Profitez du RSA pour le bien de votre âme

Avec la crise qui va déterminer notre manière de vivre pendant les quelques années à venir, il faut devenir stratège.

Comme nous l’avons vu pour ce qui est du financement du RSA, les plus riches ne paieront pas plus de 50 pourcent de leurs revenus. Les plus pauvres, eux, eh bien, eux non plus ne paieront pas beaucoup plus que 50 pourcent de leurs revenus, mais en même temps, les plus pauvres…

Ce qu’il faut éviter d’être à tout prix, c’est petit bourgeois. Ce sont tous les petits bourgeois, la classe moyenne comme on dit aujourd’hui pour faire plus middle class, qui vont souffrir. Propriétaires, leur bien va perdre de sa valeur ; acheteur, ils n’auront plus de prêts intéressants ; vendeurs, ils s’arracheront le peu de cheveux qu’il leur reste. 

Donc, il nous faut choisir la voie sans gloire de la sagesse précaire. L’arrivée du RSA, sans être une aubaine, pourrait être utile à la tranquillité de l’âme. Je me mets au RMI, et quand je le peux, je bosse en cumulant l’allocation minimum et le faible salaire de mon travail. C’est ce que je faisais quand je travaillais au Musée d’art contemporain de Lyon : l’addition des deux revenus me permettait d’être heureux. Mais j’étais jeune, amoureux et je n’avais pas d’avenir. Si je devais habiter en France, je ferais peut-être cela, puisque les employeurs ne devraient plus vraiment s’embêter à proposer des contrats dignes de ce nom.

J’ai beau tourner la question dans tous les sens, je ne vois que cela pour résister et garder le moral dans les années à venir : arrêter de consommer, passer du temps dans les pays chauds et pauvres, et profiter du RSA. Bien sûr, il faudra supporter d’être critiqués et d’être pris pour des profiteurs. Et tout cela à cause de tout un tas banquiers et hommes d’affaires qui, aujourd’hui, ne paient même pas beaucoup d’impôts.  

Les différents capitaux du voyageur

Nous avions assez d’argent pour quatre mois. C’est peu d’argent, mais c’est beaucoup de temps.

Nicolas Bouvier, cité de mémoire. 

Comme les voyageurs ne parlent jamais d’argent, qu’on ne sait jamais comment ils font pour trouver de quoi payer leur hôtel, louer leurs voitures, profiter de leur flânerie comme s’ils n’avaient pas à se préoccuper d’aller bosser le lendemain, j’ai décidé de le faire ici.

Le dernier contrat qui me liait à un employeur, l’université Fudan de Shanghai (allié à un contrat avec le consulat général de France), s’est terminé en juillet dernier. Les deux emplois conjugués me rapportaient l’équivalent de 1000 euros par mois. L’université me fournissait un logement, et je ne payais aucune espèce d’assurance ni de couverture, donc je vivais confortablement en Chine. Je n’ai aucune dépense annexe ni aucun crédit à rembourser, mon existence financière et boursière est d’une légèreté insondable.

Sans l’avoir cherché, j’ai économisé de l’argent (l’expression est malheureuse, il vaudrait mieux dire que de l’argent s’est trouvé amassé sur un côté) du surplus non dépensé sur lequel je vis en ce moment, et qui doit durer trois ou quatre mois, en attendant les prochaines rentrées d’argent.

Avant de quitter Shanghai, j’ai donc changé plusieurs dizaines de milliers de yuan RMB, sans trop savoir si je me faisais arnaquer ou non par la mafia locale qui me permettait de procéder à cette transaction. Je suis revenu en France avec 3500 euros et 300 livres sterling. Je laissais sur un compte chinois peut-être 5000 yuan RMB, peut-être plus, je ne sais pas.

Voilà, cela fait grosso modo 1000 euros par mois. C’est avec cette somme que je dois trouver des abris, mais aussi des habits, car je n’ai presque rien rapporté de Chine, et que je dois payer des titres de transports pour des trains, des bus, des bateaux, des avions et des voitures. On comprend donc que je privilégie des endroits où des amis peuvent me loger. D’abord parce que j’aime revoir mes amis, mais aussi parce que je dépends d’eux. Et pour relier les amis, je passe par des lieux où je dors n’importe où, auberges, voitures, salles d’attente, bars de nuit, salons de massage (ça, c’est pour faire pittoresque).

