Ce fut une bien belle soirée. Une soirée de finale de coupe du monde. La France a mal joué et mérite sa défaite mais elle a fait en sorte que ce fût une belle soirée.
En fait, c’était un après-midi. Mais un dimanche après-midi de décembre se vit comme un début de soirée quand on est entre copains regroupés autour d’un poêle à bois.
L’équipe de France a très mal joué, ce qui est habituel, mais cette fois elle jouait si mal que les Argentins marquaient des buts contre nous. J’étais prostré sur le canapé et ne supportais pas les commentaires des uns et des autres. Pendant plus d’une heure j’étais déprimé. En revanche, quand Kylian Mbappé a marqué ses deux buts en deux minutes, j’ai exulté, un peu comme le président Macron qui se déchaîna dans le public de Doha. Nous pouvions perdre, ce n’était pas la fin du monde, mais au moins on avait égalisé et notre joueur fétiche, Mbappé, avait montré son génie en une reprise de volée impossible pour le commun des mortels.
Surtout, la France avait repris son rôle mondialement connu d’équipe insupportable, imbattable, impraticable. L’équipe qui fait le spectacle. Qui renverse des montagnes.
Les Argentins ont répété hier soir ce que les Anglais, les Marocains, les Croates et les Belges avaient dit avant eux : les Français étaient moins bons que nous.
Et pendant les prolongations, rebelote. Leo Messi marque et le monde entier exulte car le monde entier est traditionnellement contre la France. Les supporters pensent pouvoir chambrer les Français mais ne peuvent dissimuler une crainte de ce qui va arriver : encore un but de Mbappé pour un score de parité. 3 – 3. Notre joie fut immense car c’était des buts venus de nulle part, comme des cadeaux du ciel, des trucs absolument immérités.
Aussi immérité que d’avoir des génies du type Mbappé dans nos rangs.
Grâce à cette défaite, j’ai gagné 27 euros en pari sportif. J’avais parié pour l’adversaire de la France pour au moins retirer quelque chose d’une éventuelle défaite. Ces 27 euros, je vais les investir en tirages de Loto échelonnés sur 27 tirages pour devenir millionnaire. Comme Mbappé.
Il y a quatre ans, pour la coupe du monde 2018, j’avais regardé les matchs en Oman, en Tunisie et en France. La finale, c’est ici en Cévennes que je l’ai vue, en famille et sur une terrasse de café.
Cette année, les villes françaises boycottent le mondial et en plus il fait froid, alors on se regroupe entre amis dans des salons privés et on se fait des gueuletons en lançant des injures à l’arbitre.
Pour moi, ce mondial 2022 sera marqué par la présence bienveillante de Philippe. Un vieux copain de la famille qui a décidé de s’installer ici et qui nous accueille dans sa maison, à la montagne, pour regarder les matchs de la France.
Philippe a la générosité des gens bien dans leur peau. Ils savent qui ils sont, ce qu’ils veulent et ce qu’ils peuvent. Il est toujours gentil et toujours à l’écoute. Il a des poules et nous offre des oeufs plus souvent qu’à notre tour. Il nous donne des coups de main précieux, c’est grâce à lui si je suis capable d’installer des appliques dans notre appartement, et de fixer des chevilles à expansion. L’été venu, il nous offre des tomates et d’autres légumes de son potager. Cet homme est un véritable ange gardien dans notre vie cévenole. Et comme il est un ami d’enfance de mon frère aîné, sa présence fonctionne aussi comme une fontaine de Jouvence car je demeure en leur présence le petit Guillaume agité de St Just Chaleyssin, et non le quinquagénaire bougon revenu de toutes les guerres perdues.
Cet après-midi, pour conjurer le sort, j’ai parié de l’argent en faveur de l’adversaire de la France. Jusqu’à présent, il n’y a que le Tunisie qui m’a rapporté des sous. Vive la Tunisie, elle m’a fait gagner 9 euros grâce à sa victoire contre les Bleus. Il va sans dire que j’espère vivement perdre tout l’argent parié sur l’Argentine.
