La pose des tuiles s’est faite de manière miraculeuse, si j’en crois mon frère. Il fallait calculer précisément des espaces et des distances entre les tasseaux et entre les rangées de tuiles, et mon frère craignait un peu ces savants calculs. Il manquait d’une compétence de couvreur, après s’être débrouillé sans la compétence de maçon, de charpentier et d’ébéniste. Il a donc posé les tuiles en silence, le visage fermé et concentré, tandis que je posais sur la volige les tuiles confectionnées à Marseille, en écoutant de la samba dans mon I-pod et en m’essayant, tuiles en main, à des pas de danse brésilienne absolument non concluants.
Heureusement, c’est moi l’archiviste dans cette affaire, le documentariste de ce chantier. Il n’y aura pas d’images ni de témoignages de ces sambas ridicules, elles seront ignorées pour l’éternité, tandis que le monde connaîtra le travail rigoureux de mon frère.
Les tuiles se sont laissé faire, pour ainsi dire, malgré l’absence de compétence de couvreur professionnel. Nous avons constaté, incrédules, qu’elles recouvraient rigoureusement la surface du toit, sans débordement, et sans lacune. Miracle.
Ce qui nous émerveille, depuis le début, c’est combien le système de poutres en châtaigniers est si droit et si harmonieux. Ces troncs forment une surface qui nous étonne par sa perfection : on ne dirait pas qu’elle est issue du bricolage, on la croirait sortie des plans d’un ingénieur.
Mon frère et moi nous perdons en conjecture, comme une équipe de football amateur qui aurait gagné la coupe de France. Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est presque trop beau pour nous.
Un autre grand jour, où nous sommes fiers de nous. Sous mon insistance fébrile, car je trépigne à l’idée de voir un toit au mazet, nous sommes allés acheter de la volige à l’Union Forestière du Vigan. La volige, ce sont les planches de bois que l’on place sur les poutres avant de poser les tuiles.
Calées sur la vieille 404 Peugeot de mon frère, (voiture de collection, au moteur de tracteur), les planches firent le voyage dans la montagne sans coup férir.
Très vite, nous nous organisons comme suit : pendant que je monte les planches sur la terrasse du mazet, mon frère commence à les clouer sur les poutres. C’est moi qui ai insisté pour que l’on procède ainsi. Bien sûr, il est plus gratifiant de poser les planches, de les clouer, mais précisément, je suis un manard, et donc je reste dans mon rôle de manard.
Mon frère est un artiste de la charpente, il lui faut de l’espace et de temps pour réfléchir ; c’est un voltigeur de la volige, un albatros de chantier : si vous l’épuisez en le laissant porter des sacs de chaux et des planches de bois, vous lui coupez les ailes. C’est à moi, le sanglier poilu de la famille, de porter les sacs et les planches. C’est une charge qui m’arrange car elle me dispense de réfléchir, et Dieu sait que j’en ai assez de réfléchir.
Déchargé de la tâche indigne de porteur, mon frère a pu se concentrer sur la maison elle-même, et il y a vite pris goût.
En quatre heures, le toit était entièrement recouvert de volige, elle-même recouverte de longueurs de plastique. Il ne manque plus que les tuiles, et l’on pourra dire que le mazet est habitable.
J’ai fait une double erreur, dans un récent billet. Premièrement, j’ai parlé d’une « solisse » pour désigner une « boutisse ». Deuxièmement, j’ai mis en cause la parole de mon frère, sa compétence de maçon, en affirmant que c’est lui qui m’avait donné ce mot inconnu de « solisse ».
En outre, dans les commentaires qui ont suivi, des lecteurs fidèles ont ajouté à l’erreur – sans penser à mal – en suggérant que le mot devait être « solive », ce qui ne peut être le cas puisque la solive est une sorte de poutre.
Il s’agit bien, dans les murs de pierres sèches, de « boutisse parpaigne ». Les murs cévenols sont donc construits en double rideaux, et certaines pierres (qui peuvent être, si l’on préfère, des moellons) font toute la largeur du mur et apparaissent u côté intérieur, comme du côté extérieur.
