Du jardinet de moinillon

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C’est un des grands commentateurs de ce blog, Cochonfucius, qui l’a baptisé : le « jardinet de moinillon » est le tout petit potager qui se trouve derrière la cabane. L’été dernier, il y poussait des tomates, du basilic et des courges de Nice.

Pendant l’hiver, le jardinet s’est reposé. Je l’ai recouvert de mon compost et d’un fumier humain délicat. Fin février, j’ai semé des graines d’oignons doux, et de l’ail. Comment appelle-t-on les petits quartiers qui composent une gousse d’ail ? J’ai planté trois de ces quartiers. Deux mois plus tard, l’oignon sort doucement, et l’ail pousse avec puissance. C’est la gloire de l’ail.

Fleurs, bain et jardinet 033

Mi mars, j’ai semé des radis, des laitues, du basilic, du persil, de la ciboulette et, un peu partout, des fleurs (des cosmos!).  Je m’inquiétais de ne rien voir arriver, jusqu’à ce que les radis ramènent leur fraise il y a quelques jours. J’étais fou de joie.

Je ne me suis pas arrêté là, mais je m’arrêterai là pour aujourd’hui.

Le monde depuis mon bureau

Le Café des Cévennes, c’est non seulement l’endroit où j’ai accès à l’internet, mais c’est un formidable poste d’observation.

A côté de moi, un trio de dames discutent. Elles appartiennent à la bourgeoisie locale, leur famille a dû faire fortune il y a quelques siècles, dans la sériciculture. Elles boivent un petit verre de St-Yorre et un chocolat chaud avant de rentrer dans leur demeure, dont elles disent qu’elles sont surveillées par des gardiens. L’une d’elle a de gros problème de poignet, ou de phalanges, et les deux autres reçoivent patiemment ses longues plaintes.

Autre table, autre moeurs. Un autre trio de dames, plus jeunes, sont d’une classe sociale inférieure. Elles ne parlent pas de leur demeure. Elles sont plus discrètes et parlent bas.

Dehors, fumant des clopes roulées et buvant des bières, un jeune barbu portant casquette à carreaux parle sans arrêt devant deux femmes d’âges différents. La plus jeune est arrivée la première et bouffe des yeux le jeune barbu. Il s’agit de « néos », qui sont arrivés là il y a un an. La fille, je ne l’ai jamais vue. Il est possible qu’elle soit à peine arrivée en Cévennes et qu’elle soit en pleine entreprise d’intégration sociale, d’où les yeux doux et les rires bruyants qui accompagnent les moindres paroles du barbu.

Ses rires, d’ailleurs, la défigurent : elle montre toutes ses dents quand elle rit, tout le râtelier. C’est effrayant. Elle pense bien faire, et s’il faut le dire, elle est tout à fait charmante. Mais ses rires à pleines dents  font peur. Sourires carnassiers.

A côté de moi, les bourgeoises ont changé le cours de leur conversation. Elles sont dans un commérage plus classique : « Celle-là, elle devrait sortir avec une armure. »

Une femme entre deux âges s’est installée dehors à la table des néos. Elle rit et participe aux monologues du barbu, mais elle lance des oeillades assassines à la jeune femme aux sourires carnassiers. Le barbu, lui, est un insupportable bavard qui n’hésite jamais à parler très fort au téléphone quand on essaie de travailler. En voilà un qui ne comprend pas que le Café des Cévennes est avant tout mon bureau.

Il est 17h42 et la terrasse se remplit de néos qui viennent dépenser leur RSA en apéros bien mérités. Les aides de l’Etat et les minima sociaux, il faut bien que quelqu’un le dise, ce sont de très rentables investissements pour le gouvernement : c’est de l’argent intégralement réinvesti dans les commerces locaux, à la différence de toutes les primes données à des gens riches, et qui disparaissent hors de France, dans des paradis fiscaux et des spéculations improductives. Sans le RSA, le RMI, les allocations chomages et les indemnités débiles, des régions entières de notre pays seraient abandonnées par manque d’emplois. Il y aurait moins d' »assistés », mais la misère se concentrerait simplement dans les grandes villes.