Image générée quand j’ai saisi les mots « Chien qui chie au parc des châtaigniers ». Photo de Masood Aslami sur Pexels.com
Les moteurs de recherche préfèrent ne pas montrer la réalité du phénomène. On saisit « chien qui chie dans un parc », les images générées sont d’adorables toutous dorlotés par des maîtres pleins d’amour.
Dans le parc des Châtaigniers où nous habitons, nous voyons au contraire les habitants promener leur bête et les laisser faire leurs besoins sur l’herbe. Nous ne voyons jamais personne ramasser les déjections. Ils doivent croire que c’est la nature sauvage.
Quand viennent les beaux jours, on voit les élèves du lycée s’allonger dans le même parc des Châtaigniers, mais chiens et élèves n’occupent pas le territoire en même temps, heureusement.
De 10.00 à 17.00, on voit des adolescents réviser et se prélasser dans l’herbe.
De 18.00 à 21.00, on voit les chiens faire caca sur les mêmes parcelles.
C’est bien organisé.
J’aime regarder les propriétaires pendant que leur chien souille le parc de la ville. Ils font semblant de ne rien remarquer. Ils sont un peu gênés. Pas au point de ramasser la merde dont ils sont responsables, mais on sent que ce n’est pas le meilleur moment de leur journée. Ils tirent un peu sur la laisse pour signifier au clébard : « bon, Médor, tu as fini ? Ça commence à durer ton histoire, et les gens nous regardent. »
La seule personne que je connais, dans cette région, qui fait preuve d’assez de civilité pour ramasser ses déjections canines lors des promenades quotidiennes, c’est un Anglais, mon ami Peter, qui n’élève pas moins de trois labradors. Il semble que nous ayons encore des leçons à prendre chez nos amis d’outre-Manche.
Image générée quand j’ai saisi « Chien, Noir, Rivière ». Photo de Matej sur Pexels.com
Je commence à en avoir ras-le-bol des chiens et de leur propriétaire sur les chemins de promenade. Ces gens n’ont vraiment plus aucune civilité. Ils ne ramassent pas les crottes, ils laissent les bêtes importuner les promeneurs, ils confondent chemin de promenade et nature sauvage. Moi, quand j’avais un chien, j’allais le promener dans des champs et au bord de rivières où il n’y avait personne. Je laissais l’animal courir, c’était la campagne sans randonneurs, et c’était agréable pour nous deux.
J’avoue qu’en effet, la vie d’un tel animal près de soi est assez apaisante. Je reconnais l’utilité du truc. Je comprends l’amour qu’on peut porter à des chiens. Mais aujourd’hui ils sont devenus insupportables, et leur maître ne cherchent même plus à les contrôler.
Hier, le long de la rivière Coudoulous, j’ai vraiment cru me faire dévorer par un chien qui a couru vers moi. Comme il pleuvait et que je portais une casquette, perdu dans mes pensées, je n’ai vu le molosse qu’au dernier moment et il m’a fait très peur. J’ai fait un saut de côté, retiré mes bras. Le chien, en réalité, n’était pas méchant. Il voulait juste jouer avec moi et mettait ses pattes sur moi. Ce con sautait autour de moi et je ne parvenais pas à m’en débarrasser.
Je n’avais aucun intention de jouer avec ce chien. La plupart du temps, d’ailleurs, je n’ai pas très envie de jouer avec les individus que je ne connais pas et qui ne s’annoncent pas. Je dirais la même chose d’enfants intrusifs, de parents démissionnaires et d’ivrognes en quête d’affection. Votre situation d’enfant, de chien ou de drogué ne vous donne aucun droit sur mes émotions.
