Commission d’enquête parlementaire sur CNews : un exercice démocratique

J’ai apprécié de voir ces quelques députés poser des questions, calmement, aux patrons du groupe Canal, de CNews et à trois animateurs d’émissions. L’ambiance de travail était bonne, tendue comme il sied, avec des critiques, des reproches et des remarques acerbes, mais avec politesse et une remarquable tenue des temps de parole.

Le sage précaire a beau être précaire, il est un peu rigide et autoritaire dans son fonctionnement, et il aime que les choses se passent dans la discipline.

Le grand problème est naturellement qu’un homme d’affaire richissime, multi-milliardaire, possède des médias influents, les téléguide et manipule à travers eux l’opinion du peuple. Cet homme, Vincent Bolloré, est possiblement dangereux pour la démocratie et à tout le moins une anomalie dans une république qui se définit comme « démocratique, laique et sociale ». Son

Ils battent leur coulpe à propos d’une émission pro-catholique qui venait de qualifier l’avortement comme première cause de mortalité dans le monde, devant les cancers. À quelques jours du vote sur la constitutionnalisation de l’avortement, cela faisait mauvais effet. De fait, la critique de l’avortement est légitime, mais le comparer à un meurtre de masse vous fait passer pour un réac d’extrême droite, c’est ballot. Alors ils ont présenté leurs excuses et sont venus à cette audition en renouvelant leurs excuses.

Le rapporteur de la commission, député LFI Aurélien Saintoul, en a alors remis une couche en leur disant que l’émission en question était très anti-avortement dans son ensemble et en cohérence avec le graphique incriminé qui associait l’avortement à un meurtre.

Ce député, je ne le connaissais pas et il m’a impressionné. Sur Wikipedia, on apprend que le citoyen Saintoul est agrégé de lettres classiques mais au vu des dates de sa jeune vie, il semble qu’il n’ait pas beaucoup enseigné. En tout cas il a bien tenu son rôle de rapporteur et il a posé de bonnes questions à des vieux loups de mer de la télé. Ces questions les ont tous tellement énervés que la presse de droite ne retient pas ses coups contre Saintoul et ses camarades députés. Les journalistes avaient pensé venir dérouler leurs argumentaires et story-telling pour enrubanner les petits députés, mais ils furent blessés de voir les députés leur demander de répondre aux questions. Ils furent blessés parce que d’ordinaire c’est leur travail d’empêcher les politiques de noyer le poisson.

Cette audition était donc un bon moment d’instruction politique et de divertissement médiatique : l’arroseur arrosé, le gag marche du tonnerre depuis le film des frères Lumière. Pour le coup, les deux vidéos de deux heures de commission parlementaire sont plus marrantes à écouter que nombre d’interviews politiques menées par de hargneux journalistes cherchant bêtement à destabiliser Mélenchon, Zemmour, Villepin ou un macroniste.

J’ai aimé qu’on aborde frontalement les procédures « bâillons » qui consistent à donner de l’argent à des employés pour qu’ils se taisent jusqu’à leur mort concernant l’organisation de l’entreprise. Des centaines de personnes harcelées par Bolloré et ses hommes de main ont été brisées, puis virées, et en échange de cent cinquante mille euros, on leur dénie le droit de parler, de témoigner, d’informer. C’est choquant à bien des égards quand on sait combien les gens ont besoin d’argent. Pour le milliardaire, ces sommes sont des gouttelettes qu’il asperge négligemment sur la populace. Vous voulez cet argent ? Promettez-moi de vous taire à jamais et il est à vous.

Jean-Christophe Thierry : C’est parfaitement légal ! Je suis vraiment surpris par ce type de commentaire.

Aurélien Saintoul : Vous avez le droit d’être surpris. En l’occurrence cela ne change rien à mon propos. Je trouve curieux qu’on puisse se poser comme le principal défenseur de la liberté d’expression et d’utiliser tous les moyens légaux à disposition pour réduire l’expression des journalistes.

Audition de la commission parlementaire, 1:12:00.