Un jeune homme malingre et hirsute longe le bar. Il a tout l’air d’un toxico. Il envoie des signes de bonjour à des clients sur la terrasse, qui ne lui répondent pas. Je le vois un instant plus tard parler à un Arabe du coin, assis à la terrasse et buvant un verre de vin blanc, un homme bien plus « local » que que le petit toxico.  Ce dernier demande quelque chose à fumer, et finit par s’énerver, par retrousser ses manches, tandis que l’Arabe reste d’un calme olympien.

Le barbu néo ne cesse d’entretenir ses femmes, et quand je le vois, avec sa faconde d’intermittent du spectacle et ses gestes d’excité, j’ai envie de me raser et de me débarrasser de mes couvre-chef.

Un homme à la longue barbe grise entre. Il s’assoit non loin de moi. Il a l’air d’être un écrivain, un Bachelard cévenol. Il commande un monaco et sort des papiers d’un sac en plastique à l’effigie du journal L’Equipe.

Le toxico n’est plus énervé. L’Arabe l’a calmé. Il montre son pouce à l’Arabe d’un air de dire : toi, t’es un as. Il danse même un peu. C’est fou ce que les petits malingres, les nerveux et les faibles empruntent toujours les mêmes méthodes pour qu’on les aime : faire les clowns, faire les singes, faire les fous. C’est épuisant pour eux et pour les autres. On devient toxico pour moins que ça.

Au bureau

Le Café des Cévennes est devenu très rapidement mon QG, mon bureau de travail, depuis le mois de mai dernier, où j’ai posé mes quelques affaires sur le terrain de mon frère. On ne mentionne plus ce café autrement que comme « le bureau ».

Il est où Guillaume ? Il est au bureau. Je te pose au bureau ? Tiens, j’ai vu Machin au bureau. Je vais bientôt descendre en ville, j’ai besoin d’aller au bureau. C’est de mon bureau que je vous écris ces quelques mots. C’est bien, ça fait moins poivrot. Du reste, je n’y consomme pas forcément d’alcool.

Par exemple, à cette minute, je bois un jus de fruit, après avoir pris un chocolat chaud, et ce pour une raison bien simple : je travaille, parallèlement à ce blog, sur le manuscrit de ma thèse qui paraîtra aux Presses de la Sorbonne, donc je ne peux pas laisser la moindre ivresse prendre le contrôle de moi. Qui dira encore que le sage précaire manque de volonté, qu’il est un dilettante, un je m’en foutiste ?

Les nouveaux voisins

Des jeunes du village ont acheté les terrasses qui sont en continuité du terrain, mais en bas de la route.

Un jour de janvier, une fumée formidable a envahi la montagne. Un incendie de forêt devait être en train de ravager la région. Je pris peur. Avant de m’enfuir, j’eus la présence d’esprit de prendre mon petit sac à dos et d’y jeter mon ordinateur portable, ma lieuse électronique, une bouteille d’eau et je ne sais quoi d’autre.

Je me lançais dans le chemin qui longe le terrain de mon frère pour courir en direction de La Borie. Peut-être que là-bas, quelqu’un pourrait me prendre en voiture. Surtout, je voulais m’assurer que l’incendie n’était pas encore trop près de moi. Je voulais voir le feu, l’origine de cette fumée. Peut-être étais-je poussé par une curiosité morbide, une fascination suicidaire. Le feu a toujours effectué sur moi un effet d’attraction proche de la transe, comme si je me sentais moi-même constitué de cet élément consommant.

Ce n’était pas un incendie, mais les nouveaux voisins qui faisaient flamber les genêts et les branches du terrain qu’ils défrichaient.

Depuis, tous les jours pendant quelques semaines, j’entendais leurs tronçonneuses. Car ces hommes (et cette femme car je crois qu’il y en a une) font déforestent littéralement une parcelle de montagne pour faire renaître des terrasses de cultures sous la végétation et les arbres.

Il ne leur a pas fallu beaucoup de temps, à ces fils de la terre, pour remettre au jour d’anciens traversiers, et pour cultiver la terre. Le mois de février ne sera pas terminé que les graines d’oignons doux des Cévennes seront semées sur cette terre. Cette terre qui n’était qu’une forêt inculte et même impraticable pour la promenade il y a à peine quelques semaines.

Des graines d’oignons doux des Cévennes

Mon frère m’en a donné une pincée, on le voit, pour que j’expérimente la culture de cette richesse locale. Chaque graine peut aboutir à un oignon.