Le pire dans mon histoire de chien au bord du Coudoulous, c’est l’attitude de la propriétaire. Elle marchait tranquillement à quelques dizaines de mètres, et ne semblait pas dérangée du tout de voir son animal faire peur aux promeneurs.
Quand je l’ai vue, cette dame, je me suis dit qu’elle allait au moins avoir une attitude d’autorité vis-à-vis de la bête. Qu’elle allait la gronder, lui signifier que ce comportement était inadmissible. Pas du tout. Elle marchait calmement et disait simplement : « Non, Médor, non. »
C’est tout.
Et quand elle m’a croisé, elle m’a dit : « Désolé, hein. »
« Je vous en prie », ai-je répondu.
Cette dame ne paraissait pas contrariée ou confuse. Je pense même qu’elle ressentait une certaine satisfaction à avoir effrayé un mâle solitaire, par l’intermédiaire de son adorable toutou.
« Il n’est pas méchant », « il veut juste jouer », « il aboie mais ce n’est pas contre vous ». Allez vous faire voir ailleurs. Cotisez-vous pour créer des « parcs à chiens » et laissez les territoires communaux aux gens civilisés.
Image générée quand j’ai saisi « Corruption, Qatar, cadeaux ». Photo de Adrienne Andersen sur Pexels.com
Des membres éminents des parlements européens ont reçu des millions d’euros et des cadeaux extravagants de la part du Qatar en échange de leur soutien. Scandale de corruption, il n’y a pas d’autres mots. Qu’on mette tout ce monde en prison.
Le sage précaire est d’autant plus en colère contre toute cette mafia que lui même n’a jamais profité de la manne qatarienne.
C’est comme cela que vous remerciez La Précarité du sage de s’être engagé à vos côtés, messieurs les émirs ? Pas un billet de 50, pas un bibelot en or, pas un tapis brodé ? Je veux ma part de la corruption pétrolière car j’ai posé mes couilles sur la table. (Je ne sais pas ce que signifie vraiment cette dernière expression, j’espère l’employer ici à bon escient.)
« Le monde est gangréné par l’argent sale », affirmait le juge belge Michel Claise qui a dirigé l’enquête. Mais cette gangrène s’est arrêtée en bon chemin, voilà ce qu’il faut dénoncer. L’argent sale n’est pas allé jusque dans les Cévennes pour arroser cette saloperie corrompue qu’on appelle le sage précaire. Si je ne reçois rien d’ici le réveillon, j’écris à Edwy Plenel.
J’affirme une dernière fois que cette coupe du monde n’est pas plus scandaleuse que celles qui ont précédé, que les Qatariens font ce qu’ils veulent de leurs pétrodollars, et j’attends avant Noël un virement ou un cadeau digne de ce nom.
Je réitère publiquement que nous, Européens, avons plutôt des leçons à prendre qu’à donner sur le traitement des migrants, puisque nous profitons illégalement de travailleurs clandestins tout en les accusant de menacer notre « civilisation ». Je persiste en effet et me tiens prêt à retirer une valise de billets sous forme de Colissimo, dans un point relais de la région de Ganges et du pays Viganais. Avant la fin de l’année 2022 si c’est possible.
Il ne faut pas sous-estimer ce qui se passe autour de l’équipe du Maroc durant ce Mondial 2022. Le succès de cette équipe, qui est la première nation africaine à disputer une demi-finale de coupe du monde, suscite un enthousiasme dans tout le monde arabe. Il n’est pas indifférent de noter que c’est un pays arabe qui organise l’événement, pour la première fois également.
Pendant que nos belles âmes boycottaient l’événement, purgeaient leur mauvaise conscience sur le dos des autres, se présentaient en chevaliers blancs immaculés et présentaient le Qatar comme un pays qui maltraite les travailleurs migrants, de nombreux individus sentaient en eux une espèce de vague fierté à voir un pays arabe réussir à obtenir ce genre de privilège idiot qui n’appartient qu’aux occidentaux d’habitude.
