L’extermination comme sport de combat

Laurence Hansen-Løve pense qu’il est possible d’espérer une réconciliation entre Israéliens et Palestiniens

Non madame, il n’y aura pas de moment où les Palestiniens et les Israéliens se demanderont pardon. Les exemples historiques que vous donnez sont inapplicables dans la situation actuelle.

Vous parlez de l’Allemagne qui demande pardon aux juifs, de l’Afrique du sud qui décide de mettre fin à l’apartheid. Ce ne sont pas les bonnes analogies. L’analogie adéquate serait plutôt l’écrasement total des cultures autochtones d’Amérique ou d’Australie. L’extermination des peuples par d’autres. L’ethnocide des occitans par les Français, des berbères par les arabes, des Dong par les Chinois.

Vous oubliez les peuples qui ont disparu et qui ne manquent à personne car personne ne s’en souvient. Ils n’on pas eu le temps de se réconcilier avec ceux qui les soumettaient à un joug atroce. Madame, vous semblez croire que l’injustice ne peut pas triompher mais malheureusement, seule la puissance aveugle triomphe.

Vous dites que la violence ne peut pas être une solution et qu’elle engendre la violence. Or, les exemples sont innombrables où la violence est telle qu’elle finit par imposer un ordre et une sorte de paix. Nous-mêmes, les Français, ne sommes-nous pas les produits de la brutalité la plus exacerbée, exercée répétitivement depuis mille ans ?

Il y aura extermination, en Israël, je ne vois pas d’autre issue. L’armée juive est en train de commettre le plus grave crime qu’on ait connu depuis la shoah. Après quoi elle se fera écraser par plus forte qu’elle. Et il ne restera personne pour pleurer les morts.

Le sage précaire en pleine méditation automnale

Cévennes, 2022, photo Hajer Nahdi.

Encore un coup de maître de Mélenchon

Le leader de la gauche française est encore en train de nous donner une leçon de politique impressionnante.

Alors que tout le monde en France s’épuise à parler d’Israël et de Gaza, dans une guerre de propagandes qui dégoûtent même ceux qui y participent, Jean-Luc Mélenchon soigne sa stature internationale en honorant l’invitation du plus grand pays francophone du monde. Il s’entretient avec le président du Congo et prononce un discours à l’assemblée nationale de cet immense pays.

Il joue plusieurs cartes à la fois. Il y va avec une « délégation » de députés insoumis dont certains sont originaires d’Afrique. Il y parle d’avenir, de partenariats sur des « causes communes » que sont les forêts, la mer et l’espace. Il prend activement date pour des projets qui seront médiatiques tôt ou tard, donc il prend de l’avance sur ses concurrents politiques.

Là où le président Macron est persona non grata, d’où l’armée française est renvoyée, où la politique française est rejetée, le fondateur de la NUPES est accueilli à bras ouverts. Après son passage au Maroc, son voyage au Congo est un coup diplomatique d’importance.

Et il réussit ce coup tout en étant omniprésent dans les esprits qui s’échauffent en France sur Israël, sur le terrorisme, sur le Hamas et sur Gaza. Il ne lui a fallu que quelques tweets et quelques prises de parole entre le 7 et et le 10 octobre pour prendre toute la place. Depuis, il laisse ses bras droits Mme Panot, M. Bompart et Mme Obono prendre le feu des médias, supporter la pression immense qui exige beaucoup d’énergie. Il joue sur du velours avec les erreurs et les fautes d’amateurs commises par Mme Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale dont les propos sur Israël déshonorent la France. (Quel savon Macron a dû lui passer à cette dernière!) Avec des adversaires aussi médiocres, Mélenchon n’a pas besoin que d’un tweet pour la renvoyer à ses chères études.

Pendant que tous s’agitent à Paris, le vieux Mélenchon, en bon loup de mer, se promène doucement à Kinshasa et obéit à son propre agenda tout en restant au centre des discussions frnaçaises depuis trois semaines. Il dort comme un bébé au moment même où la tempête gronde au sein de la NUPES.

Là-dessus arrivent des sondages qui le placent, lui Mélenchon, en leader incontesté de la gauche, et même au second tour des présidentielles si la NUPES ne présente pas d’autres candidats. Les autres dirigeants de l’Union de la gauche sont donc obligés de rentrer dans le rang car ils n’ont pas d’autre espoir que Mélenchon pour un jour retrouver le pouvoir et les ors de la république.