J’en ai planté quelques unes dans de petits pots à semis, recouvert d’un terreau que j’étais allé cherché dans les sous-bois. Le reste, je l’ai semé dans deux sillons de mon jardinet de moinillon, derrière le cabanon.

Mon frère me les a données en insistant sur le fait qu’il s’agissait là d’un trésor. C’est vrai que, dans la région des Cévennes, la culture de cet auguste légume est un succès économique incontestable, qui permet de repeupler – ou tout au moins de réexploiter – de nombreux hectares qui étaient laissés à l’abandon.

Dans le même mouvement et la même journée, j’ai aussi semé du basilic et planté de l’ail. Nous verrons bien si le sage précaire a la main verte ou pas.

Le bain chaud

Cela fait maintenant des mois que je rêve d’une baignoire supplémentaire sur le terrain, afin d’y aménager un foyer, d’y faire un feu, pour chauffer l’eau, et de m’y prélasser en plein hiver.

Maintenant que je progresse en astronomie, le bain chaud est un observatoire idéal pour profiter des rares constellations que je sais reconnaître. Grande Ourse, Petite Ourse, Orion, Lièvre, oui, je suis indéniablement sur le chemin du quadrillage du ciel.

Un ami voisin, qui habite en bas, près de l’Hérault, avait une baignoire en fonte ou en je ne sais quel matériau métallique lourd et solide, dont il ne voulait plus. Mon frère et sa compagne l’ont mise dans leur voiture et l’ont montée au terrain.

Je suis allé la voir dans la voiture. Elle ne brillait pas, tant s’en faut, mais pour moi c’était tout comme. Cette baignoire était mon saint Graal. J’allais m’y prélasser au beau milieu de la neige et de la nuit. Mon frère, ça ne lui faisait pas très plaisir de porter un tel truc. Il avait du jardinage à faire, des choses qui demandaient de la précision. Or, la baignoire, il fallait l’installer sur une terrasse assez élevée, donc monter avec elle un certain nombre d’escaliers en pierre. Et ellle devait peser cent kilos, au bas mot.

Impatient, j’étais trop excité pour attendre que mon frère soit prêt.

Je me présente devant le coffre de la voiture et soupèse la chose. Depuis la terrasse où il jardine, mon frère me crie de faire attention, sa compagne me dit de les attendre. Je prends la baignoire sur le dos en la mettant à l’envers comme une carapace. Le poids repose sur mon dos et je m’aide de la tête. Je fais quelques pas assez facilement, mais au bout de quelques mètres, je me sens écrasé.

Je monte le chemin qui va de la route à la première terrasse du terrain, mais à mi-parcours, je manque ployer jusqu’à terre. Je parviens à poser le bord de la baignoire par terre et relève l’objet pour me reposer. J’ai toutes les peines du monde à reprendre mon souffle. De longues minutes passent. Je ne suis pas certain de pouvoir continuer.

Finalement mes esprits se remettent en place, et je remets ma carapace sur le dos, pour avancer jusqu’à la terrasse. A petits pas de tortue, je me prouve à moi-même que je suis capable de déménager de lourdes charges.

Une heure plus tard, mon frère me propose de finir le déménagement, maintenant qu’il a perdu « la moitié de ses forces ». Qu’il faut en profiter sans attendre. A deux, la baignoire me paraît soudain bien plus légère. Nous montons des escaliers, traversons des bancels, et sur la terrasse des arbres fruitiers, mon frère me propose de la laisser là. J’accepte, car je n’ai pas d’exigence de localisation pour mes bains chauds.

Je couche la baignoire sur le flanc, creuse un trou et vais chercher de la braise dans le poêle du mazet pour en tapisser le foyer. Je rajoute des branches coupées en petits morceaux pour faire des flammes. La baignoire remise à l’endroit, le feu crépite sous elle, et je vais chercher le tuyau d’eau qui coule dans la combe pour la remplir.

Plusieurs fois dans la soirée, je vais nourrir le feu. L’eau chauffe lentement.

C’est autour de 20h00, après manger, que je me plonge dans l’eau chaude. La lune et les nuages au-dessus de moi, la chaleur, le bonheur.

Pas d’étoile, car le ciel est couvert, mais une lune très lumineuse qui souligne les contours des nuages. A la fin de la séance, nu comme un ver, je me couvre de mon burnous marocain et retourne au mazet.