Très bien envoyé, la réplique est juste et précise. Et c’est la raison pour laquelle tous ceux qui militent contre la gauche sont furieux et traitent cette commission de tous les noms. On parle de flics, de dictature, d’interrogatoire, etc. J’ai l’habitude de me faire insulter moi aussi quand je découvre et mets au jour des saloperies dans des textes littéraires. Les réactions sont généralement de l’ordre du scandale : mais comment osez-vous, vous qui n’êtes rien, dévoiler une vérité ?

Une autre séquence de cette commission fut pour moi très intéressante. Le député Aymeric Carron, lui aussi habitué aux insultes en dessous de la ceinture, pose des questions au chef de CNews, non pas aux journalistes : combien y a-t-il de morts à Gaza ? Vous ne le savez pas et pourtant le chiffre de 30 000 morts barre toute la une de Libération. « Vous qui dirigez une chaîne d’infos, vous ne lisez pas la presse. »

Ce qui est important ici est de démontrer que CNews défend outrageusement les crimes d’Israel et fait le silence sur la tragédie de Gaza. Position idéologique qu’on a le droit de tenir, mais sur une chaîne d’opinion d’extrême-droite, privée, et non sur une chaîne d’information diffusée gratuitement sur un canal de la TNT.

Carron pose ensuite les questions suivantes : est-ce que vous dénoncez les meurtres de journalistes par l’armée israélienne ? Est-ce que vous dénoncez la censure du gouvernement israélien qui interdit aux journalistes étrangers de couvrir la guerre à Gaza ? Naturellement, le patron de chaîne de répond pas, essaie de noyer le poisson, et passe la parole à un collègue. Mais c’était un coup de génie de demander s’il était capable de dénoncer puisque ce fut la question lancinante pour déstabiliser la gauche, à savoir de demander une dénonciation du Hamas.

Comme Monsieur Nedjar n’a pas répondu, au bout de l’audition, après deux heures et quarante-deux minutes d’échanges, le rapporteur Saintoul repose les questions. Condamnez-vous la censure et les meurtres de jounalistes dont Israel se rend coupable ? Là encore, refus de répondre et gêne. Le député doit s’y reprendre trois fois pour obtenir la réponse que M. Nedjar « condamne la mort de tous les journalistes, et au-delà des journalistes, de tous les êtres humains qui se trouvent d’un côté ou de l’autre de la frontière. » Chacun y verra ce qu’il veut. Moi je décide d’y voir une volonté de ne jamais critiquer Israel, quelles que soient ses exactions et ses crimes. D’autres interprèteront différemment ces paroles.

Ce qui est certain, en définitive, c’est que les députés de tous bords ont su se rendre indispensables aux débats de notre temps. Des choses ont pu être dites ici qu’on n’a jamais entendues ailleurs, et cette audition constitue un document d’archive important pour prendre des décisions sur l’emprise des médias par l’extrême-droite. Chacun peut dorénavant se positionner en fonction de ses biais idéologiques.

L’architecture insulaire du Musée allemand, Munich

Depuis mes premiers pas à Munich, je connais l’existence d’un musée appelé Musée allemand, mais j’imaginais qu’il s’agissait d’un complexe un peu vieillot, dans un jus d’avant-guerre que je désirais visiter en espérant presque me retrouver dans quelque chose de daté et de poussiéreux.

Le voyageur a du mal à se défaire de sa petite condescendance d’homme d’esprit. Le sage précaire a au fond de lui un petit con rigolard qui aime contempler les petites vanités des peuples et des communautés.

C’est la façade nord du musée qui m’inspirait ce léger sourire. Une architecture typique de la première moitié du XXe siècle, à laquelle on peut prêter des caractéristiques d’usine, de caserne, ou encore de caserne. Je trouvais de l’élégance massive à cette façade, mais comme le bâtiment était dans son jus d’époque, je n’imaginais pas l’immensité du lieu que la façade cachait.

