Notre voiture est tombée en panne. L’embrayage est à changer, ça nous coûtera 1700 euros. Les problèmes liés à la voiture ne semblent jamais devoir cesser.
Je me fais solennellement la promesse suivante.
La prochaine fois que je deviens riche, je m’offrirai des petits plaisirs coupables avec des bagnoles de prestige, mais seulement en location et sans jamais m’alourdir le cœur de ces véhicules diaboliques. Je promets, si j’atteins l’âge fatidique de la soixantaine, de conduire des voitures de luxe pour la frime et le cinéma, et de ne plus posséder que des vélos et des cartes de transports publics.
On croit souvent que Proust professe un mépris de classe car il se moque des « gens du peuple » dont il n’hésite pas à dire qu’ils manquent d’éducation. Mais Proust se moque bien plus férocement des grands de ce monde.
La fin du Côté des Guermantes est éclairante sur ce point. On se rappelle tous la fameuse scène des « souliers rouges » de la duchesse de Guermantes. Le narrateur et Charles Swann sont là, chez les Guermantes, pas vraiment invités, et il est clair que le couple ducal est en train de se préparer à sortir. Ils parlent de choses et d’autres et, franchement, l’ambiance n’est pas bonne. C’est alors que Swann annonce qu’il est mourant, au détour d’une conversation superficielle. Or la duchesse est en retard à un dîner en ville. Deux devoirs s’opposent. Il faut partir mais un ami aurait besoin de réconfort. Le duc presse sa femme jusqu’au moment où il voit qu’elle porte des souliers noirs avec une robe rouge.
La duchesse dit qu’ils sont trop en retard pour changer de souliers, alors le duc la rassure. On peut arriver en retard, c’est moins grave que de porter des chaussures noires avec une robe rouge.
Cette scène est censée nous faire comprendre que les aristocrates, même les plus grands, sont sans pitié et trouveront toujours du temps pour des détails vestimentaires quitte à blesser un vieil ami qui va mourir. Sècheresse du cœur.
Or, ce qui m’interpelle dans cette scène, c’est l’impolitesse conjointe du narrateur et de Charles Swann. Qu’ont-ils donc à rester là, dans le salon des Guermantes, et à demander des services, et à parler de leur maladie ? Dans la société d’où je viens, ça ne se fait pas. À leur place, j’aurais déjà déguerpi depuis longtemps.
Ce que je dis là paraît provocateur mais je vous demande de bien lire les dix dernières pages de ce volume et de me répondre : n’est-ce pas que le narrateur squatte l’appartement des Guermantes et impose sa présence de manière inappropriée ? Qu’est-ce qu’il fiche dans l’escalier, à observer les allées et venues ? N’est-il pas ridicule à épier la porte cochère ?
Et Swann, sur ces entrefaits, n’aurait-il pas dû comprendre déjà qu’il dérangeait ? Comment un homme aussi fin n’a pas compris que sa visite impromptue tombait au mauvais moment ?
De plus Proust fait dire à Swann que le tableau récemment acquis par le Duc ne peut pas être un Velasquez, comme le Duc voudrait le croire ! Excusez-moi mais ça, cette impolitesse, le sage précaire seul en est capable. Il n’y a que des rustres comme moi qui peuvent allez chez les gens pour critiquer leur décoration et annoncer qu’ils sont à l’article de la mort au moment précis où ces braves gens doivent partir.
C’est pourquoi je soutiens que Proust ne critique pas qui l’on croit. Il est infiniment plus intéressé et empathique vis-à-vis du prolétariat qu’on le dit, et moins fasciné par les têtes couronnées qu’il le prétend.
Arthur Thouroude, neveu sans peur et sans reproche du sage précaire
Je suis professeur parce que je ne sais rien faire de mieux dans la vie. Je sais faire des choses, j’ai exercé d’autres métiers, et j’en exercerai d’autres avant ma retraite, mais c’est professeur que je fais le mieux.
Je suis devenu professeur parce que mes autres emplois ne me convenaient pas vraiment. On me licenciait. Des amis m’encourageaient à devenir profs. Des amis m’ont aidé à postuler. Des amis m’ont conseillé. Mes premiers postes de profs, on me les a apportés sur un plateau, je ne pouvais pas refuser malgré le trac que je ressentais à l’époque.