On le comprend aisément : les amis et la famille, ce sont des formes de capital. Ce n’est pas un capital avec lequel on fait du profit, il n’y a pas de capitalisme de l’amitié, mais c’est une richesse sans laquelle je ne pourrais pas voyager. Imaginons que je sois seul, ma carrière de voyageur serait encore plus pauvre que si j’étais sans argent et sans capital éducatif. 

Voyager léger

Je suis en pleine cure d’amaigrissement. Sachant mon départ proche, je me déleste au maximum. J’essaie de trouver le point maximum de délestage.

J’étais venu en Chine avec deux sacs, il y a quatre ans, et je tiens à retourner en Europe (je dis bien « retourner », et non « rentrer », ou « revenir ») avec les mêmes deux sacs. Sauf que le contenu des deux sacs sera complètement différent.

J’avais déjà laissé derrière moi mes vêtements européens pour reconstituer une garde-robe à partir de la Chine. Je pense faire la même chose cet été, à la différence qu’acheter des vêtements m’ennuie terriblement, en dehors même du prix qu’ils coûtent, et que je crois que je vais quand même en emporter avec moi au moins pour me cacher dans une montagne française et tenir quelques semaines.

Alors pour me délester, j’ouvre ma porte à mes amis qui viennent manger chez moi et qui se servent parmi les livres, les dvd, les cd qui les intéressent, mais aussi les choses qui peuvent leur être utiles, lampe, canapé clic-clac, lecteur de dvd, verres, couverts, guitare… Tout doit disparaître.

Après chaque passage d’amis, je me sens mieux, plus léger bien sûr, mais plus au clair avec moi-même, moins encombré, moins bordélique, moins brouillon.

Les théories ménagères du sage précaire

J’ai une théorie sur la lessive mais je n’ose pas la dire, par crainte qu’on me prenne pour un fou.

Attendu que les vêtements sont comme une deuxième peau, pour nous autres qui nous jugeons les uns les autres en fonction de notre apparence, le soin de notre linge est crucial dans l’organisation de la vie quotidienne, comme en témoigne Ebolavir dans une de ses chroniques récentes. Le lave linge est un progrès pour les femmes qui sont asservies par les tâches domestiques, mais il est devenu une sorte de meuble obligatoire dans les appartements, ce qui lui donne une importance exagérée. L’homme moderne doit pouvoir s’en passer.

Laver son propre linge, je prétends que cela relève d’une ascèse (c’est là que je vois dans le regard d’amies peu intimes une certaine suspicion), une ascèse et un programme écologique. Jeter dans une bassine, chaque jour, les vêtements sales, et étendre ceux du lendemain, c’est prendre conscience, dans le geste quotidien, du vieillissement des choses, du cycle de la vie.

Plutôt que de voir l’eau de sa douche partir dans les égoûts, la récupérer pour un autre usage. L’eau s’écoule de sa première peau vers la deuxième. Et si l’on ne veut pas gaspiller cette eau deux fois usées, on peut laver le sol avec, ou s’en servir de chasse d’eau.

Certaines femmes ont accepté avec grâce cette théorie portative, mais la plupart du temps, j’ai trouvé dans leur réaction une gêne que j’admets bien volontiers. Voir un homme s’occuper du linge, ou parler de tâches ménagères, ça a un côté dégradant, perte de face et tue l’amour, c’est inévitable. Mais il y a plus, je crois. Le geste de la lessive est très ancien, très ancré dans les couches les plus archaïques de notre imaginaire. Les femmes l’associent spontanément au servage qui est le leur. La cuisine, encore, cela vous a une noblesse qui peut être gratifiante : on peut plaire, on  peut donner du plaisir. Mais personne ne viendra vous féliciter d’avoir laissé tremper du linge dans une bassine. Et le geste de laver le linge, le corps courbé vers le sol, les femmes les moins féministes s’en passeraient avec joie.

Pour le sage précaire, c’est un geste rituel dont il pourrait se passer aussi, mais qui lui paraît contenir plus de sens que la vaisselle, le ménage ou toute autre activité qui s’applique à des objets extérieurs à soi.  