Et tous les hivers du Massif Central n’auraient pu refroidir ce corps délassé.

Pierre, la Chine et les Cévennes

Ce livre que je lis en plein soleil hivernal, c’est un cadeau de mon ami Pierre, plus connu sous le nom d’Ebolavir. Vivant en Chine, marié à une Chinoise, Pierre est un génie de l’informatique à la retraite, et vit les dernières décennies d’une vie bien remplie entre la France et la Chine.

Cela faisait des années que nous nous connaissions et nous ne nous étions jamais rencontrés. Des années que nous lisions nos publications respectives, que nous commentions les mêmes blogs, et que, par petites touches, nous avions fini par nous connaître un peu. Cet hiver, cependant, Pierre a décidé de venir jusqu’au terrain de mon frère pour passer quelques jours dans mon mazet en pierre.

Le pauvre a dû supporter les conditions spartiates du mode de vie d’un sage précaire. Il fait froid, et quand on fait du feu pour se réchauffer, la fumée nous intoxique. Il n’y a pas de douche, et quand on se lave au gant de toilette, on tombe malade. On ne travaille pas, c’est vrai, mais les activités quotidiennes sont harassantes. Les heures de lecture au soleil sont donc des moments de répit équivalentes à des siestes réparatrices.

Pierre lisait alors Traits chinois/Lignes francophones, auquel il aurait pu participer, et moi La Chine à Paris, un livre collectif de Richard Beraha, qu’il m’a, donc, offert. Le livre que j’ai co-dirigé et co-écrit (Traits chinois) s’intéresse aux Chinois francophones dans leur dimension artistique et littéraire. Celui de Beraha est davantage centré sur les travailleurs chinois arrivés en France sans papiers. Nos deux angles d’approche sont donc complémentaires puisque nous ne parlons pas du tout des mêmes personnes, et que nous nous intéressons pourtant à la même population.

Mais Pierre ne s’est pas limité à m’offrir un livre. Dans son immense générosité, il a aussi apporté une bouteille du grand alcool chinois : le Baijiu. Un alcool distillé à partir du mélange de vin de riz, de sorgho, de millet et autres céréales. Le goût de ce breuvage est exotique et rappelle au sage précaire ses années passées à Nankin et à Shanghai.

Mon invité a aussi pris de superbes photos. J’aime beaucoup celles où je figure, non parce que je m’aime, mais parce que je me trouve moins ridicule sur les photos de Pierre que sur d’autres. Pour dire le vrai, je me trouve plus intéressant sur les photos de Pierre que dans la vie.

Dans la vie, le sage précaire est un petit être fragile et arrogant. Dans les photos de Pierre, il se transfigure en personnage solitaire, mélancolique et serein.

Une sorte de héros wagnérien, qui erre dans les montagnes, chasseur sans arme et ermite sans âme.

Dans les photos de Pierre, la sagesse précaire se fait nietzchéenne, allemande et romantique. Comme ce dernier cliché le montre, auprès d’un rocher digne d’un jardin chinois, au sommet du Puech Sigal.

Prodiges de l’hiver

Ce qui est merveilleux pendant l’hiver, c’est la mise à nu de tout ce que la végétation recouvre en temps ordinaire.

Comme les Cévennes sont, selon l’expression de l’historien Patrick Cabanel, un « paysage-monument », ce que l’hiver découvre, ce sont toutes les constructions en pierres sèches qui structurent le paysage.

Depuis la terrasse où j’habite, je lève les yeux et vois un véritable chaos de pierre et de roche, du gris recouvert de mousse aux mille nuances de vert. Ces pierres entassées les unes sur les autres, il faut apprendre à lire leur lignes, à regrouper leurs ensembles, à parcourir mentalement leur logique et leur ordonnancement. Loin d’être un chaos, cet amoncellement de pierres est une série de constructions de terrasses, d’escaliers, de créations adossées à la montagne.

L’hiver, donc, révèle rien moins que l’essence des Cévennes. Depuis des siècles, les Cévenols ont cassé la montagne pour aménager des terrasses cultivables, si bien que l’ensemble de ces vallées sont une immense sculpture, mêlant murets, mas, glacières, gourgues, bassins d’eau, canalisations et abris de toutes sortes. Vivre ici, c’est apprendre à saisir ces nuances et les histoires qui vont avec.