Une autre lectrice fidèle, la talentueuse Sophie, a dessiné un croquis pour rendre la chose plus explicite. Elle vient de m’envoyer un e-mail auquel elle a joint ce croquis que je présente dans ce billet même.
Par la même occasion, je recommande le blog de Sophie, en lien ci-contre, où l’Irlande et même les Tinkers, sont bien représentés.
Voilà, les visiteurs de mon blog ne pourront plus dire qu’ils n’apprennent rien à sa fréquentation. Si La Précarité du sage peut aider à une meilleure connaissance de la maçonnerie, cela compensera les faillites éventuelles que ce blog connaît concernant l’édification morale et spirituelle des masses.
Cela fait des années que mon frère a peur de s’attaquer à ce mur. Depuis que la fenêtre a été percée, il y a dix ans, l’équilibre des pierres est devenu précaire. Pour bien faire, il faut faire tomber tout ce qui tombe, afin de reconstruire de manière saine. Cela, évidemment, est l’objet de toutes les craintes : et si le mur tout entier s’écroulait ? Si la maison dans son entier ne résistait pas et tombait à terre, pan par pan ?
C’est la phase 3 du chantier.
La mise au point du mur « du dehors ». Ce mur est celui que l’on voit depuis la terrasse principale, c’est celui qui est percé d’une fenêtre et celui qui soutient la charpente, donc il faut le soigner. Nous devons réussir notre coup sur le plan esthétique et sur le plan de la solidité.
Il faut savoir qu’en Cévennes, les murs sont construits en deux couches. Entre les deux couches de pierres, des gros graviers. Ici et là, à je ne sais quelle fréquence, des pierres plus longues (les « solisses », je ne garantis pas l’orthographe, c’est peut-être un mot occitan, et peut-être même un peu inventé par mon frère) font toute la profondeur du mur. A part ces « solisses », l’intérieur et l’extérieur du mur sont indépendants l’un de l’autre.
Mon frère progresse à vue d’œil en maçonnerie. C’est impressionnant, il produit maintenant des gaches de grande qualité, plus onctueuses et plus résistantes, et pourtant constitué de plus de sable qu’auparavant. Il monte les pierres avec plus d’assurance et de vitesse, et il a aiguisé son œil.
Les premières phases du chantier l’ont mis en forme, en jambe, en confiance. Il met quelques étais contre le mur pour éviter que tout s’écroule, et il fait tomber les pierres branlantes. Seule la partie intérieure du mur tombe. Puis il remonte la partie écroulée avec une aisance qu’il n’aurait jamais eu il y a un mois.
En deux jours et des boulettes, l’affaire est torchée.
À cause de fortes pluies récentes et des fuites d’eau dans la cabane, il a fallu laisser de côté le chantier du mazet, la maçonnerie, et se concentrer sur la maintenance de la cabane en bois qui est pour l’instant mon lieu de vie principal.
Mardi matin, quand mon frère rentre de sa nuit au lycée, nous montons au terrain. Nous travaillons à l’imperméabilité du cabanon, agrafant des longueurs de plastique sur le plafond, rafistolant les fenêtres et confectionnant une porte pour l’entrée de derrière. Pendant que mon frère s’occupait de cela, je « faisais du sable » pour le mortier dont on aura besoin pour la maçonnerie.
De travailler dans le cabanon, mon frère a remis en marche son imagination d’architecte d’intérieur : il a de bonnes idées pour réaménager et si on le laissait faire, ce serait en effet un très beau lieu. Il pense installer un petit poêle à bois.
Un jour que mon frère faisait de la maçonnerie, je lui proposais mon I-pod pour qu’il écoute une belle émission de Jean-Noël Jeannenet sur « l’homme et les abeilles ». Il refusa, prétextant qu’il ne pouvait pas faire deux choses à la fois. Son travail, en dépit des apparences, n’était donc pas purement manuel. Quand mon frère travaille, il « bricole », au sens fort du terme, au sens que lui a donné Claude Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage.