Redevenez étudiants

J’étais au collège, ou au lycée. Un conseiller d’orientation était dans la classe et nous demandait ce qu’on voulait faire plus tard. J’ai répondu : « Etudiant ». Oui, mais après tes études, que veux-tu faire comme métier ? Pour moi, la meilleure des activités, celle dont je rêvais, c’était d’être étudiant. D’autres disaient bien pilote de ligne, maquilleuse…

On me disait qu’il faudrait bien gagner sa vie, et cela me paraissait naïf, comme argument : gagner sa vie, oui, mais un homme qui étudie, ça n’a pas besoin de gagner beaucoup d’argent. Je trouverais toujours le moyen de manger, nul besoin de faire tourner toute ma vie autour de cette question-là. Gagner de l’argent est nécessaire, certes, mais pas davantage que de gagner, disons, de l’affection, de la reconnaissance, de la force physique, de l’endurance. L’obtention de tous ces biens se ferait au coup par coup, aux moments où le besoin se ferait sentir, il n’y avait pas lieu d’orienter sa vie – dès l’adolescence – en fonction d’eux.

Or, sans me vanter, je peux dire que je réalise mon rêve de collégien. Je m’arrange pour rester un étudiant, au sens large du terme. Ce n’était pas mon seul rêve, alors il faut que je combine un peu : je rêvais aussi de voyager et de connaître des femmes différentes, cela complique la donne, mais c’est faisable, sur la durée, et on peut acquérir une forme de stabilité dans l’effort.

En revanche, mes amis chinois ne comprennent pas mes projets. L’idée que je fasse une thèse maintenant, cela ne leur inspire que sourires, sarcasmes et suspicion. Il faut les comprendre. Pour eux, une thèse ne renvoie qu’à un diplôme, « un bout de papier », qui mène à une espèce de carrière. En quatre années, et en fréquentant assidûment les Chinois du monde universitaire, j’ai rarement eu le sentiment que la recherche était respectée en Chine. Même à l’université, celui qu’on admire le plus, c’est le boursicoteur, celui qui fait fortune. Il faut les comprendre, ils en sont aujourd’hui à travailler pour obtenir un avenir meilleur pour eux et pour leur descendance. Le seul luxe qu’ils comprennent, c’est celui de la grosse voiture, du bel appartement, du voyage pendant lequel on fait du shopping.

Il est vrai que la sagesse précaire a quelque chose de décadent. De côtoyer des Chinois, cela me donne de moi-même une image décadente. Pourtant je travaille plus qu’eux, je ne suis pas plus inefficace, je projette mon travail dans l’avenir et je prétends les aider à trouver des perspectives de développement. Dans les faits je ne suis pas décadent. C’est donc une question de discours, d’attitude face à la vie. Le Chinois post-maoïste dit : « On en a suffisamment bavé et on est suffisamment précaires pour rêver à une résidence gardée par des statuettes de dieux gréco-romains. »

Le sage précaire leur donne raison mais il leur dit : « Amis chinois, il y a aussi de l’avenir pour ceux qui savent rester sans rien faire, pour ceux qui sauront regarder les villes et les paysages. La Chine a besoin d’étudiants éternels qui sachent parler des jardins, qui sachent fréquenter les femmes occidentales pour ensuite partager leurs connaissances aux lits de leurs compatriotes. »

Le mythe de l’amour maternel

Une amie enceinte est un peu fatiguée de son gros ventre et des désagréments causés par la grossesse. Plus tard, j’en parle à deux amies qui me disent qu’il n’y a pas de désagréments, que la grossesse n’est que du bonheur. Pour ces deux filles qui n’ont jamais enfanté, l’amour maternel fait surmonter les douleurs et rend cet événement beau ; enviable, peut-être.

Moi, je veux bien que les femmes d’aujourd’hui trouvent merveilleux tout le processus de la maternité, mais quand j’entends « amour maternel », je ne peux m’empêcher de penser : « Cliché frelaté, discours sentimental sexiste, pression sociale sur les femmes pour les garder à l’état de pondeuses gravides ».

Si certaines femmes sont heureuses dans les labeurs du petit d’homme qui grandit en elles, tant mieux pour elles et qu’elles s’extasient autant qu’elles le veulent sur les sites ouèbe idoines. Mais par pitié, qu’on respecte et soutienne celles qui ne voient pas le temps passer, celles qui n’en peuvent plus de cet état larvaire imposé. Et qu’on cesse de parler de l’amour maternel comme d’une sorte de raz de marée émotive qui touche toutes les femmes automatiquement. L’amour maternel est aussi poisseux que la piété filiale, et pour le dire sans détour : en tant que sentiment naturel et indestructible, l’amour maternel est un mythe sur lequel nous vivons depuis trop longtemps.