Hier, par exemple, j’ai découvert un nouveau chemin, et un escalier vieux de cent ans sur le terrain de mon frère, qui permet de joindre plus directement une terrasse en friche et la calade qui mène au Puech Sigal. Cette découverte m’a causé une joie comparable à la lecture d’une œuvre littéraire vraiment originale : sensation de nouveauté radicale, enrichissement du quotidien et en même temps, impression bizarre de proximité.

Aujourd’hui, c’est un chemin extérieur au terrain que j’ai découvert, avec l’aide de mon frère qui n’était pas surpris. Lui savait que l’hiver nettoyait la forêt et faisait apparaître les anciens chemins et les constructions abandonnées. Ce chemin m’a enchanté. Il longe la côte en face du terrain, traversant la forêt qui paraît d’habitude impénétrable. On l’emprunte depuis la calade au bord du cours d’eau qui délimite le terrain, puis il longe le flanc jusqu’à un gros rocher que les anciens n’ont pas explosé.

Je ne comprends pas, et demande à mon frère : « A quoi sert ce chemin s’il ne mène nulle part ? » Il sert à accéder à la forêt, car si elle paraît inculte, c’est que nous ne savons pas lire ce pays. La promenade est parsemée de toutes petites terrasses circulaires qui devaient porter, autrefois, de gros châtaigniers. Des dizaines de petits îlots en pierre recouverts de mousse. Cette forêt étaient entièrement nettoyée naguère, et tout ce qui y poussait était utile aux populations locales.

Derrière le rocher où se termine le chemin, on descend en pente douce jusqu’à la route, où la voiture est garée. C’est donc un sentier qui ne quitte pas des yeux le terrain, qui le redouble.

Un tel chemin, aussi clairement défini, alors que personne ne l’emprunte plus jamais, est un prodige à mes yeux, un  prodige de l’hiver.

 

Conférence festive au Vigan

Notre soirée irlandaise du Vigan a été un franc succès, et je crois que tout le monde n’a eu qu’à s’en féliciter. Il y a eu un monde fou, la salle de la médiathèque était pleine à craquer.

Au-delà de la quantité, ce qui m’a beaucoup touché fut la diversité du public : des retraités et des lycéens, des familles bourgeoises et des collectifs de soutiens aux Gitans. Des jeunes nomades qui ont vécu à cheval et des amoureux de l’Irlande. Tout ce monde cohabitait et posait des questions à un sage précaire étonné de voir tant d’intérêt pour le petit peuple Traveller.

La bonne idée de la soirée fut de diversifier l’offre. Loin d’être une conférence, la rencontre se déployait en plusieurs directions, si bien qu’entre l’exposition des tableaux, mon intervention, les lectures et les plages musicales, le public a soutenu son attention pendant près de deux heures.

C’est énorme, deux heures d’attention.

Et c’est encore plus énorme de voir cinquante personnes, dans une ville de quatre mille habitants, remplir une salle de médiathèque pour un livre modeste écrit par un auteur inconnu. La proportion est impressionnante si on la rapporte à une grande ville : à Paris, ce serait l’équivalent d’une salle de plus de dix-mille personnes!

Même s’il s’est déplacé grâce au charme de la bibliothécaire, grâce au lobbying exercé par chacun des participants, ce public témoigne d’un intérêt réel pour le livre, et cela seul est une bonne nouvelle dans le monde d’aujourd’hui.

Soirée irlandaise au Vigan

Pour ceux qui se trouveraient dans le Gard demain vendredi 18 janvier, venez donc dans le Château d’Assas, qui abrite la médiathèque du pays viganais. J’y présenterai mon livre sur Travellers irlandais, accompagné d’une joyeuse bande d’effervescents cévenols.

Des artistes exposeront dessins et peintures illustrant mon livre. J’attends avec impatience de les voir, car une bonne part d’entre ces oeuvres d’art me sont inconnues. Une comédienne lira des extraits du récit de voyage. Des musiciens joueront des morceaux de musique traditionnelle irlandaise.

Le « verre de l’amitié », comme ils l’appellent, verra aussi couler du whisky, et une des bibliothécaires fera des Irish coffees. Voilà ce qu’on appelle, pour reprendre un ancien billet, rendre le livre festif.