Chapeau l’artiste.

Pourquoi je suis devenu professeur

Arthur Thouroude, neveu sans peur et sans reproche du sage précaire

Je suis professeur parce que je ne sais rien faire de mieux dans la vie. Je sais faire des choses, j’ai exercé d’autres métiers, et j’en exercerai d’autres avant ma retraite, mais c’est professeur que je fais le mieux.

Je suis devenu professeur parce que mes autres emplois ne me convenaient pas vraiment. On me licenciait. Des amis m’encourageaient à devenir profs. Des amis m’ont aidé à postuler. Des amis m’ont conseillé. Mes premiers postes de profs, on me les a apportés sur un plateau, je ne pouvais pas refuser malgré le trac que je ressentais à l’époque.

Je suis resté professeur parce qu’il y a souvent des vacances qui permettent de se reposer. Une ou deux semaines de repos tous les deux ou trois mois, c’est un bon rythme, qui permet de tenir le coup.

Les motivations du sage précaire sont moins nobles que celles de son neveu Arthur. Ci-dessous la vidéo complète qu’il a envoyée chez Brut. Les lecteurs de ce blog s’apercevront bien vite que leur carrière respective ne va pas briller des mêmes feux.

Conversion monétaire de Taxi Driver

Au début du film de Martin Scorsese, Bob de Niro dit qu’en travaillant de « longues heures » il parvient à gagner 300 voire 350 dollars par semaine. Mais à combien d’euros aujourd’hui correspondent 300 dollars en 1976 ?

Je me suis basé sur une autre scène pour trouver une juste conversion. Dans un cinéma porno, le même acteur achète une barre chocolatée, une boisson gazeuse, un paquet de pop corns et encore autre chose que je n’ai pas compris. Le tout lui coûte 1,85 dollars. Aujourd’hui, en France, cette commande monterait à une dizaine d’euros, peut-être un peu moins car la scène se passe dans un quartier populaire. Disons 7 euros.

Si je multiplie 1,85 par 4, j’obtiens 7,4.

Si je multiplie 300 par 4, j’obtiens 1200.

On comprend mieux la scène et on peut s’identifier au chauffeur de taxi : il se fait 1200 euros par semaine, et c’est un super salaire quand on est dans la mouise. En tout cas, c’est un salaire suffisamment élevé pour avoir envie de le clamer, de le mentionner dans un film.

Pour le reste de Taxi Driver, que l’on peut visionner avant d’aller voir le dernier Scorsese au cinéma, procéder de la même manière et multiplier par quatre tous les montants en dollars que vous entendez.

Le top 10 des articles les plus lus de 2019 à 2023

La chose la plus intéressante des statistiques de ce blog est que depuis deux ans, on retrouve les trois mêmes billets en tête des textes les plus lus. Un tiercé toujours dans le même ordre qui ne se dément pas, trois articles de 2021 et 2022.

Vous saurez quels sont les trois articles les plus populaires en allant à la fin de ce billet. En attendant, pour vous faire patienter, je vous laisse prendre connaissance des années 2019-2021.

En 2019, La Précarité du sage arrivait sur sa nouvelle adresse et ne publiait pas beaucoup de contenu car le sage précaire travaillait beaucoup dans son université omanaise. Il cumulait les tâches d’enseignant-chercheur et de vice-doyen de la faculté des arts et des sciences.

En 2020 aussi, le sage précaire publiait peu de billets pour la même raison d’occupation professionnelle, à quoi s’ajoutait une grande opération de harcèlement morale de la part de l’administration.

L’épidémie du COVID 19 ne m’a pas conduit à bloguer beaucoup. Les confinements m’ont plutôt permis d’écrire un livre sur Oman, qui parut en 2021.

Ceci dit, le billet le plus lu en 2020 concerne Sylvain Tesson et date des années 2010. C’était mon premier article critique du voyageur, inspiré par la lecture de son récit sur la Sibérie. C’est à cette époque que je découvrais que quelque chose clochait chez ce médiatique écrivain.

En 2021, j’ai décidé de reprendre l’activité de blogueur. J’avais plus de temps et je me rendais compte que ce blog avait été une belle réalisation dans ma vie d’auteur et de voyageur. La parution de plusieurs livres et de nombreux articles scientifiques et journalistiques m’autorisait à retourner au format blog avec un respect renouvelé.

