibilité, bref tout un petit monde qui se confronte à la précarité pour des raisons qui lui sont propres.

Tout ceci pour mettre en contexte la « misère morale » qui est la mienne, et en espérant que vous ne nous en voudrez pas trop d’avoir eu le désir de nous attacher vos services pour un traitement si peu reluisant.

Je me dis bien à vous,

XXXX