Depuis quand, d’ailleurs ? A vue de pied, je dirais depuis l’émergence de la figure de la Vierge Marie dans le dogme chrétien, autour du XIIe siècle. Comme par hasard, le symbole de la mère est une femme vierge, et comme par hasard, son fils dira d’elle, quand il sera grand, barbu et chevelu : « Je n’ai pas de mère, je n’ai pas de parents ici-bas » ou quelque chose dans le genre. Qu’on mesure la beauté et l’aspect gratifiant d’être mère ! Des pleurs, des coups, de l’indifférence, voilà ce qui vous attend, jeunes filles, tandis que vous rêvez à la plénitude qu’est censée vous apporter la prégnance.

Le problème, avec les fictions sociales, c’est que les individus qui ne rencontrent pas tous les éléments narratifs, et dont la vie ne correspond pas à toutes les composantes du mythe, se sentent anormaux, complexés et même coupables. Alors, en cette veille de fête des mères, je dis aux femmes qui en ont ras la casquette de leur grossesse, à celles qui détestent leurs enfants, ou celles qui voudraient s’en débarrasser pour pouvoir être un peu tranquilles, à celles qui ne supportent pas les interminables conversations couches-culottes avec les autres mères, à celles qu’on accuse de manquer d’instinct maternel, à celles qui, devenues grand-mères, aimeraient bien faire autre chose que de s’occuper des rejetons de leurs propres enfants, à celles qui ne ressentent pas la nécessité de faire des enfants pour se sentir vraiment femmes : « Chères amies, tenez bon, vous êtes l’avenir de la sagesse précaire. »

Il faut toujours dire que la femme est l’avenir de quelque chose.

Ps : Si ce n’est pas demain, la fête des mères, j’espère qu’un commentateur généreux voudra bien me le faire savoir, histoire que je ne commette pas d’impair avec ma mère à moi.

Annonce A.N.P.E. pour les Indes

J’entends la polémique devant l’annonce de l’ANPE sur un emploi d’informaticien, payé moins de 400 euros, à Pondichéry. Tout le monde a l’air choqué, est-ce vrai ? Moi, cela ne me choque pas dans le principe. L’informaticien en question, appelons-le Robert, aura peut-être une existence plus intéressante là-bas à ce prix qu’en France avec quatre fois plus. Il aura peut-être un pouvoir d’achat plus important que dans sa ville d’origine, Robert, et il voyagera tous les jours de sa vie. Car traverser les rues de Pondichéry, tous les matins, ça fait rêver les sages précaires.

Combien croyez-vous que nous sommes payés, nous, les profs de Chine, d’Inde et de Pétaoushnok ? Que dalle, assurez-vous en ! De plus, Robert, du haut de ses compétences professionnelles, pourra changer d’entreprise quand il le voudra. C’est ce que nous faisons, en Asie, dans le domaine de l’enseignement. Quand une fac nous propose mieux ailleurs, on va ailleurs, quand on veut monter une entreprise de trading, on le fait. D’être à l’étranger, Robert aura plus d’opportunité pour rencontrer des hommes d’affaires, il se sentira pousser des ailes pour prendre des risques et gagner décemment sa vie.

Allez Robert, lance-toi! Fais fi des critiques et des empêcheurs de tourner en rond! Ecoute ton gros coeur et fonce à Pondichéry, ouvre un blog et raconte-nous.

Des habits neufs pour le sage précaire

Il m’arrive une chose tellement extraordinaire que je n’ai pas les mots pour la dire. D’habitude, quand on dit cela, les gens s’imaginent qu’on va parler d’amour. Pas du tout, moi, l’amour, je trouve plein de mots pour en parler, et si je n’épuise pas le sujet, au moins il m’inspire considérablement.

Il s’agit d’une autre chose extraordinaire, qui se trouve être le summum matériel de la sagesse précaire : on vient de m’offrir une bourse pour faire de la recherche pendant trois ans. Trois ans sans avoir peur du lendemain, trois ans de liberté intellectuelle pour brasser de l’air dans les bibliothèques, et faire des bulles de savon. Une université anglo-saxonne a commis l’irréparable en investissant sur ma petite personne des dizaines de milliers de livres sterling, dans quel espoir, je ne sais pas. Peut-être de soutenir l’émergence de la notion de précarité du sage. Oui, ça doit être ça.

