Je ne suis pas spécialement pour le boycott, mais je suis en faveur des mouvements de protestation contre le régime chinois, à l’occasion des Jeux olympiques.
On nous dit qu’il faut assumer nos choix, mais moi je n’ai rien choisi, les Tibétains et les Ouighours non plus. Ils ont bien le droit d’exprimer leur mécontentement, et précisément autour des J.O., qui étaient censés donner une image idyllique de la Chine nouvelle.
Chacun ses peurs. Nous si on avait organisé les J.O., on aurait surtout craint les grèves et les sauvageons de la banlieue. On aurait craint les pêcheurs et les péquenots, la CGT et les altermondialistes. Mais c’eût été une crainte mâtinée d’amusement, car la majorité des Français auraient ri de voir la cérémonie d’ouverture de cette immense mascarade gâchée par je ne sais quels mouvements d’enragés. Et l’image de la France n’en serait sortie que confirmée : pays de la révolte, de droit de grève, du dandysme politique, du don de leçon et du pavé.
Mais la Chine avait peur de ses minorités et de sa propre population, car le Parti communiste n’a pas d’humour, pas encore, et ne rigole pas avec les images. Une belle image est kitsch, elle est souriante sur fond de ciel bleu. Une belle image de la Chine, c’est une image qui fait consensus, d’abord sur le territoire problématique de la Chine, puis dans le monde entier.
C’est raté, mais la guerre de l’image n’est pas encore gagnée, par personne.Tous les débats, en Chine, tournent autour du concept de l’image, c’est ce qui rend notre époque formidable. L’image du pays qu’ils veulent donner au monde, d’abord, à laquelle ils tiennent très fort. Puis les images que les journalistes étrangers donnent. Comme ce n’est pas la même, les Chinois s’acharnent sur la presse étrangère. Ils l’accusent de déformer, de diaboliser le pays. Tous les moyens sont bons pour décrédibiliser les journaux et les discours tenus ailleurs. Ils prétendent que nous ne montrons que du négatif, ce qui est une vieille ficelle rhétorique pour disqualifier un adversaire : tu critiques toujours, donc une critique de plus ou de moins ne change rien et n’a plus aucune efficacité.
Ce n’est pas un hasard si la campagne médiatique « anti-étrangers » s’est concentrée sur des photos. Une photo prise au Népal pour illustrer les événements de Lhassa. Les Chinois demandent des excuses, non aux lecteurs, mais au peuple chinois. Puis une photo qui a été recadrée. On crie au scandale parce qu’un journal a coupé une photo, cela montre le degré d’inanité des débats actuels : une photo est toujours cadrée, et montre toujours moins que ce que la réalité présente. Une photo est toujours un discours, un choix, une orientation d’un individu. Les Chinois n’ont pas le temps de réfléchir à cela et ils crient à la malhonnêteté généralisée. De nombreux Occidentaux sont impressionnés par ces arguments et se fâchent aussi contre la manipulation de la « presse étrangère ».
Bref, c’est bien une réflexion sur l’image qu’il faut entreprendre. C’est déjà ça, nous avons plus ou moins délimité le problème.

