Le site Academia.edu est un réseau social qui réunit les chercheurs universitaires et qui permet de mettre en ligne leurs publications. Par conséquent, on peut trouver de nombreux articles intéressants et beaucoup de chercheurs passent aussi par ce réseau quand ils défrichent un terrain conceptuel.
Je ne sais pourquoi, l’algorithme de ce site opère des classements à partir d’un certain mouvement sur vos publications.
Et j’ai l’honneur de vous annoncer que chez Academia, le sage précaire fait partie du pourcentage le plus élevé : top 1 % !
Qu’est-ce que cela signifie exactement, je n’en sais rien, mais il faut prendre des vitamines là où on les trouve.
À lire dans le numéro de Télérama daté de cette semaine, un reportage sur Sylvain Tesson à l’occasion de l’ouverture du Printemps des poètes.
Youness Bousenna, le journaliste en charge de l’enquête, a réalisé un travail plus fouillé et plus rigoureux que les autres journalistes car il ne s’est pas borné à interviewer deux ou trois personnes. Il est allé lire ce qui se fait dans la recherche littéraire à propos de l’écrivain voyageur. Cela devrait être un réflexe pour tout journaliste littéraire, de faire le lien entre le monde des idées et le grand public, mais à ce jour, seul Télérama l’a fait.
Il a donc lu plusieurs écrits du sage précaire car ce dernier se trouve être, à ce jour et en toute modestie, le meilleur chercheur spécialisé dans la littérature de voyage contemporaine. Le fait est que ce blog fut le premier organe public à montrer la médiocrité littéraire de Tesson, et le livre La Pluralité des mondes, publié en 2017, le premier à proposer une synthèse textuelle et contextuelle sur son œuvre, démontrant son caractère réactionnaire et sa piètre qualité stylistique.
Ce que j’avance ici est outrageusement prétentieux. Cela tombe bien, la sagesse précaire comprend dans ses maximes un usage optimal et modéré de l’arrogance.
Les jugements énoncés plus haut sont néanmoins factuels et vérifiables. Libre à chacun de faire savoir en commentaire de ce billet quelle publication fut plus précoce que celles du sage précaire.
Alors bravo a Télérama pour ce travail de qualité.
J’ai enseigné l’architecture de l’institut du monde arabe avant de le découvrir physiquement. J’y ai passé l’après-midi aujourd’hui et j’en ai retiré des moments de plaisir.
D’abord, les billets pour les expositions sont chers mais on peut se rendre dans les espaces de bibliothèque sans payer. Et les salles de lecture sont extrêmement agréables. D’autant plus agréables qu’on y trouve le livre du sage précaire, Birkat al Mouz, agrémenté d’une apostille « Coup de cœu » collée par les bibliothécaires.
Le musée, sur plusieurs étages, présente de très belles pièces. Des choses anciennes qui couvrent l’ensemble de la vie arabe, et des œuvres d’art contemporaines.
À propos d’œuvres contemporaines, il y a aussi de très belles expositions à visiter, mais comme elles sont temporaires, j’en parle dans d’autres billets autonomes.
Bref, la sagesse précaire valide des deux mains l’IMA, son existence, sa légitimité et sa gestion. Hormis le café, qui en revanche, laisse à désirer.
Image libre de droit générée quand j’ai saisi le mot « scopus »
Je peux comprendre que le titre de ce billet puisse laisser perplexe. Je vais expliquer sans attendre. L’université n’est pas qu’un lieu d’enseignement, c’est avant tout un lieu de recherche. Voyez l’article « Université » dans l’Encyclopaedia Universalis, trois missions sont attendues d’elle : 1. Élaboration du savoir. 2. Transmission du savoir. 3. Questionnement du savoir.
Mais la question se pose de savoir comment juger de la qualité d’une recherche. Il faut rendre public les fruits de nos recherches, au moins de temps en temps, mais comment juger si on est bon ou si on n’est qu’un gros nullos ? Après la guerre, des Americains ont mis au point des systèmes pour évaluer les recherches. Ils ont, par exemple, compter le nombre de citations qu’un article avait inspirées, et cela déterminait un « facteur d’impact » de cet article.