Inselmuseum, Munich

En fait il s’agit d’une île en plein cœur de Munich, et le Deutsches Museum la recouvre entièrement, faisant d’elle le plus grand musée des sciences et technique du monde.

Et selon vos promenades, vous prenez un pont ou un autre et vous atteignez une façade complètement différente de celle qui s’est présentée à vous la première fois.

Si bien qu’il m’a fallu plusieurs approches pour comprendre ce qu’était ce bâtiment. Il semble qu’il ne soit pas construit de manière uniforme. Il est même selon moi assez difficile à lire.

Si l’on pouvait croire au début que c’était une friche industrielle rénovée en musée, un clocher central fait au contraire penser à une église, et d’autres points de vue nous racontent des histoires de bateaux.

L’amour des Allemands pour la science : le Deutsches Museum

Si je devais conseiller un seul musée à visiter à Munich, ce serait celui-ci. Un immense bâtiment consacré à la science et aux techniques. De l’astronomie aux ponts et chaussées, en passant par la fission atomique et les instruments de musique, l’Allemagne met en scène ici sa passion pour la recherche scientifique.

Table sur laquelle la fission nucléaire fut découverte en 1931.

Ce musée est mieux que les autres d’un strict point de vue muséographique. Chaque espace est pensé avec soin, des investissements massifs ont permis d’offrir au peuple germanique un outil gigantesque d’éducation et de jeux avec d’innombrables expériences qu’enfants et adultes peuvent réaliser.

Trois chimistes font un spectacle à base d’expérimentations

Par contraste, les musées d’art sont fabuleux  mais semblent légèrement vieillots. En visitant le Deutsches Museum, on se rend compte combien les Allemands ont développé un sentiment amoureux pour la science et les techniques. Ils y vont en famille et les femmes n’on pas l’air moins intéressées que les hommes par les moteurs, les engins et les systèmes.

Le sage précaire admire et envie les gens doués en sciences. Il lui manque beaucoup de cette capacité de compréhension qui pourrait lui ouvrir les portes de la passion de la connaissance. Il visite ce musée pendant des heures sans ennui mais avec une sensation mélancolique de ne pas être à la hauteur.

Le plaisir de connaître et de fabriquer reste contagieux et le sage précaire voudrait passer une journée dans chaque section du musée. Arrivé à 9 h 30 du matin, il jette l’éponge vers 15 h sans avoir pu tout visiter.

Le romantisme des gens qui perdent tout le temps : Sunderland ‘Til I Die

Sunderland est une petite ville portuaire et industrielle dans le nord-est de l’Angleterre. Elle entre dans la région urbaine de Newcastle. Son club de football est ancien et existe avec grand peine dans l’élite du football anglais.

Quand je vivais sur les îles britanniques, Sunderland était toujours au plus bas du classement. Je soutenais Arsenal parce que le football pratiqué y était beau à voir, Sunderland au contraire luttait toute l’année pour survivre, pour éviter la relégation. Sunderland perdait la plupart du temps, mais était animé par une ferveur populaire que l’on regarde avec un petit mépris urbain.

La série diffusée sur Netflix suit l’équipe et les supporters tout le long de la saison 2017-2018, puis la saison 2018-2019, et enfin la saison 2021-2022. Ce qui est très fort dans ce documentaire, c’est la narration fondée sur l’échec et les défaites. D’habitude, un récit de quête comporte des echecs et des réussites, des oppsants et des adjuvants, une victoire finale, enfin vous connaissez les structures de la narratologie.

Même les grandes défaites héroïques, comme La Chanson de Roland, on les agrémente d’actes de bravoure surhumains. Ici non, le film semble même prendre du plaisir à insister sur les matchs perdus et les buts encaissés.

En 2017, Sunderland vient d’être relégué en deuxième division (Championship). Toute la ville est au bout du rouleau. Tous les joueurs de valeur ont quitté le navire pour signer dans des clubs qui restent en première division (Premier League). L’entraîneur aussi a plié bagages. La nouvelle équipe n’y arrive pas et c’est défaite sur défaite. Le peuple ouvrier de Sunderland vit pour son club et déprime d’assister à un tel désastre. Même le curé parle de football dans ses prêches du dimanche à l’église, et prie pour que le Seigneur donne de la force aux joueurs pour obtenir au moins une victoire. Enfin une petite victoire, mon Dieu, donnez-nous quelques points.

