Les plantes qui apaisent au Musée Cévenol

Vue du vieux pont du Vigan, depuis le Musée Cévenol. Août 2025

Le musée du Vigan présente une intéressante exposition sur les plantes médicinales, alliant œuvres d’art, manuscrits anciens et artéfacts de tout genre.

Le musée lui-même vaut le détour pour tout ce qu’il recèle de connaissances ethnologiques et historiques. Si vous passez par les Cévennes, ce que tout le monde fait au moins une fois dans sa vie, vous apprécierez vivement une promenade dans cette ancienne maison fraîche en bord de rivière.

Si vous n’appréciez pas le Musée Cévenol, si vous pensez que la visite ne vaut pas le prix du ticket d’entrée, commentez ce billet de blog et je vous rembourserai les cinq euros de la main à la main, en vous regardant droit dans les yeux pour vous faire honte.

J’ai particulièrement aimé les manuscrits de récits de voyage, effectués par des médecins des Lumières. En pleine Révolution, ils herborisent comme Jean-Jacques et affirment que Le Vigan, l’été, « est un séjour délicieux », notamment grâce à son air pur, son eau salubre, ses châtaigniers, ses pommiers et ses poissons.

Le plus beau concert de ma vie

J’ai adoré ce concert de l’ensemble choral La Sportelle et du fameux orgue du temple protestant du Vigan. Cet entremêlement de cantates de Bach et de Mendelssohn m’a mis littéralement à genoux.

Ils ont soigné le son, le sens, la scénographie et l’acoustique pour faire le plus beau concert du monde. C’était là, ce soir-là et dans cet édifice. Le monde se souviendra que c’était là. Il fallait y être et le sage précaire y était.

Chaque année, le Festival du Vigan propose une programmation de musique extraordinaire, que les Cévenols et les vacanciers vont écouter dans l’ensemble des temples, chapelles et églises des alentours du Vigan.

Tous les concerts sont pleins de monde. Souvent, il n’y a plus de place quand on veut assister à un récital. Même dans des villages reculés, comme l’autre soir à l’église d’Arrigas, où de nombreux amateurs sont restés à la porte.

Ce soir-là, au temple du centre ville, les voix et l’orgue ont su donner le maximum de l’âme joueuse de Bach et du dynamisme méditatif de Mendelssohn, dans un dialogue d’une beauté qui m’a fait oublier le temps. J’ai cru un moment me trouver dans une Leçon de Ténèbres.

Pour ne pas que les Cévennes sombrent entre les mains de la réaction : Soutien à Régis Bayle pour 2027

Midi Libre, janvier 2025. Les vœux du maire dans le village d’Arrigas

Les Cévennes sont une terre merveilleuse, habitée par une population modeste et travailleuse. La pauvreté économique la place naturellement dans une tension politique que l’on retrouve à chaque élection. Aux dernières législatives, le député de gauche s’est fait sortir, à la surprise générale, par un énarque parachuté qui adopte les discours du néo-fascisme pour promettre aux pauvres gens de les débarrasser de la racaille.

Je lis dans Mediapart que les extrémistes du Gard appliquent des méthodes trumpiennes pour provoquer, intimider et humilier leurs opposants politiques. Ils jouent la carte du conflit permanent, cherchant à diviser et à empoisonner le débat public.

Dans ce contexte délétère, où l’espace démocratique se rétrécit sous la pression de la haine et de la manipulation, il est essentiel de soutenir ceux qui incarnent une belle vision de la politique. Régis Bayle est de ceux-là. Il incarne une politique de dialogue, de justice sociale et de résistance face aux dérives autoritaires.

Au contraire de Bayle, le nouveau député de droite, ne connaissant rien aux Cévennes, cherche un ancrage en agressant des politiciens du cru qui ont le malheur d’être de gauche. Face à cette arrogance, il faut affirmer une manière de faire de la politique respectueuse et efficace : non pas en jouant le jeu de la provocation, mais en maintenant un cap, en affirmant des valeurs et en construisant des alternatives solides.