Scopus est la base de donnée qui est censée garantir la qualité des recherches d’individus, de revues scientifiques ou d’institutions. De nos jours, il y a des universités qui exigent pour vous recruter un nombre minimum d’articles publiés dans des revues référencées par Scopus.
Dans certaines facs, des spécialistes vous disent que Scopus est un gage d’excellence. Je peux parler de ce sujet avec sérénité puisque j’ai dans mon tableau de chasse au moins cinq articles estampillés Scopus. Or je peux garantir que l’excellence de la recherche n’est plus corellée depuis longtemps avec ce système de classement.
En effet, il y a eu beaucoup d’effets pervers liés à cette bibliométrie. Comme c’est un classement américain, seules les revues anglophones sont prises en considération. Si vous écrivez vos articles en allemand, en chinois ou en arabe, vous serez toujours perçus comme un mauvais chercheur car vos travaux ne seront pas référencés dans le système Scopus.
Conséquence perverse de cet effet pervers : de nombreux chercheurs abandonnent leur langue natale pour écrire directement en anglais. Ce n’est pas gênant dans les sciences expérimentales, où l’important gît dans les chiffres et les résultats de laboratoire, mais c’est gravissime dans les lettres et les arts. Imaginez que Heidegger, Deleuze ou Gramsci aient écrit dans un anglais international, leur pensée n’aurait simplement pas existé. C’est ce que je répondais à mes collègues qui ne comprenaient pas pourquoi la majorité de mes publications étaient toujours en français. Pour eux, je me tirais une balle dans le pied en restant fidèle à ma langue et aux éditeurs des pays francophones.
Les effets pervers sont nombreux et c’est l’ensemble des scientifiques qui pointent les lacunes et les défauts de Scopus. Triches, corruptions, gabegie, mauvais calculs, les critiques s’amoncellent pour alerter sur l’obsolescence des systèmes de référencement.
Pour vous donner un autre exemple tiré de mon expérience, voyez mon profil de chercheur sur Google scholar ou Scopus : les citations répertoriées sont très peu nombreuses alors qu’une recherche manuelle d’une minute suffit pour voir que des dizaines de citations ont été purement et simplement omises par les algorithmes en charge de cette affaire.
Et voici que la fine fleur de la recherche scientifique française se désabonne, carrément, de la base de publication Scopus. Pour en savoir plus, cliquer sur le lien ci-dessous :
Ce qui se passe dorénavant, c’est que chaque champ de recherche se compose son petit catalogue de revues reconnues comme qualitatives, et discute pour trouver un consensus dans les méthodes d’évaluation de la recherche.
Restent malheureusement les pays et les universités sous-cotés qui, n’ayant pas les moyens ni les ressources humaines pour se doter d’un système propre, n’ont pas d’autres choix que d’être pieds et poings liés aux systèmes Scopus et apparentés.
Le sage précaire premier de la classe pour la première fois de sa vie
Les applications téléphoniques pour apprendre les langues font des progrès impressionnants. Amis profs de français langue étrangère, ne paniquez pas car on aura toujours besoin d’êtres humains, mais faites l’expérience d’une langue nouvelle avec Duo Lingo pour repenser votre pratique de l’enseignement du français.
Je suis impressionné par cette méthode qui met en œuvre mille et une manières de motiver l’apprenant, de conserver son attention et de le faire pratiquer.
D’abord ils vous attirent en vous disant que c’est gratuit et que vous ne travaillerez que 15 minutes par jour. Puis ils vous ferrent avec des exercices faciles qui se compliquent tout doucement. Très vite, ils vous donnent l’impression que vous progressez en allemand.
Puis ils utilisent les codes des jeux vidéos, avec des récompenses et des punitions, des classements et des visuels enfantins.
Tout le long de la semaine, on est classés parmi trente autres élèves et à la fin, on nous donne une médaille d’or, d’argent ou de bronze. Ou on vous rétrograde, c’est selon. C’est ainsi qu’hier, dimanche, j’ai cravaché toute la journée pour terminer en tête.
Quand ma concurrente s’est aperçue que je l’avais rattrapée, elle s’est remise au travail pour me distancer. Cela m’a furieusement motivé : pendant que mon épouse préparait ses cours de la semaine, je faisais des exercices d’allemand pendant des heures, afin de recevoir la médaille d’or. Et je l’ai décrochée, au terme d’un final épuisant.