Le documentaire est intéressant aussi sur le plan individuel. On compatit avec ce jeune joueur que tout le monde loue pour son talent et qui se blesse. Forcé de rester éloigné du groupe, il déprime. On le voit commencer une thérapie avec le psychologue du club. Sa problématique est de « rester fort » en tant qu’athlète mais on comprend qu’en réalité il souffre de solitude. Il avoue face caméra être tellement seul à la maison qu’il songe à acquérir un chien pour lui « tenir compagnie ». On se dit mais que font les femmes ? Il n’y en a donc aucune qui serait intéressée par ce jeune sportif plein aux as, bien foutu, timide et introverti ?

Après la défaite de trop, le club licencie l’entraîneur pour signer un célèbre Gallois à la place. Ils ont dû creuser la dette pour s’offrir ses services car il n’a pas accepté ce job sans un salaire mirobolant. Or sa compétence n’empêche pas Sunderland de finir dernier de la deuxième division et d’être à nouveau relégué en troisième division (League One). Le spectateur ressent une étrange joie, sans doute un peu perverse, à assister à ces défaites. On s’identifie à eux tous, aux habitants, aux supporters, aux joueurs et au personnel, on voudrait les voir vaincre, mais un effet de répétition dans la débâcle provoque quand même une certaine satisfaction esthétique, pathétique et poignante.

Et ainsi va la vie dans cette entreprise unique qu’est le club de référence d’une ville ouvrière. Le documentaire insiste sur les echecs répétés, malgré de nouveaux propriétaires, de nouveaux directeurs, de nouveaux entraîneurs, qui arrivent tous avec d’impeccables intentions.

Une critique en creux du néo-libéralisme

Le plus drôle est peut-être la dimension manageriale de cette affaire. Des hommes d’affaires se relaient pour acquérir le club et jeter l’éponge au bout d’un an ou deux. On est fasciné par les méthodes brutales d’un executive director, dont on ne sait pas au bout du compte s’il est nul ou au contraire s’il était sur la bonne voie mais que ses efforts furent annihilés par une gestion financière désastreuse.

Le diable gît dans les détails. Un coup de fil capté par la caméra permet de dire que le propriétaire n’est pas au niveau. La période des transferts va fermer dans un jour. Le club a perdu son meilleur buteur qui a signé aux Girondins de Bordeaux. Il lui faut d’urgence un nouvel avant centre, mais personne n’a envie d’aller jouer à Sunderland. Alors le président augmente les offres pour un joueur anglais qui marque des buts dans un autre club. Ses conseillers lui disent qu’il faut arrêter, que le joueur ne voudra pas venir. Le président appelle l’entraîneur pour sonder son désir d’attirer ce buteur. Au bout du fil, l’entraîneur ne confirme pas ce désir : « Ne faites pas d’offre au-delà d’un millions de livres, ce joueur ne vaut le coup. » L’entraîneur répète l’expression « he is not worth it« … donc il est clair que le joueur ciblé n’entre pas dans les plans du technicien pour faire remonter le club dans le classement. Le président va pourtant s’enfermer dans un mécanisme puéril et il va faire monter l’offre à plusieurs millions livres sterling, offre impossible à refuser pour le club vendeur. À la fin, bien sûr, le nouveau buteur s’avèrera décevant, ne marquera pas les buts nécessaires, et l’opération s’avérera un désastre de gestion.

Or le président n’assume pas son erreur de jugement. Au micro de la radio, face aux supporters qui ne comprennent pas ce recrutement raté, il prétend que ce joueur décevant était en fait le choix de l’entraîneur, alors que nous savons que l’entraîneur avait été lucide sur les limites du buteur.