On peine à déceler une ligne de force dans la liste des billets les plus lus cette année-là, alors que des tendances lourdes vont se dégager à partir de 2022.

Pour 2022, je renvoie à l’article consacré à cette liste, qui interprétait ces chiffres. En revanche il est intéressant de comparer 2022 et 2023 pour souligner les persistances et le retour étonnant d’un trio de tête deux années de suite.

Le billet sur les éditions L’Harmattan toujours largement en tête alors qu’il fut mis en ligne en 2021.

En n°2 et 3, les critiques des livres de voyage de Sonia & Alexandre Poussin, et de Sylvain Tesson. Ces deux billets furent mis en ligne en 2021 et 2022.

À noter : les rares billets datant de l’année en cours, 2023, concernent exclusivement le bac philo de juin dernier. Ils ne sont donc pas destinés à durer.

D’ailleurs je m’en avise en me relisant, aucun de mes billets de blog n’est destiné à durer. Et inversement, tout ce que j’écris est à destination d’un lecteur curieux et précaire des années 2100.

La progression annuelle de ce blog

La Précarité du sage existe depuis 2005 mais il a dû changer d’adresse en 2019 car le journal Le Monde ne voulait plus héberger de blogs. Un changement d’adresse est une catastrophe pour un blog car la plupart des lecteurs suivent leurs habitudes avec des adresses pré-enregistrées. Quand un lecteur ne voit plus apparaître votre blog sur son ordinateur ou son téléphone, il l’ignore et l’oublie aussi sec. La plupart des gens ne cherchent pas à retrouver la trace de votre blog si celui-ci ne profite d’aucune publicité.

Il est donc normal de voir une ascension drastique dans les statistiques depuis 2019. L’année 2023 n’est pas encore terminée mais on voit qu’elle a déjà realisé une augmentation suffisante pour soutenir une croissance à deux chiffres. On pourrait s’arrêter là et reprendre notre activité de blogueur en janvier 2024, avec comme nouvel objectif 18 000 visites et 10 000 visiteurs.

Der Blaue Reiter, le livre

L’Almanach de 1912, dirigé par Kandinsky et Marc

Gardons à l’esprit que le mouvement Der Blaue Reiter est avant tout un projet éditorial. J’ai été très impressionné par ce fait dans l’exposition que j’ai visitée au musée Lenbachhaus, à Munich. Der Blaue Reiter est un livre avant d’être une exposition. Une revue savante qui sert de machine de guerre pour soutenir et accompagner les productions et diffusions des oeuvres d’art.

Les auteurs des articles de cette publication sont les artistes eux-mêmes, qui ne parlent pas de leurs propres œuvres mais de celles de leurs collègues. C’est ce que la sagesse précaire ne sait pas faire, par un mélange de paresse et de vieille morale, se mettre en situation collective pour que chacun fasse la publicité de l’autre. Moi, je découvre que La précarité du sage est cité ou mentionné à droite à gauche sans avoir été averti, ce qui est flatteur mais ne permet pas de faire système.

Peinture d’art populaire en illustration de l’Almanach Der Blaue Reiter.

Les images choisies pour illustrer cet Almanach (il n’y a eu que deux numéros du fait que le mouvement s’est dissout à l’occasion de la guerre de 1914) sont une belle surprise. Quelques dessins et peintures de nos chers Munichois, autant d’œuvres de grands artistes français perçus comme les parrains de l’entreprise (surtout Delaunay et Matisse), et une majorité d’images venues d’ailleurs.

Des photos de sculptures médiévales, beaucoup de Moyen-âge, des masques asiatiques, des décorations arabes, un peu d’antiquités égyptienne et gréco-romaine, et une forte présence d’art naïf. Art brut, art populaire, dessins d’enfants et de fous. Les expressionnistes trempaient leur imaginaire dans ce que la technologie moderne permettait de mettre à disposition du spectateur occidental curieux.

Quatrième de couverture, où l’on reconnaît la signature de Kandinsky.

Le ménage à trois des artistes munichois

Franz Marc, Deux femmes sur la montagne, 1908

Les deux femmes représentées sur cette esquisse faite à Munich ne sont pas choisies au hasard. Le peintre était amoureux d’elles, elles l’amaient en retour, et les trois connaissaient les sentiments de tous. Ils se sont mariés l’un avec l’autre, à tour de rôle. Ils formaient un trio amoureux et créatif qui n’étaient pas complètement étranger aux mœurs des Européens progressistes de la belle époque.