Selon moi il y aura un avant et un après Qatar 2022. Au final, et avec le recul, on finira par accepter l’événement et à le considérer comme une avancée dans le décentrement du monde. Souvenons-nous de la coupe du monde 2002 en Corée et au Japon. Cela coïncidait avec l’arrivée de la Chine dans le commerce international et l’affirmation de l’extrême-Orient dans les nouveaux équilibres mondiaux. Il y avait eu des succès incroyables des équipes japonaise et coréenne. Vingt ans plus tard, on se souvient tous de l’épopée des Coréens. Ils avaient perdu en demi-finale 1 à 0 contre l’Allemagne. Le public était en feu. L’Asie tout entière était en feu.
Nous retrouvons quelque chose de similaire avec le monde arabe aujourd’hui. On voit des reportages non seulement dans les pays du Maghreb et au Qatar, mais un peu partout dans le monde arabe. Dans le bande de Gaza, les Palestiniens exultent. Dans les rues de Bagdad, et même de la douce Mascate, les célébrations vont bon train.
Le Maroc incarne donc l’arabité dans son ensemble. J’ai des amis qui y voient plutôt une ferveur religieuse et qui prétendent célébrer une nation musulmane, dans la joie d’une « Umma » réunie et souriante. Je ne souscris pas trop à cette interprétation, pour la raison que la joie des pays musulmans asiatiques et subsahariens est beaucoup moins démonstrative. Bien entendu, ils soutiennent tous le Maroc, et d’autant plus ardemment que les Lions de l’Atlas affronteront la France, mais on ne voit pas chez eux de célébration particulière.
De plus, s’il fallait regarder les choses sous l’angle confessionnel, il faudrait compter le nombre de musulmans dans l’équipe de France… Vous voyez ce que je veux dire.
Alors qu’en pense la sagesse précaire ? Vous vous demandez tous pour qui mon coeur va battre. La réponse est facile car nous nous trouvons dans une situation très confortable pour un sage précaire. Je supporte la France sans aucune ambiguïté et je la vois aller jusqu’au bout après avoir été certain qu’elle s’effondrerait dès les phases de poule. En revanche, si le Maroc se qualifie, ma déconvenue sera consolée par la joie de voir un pays arabe réaliser l’exploit d’une finale en coupe du monde.
La laïcité, au XIXe siècle, était une valeur républicaine qui avait pour but de créer un espace public séparé des pouvoirs religieux. Fondée sur la philosophie du XVIIIe siècle, la laïcité devait garantir une vie politique émancipée de l’influence du pape, des évêques et des curés.
Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable.
Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières, 1784.
En France, les religions minoritaires soutenaient à fond la laïcité car cette dernière était exclusivement dirigée contre le contrôle qu’exerçait l’église catholique. Les protestants et les juifs ont toujours été de fervents laïcards.
Depuis les années 2000, le terme de laïcité revient très fort sur la scène intellectuelle alors même que les gens désertent les églises, que le catholicisme français n’est plus que l’ombre de lui-même.
Le petit réseau de privilégiés « Conférence Olivain » a organisé une journée d’étude à Science Po l’année dernière sur le thème « S’emparer de la laïcité ». Guillaume Renée, président de la « Branche Jeune », prit la parole pour ouvrir le colloque. Diplômé de Science-Po, élève de l’ENS, chef de projet au ministère de l’intérieur, M. Renée en connaît un rayon sur la laïcité, sinon il n’aurait pas suivi ce brillant parcours ! Il explique ainsi pourquoi il était urgent de réfléchir sur la laïcité en ces années 2020 :
D’une part, la laïcité est un thème d’une actualité permanente. Une actualité parfois effroyable. L’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, le 16 octobre 2020, nous le rappelle.
Voilà ce que nos élites ont fait de notre laïcité.