J’appelle de mes vœux que la gauche désigne Régis Bayle comme candidat aux législatives de 2027. Il a le profil parfait pour gagner contre l’union des haines. Professeur d’histoire-géographie au lycée du Vigan, il est maire d’un petit village de montagne comme ses ancêtres l’étaient déjà. Il appartient à une lignée d’hommes politiques qui travaillent la terre et la république depuis la révolution française. Une visite au cimetière d’Arrigas suffit pour s’en convaincre.

Bayle est aussi président de la Communauté de Communes du Pays Viganais et conseiller régional proche de la présidente socialiste Carole Delgas. Bref, il connaît le territoire local comme sa poche et maîtrise les rouages de la vie politique des Cévennes. Quand il parle, l’accent méridional le plus élégant de France se déploie pour soutenir des projets de développement économique et industriel dans une region qui a plus besoin de cohésion que de discrimination.

Pas étonnant qu’il soit la cible du nouveau député inconnu qui cherche à se faire un nom sur le dos des hommes en place. Régis Bayle saura répondre avec sagesse et en adoptant la seule attitude envisageable en pareil cas : monter en compétence et en qualité pour sauver les Cévennes.

Soutenir Régis Bayle pour 2027, c’est refuser cette politique du chaos que veut instaurer l’extrême-droite soumise aux modèles autoritaires et affirmer que la politique peut être efficace tout en respectant les règles républicaines. C’est un acte nécessaire pour préserver un débat démocratique digne et refuser la logique du rapport de force permanent.

Grand remplacement dans les Cévennes ?

Lycée André Chamson, Le Vigan

Quand j’ai été nommé professeur de philosophie au lycée du Vigan, l’année avait déjà commencé et je devais me débrouiller avec des classes dont je ne savais rien. Devant moi, des classes de 35 à 40 élèves de terminale. Ma priorité allait à la conception et l’animation du cours pour respecter le programme et rassurer les élèves sur leur préparation aux épreuves du bac.

Le nom des élèves, leur mémorisation, viendraient dans un second temps. D’ailleurs, je n’avais aucune liste de noms, ni aucun accès aux sites intranet qui permettent d’administrer les classes.

N’ayant que le contact humain pour me faire une idée sur l’origine ethnique de mes élèves, j’évaluais que sur cent individus, il y avait un garçon africain ou antillais, trois garçons maghrébins et trois filles maghrébines. Cela faisait une statistique de 7 % d’étudiants d’origine peut-être étrangère.

Soudain je reçus les listes d’appel et je lus un nombre importants de noms arabes. Une proportion bien plus importante de Driss, de Réda, de Sheinèze ou de Rayan. À la louche, je dirais 20 % d’étudiants portant des prénoms faisant penser qu’un de leur parent venait d’Afrique.

Je précise que ce lycée n’a pas de concurrence dans la région. Riches et pauvres, toutes les familles de la communauté de communes envoient leurs rejetons dans ce lycée. Je n’ai pas entendu parler d’établissements privés attirant les privilégiés.

Tous ces adolescents plus ou moins arabes m’avaient paru non seulement francais de souche, mais même cévenols d’origine. Ils ne s’étaient pas intégrés, ils s’étaient fondus dans la masse.

C’est l’image concrète et réelle du « grand remplacement » vendu par l’extrême-droite pour nous faire peur.

Le Musée Cévenol, Le Vigan

À tout seigneur tout honneur. Le plus célèbre des tableaux du Louvre à été exposé sur la façade du Musée Cévenol, la référence muséographique du Vigan et du pays viganais.

Ce musée vaut le détour, pour tous ceux qui songeraient à passer quelques jours de vacances dans les Cévennes. On y découvre les arts et les techniques développés par les Cévenols pour vivre et apprécier la vie sur une terre hostile.

Ouvert en 1963, sous le patronage d’André Chamson, de Claude Lévi-Strauss et de Pierre-Henri Rivière, c’est un des premiers musées ethnologiques de province. La notion d’ écomusée n’existait pas encore je crois mais c’est une des tentatives remarquables qui ont été proposées pour faire circuler les savoirs et les mémoires sur un territoire circonscrit.