J’ai montré fièrement ma victoire à ma chère et tendre qui m’a dit : si ça se trouve ils n’existent pas tes concurrents.
C’est vrai ça ! Toute cette course pour finir premier, c’est peut-être une machination d’un algorithme, inventant tout un monde pour me faire passer plus de temps sur l’app. ! Auquel cas chapeau, ces messieurs de la matrice ont enfin réussi à me motiver physiquement à étudier une langue étrangère.
2023 fut une année de progression pour la Précarité du sage car le blog, ayant dû repartir de zéro lors du changement d’adresse survenu en 2019, n’a pas encore atteint son rythme de croisière et se trouve encore, si l’on peut s’exprimer ainsi, en convalescence.
La production régulière de contenu n’a repris qu’en 2021 après un ralentissement radical de cinq ans. Le blog est donc dans sa deuxième vie et n’est pas reférencé sur les moteurs de recherche comme dans les années 2010. De plus, les usagers d’internet se sont detournés des blogs pour regarder des vidéos, faire des tweets et scroller sur les réseaux sociaux.
Dans ce contexte défavorables, les chiffres de 2023 sont intéressants. Le chiffre qui me tient le plus à cœur est celui qui dénombre les visiteurs uniques : plus de 10 000 personnes se sont connectées cette année à la Précarité du sage. C’est peu par rapport à des images qui font des millions de vues, mais c’est beaucoup par rapport au nombre de lecteurs des livres publiés par les plus grands éditeurs.
En moyenne, un « visiteur » regarde deux billets. Cela fait un équilibre entre les fidèles lecteurs qui suivent ce blog et les gens qui y atterrissent par erreur et en repartent aussitôt.
Les commentaires se sont réduits comme peau de chagrin, preuve que la vie est ailleurs. Au demeurant je vois là une corrélation avec l’abandon de nombreux blogs que je suivais dans les années 2000. Souvenez-vous de la richesse qui s’exprimait entre Neige, Ebolavir, Ben, et plein d’autres comparses. Je regrette tellement qu’ils aient cessé d’écrire et de photographier. Comme s’il y avait dans la vie des choses plus importantes à faire.
La Bibliothèque nationale de Bavière me met entre les mains des livres d’André Germain, homme de lettres richissime complètement oublié. Et pour cause, il n’a écrit aucun chef d’œuvre. Les étudiants en lettres le connaissent pour les critiques qu’il a écrites sur Proust. Des critiques très dures, assez géniales, qui disent beaucoup sur le prestige de Proust de son vivant.
André Germain, c’est le double de Proust, c’est l’ombre du grand homme. Homosexuel et fils à papa, il finance des revue littéraires qui publient ses articles, Germain n’a jamais eu le courage de tout abandonner pour se consacrer à une œuvre. Sa santé était trop bonne pour qu’il se sente mourir jeune, par conséquent il se laisse vivre et n’écrit que des textes courts. Mêmes ses livres se lisent comme une succession de courts chapitres, analogues à des billets de blog.
Il est jaloux de Proust, c’est entendu, mais parfois la jalousie occasionne des idées hilarantes. Les amateurs de Proust aiment rire et ils riront de bon cœur des critiques assassines de Germain. Il compare La Prisonnière à une soupe aux choux, la jalousie du narrateur à un phénomène de constipation :
De notre auteur, notre bourreau, nous réclamons à la fin un clystère, ou une cuvette.
André Germain, De Proust a Dada, 1924.
Il y a même quelquefois des idées bizarres et presque justes. À propos du Côté de Guermantes II, et alors que Proust est toujours vivant, il prétend ne pas connaître l’auteur de la Recherche, et l’imagine être en fait le pseudonyme d’une « vieille demoiselle » dont il fait la biographie. Il s’agirait d’une fille de la petite bourgeoisie, ayant profité d’une « excellente éducation » et qui travailla comme institutrice dans des familles de la haute. Amoureuse d’un cocher, cette vieille fille arrive à la maturité et écrit ses mémoires dans lesquels ne se trouvent que des « des grands seigneurs et des domestiques ».