Ces moments sont rares, où l’on voit la vérité de ceux qui nous gouvernent. Leur médiocrité bien sûr, mais surtout leur lâcheté, leur manière de se cacher derrière des collaborateurs pour ne pas assumer leur responsabilité.

La toute dernière saison de série ne comporte que trois épisodes et sont moins intéressants car les nouveaux chefs ont pris des mesures pour ne pas perdre le contrôle de leur image. Les Français seront surpris de voir le jeune Louis-Dreyfus, fils de l’ancien président de l’Olympique de Marseille, avoir repris les rênes de Sunderland. Et l’on y voit la victoire finale qui permet au club de remonter en deuxième division. Dans un documentaire fondé sur le romantisme de la défaite et la perte des pédales, cette troisième saison victorieuse et maîtrisée est déplacée et ne fonctionne que comme une conclusion scolaire.

Black Tea, d’Abderrahmane Sissako : film africain en chinois

On se souvient de notre livre collectif sur les Chinois francophones, publié en 2012. Un certain Benoît Carrot y avait participé en écrivant une réflexion sur la rencontre des Chinois et des Africains au sein de la francophonie.

Le cinéaste mauritanien Adberrahmane Sissako a décidé de raconter une histoire d’amour et de passion entre une femme venue d’Afrique et un homme chinois. Professeur Carrot interrogeait dans son article la possibilité et la richesse d’un « entre-trois » : Chine/Afrique/France. Or, dans ce film, l’histoire se déroule à Canton et tout le monde parle chinois. Exeunt le français, la France et l’Europe.

Accéder au livre entier en PDF : Traits chinois/Lignes francophones. Images, écritures, cultures.

Rosalind Silvestet et Guillaume Thouroude (dir.), Presses de l’Université de Montréal, 2012.

J’ai toujours vu des Africains vivre en Chine. Ils y vont pour suivre des études notamment. La plupart d’entre eux parlaient chinois, de même que les Chinois parlent le lingala ou le wolof, si l’on en croit maître Carrot et le cinéaste Sissako. Car pour eux (Asiatiques comme Africains) adopter la langue vernaculaire du pays où l’on vit est une évidence qui ne se discute même pas.

Il n’y a que nous, occidentaux, pour penser que le français et l’anglais sont suffisants pour se débrouiller partout.

Décompte de L’Heure des Pros sur CNews sur la journée d’hier

Tous les jours, CNews propose matin et soir une émission qui commente l’actualité. Cela donne un panorama de ce qui importe dans notre monde, pour éclairer l’honnête homme.

Mercredi 21 février 2024. Deux émissions de « débat » animées par le même Pascal Praud. Une heure le matin, une heure le soir. Bilan et florilège.

Émission du matin

  • « CNews : le problème c’est que ça marche ». 26 minutes
  • Invité : Henri Guaino. 10 minutes
  • Judith Godrèche et l’emprise. Intervention de la psychologue Marie-Estelle Dupont. 10 minutes
  • Intermède conversationnel avec H. Guaino sur De Gaulle. 1’30
  • La ménopause. Intervention d’un médecin. 10′

Émission du soir

  • Panthéon. Hommage à Missak Manouchian. Marseillaise : 9’30 »
  • « CNews : le problème c’est que ça marche ». 21′
  • Mobilisation des agriculteurs. 6’30
  • Notion d’arc républicain. 4’30
  • Gérald Darmanin dans Paris Match (propriété du milliardaire Bolloré, comme CNews). « Interview remarquable » de L. Ferrari (employée aussi sur CNews). 4’30
  • Gérard Miller encore accusé de viol. 2’30
  • Valérie Bonneton dit du mal de la région Nord. Défense du Nord, et chant de supporters Lensois sur l’air des Corons de Pierre Bachelais. 3′
  • Drame : un homicide à Nîmes. 2′
  • Décès de Micheline Presle à 101 ans. 5′

Bilan

45 minutes consacrées à l’autopromotion et à la défense de CNews.

Les étrangers sont responsables de l’insécurité, sauf quand ils meurent pour la France.