À la différence de l’ingénieur qui planifie son ouvrage à l’avance, qui dessine, qui quantifie, qui évalue les moyens pour arriver à une fin rigoureusement atteinte, le bricoleur part à l’aventure en inventant au fur et à mesure. Le bricoleur a toujours besoin de penser car il se sert des moyens du bord pour élaborer un ouvrage qui avance par à-coups. Quand il est sur son mur, mon frère ne se borne pas à mettre des pierres sur les autres. Il pense en même temps à des questions d’esthétique, de solidité, d’humidité du mortier, de l’effet qu’auront les arbres sur le mur, de la meilleure manière de canaliser les eaux de pluie, etc. Sans doute rêve-t-il, dans le même temps, à la maison elle-même quand elle sera terminée.
Pour ma part, je fais le manard dans mon coin, travail répétitif qui ne nécessite aucune créativité, et qui me permet d’écouter des émissions de radio dans les écouteurs.
Par moments, assez fréquemment car je suis une petite nature, je fais une pause, et j’observe mon frère progresser dans son aménagement du cabanon. Il utilise admirablement un tissu noir, qu’il avait acheté deux euros chez un brocanteur, à l’aide d’une agrafeuse, de vieux clous rouillés et de rouleaux de scotch. Ses idées naissent littéralement de ses mains. C’est en bricolant, par l’investissement de tout son corps et de son esprit, qu’il conçoit l’espace intérieur au moment même où il l’élabore. La pensée ne préexistant pas le langage, c’est en réalisant la chose qu’il la conceptualise.
Chez les bricoleurs de son espèce, ce qui est beau, c’est cette manière de vivre sans séparer l’intellect du corps, leur créativité étant toujours à la jonction de la pensée et des mains. La faculté d’invention est pétrie comme une pâte à pain, et elle émane de l’activité de la personne toute entière, prise dans toutes ses dimensions à la fois.
Le chantier a pris une nouvelle dimension, une dimension motorisée, une dimension machinique, électrique pour ainsi dire. Cela fait quelque temps que nous en avons terminé avec le bois et que nous avons commencé la maçonnerie sur le petit mas que nous rénovons, mon frère et moi.
Les premiers jours Le groupe électrogène acheté en juillet a finalement été livré et, après quelques essais infructueux, il démarre au quart de tour. Nous pouvons donc brancher la bétonneuse et faire une belle gache de chaux.
Avant d’installer la charpente et de remettre les tuiles sur le toit, mon frère tenait à relever un peu le mur du fond, et surtout d’araser ce mur. L’objectif n’est pas tant d’augmenter l’espace dans le mazet que de mieux se prémunir des pluies cévenoles.
Mettre des pierres les unes sur les autres, c’est à la fois basique et délicat, comme manoeuvre. Cela demande du doigté, de la vision, de la force, de l’équilibre. Il suffit d’un rien pour qu’un mur penche et s’écroule. Ce n’est pas pour rien qu’on a inventé les briques et les moellons, cela dispense déjà de la tâche esthétique de choisir les bonnes pierres pour les bons endroits.
Cela étant dit, je me suis fait un petit tour de reins en portant je ne sais quoi il y a deux jours. Du coup, l’appoint déterminant du groupe électrogène s’avère crucial et permet à mon frère de travailler seul, pendant que je fais des mouvements d’étirement et de yoga pour soigner ce dos endolori.
On croit souvent qu’il n’y a qu’une cabane, sur le terrain. C’est une erreur, il y a aussi une petite maison en pierre, construite là par les paysans d’autrefois.
Ce n’est même pas une maison. Un abri d’une seule pièce, avec un toit d’un seul tenant, adossé à la pierre de la montagne. Mais enfin une maisonnette assez grande pour un homme seul, ou pour un couple d’amoureux. Un endroit assez grand pour y dormir, s’y reposer, lire et écrire. C’est-à-dire, pour le dire sans détour, un habitat qui satisfait à tous les réquisits de la problématique « logement » du sage précaire.
Sous la maisonnette, une espèce de cave – un entresol, plutôt – où je conserve au frais ma nourriture en ce mois de canicule.