Avant, le risque dont il fallait se prémunir, c’était une église surpuissante qui pesait sur les consciences. Aujourd’hui on brandit la laïcité pour se protéger de meurtriers isolés.
En 1905, la laïcité servait à nous protéger d’une classe dirigeante, riche, privilégiée, conservatrice et même réactionnaire. Maintenant, l’élite nouvelle la porte en bandoulière pour incriminer des personnes marginalisées, pauvres et précaires.
En 1905, la république devait se défaire de l’influence d’une église organisée et hiérarchisée. Depuis les années 2000, l’élite veut nous faire croire que le danger vient de musulmans incultes qui ne prêchent dans aucune mosquée, qui ne comprennent rien à leur propre religion.
En 1905, le danger qu’il fallait éviter, c’était la scission du peuple français car toutes les personnes concernées, catholiques ou libre-penseurs, étaient français. Cent ans plus tard, les coups de boutoir dans la laïcité viendraient d’étrangers, sans-papiers, clandestins. Les assassins crient « Allah Akbar » avec la même conviction que l’immigré italien cria « Vive l’Anarchie » lors de l’attentat qui coûta la vie au président de la république Sadi Carnot dans les années 1890.
Que l’on compare une seconde les attentats de la troisième république et ceux qui sont commis par les imbéciles depuis 2015 : à l’époque ils ne se bornaient pas à tuer des innocents dans la rue ou des dessinateurs dans un immeuble. Ils lançaient des bombes dans l’assemblée nationale et ils tuaient des chefs d’État. Les institutions de la république pouvaient sentir le danger.
Quand la France connut cette vague d’attentats dits « anarchistes », au XIXe siècle, cela donna lieu aux fameuses « lois scélérates » dénoncées par Jean Jaurès qui n’était pas, lui, ni anarchiste ni terroriste. En revanche, quand le même pays chercha à se protéger contre un vrai système de pensée et de contrôle comme l’église, il a dû inventer plus qu’une loi : la laïcité définissait un nouveau cadre de pensée pour organiser la société indépendamment des décisions de l’église.
La France a connu de nouvelles vagues d’attentats dits « islamistes », un siècle plus tard. Une poignée de Français, quelques Tchétchènes, des illuminés tunisiens, des pauvres abrutis sans âme et sans argent. Nos élites ont peur, ou veulent que nous ayons peur. Alors elles pointent du doigt les vêtements portés par les femmes, rappellent en boucle les attentats et dégainent le terme de laïcité.
Cela ne vous paraît pas évident qu’aujourd’hui le mot de laïcité n’est pas à sa place ? Que nos élites l’ont sciemment perverti ? Qu’il est devenu la façon de pouvoir être raciste sans le dire ouvertement ?
Si j’en crois le philosophe officiel de la France centriste, Raphaël Enthoven, il faut lutter contre les femmes voilées et contre le Qatar qui est antisémite.
Sur un plateau de TV du service public, il égrène ses griefs contre le Qatar et je souligne ceci : « pays antisémite, où il est interdit de prier en hébreux dans la rue. »
Tous les mots de cette phrase m’étonnent et m’interrogent.
Il est interdit de prier dans les rues ? Pourquoi, qui a envie de prier dans les rues ? Qui voudrait se révolter parce qu’on interdit de prier dans les rues ? Même en France, où l’on a connu des phénomènes de prières musulmanes dans les rues, il y a dix ans et encore en 2017, même en France on a réglé la question et on ne prie plus ni en arabe ni en hébreux dans les rues.
Prier en hébreux ? Pourquoi prierait-on en hébreux dans un pays musulman ? Pourquoi Raphaël Enthoven feint-il d’être choqué que cela ne soit pas autorisé au Qatar ? Y a-t-il un seul pays au monde, à part Israël, où l’on prie en hébreux dans la rue ?