Alors quand le projet des expositions de toiles du Louvre a été pensé pour rendre hommage au travail d’André Chamson, on n’a pas beaucoup hésité pour savoir où mettre la Joconde.

Une trique sur la mairie du Vigan. La puissance ambiguë du Caravage

Il fallait en avoir pour exposer ce grand tableau du Caravage sur la façade du Vigan. Je ne sais pas qui a eu l’idée, ni pourquoi, mais je salue l’audace.

Qui ne voit la charge érotique de cette peinture des années 1607 ? L’homme de pouvoir tient des deux mains un bâton qui est censé représenter son statut d’autorité, car il dirige en effet l’île de Malte à cette époque, sous l’autorité du seul Pape. Le peintre Caravage est plus ou moins en cavale, il a fui Rome après avoir tué un homme, puis il est parti de Naples pour Malte où ce monsieur à la trique impressionnante l’a élevé au rang de chevalier.

Ce qui est troublant dans ce portrait d’Alof de Wignacourt, ce n’est pas tant qu’il porte ce gourdin, mais surtout la présence d’un jeune page à côté de lui, portant son heaume à plume, et accaparant toute la lumière !

Les spécialistes d’art diront que le scandale de ce portrait vient justement du contraste des lumières et des modes vestimentaires différentes, puisque les deux personnages ne partagent pas le même monde. Mais le sage précaire voit le scandale dans l’inconscient sadique de cette image. Je ne veux pas expliciter les choses, car beaucoup d’enfants lisent La Précarité du sage, mais la trique que le barbu porte à côté de son éphèbe préféré pourrait illustrer un film du cinéma underground new yorkais.

Les historiens d’art nous parlent habituellement de la « virilité bienveillante » du grand maître de Malte, de la « sagesse », de l’ « autorité » de celui qui regarde vers l’horizon, mais ce qui ne trompe pas l’amateur d’art, c’est le contraste tendu entre la dureté de l’homme mûr et la douceur du page. Son insolence, aussi, lui qui regarde le spectateur, comme s’il provoquait la colère de son maître.

Caravage, on le sait, aimait s’amuser et choquer les consciences de son temps, il aimait jouer de tous les rapports de force qui existaient sur le marché de l’art et ne faisait pas preuve de prudence. Il ne reculait pas devant le scandale et les excès. Il n’est que de regarder l’un de ses principaux chefs d’oeuvre, La Mort de la Vierge. En 1606, le tableau fut exposé sur l’autel de l’église de l’ordre qui l’avait commandé mais fut retiré très vite puis remplacé par une oeuvre sur le même sujet peint par quelqu’un d’autre. L’histoire de l’art est pleine d’explications contradictoires : quand j’étais jeune, la version officielle était que les moines de l’époque n’avaient pu accepter de voir la Vierge incarnée par les traits d’une prostituée. La scène, disait-on, était trop réaliste et populaire, pas assez noble et majestueuse. Le cinéaste underground Derek Jarman insiste beaucoup là-dessus dans le film de 1986 Caravaggio en faisant du peintre un artiste queer.

Mon interprétation diffère : selon moi, le Caravage était en effet un artiste à la vie dissolue mais un fervent catholique aussi, et surtout un homme d’affaire qui devait gagner sa vie. On sait depuis peu que si La Mort de la Vierge a été décroché de l’autel, ce n’était pas parce que les Carmes déchaussées étaient choquées, mais parce que le tableau fut acheté une fortune par un marchand, puis fut exposé avant de rejoindre les collections privées du roi d’Angleterre, et enfin de Louis XIV. Les oeuvres de Caravage suivent ainsi un trajet de réussite économique.

Si bien qu’ici, le portrait d’un vieux libidineux au côté d’un mignon a beau être volontairement inapproprié, Caravage l’a fait pour plaire à son commanditaire et a été grassement payé pour cela. Il n’empêche qu’il fallait en avoir pour l’exposer sur la mairie, en plein marché bio, trônant au-dessus des artichauts et des concombre de Russie. Tous les samedis matin, et la photo ci-dessus fut prise un samedi matin, les maraîchers de l’agriculture biologique vendent leurs légumes délicieux. Sous le regard froid et mutin du petit page pervers.

