L’Atlas de Sibérie, de Semyon Remezov, 1697

Début du feuilletage

J’ai découvert le fac simile de ce vieil atlas du XVIIe siècle à la Bibliothèque nationale de Munich, dans la salle des cartes.

Ce qui m’émeut le plus, c’est la manière dont les tracés de cours d’eau ressemblent à une écriture. On dirait des encres d’Henri Michaux.

Au-dessus de ce superbe atlas, deux bouquins incroyables qui trônent dans cette même bibliothèque : La Pluralité des Mondes, du sage précaire, et le premier numéro de la revue Imago Mundi, daté de 1933.

À la fin du livre, on suit les courbes de fleuves jusqu’à l’océan final. Le lecteur est soudain pris de rêveries de fin du monde. D’ailleurs, le vent souffle très fort à Munich aujourd’hui.

Fin du feuilletage

Manifestation agricole

Depuis la Bibliothèque Nationale de Bavière, 8 janvier 2024

Ce matin, dès potron-minet, de nombreux tracteurs et autres engins roulants prenaient place sur une avenue importante de Munich.

Moi je me rendais à la Bibliothèque pour explorer leur salle des périodiques et emprunter quelques livres que j’avais réservés sur le site de l’institution.

À mon grand dépit, je ne saurais dire avec précision la raison exacte de cette manifestation du monde agricole. Par crainte d’être bloqué au centre ville, j’ai pris le métro au bout de quelques heures seulement.

Saint-Sylvestre à Munich

Pour décrire la soirée du réveillon cette année, ma femme et moi nous sommes partagés les tâches. Le 31 décembre 2023, je me suis rendu au centre ville de Munich, tandis qu’elle restait à la maison, dans un quartier qui se situe dans la proche banlieue. Nous pûmes ainsi couvrir l’ensemble des festivités et vous en rendre compte avec une exhaustive précision.

J’ai marché de 22 h 30 à 00 h 30 depuis la place Rosenheimer jusqu’à l’Arc de triomphe, et retour. Cela ne vous dit rien ? C’est l’equivalent du trajet qui mène, à Paris, de l’Arc de triomphe à la Grandes Mosquée.

Beaucoup d’Italiens qui chantaient dans les rues. (Étudiants et jeunes travailleurs immigrés). Des concerts de rock très sympas dans un café de l’université Louis-Maximilien (LMU). Sur la Marienplatz, des gens criaient et sifflaient sans raison apparente, pour mettre de l’ambiance en quelque sorte.

D’incessantes explosions. Pétards et feux d’artifice. Les Allemands ont le droit d’acheter et de consommer ces explosifs uniquement les deux ou trois jours qui précèdent le 1er janvier. À minuit moins dix, des milliers d’individus allument leurs feux et rivalisent avec leurs voisins. La ville est alors illuminée de manière anarchique et plutôt joyeuse.

Je n’ai assisté à aucune violence. En tout cas pas avant minuit et demie, heure à laquelle j’ai attrapé mon train de banlieue S3.

Ce matin, au petit déjeuner, Hajer et moi fîmes le débrief de nos opérations de reportage. Notre appartement a été cerné par des explosions qui lui firent penser à un état de guerre et l’effrayèrent. Elle se barricada chez nous et put dormir au bout de quarante minutes de feux d’artifice assourdissants.

Rapides tournant romantiques

Surfer sur le réveillon de 2023

Mieux que les autres, les Germains savent exploiter leurs fleuves et leurs rivières à des fins récréatives. À Munich, on fait du surf sur un bout de rivière qui a été canalisé de manière à avoir un rapide impressionnant à l’entrée du fameux parc dit « Jardin anglais ».

Merveilles de la Bibliothèque de Munich

Si vous avez une heure ou deux à perdre au centre-ville de Munich, et que vous en avez ras-le-bol du shopping, des cafés et bières, entrez et visitez la grande bibliothèque nationale de Bavière, vous ne le regretterez pas.

Les bibliothèques pâtissent d’une réputation malheureuse que vous devez, par votre seule présence, conjurer. Les bibliothèques sont les lieux où vous trouverez la plus forte concentration de belles personnes dans une ville, puisqu’elles sont fréquentées par des étudiants qui font leurs recherches.

Ce sont aussi des lieux d’exposition, donc des espaces de promenade. Je recommande ardemment l’exposition un peu cachée dans le couloir qui mène à la salle de lecture dite « Musique, cartes et images ».

Pendant que j’y suis, je recommande chaleureusement de réserver une place dans la salle de lecture « Musique, Cartes et Images ». Une petite merveille de salle de travail, décorée d’un piano à queue, de globes terrestres de toutes les époques, de cartes géographiques rares. Des livres par milliers remplissent les étagères sur trois étages.

Sur la coursive du troisième étage, j’ai été pris d’un terrible vertige. Je me tenais à la rambarde tandis que je feuilletais des atlas des années 1900. Je suis redescendu les jambes flageolantes. Vous voyez bien que les librairies sont des lieux palpitants !