Je crois comprendre la stratégie du philosophe parisien. Son but est de criminaliser le Qatar, et de l’anathématiser sous le tripalium tétanisant de la misogynie, l’homophobie et l’antisémitisme. Il faut accréditer l’idée que le Qatar persécute les femmes, les homosexuels et les juifs.
Or, nous avons vu que, jusqu’à plus ample informé, les homosexuels étaient tranquilles dans le Golfe persique, même s’ils ne jouissaient pas des mêmes droits qu’en Europe. Nous savons aussi que les femmes étrangères y sont libres si elles sont financièrement indépendantes, et que les juifs n’y sont jamais menacés.
Donc Raphaël Enthoven ment devant nous tous, mais pour quelles raisons ? Je lance une hypothèse : le Qatar est un pays qui refuse de banaliser la politique d’Israël. À la différence de ses voisins, le Qatar continue de désigner Israël comme un pays colonisateur et injuste avec les Palestiniens. Je ne vois pas d’autres raisons qui pousseraient un intellectuel français à déclarer que tel pays est antisémite.
La même semaine, le même philosophe publie ce tweet :
« Un soignant antivax… qui lui confierait sa santé ? Et pourquoi pas un boucher vegan ? Une féministe voilée ? Un plagiste astronome ? Un cercle carré ? »
Raphaël Enthoven, 25 novembre 2022
Une femme qui porte un voile, surtout si elle est musulmane, ne peut pas être féministe selon Enthoven. C’est même une contradiction dans les termes, cela revient à imaginer un cercle carré. Or, je connais beaucoup de femmes voilées qui me paraissent et se déclarent féministes. Rien dans leur comportement et dans leurs paroles ne trahit un anti-féminisme, mais elles portent un voile sur les cheveux, librement, pour des raisons qui les regardent. Enthoven met toute sa puissance médiatique à étouffer la parole de ces femmes. Il faut les faire taire, et si ce n’est pas possible, il faut les rendre inaudibles.
Le philosophe Enthoven prend sa part dans la guerre que livrent certains contre l’islam. Pour la mener, cette guerre, il faut diviser les Français modestes entre eux, ce qui n’est pas très difficile. Il faut aussi tout faire pour maculer les pays musulmans aux couleurs de l’homophobie, de la misogynie et de l’antisémitisme.
La première semaine de la coupe du monde au Qatar a permis aux gens célèbres d’exhiber leur belle âme dans les médias. Je note que l’objet qui a le plus attiré l’attention fut le brassard arc-en-ciel qui promeut l’idée selon laquelle l’amour est le même que l’on soit homo ou hétérosexuel.
Le philosophe Raphaël Einthoven raconte que le Qatar est une honte, que ce n’est pas un pays, que c’est un « fond de pension devant lequel on se couche », un état corrompu, homophobe, antisémite et misogyne.
Du personnel politique de premier rang s’est affiché dans les tribunes de stades, affublé de robe ou d’accessoires de mode aux couleurs de l’arc-en-ciel. L’équipe nationale d’Allemagne, très concernée par ce sujet, voulait porter un tel symbole sur leur tenue sportive. Comme cela leur a été interdit, ils ont pris une photo officielle en portant la main sur la bouche, en signe de protestation.
Après ce geste de courage politique, ils ont perdu leur match contre le Japon. Le sage précaire, s’il était allemand, dirait à ces jeunes gens : gagnez des matches d’abord et après nous parlerons politique. Mais apparemment, la presse allemande soutient l’engagement politique de la mannschaft.
Raphael Einthoven nous dit que l’homosexualité est punie de 7 ans de prison au Qatar, et par la mort si c’est un musulman. Les prisons sont donc pleines d’innocents qui n’ont commis d’autres crimes que d’aimer ? Voilà qui est choquant. Il faut faire quelque chose. Il ne suffit pas de porter un brassard, ni des chapeaux arc-en-ciel. Il faut écrire le nom de prisonniers sur les pancartes de supporter et appeler massivement à la libération de ces femmes et de ces hommes enfermés injustement pour avoir eu des rapports sexuels entre adultes consentants.