« Nous, contrairement à d’autres, nous respectons la présomption d’innocence » : Gérard Miller est un violeur et Gérald Darmanin un bon père.

Omissions. Ce qui s’est passé la veille et le jour même

Les bombardements d’Israël sur Gaza.

L’opposant russe Navalny est trouvé mort. Sa femme, sa fille et sa mère prennent le relais de la contestation à Poutine.

L’Heure des Pros, sur CNews

Je regarde parfois l’émission animée par Pascal Praud sur CNews parce qu’elle me divertit. Elle me divertit parce qu’elle me fait tantôt rire tantôt réfléchir.

Je la regarde avec la même attention que je prêtais aux prêches d’Éric Zemmour sur la même chaîne, avant que l’étoile de l’idéologue d’extrême droite ne pâlisse. Je la regarde pour savoir comment pensent les ennemis de la France. Une idéologie délétère s’impose en France, qui brutalise les pauvres et divise les Français, un néo-fascisme pour dire le mot, et il importe de connaître ses armes, ses méthodes et son style, pour répliquer de manière convaincante à ceux qui pourraient être séduits.

C’est parce que je regarde cette chaîne que je peux témoigner sans hésiter de son inscription dans le projet d’extrême droite. Pour être plus précis, la chaîne et son propriétaire, le milliardaire Vincent Bolloré,  militent explicitement pour « l’union des droites », c’est-à-dire de l’absorption de la droite par l’extrême-droite.

L’idéologie à l’œuvre dans les émissions repose sur quelques certitudes qui n’ont jamais le droit d’être même discutées :

  • Le principal problème de notre pays vient des immigrés.
  • Les inégalités sont bonnes car elles sont le reflet de notre liberté.
  • Il ne faut pas toucher aux milliardaires.
  • Israël doit être défendu sans nuance.
  • L’extrême-droite n’existe plus depuis la guerre. Seules des nuances de droite existent.
  • La gauche doit être nommée extrême gauche.
  • La seule gauche qu’on peut nommer comme telle (et qui peut respecter) est constituée par les anciens du PS, le printemps républicain, les laïcs, bref ceux qui sont compatibles avec le projet de l’union des droites.
  • Le service public est d’extrême gauche et se sert de notre argent pour imposer sa propagande wokiste, islamo-gauchiste et antisémite.

En dehors de ces points, on peut discuter de tout. Préférer Poutine ou Zelinsky ? Trump ou Biden ? Macron, Hollande ou Sarkozy ? Sardou ou Johnny ? On est libre d’en penser ce qu’on veut et on en débat volontiers.

Les chroniqueurs qui s’autoproclament de gauche ne sont que l’alibi nécessaire pour prétendre que la chaîne respecte son devoir de pluralisme. Ces gens dits « de gauche » ne se permettent jamais de briser le tabou des points indiscutables que j’ai listés ci-dessus. Ceux qui l’ont fait se sont fait crier dessus, humilier, et ont disparu de cette antenne.

Cela étant bien posé, L’Heure des pros peut être un divertissement adapté aux tâches ménagères du sage précaire, à écouter en sandwich entre des podcasts de France culture, des séances de lectures, et des vidéos de chaînes Youtube de gauche. Un divertissement de droite, abject parfois, drôle souvent, et qui ne manque pas d’être instructif pour celui qui veut se préparer à des temps toujours plus sombres à venir.

La lettre de Missak Manouchian à sa femme Mélinée

21 février 1944, Fresne

Ma chère Méline, ma petite orpheline bien aimée. Dans quelques heures je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, j’y ne crois pas, mais pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je técrire, tout est confus en moi et bien claire en même temps. Je m’étais engagé dans l’armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et de but.

Bonheur ! à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. J’en suis sûre que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoir dignement. Au moment de mourir je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. Chacun aura ce qu’il meritera comme chatiment et comme recompense. Le peuple Allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur ! à tous ! — 

J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendu heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre sans faute et avoir un enfant pour mon honneur et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je lègue à toi et à ta sœur et pour mes neveux. 