La Bibliothèque nationale de la Bavière

Bayerische Staatsbibliothek, Munich

Toujours assoiffé de lecture, je me suis rendu à l’Institut français mais à trois reprises la médiathèque était close. C’est probablement de ma faute mais une institution qui n’accueille pas le public aux heures normales de la journée est une institution qui ne fera pas bon ménage avec la sagesse précaire.

En me promenant au hasard autour de l’Institut français, j’ai decouvert ce qui s’est avéré être la plus grande bibliothèque de Munich : la Bayerische StaatsBibliothek. Je ne m’en rendis pas compte car j’avais approché ce bâtiment par les jardins de l’arrière, en flâneur, sans carte, et visuellement, cela pouvait être n’importe quelle administration. J’avisai un café, je pris une boisson chaude et m’assis à la terrasse. C’est là que je compris que c’était une bibliothèque. Quel dommage que je ne lise pas l’allemand couramment, pensais-je. Les trésors que je rate avec ma pauvreté linguistique.

Mais au fait, ces grandes bibliothèques doivent avoir aussi de nombreux ouvrages en français et en anglais ! Le catalogue en ligne me confirma cette intuition mais tout me parut compliqué.

Le sage précaire est malgré tout un voyageur obstiné. J’y suis retourné et j’ai fini par obtenir une carte d’usager valable huit ans, et j’ai réussi l’exploit de comprendre comment s’y prendre pour réserver des bouquins dans leurs réserves, les collecter et les emprunter.

Je n’expliquerai pas ici les procédures à suivre qui sont peut-être encore plus sybillines que celles qui président au fonctionnement de la BNF François Mitterrand.

Automne à Munich

Le sage précaire au bord de la rivière Isar, novembre 2023

La police allemande est venue chez nous

Ils ont sonné un matin que j’étais en survêtement. Un homme, une femme et un adolescent en stage.

C’est votre voiture qui est garée en bas ? Une Renault immatriculée ****** ? On a reçu un signalement car une vitre est brisée. Nous venons prendre votre déposition et vous demander si vous portez plainte.

Attendez messieurs-dame, vous savez où j’habite avec la seule immatriculation de mon véhicule ?

Oui, mais seulement parce que nous sommes de la police.

Des passants ont vu ma voiture, ont constaté qu’une vitre était brisée et sont allés au poste pour vous prévenir ?

C’est cela.

Eh bien merci beaucoup monsieur l’agent, asseyez-vous donc et prenez un verre d’eau je vous prie.

J’ai expliqué ce qui s’est passé, le policier prenait des notes, la policière regardait à droite et à gauche. À Grenoble, quand nous fûmes cambriolés, les agents n’avaient pas daigné même sortir de l’Hôtel de Police pour constater les dégâts. En Bavière, trois individus en uniforme viennent carrément chez vous. On ne vit pas dans la même Europe.

Der Blaue Reiter, le livre

L’Almanach de 1912, dirigé par Kandinsky et Marc

Gardons à l’esprit que le mouvement Der Blaue Reiter est avant tout un projet éditorial. J’ai été très impressionné par ce fait dans l’exposition que j’ai visitée au musée Lenbachhaus, à Munich. Der Blaue Reiter est un livre avant d’être une exposition. Une revue savante qui sert de machine de guerre pour soutenir et accompagner les productions et diffusions des oeuvres d’art.

Les auteurs des articles de cette publication sont les artistes eux-mêmes, qui ne parlent pas de leurs propres œuvres mais de celles de leurs collègues. C’est ce que la sagesse précaire ne sait pas faire, par un mélange de paresse et de vieille morale, se mettre en situation collective pour que chacun fasse la publicité de l’autre. Moi, je découvre que La précarité du sage est cité ou mentionné à droite à gauche sans avoir été averti, ce qui est flatteur mais ne permet pas de faire système.

Peinture d’art populaire en illustration de l’Almanach Der Blaue Reiter.

Les images choisies pour illustrer cet Almanach (il n’y a eu que deux numéros du fait que le mouvement s’est dissout à l’occasion de la guerre de 1914) sont une belle surprise. Quelques dessins et peintures de nos chers Munichois, autant d’œuvres de grands artistes français perçus comme les parrains de l’entreprise (surtout Delaunay et Matisse), et une majorité d’images venues d’ailleurs.

Des photos de sculptures médiévales, beaucoup de Moyen-âge, des masques asiatiques, des décorations arabes, un peu d’antiquités égyptienne et gréco-romaine, et une forte présence d’art naïf. Art brut, art populaire, dessins d’enfants et de fous. Les expressionnistes trempaient leur imaginaire dans ce que la technologie moderne permettait de mettre à disposition du spectateur occidental curieux.

Quatrième de couverture, où l’on reconnaît la signature de Kandinsky.