Cela faisait des années que mon frère disait qu’il rêvait de rénover ce « mazet ». Moi, je rêvais depuis des années de passer une année sur ce terrain. Nous combinâmes donc ces deux rêves. Je dis à mon frère : « Tu m’acceptes ici une année, et je te donne un coup de main pour le mazet. » Ma motivation sera d’autant plus grande que pour passer l’hiver sur le terrain, j’aurai besoin d’un lieu chauffable, isolé et résistant aux tempêtes cévenoles.
Or donc, cette semaine, nous avons commencé les travaux! C’était un grand moment, car ce chantier met un contenu matériel à ma présence sur le terrain et dans ce paysage. Un moment solennel car c’est officiellement la préparation de l’hiver. Un moment profond car c’est une manière de perfectionner le terrain, de le rendre plus proche de ce qu’il était à l’époque de sa vie paysanne.
Mon frère s’est exclamé à un moment donné : « C’est le début du rêve. » Cette petite maison, ce terrain, ce jardin, ce paysage, c’est en effet un ensemble de réalités physiques qui se trouvent à la croisée d’un nombre encore plus grand de rêveries, d’espérances, d’images et de mythologies.
Le Belfast Telegraph déploie en pleine page un superbe projet : un grand musée sur le Titanic, dont l’architecture rappelle un peu la coque d’un bateau et dont la couleur dorée doit faire oublier tous les malheurs de la ville.
Le journal insiste pesamment sur le fait que le nouveau musée sera la « tour Eiffel de Belfast », et qu’il symbolisera la ville au même titre que le Colisée symbolise Rome, et Big Ben Londres.
Non.
Je ne veux pas être désagréable, mais non, le musée ne symbolisera pas Belfast. Ce qui symbolisera Belfast, pour quelque temps encore, ce sont les violences entre catholiques et protestants. Comme c’est le cas pour Verdun, pour Beyrouth, pour Guernica, pour Hiroshima, pour Omaha Beach, quand on prononce le nom de Belfast, les gens pensent d’emblée à des images de guerre. Les gens pensent « bombe », « IRA », « guerre civile ».
Cela changera bien sûr, avec le temps, mais rien ne sert de se précipiter comme le font les idéologues d’Irlande du nord.
Quelques pages plus loin, le même journal consacre une double page à ceux qui sont encore dans les cadres mentaux des Troubles, ceux qui n’ont pas encore tourné la page de la guerre civile. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : il y a encore 88 murs de séparations entre quartiers, alors qu’il y en avait moins de la moitié en 1974. La ségrégation est donc en situation croissante. Le mur le plus important est d’une longueur de 5 kilomètres. Et les dernières élections en date ont montré un net recul des partis non-communautaires. Quoi qu’en disent les idéologues, le peuple a encore voté massivement pour les « unionistes » (plutôt protestants, pour l’union avec la Grande Bretagne) ou pour les républicains (plutôt catholiques, en faveur d’une réunification de l’Irlande). Ils n’ont été attirés ni par les verts, ni par les socialistes, ni par les trucs multiculturels.
Alors les idéologues se tournent vers l’architecture grandiose. Des millions de livres sterling pour un gros monument à la gloire de Belfast. C’est ici que le célèbre Titanic a vu le jour, alors célébrons-le, chantons-le.
On n’a pas encore osé mettre en avant le fait que le Titanic est surtout célèbre pour avoir coulé, et qu’il est, pour toujours, le symbole de l’échec technologique naval, et d’une grande catastrophe humaine. On veut faire un gigantesque bâtiment pour que l’histoire récente paraisse toute petite à côté, mais ce que l’on risque de faire, c’est de redoubler la réputation de Belfast comme ville-catastrophe.
Ou comment inventer un urbanisme de la fêlure, de la blessure et de l’échouage en pleine mer.
Le dimanche en Irlande du nord, le train coûte six livres sterling pour tous les trajets que l’on veut. C’est donc l’occasion d’aller faire un tour au bord de la mer, ou dans une cité voisine. C’est ce que j’ai fait en me rendant une petite journée à Derry, afin d’aller voir le nouveau pont en zigzag qui est censé symboliser la paix.
L’une des nombreuses supériorités du train sur le bus, c’est que l’on peut y emporter son vélo. Or, Derry est très agréable à visiter à vélo. Il y a des côte et des points de vue spectaculaires, tout ce que les cyclistes affectionnent.