Ce projet de recherche m’était venu comme une épiphanie, une sorte de révélation, il y a un an, sur mon vélo. Comme quoi, tout précaire que je suis, j’ai de la suite dans les idées. Je m’étais donné un an de réflexion et de préparation de dossiers pour commencer en septembre 2008, avec ou sans bourse. Finalement, le travail a payé, ainsi que le soutien d’individus bienveillants à mon égard. Des fées que le sage rencontre sur son chemin et qui orientent sa vie pour en faire un destin.  

Parmi ces fées, des mentors que j’élis avec discernement. C’est un des talents du sage précaire, et c’est un instinct de survie autant qu’un don esthétique : il sait reconnaître ses maîtres, il sait admirer quand il faut et au bon endroit. Le sage précaire se fait disciple méthodiquement et sait distinguer la personne à qui il peut accorder une confiance aveugle, car on doit pouvoir s’abandonner, cela est vital. Mâles ou femelles, les mentors savent vous dire vos quatre vérités sans vous heurter. Ma future directrice de recherche  est de ce type, jeune Irlandaise qui a gravi les échelons universitaires de manière fulgurante. L’habitude de l’incertitude m’a aidé à sentir si j’étais entre de bonnes mains ou non, et mon vieil instinct d’esclave affranchi me dit que je serai en sécurité avec elle.   

C’était la chose extraordinaire qui me paraissait trop extraordinaire pour lui trouver des mots… On se fait une montagne, parfois, de ces choses extraordinaires, et de la puissance des mots.

Commentaires censurés ?

Qu’entends-je ? Des comentaires ne sont pas apparus ? Je vous assure que je n’y suis pour rien. C’est l’administrateur du Monde qui déconne, ou autre chose, mais moi je n’ai jamais écarté le moindre commentaire. De temps en temps, l’administration du blog en met un en « attente de modération » et je dois alors aller le chercher et donner mon consentement, ce que je fais toujours. Mais ça aussi c’est une erreur : mon blog n’est pas modéré, pas une seconde. Ce n’est pas que c’est contre mes principes, mais tant qu’il n’y a pas de fous furieux qui gâchent trop l’ambiance, je considère qu’il ne faut pas surveiller, ni imposer un temps d’attente entre l’écriture d’un commentaire et sa parution.

Certains blogueurs se demandent pourquoi ils n’ont pas de commentaires, je préconise qu’ils ne modèrent pas.

Alors merci de commenter, à tous ceux qui commentent, et ne vous laissez pas impressionner par les approximations techniques du monde.fr, que j’appelle ici à plus de diligence.

Les fils narratifs de « La précarité du sage» : la lettre d’un éditeur

Quand on écrit des manuscrits qui sont invariablement refusés par les éditeurs, on devient un as du refus. On apprend à lire des signes même là où il n’y en a pas nécessairement. Un refus ne ressemble pas à un autre refus. Il y a des gradations, des nuances. Il y a des refus qui fonctionnent comme des victoires, relativement à d’autres refus. Il y a une échelle des refus.

Le pire est celui où l’éditeur n’accuse même pas réception et ne vous donne aucune nouvelle, jamais. Moins pire mais pas vraiment consolant, la lettre ou le mail anonyme qui ne dit rien du contenu de votre texte.

Mais parfois, on se fend d’une lettre qui cherche à se justifier, et cela fait plaisir. Parfois, l’éditeur lui-même, le grand patron, prend la plume et vient vous gratifier de quelques mots. L’écrivain raté prend cela pour une reconnaissance de son travail, un quasi succès.

Voici ce que j’ai reçu, un jour, de la part d’un éditeur qui est à mes yeux l’un des plus prestigieux de France.
Monsieur,
Je vous remercie de nous avoir confié « La précarité du sage».
Excusez-moi, je vous prie, mes très longs délais de lecture.

C’est un très beau texte, calme et sage, en effet. On y apprend
beaucoup de choses sur la Chine, en douceur, paisiblement et
précisément.

Pourtant, je reste tout de même réservé. D’abord parce qu’il y a dans
votre regard un je ne sais quoi de gentiment ironique qui m’a gêné.
Ensuite, je ne suis pas tout à fait certain d’avoir vraiment ou
toujours ressenti les fils narratifs que vous évoquez dans votre
courrier d’accompagnement ni, surtout, la tension qui les tiendrait.

Avec mes regrets, et vous renouvelant mes excuses, je vous prie de
recevoir, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

XXXX XXXXXXXXXXX
 

P.S. Pouvez-vous s’il vous plaît nous indiquer, pour le retour de votre
manuscrit, si votre adresse de Shanghai est toujours valable. »

Moi, gentiment ironique ?