Je vais commencer sur ce blog en vous donnant le nom des homosexuels qui ont été exécutés au Qatar pendant toute cette période de préparation du Mondial.
Alors, depuis 2011, ont été assassinés par l’État du Qatar, pour crime d’homosexualité…
Attendez une seconde, je regarde mes fiches. Je consulte mes archives. Bon je ne trouve pas les noms en question, mais j’y reviendrai dans un prochain billet. Que cela ne nous arrête pas en si bon chemin. Occupons-nous maintenant des homosexuels embastillés.
Monsieur l’émir du Qatar, je soussigné Guillaume Thouroude, sage précaire de renom, vous demande instamment de faire preuve de mansuétude vis-à-vis de toutes celles et de tous ceux qui ont été incarcérés pour avoir conduit des rapports amoureux entre personnes de même sexe.
Voici les noms de celles et ceux que la communauté internationale veut voir libérés :
………………………..
Encore une fois je dois m’interrompre car je ne trouve aucun nom. Je vais pourtant sur les sites d’organisations de défense des droits humains, je me renseigne, je saisis des mots clés sur les moteurs de recherche. Je ne vois rien. De deux choses l’une, soit le Qatar n’emprisonne pas les homosexuels et sa loi homophobe n’est qu’un symbole, soit l’émirat a réussi à dissimuler ces prisonniers de nationalités diverses, à les rendre indétectables aux radars des ONG internationales.
Je lance donc un appel aux lecteurs de La Précarité du sage. Aidez-moi à mettre en lumière les homosexuels prisonniers qui ne méritent pas de rester une minute de plus dans cette geôle infâme.
Nous avons passé le weekend à poser du parquet. Après deux jours de travail nous n’avons couvert que trois ou quatre mètres carrés de sol.
Samedi, toute la journée, nous avons essayé et essayé encore de faire tenir les lames ensemble. Nous avons échoué lamentablement. C’était d’une difficulté étonnante. Nous avions pourtant acheté ce parquet dans une grande enseigne qui certifiait que des bricoleurs pouvaient s’en sortir sans problème.
Ce qui était bizarre, c’est que nous avions déjà fait un essai au printemps. Prudents, nous avions acheté un seul paquet de plusieurs lames pour tester nos capacités. Nous avions pas mal galéré, et après pas mal d’échecs, nous finîmes par encastrer toutes les lames correctement.
Exactement le même scénario s’est produit hier. Nous perdions patience, nous nous engueulions, nous blessions nos mains et rien n’y faisait.
Je me raisonnais : on a déjà réussi à la faire une fois, il n’y a pas de raison qu’on échoue maintenant qu’on a acheté dix-huit paquets de lames. Finalement j’ai senti qu’il y avait du progrès dans nos tentatives, même si Hajer trouvait que nous n’avancions pas d’un pouce. Nous avons terminé la journée de samedi sur une note d’espoir mais pas tout à fait un succès.
Dimanche matin, forts de ces essais répétés de la veille, les choses furent plus faciles. Je ne sais si nous acquîmes une sorte de tour de main, ou une aide surnaturelle, mais les rangées de parquet réussirent enfin à se clipper.
Mystérieusement, vers midi, les rangées suivantes furent beaucoup plus faciles à poser, mais beaucoup, beaucoup plus faciles. Nous avions du mal à y croire. « Pourquoi n’y arrivait-on pas avant ? » C’était le même bois, les mêmes unités de parquet, achetés au même endroit, de la même marque, demandant la même méthode. Quelque chose s’était produit en nous, une obscure compétence était née.
Il ne fait guère de doute que la prochaine fois, nous ferons face à nouveau à ces difficultés qu’il faudra vaincre de haute lutte, avec patience et engueulades passagères.