Surtout il y a la Foyle, le fleuve qui sépare le centre ville catholique et le quartier protestant. Jusqu’à cette année, il n’y avait qu’un pont, d’aillleurs très chouette, à double étage et bleu. Aujourd’hui, avec cette passerelle en zigzag, financé par l’Union Européenne, la ville se tourne davantage vers son fleuve, ce qui est toujours une bonne nouvelle.
A la gare, les piétons attendent une navette pour le centre ville, alors que le cycliste part d’un air modeste, mais intérieurement il triomphe. Il prend la poudre d’escampouille et dirige vers le nouveau pont. Du côté protestant, il faut construire un nouveau quartier, car il n’y avait pas grand-chose, alors les urbanistes ont fait ce qu’ils font toujours, de Shanghai à Dublin : un quartier de verre, de pierre et de fer.
Une exposition de dessins d’enfants accompagne inévitablement le nouveau quartier du nouveau pont. Des enfants qui ont sagement répété ce que les adultes leur ont ânnoné : « I think the bridge should be called Hope. » Des dessins de bons élèves, ennuyeux, dont le talent suprême est de savoir plaire à leur maîtresse, à leurs parents, et par extension à tous ceux qui ont du pouvoir. « Derry-London Derry, the city that believes in you« . Quel enfant d’abrutis appellerait sa propre ville « Derry-London Derry » ?
Le pont est une belle construction, constitué de deux inflexions pour signifier que la paix prend des chemins tortueux, et aussi pour symboliser les compromis que l’on doit faire, les pas de côté, tout ça. Conçu par le cabinet anglais Wilkinson Eyre, il fait une belle courbe dans le paysage, et il est indéniablement photogénique.
Je me suis promené dans la jolie ville de Derry, roulé sur ses remparts, et j’ai sacrifié à mon péché mignon : lire le journal du dimanche dans un café, pendant des heures.
Quand je suis retourné sur le pont (c’est-à-dire quand les femmes du café ont fini par me virer, à force de passer la serpillère tout autour de moi), le soleil couchant illuminait les grands montants blancs qui soutiennent la table du pont, et les promeneurs continuaient d’emprunter ce nouveau chemin dont ils sont raisonnablement fiers.
Un homme s’est arrêté près de moi pour me demander ce que j’en pensais. Nous sommes convenus que c’était très beau, il m’a dit que c’était « well engineered« . J’ai demandé qui était l’architecte, il m’a dit qu’il n’en savait rien, mais qu’il était satisfait de la manière dont les travaux se sont déroulés. J’ai voulu lui demander s’il était lui-même dans le bâtiment, mais le vent et le froid les ont poussés, lui et sa femme, à me laisser à ma photo.
Au bout du pont, sur le côté protestant, un homme jouait de la cornemuse. Face au soleil, il se mesurait au vent, et il remportait la victoire, car on l’entend depuis le milieu du pont.
On sait combien je suis attaché à l’idée de construire des tours, en France.
Assez de ces petits immeubles qui sont prétendument « à taille humaine ».
Assez de cette fichue « taille humaine ». Que les hommes gardent une taille humaine et que les monuments aient une taille monumentale!
Les aménageurs de Lyon-Confluence semblent avoir entendu en partie l’appel de la sagesse précaire. En partie seulement. Si cela n’avait été que de moi, on aurait fait de cette langue de terre un nouveau Manhattan, une jolie forêt de gratte-ciel, un parc urbain de toute beauté qu’on serait venu visiter de Pudong et d’Abou Dabi.
On n’érigera pas de forêt, mais l’intention est de placer, à l’entrée de la ville (où à sa sortie, selon d’où l’on vient) un couple de tours qui figureront à la fois la « porte sud » et l’aspect copulatoire des deux fleuves qui s’unissent.
C’est un pas dans la bonne direction. Nul doute que la présence de deux tours isolées donneront l’envie à des entrepreneurs audacieux d’en faire d’autres à côté. Avec des passerelles aériennes pour les relier les unes aux autres et marcher, ainsi, loin des voitures, dans les hauteurs de la capitale des Gaules.