L’odeur des châtaigniers en fleurs

Parc des châtaignier, Le Vigan, juin 2023.

Ce ne sont pas des images qu’il faudrait pour illustrer ce billet, mais des trucs odorants. Ce que je voudrais partager avec vous n’est ni visuel ni conceptuel. J’aimerais vous faire sentir ce que l’air embaume quand les châtaigniers fleurissent. Une fragrance entêtante et sucrée qui fait mal à la tête. On a l’impression de respirer dans un pot de miel.

Fleurs de châtaignier

Quand je vivais à la montagne, en 2012-2013, j’avais la sensation que cette odeur avait quelque chose de sexuel, mais je ne le pense plus. Cette notation est purement documentaire. Pour mémoire.

Le fait est que beaucoup de femmes sont indisposées par ce parfum puissant. Je ne sais si ces informations sont liées entre elles. Elles ne sont là que pour documenter le réel.

À suivre.

Le Musée du Louvre en voyage dans les Cévennes

Partenariat remarquable entre deux musées français : le Musée cévenol (Le Vigan, Occitanie) et le Musée du Louvre (Paris, Ile de France). 73 peintures sont reproduites et exposées un peu partout dans les communes de la région du Vigan.

Pourquoi dans cette région ? L’affiche qui présente l’événement l’explique par l’image. On voit sans le nommer (pourquoi d’ailleurs ?) l’écrivain viganais André Chamson qui fut l’un des principaux acteurs de la protection des oeuvres du Louvre lorsque les Allemands ont occupé la France. Avec d’autres conservateurs, il a emporté tout ce que Paris comptait de chefs d’oeuvres et est allé les cacher dans des châteaux et des demeures répartis sur les territoires, avant d’aller prendre le maquis.

Ce qui me plaît le plus dans cette exposition hors-les-murs, c’est la manière dont les tableaux s’intègre aux murs mêmes de la ville. Je suis particulièrement sensible aux murs décrépis, parfois délabrés, dont les couleurs offrent un étonnant prolongement aux teintes sublimes des maîtres italiens. Je ne sais dans quelle mesure les conservateurs qui ont mis ce projet en oeuvre ont pensé à cela, mais les réussites sont nombreuses et les contrastes pleins de richesse.

L’exposition devait se terminer en juin 2022. Chanceux que nous sommes, nous continuons d’en profiter un an plus tard. Peut-être les élus ont-ils décidé, devant la remarquable tenue des reproductions en dépit des intempéries, de laisser les peintures décorer nos villages jusqu’à la date de leur extinction naturelle. En tout cas, après deux ans d’exposition, elles sont toujours impeccables et resplendissantes. Gardons-les.

Le vieux Pont

Le vieux Pont du Vigan, mars 2023
Vieux Pont, juin 2023.

Un tarin horrible que j’ai fini par accepter

Quand j’étais jeune le nez de ce personnage m’empêchait de me délecter. Je lisais des livres d’histoire de l’art, je passais ma vie dans les musées, je m’imprégnais de la Renaissance italienne pour me faire le regard, et cet énorme tarin me repoussait systématiquement.

Comment pouvait-on qualifier de chef d’œuvre un tableau si quelconque orné d’un appendice si abject ? Comment même regarder cela ?

Maintenant que j’ai vieilli tout a changé.

1. Le nez du grand-père ne me choque plus. Mon dégoût était à mettre sur le compte de mon jeune âge.

2. Je suis touché et ému par le sentiment d’amour familial qui est délicatement dépeint dans cette peinture.

3. Je mesure combien il etait novateur au XVe siecle de peindre une scene aussi intime entre un enfant et son grand-père.

4. Ce nez apporte trois éléments fondamentaux : il témoigne des maladies de son temps, il signe le début du réalisme en peinture et enfin il montre cette faculté qu’ont les petits enfants d’aimer leurs parents sans conditions.

Enfin tout dans cette composition, notamment l’étrange paysage qui se déploie par la fenêtre, résonne en moi comme l’accomplissement d’un chef d’œuvre absolu de l’art occidental.