Les deux femmes étaient plus âgées que l’homme et cela ne dérangeait personne. Maria avait quatre ans de plus que Franz mais ils ne pouvaient pas se marier car Franz était déjà marié à Marie Schnür, de treize ans son aînée. Cette dernière avait déjà un enfant qu’elle avait eu à Paris, fruit de la vie de Bohème des jeunes Européens.

C’est peut-être pour adopter cet enfant conçu à Paris que Franz se maria avec Maria. On ne sait rien de cela car il ne reste pas grand chose de cette relation.

Les trois protagonistes de cette histoire étaient peintres et très influencés par les impressionnistes qui révolutionnaient l’art depuis trente ans en France. Ils cherchaient la bonne recette pour vivre en adéquation avec leur spiritualité, la modernité, les problèmes et les désirs de leur temps. Quand ils ne peignaient pas, ils montaient des coopératives socialistes, quand ils ne se caressaient pas en pleine nature, ils créaient des collectifs d’artistes tels que le Blaue Reiter à Munich.

Marie Schnür, Maria Marc et Franz Marc, en détente relative pendant l’été 1906.

Ce monde d’espoir, de crises et de créativité était précaire. La guerre de 14-18 approchait et Franz n’a rien fait pour l’éviter. Il est mort en soldat sur le sol français dont il a tellement aimé la culture d’avant-garde. Dans ses carnets de tranchée, des dizaines de chefs d’œuvres griffonnés, dans lesquels transparait la passion de Franz pour l’art, et ses tentatives inlassables de comprendre le monde par des mouvements de crayon.

Sa deuxième épouse, Maria Franck, a survécu dans ce village de Bavière où ils expérimentaient l’amour libre et naturiste, pour s’éteindre à près de 80 ans.

Sa première épouse en revanche, Marie Schnür, on ne sait pas ce qu’elle est devenue, et on a perdu toute trace de son enfant. Apparemment, elle a mal vécu ce « ménage à trois », et elle semble avoir mis un terme à sa carrière artistique peu après la guerre. Je pense, pour ma part, qu’elle a changé de nom et d’identité. Comme elle vient d’une famille riche et protestante de Cobourg, sa vie dissolue faisait mauvais genre et il fallait tout dissimuler pour espérer une fin de vie respectable. Si elle était morte avec cette identité connue de Marie Schnür, les historiens auraient retracer la trame de son existence.

Franz Marc, Nu avec chat, 1910

Le Cavalier bleu : enfin une école artistique de Munich

Alléluia, après d’âpres recherches, j’ai enfin trouvé les artistes qui peuvent incarner le génie de Munich, au même titre que les « actionnistes » incarnent Vienne, les « cubistes » Montparnasse, ou « Support-Surface » Nice.

Der Blaue Reiter est le nom du groupe fondé dans les années 1910 par des peintres devenus célèbres qui étouffaient dans l’académisme bourgeois de la capitale de la Bavière.

Franz Marc, Vassili Kandinsky, Maria Marc, Auguste Macke et compagnie, ont trouvé là le lieu de création où ils pouvaient laisser libre cours à leurs recherches, inspirés par les avant-garde de Paris.

V. Kandinsky, Maisons de Munich, 1908

Vous ne saviez pas que l’immense Kandinsky était de Munich ? Vous aviez tendance à l’associer à Moscou, à Berlin et à Paris ? Moi aussi, mais c’est ainsi, il vivait et enseignait la peinture à Munich dès le tournant du siècle. Il a acquis la nationalité allemande et c’est en Bavière qu’il a fondé et animé Der Blaue Reiter, ce collectif d’artistes que le sage précaire a connu adolescent quand il s’intéressait à l’expressionnisme.

Lenbachhaus, l’un des plus beaux musées de Munich, octobre 2023.

On peut voyager dans les oeuvres de ce collectif dans le beau musée Lenbachhaus, non loin des grandes « Pinacothèques » qui font le bonheur des amateurs d’art.

Le fameux Cheval bleu de Franz Marc au milieu de plusieurs toiles du Blaue Reiter.

Lenbachhaus est une belle maison de maître de la belle époque, appartenant à un peintre influent du début du siècle. Aujourd’hui on s’y promène et on y contemple des tableaux de l’expressionnisme vibrant de la scène munichoise.