Ce livre, encombré de leur double procession, dégage des parfums à la fois élégants et ancillaires et, par leur mariage, je ne sais quelle vive impression de cuistrerie. De la pédanterie dans la frivolité, une énorme exégèse de quelques saluts et de quelques hoquets, voilà ce qui finalement nous étreint.
André Germain, « Le dernier livre de Marcel Proust », juillet 1921.
Je trouve cela brillant et drôle, et même un peu vrai si l’on excepte la cuistrerie. Je me réjouis de lire cet esprit de second rang, capable de saisir le génie de Proust mais incapable de s’y hisser. J’ai de la tendresse pour ce type de penseurs un peu vains et talentueux.
Dimanche 12 novembre, une marche a été organisée par la présidente de l’assemblée nationale pour soutenir Israël dans sa vengeance terrifiante sur la population palestinienne. Pour faire passer cette pilule amère, Mme Braun-Pivet a dit que ce serait pour dénoncer l’antisémitisme en France. Sans même regarder les reportages qui ont rendu compte de cet événement, je sais déjà ce qui en sera dit à droite et à gauche car la manipulation est de mise dans le discours médiatique. Ce qui est inquiétant, dès qu’on s’approche de la terre sainte, c’est la façon dont les journalistes français ne sont plus capables de penser par eux-mêmes. La petite émission d’analyse des médias que je mets en exergue ci-dessus fait un point sur le malaise qui a empêché notre champ journalistique de faire son travail depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre.
Voici les trois étapes de l’enfumage pro-israélien orchestré par la présidente de l’assemblée nationale :
1. En séance, elle déclare son « soutien inconditionnel » à Israël.
2. En Israël, elle fait corps avec l’un des belligérants et déclare que « rien de doit empêcher Israël de se défendre ».
3. De retour en France elle appelle la France entière à défiler en soutien au même belligérant. Ce soutien est explicite dans le texte d’appel publié dans Le Figaro et dans les drapeaux exhibés pendant la marche.
Conclusion : il était préférable de boycotter ce défilé, mais ceux qui ont voulu s’y rendre doivent avoir la paix.
Jean Rolin, photo de Julien Barret, parue sur son site « Autour de Paris »
Quand je suis tombé sur ce « Guide de Paris« , et que j’ai déroulé le chapitre sur l’écrivain Jean Rolin, j’ai eu la sensation étrange de lire quelque chose que j’avais moi-même écrit.
Or, comme je suis retourné sur ce site et que je l’avais oublié entre temps, ma mémoire a joué son rôle dans ma lecture, si bien que je pensais vraiment l’avoir écrit en partie.
C’est en lisant les commentaires que je me suis retrouvé pour de bon : j’avais laissé un commentaire qui montrait ma différence avec ce brillant blogueur que je ne connais pas personnellement. Ce commentaire aussi je l’avais oublié mais je l’ai relu avec plaisir car je souscris toujours aux mêmes idées qu’à l’époque. En revanche j’ai vu que le webmaster du site m’avait répondu avec beaucoup d’urbanité.
Arthur Thouroude, neveu sans peur et sans reproche du sage précaire
Je suis professeur parce que je ne sais rien faire de mieux dans la vie. Je sais faire des choses, j’ai exercé d’autres métiers, et j’en exercerai d’autres avant ma retraite, mais c’est professeur que je fais le mieux.
Je suis devenu professeur parce que mes autres emplois ne me convenaient pas vraiment. On me licenciait. Des amis m’encourageaient à devenir profs. Des amis m’ont aidé à postuler. Des amis m’ont conseillé. Mes premiers postes de profs, on me les a apportés sur un plateau, je ne pouvais pas refuser malgré le trac que je ressentais à l’époque.
Je suis resté professeur parce qu’il y a souvent des vacances qui permettent de se reposer. Une ou deux semaines de repos tous les deux ou trois mois, c’est un bon rythme, qui permet de tenir le coup.
Les motivations du sage précaire sont moins nobles que celles de son neveu Arthur. Ci-dessous la vidéo complète qu’il a envoyée chez Brut. Les lecteurs de ce blog s’apercevront bien vite que leur carrière respective ne va pas briller des mêmes feux.