Après la guerre tu pourra faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat regulier de l’Armee française de la Libération. Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer tu feras éditer mes poèmes et mes ecris qui valent d’être lus. Tu apportera mes souvenirs si possibles, à mes parents en Arménie. Je mourrais avec mes 23 camarades tout à l’heure avec courage et serénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellment, je nai fais mal à personne et si je lai fais, je l’ai fais sans haine.

Aujourd’hui il y a du soleil. C’est en regardant au soleil et à la belle nature que jai tant aimé que je dirai Adieu ! à la vie et à vous tous ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal où qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous à trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendu. 

Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaisse de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu.

Ton ami

Ton camarade

Ton mari

Manouchian Michel (djanigt)

P.S. J’ai quinze mille francs dans la valise de la Rue de Plaisance. Si tu peus les prendre rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M

Souvenir de 2006 : une conférence en chinois et en français

Migration et honte

Je n’ose pas parler des aventures de mon ami H. car son voyage est illégal, clandestin et nous met dans l’embarras. Après avoir traversé la méditerranée et avoir trouvé refuge en Italie, il envoyait des signaux contradictoires, prétendait avoir des amis qui l’aideraient.

Il a fini par venir chez nous car, probablement, ses amis n’existaient pas vraiment. Lui aussi avait honte d’être chez nous car nous avons essayé en vain de le dissuader d’émigrer. Quand il était à bout il disait « mais j’ai pleins d’amis en Europe, qu’est-ce que vous m’embêtez ! Je n’ai pas besoin de vous et pas besoin de vos conseils condescendants. Si je veux risquer ma vie pour aller voyager en Europe, vous ne pouvez rien faire contre cela ! » Honte à moi, qui n’ai jamais eu de frontière close devant moi, et dont les voyages n’ont jamais été qualifiés d’émigration, alors qu’ils l’étaient au même titre que ceux d’H.

Au final, depuis août 2023, date de sa traversée héroïque, ses « amis » semblaient avoir fondu au soleil.

Je n’en ai pas parlé sur ce blog car nous ne pouvons pas nous permettre d’être dans l’illégalité. Nous l’avons hébergé avec son compagnon de route, mais n’avons pas pu lui offrir l’hospitalité que nous voulions : nous sommes surveillés. Les voisins s’espionnent, les retraités nous dénoncent, les policiers viennent jusqu’à notre appartement pour effectuer des contrôles de routine. Nul doute que des gens se sont questionnés sur ces deux jeunes maghrébins qui faisaient des aller-retour dans notre immeuble.

H. devait absolument trouver un autre refuge et cela nous fait vivre dans un sentiment de honte. Il est alors parti dans une ville allemande où un centre de réfugiés l’a accepté. Nous sommes allés lui rendre visite dans cette ville. Il fallait lui apporter ses affaires parce que le voyage clandestin oblige à se déssaisir des sacs volumineux. Les sans papiers doivent avoir l’air d’habitants lambda qui se rendent au travail.

H. et moi avons passé la journée ensemble, tous les deux accompagnés par son compagnon de route et mon épouse. Nous leur avons offert le restaurant et des glaces, toujours un peu honteux de ne pas pouvoir faire plus. Et en même temps gênés du fait que nous ne pouvons et ne voulons pas approuver l’émigration illégale.

Ce serait plus facile de tenir un discours moral du type « ouvrez les frontières, laissez-les passer », mais nous ne serions pas honnêtes avec nous-mêmes si nous le tenions. Du coup nous ne savons pas que penser.

Sommes-nous dans le cas de figure d’Houria Bouteldja, qui exprime ainsi son inconfort moral ?

Mais une part de nous s’est embourgeoisée et défend ses petits privilèges d’indigènes aristocrates contre ces pouilleux de « blédards » qui forcent les portes de l’Europe et qui nous font honte.

Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, p. 118.

Non, nous n’employons ni ce vocabulaire ni cette voie de mauvaise conscience. Nous sommes seulement dans une impasse de la pensée et de la raison pratique.