Je suis resté professeur parce qu’il y a souvent des vacances qui permettent de se reposer. Une ou deux semaines de repos tous les deux ou trois mois, c’est un bon rythme, qui permet de tenir le coup.
Les motivations du sage précaire sont moins nobles que celles de son neveu Arthur. Ci-dessous la vidéo complète qu’il a envoyée chez Brut. Les lecteurs de ce blog s’apercevront bien vite que leur carrière respective ne va pas briller des mêmes feux.
Au début du film de Martin Scorsese, Bob de Niro dit qu’en travaillant de « longues heures » il parvient à gagner 300 voire 350 dollars par semaine. Mais à combien d’euros aujourd’hui correspondent 300 dollars en 1976 ?
Je me suis basé sur une autre scène pour trouver une juste conversion. Dans un cinéma porno, le même acteur achète une barre chocolatée, une boisson gazeuse, un paquet de pop corns et encore autre chose que je n’ai pas compris. Le tout lui coûte 1,85 dollars. Aujourd’hui, en France, cette commande monterait à une dizaine d’euros, peut-être un peu moins car la scène se passe dans un quartier populaire. Disons 7 euros.
Si je multiplie 1,85 par 4, j’obtiens 7,4.
Si je multiplie 300 par 4, j’obtiens 1200.
On comprend mieux la scène et on peut s’identifier au chauffeur de taxi : il se fait 1200 euros par semaine, et c’est un super salaire quand on est dans la mouise. En tout cas, c’est un salaire suffisamment élevé pour avoir envie de le clamer, de le mentionner dans un film.
Pour le reste de Taxi Driver, que l’on peut visionner avant d’aller voir le dernier Scorsese au cinéma, procéder de la même manière et multiplier par quatre tous les montants en dollars que vous entendez.
Les deux femmes représentées sur cette esquisse faite à Munich ne sont pas choisies au hasard. Le peintre était amoureux d’elles, elles l’amaient en retour, et les trois connaissaient les sentiments de tous. Ils se sont mariés l’un avec l’autre, à tour de rôle. Ils formaient un trio amoureux et créatif qui n’étaient pas complètement étranger aux mœurs des Européens progressistes de la belle époque.
Les deux femmes étaient plus âgées que l’homme et cela ne dérangeait personne. Maria avait quatre ans de plus que Franz mais ils ne pouvaient pas se marier car Franz était déjà marié à Marie Schnür, de treize ans son aînée. Cette dernière avait déjà un enfant qu’elle avait eu à Paris, fruit de la vie de Bohème des jeunes Européens.
C’est peut-être pour adopter cet enfant conçu à Paris que Franz se maria avec Maria. On ne sait rien de cela car il ne reste pas grand chose de cette relation.
Les trois protagonistes de cette histoire étaient peintres et très influencés par les impressionnistes qui révolutionnaient l’art depuis trente ans en France. Ils cherchaient la bonne recette pour vivre en adéquation avec leur spiritualité, la modernité, les problèmes et les désirs de leur temps. Quand ils ne peignaient pas, ils montaient des coopératives socialistes, quand ils ne se caressaient pas en pleine nature, ils créaient des collectifs d’artistes tels que le Blaue Reiter à Munich.
Marie Schnür, Maria Marc et Franz Marc, en détente relative pendant l’été 1906.
Ce monde d’espoir, de crises et de créativité était précaire. La guerre de 14-18 approchait et Franz n’a rien fait pour l’éviter. Il est mort en soldat sur le sol français dont il a tellement aimé la culture d’avant-garde. Dans ses carnets de tranchée, des dizaines de chefs d’œuvres griffonnés, dans lesquels transparait la passion de Franz pour l’art, et ses tentatives inlassables de comprendre le monde par des mouvements de crayon.
Sa deuxième épouse, Maria Franck, a survécu dans ce village de Bavière où ils expérimentaient l’amour libre et naturiste, pour s’éteindre à près de 80 ans.
Sa première épouse en revanche, Marie Schnür, on ne sait pas ce qu’elle est devenue, et on a perdu toute trace de son enfant. Apparemment, elle a mal vécu ce « ménage à trois », et elle semble avoir mis un terme à sa carrière artistique peu après la guerre. Je pense, pour ma part, qu’elle a changé de nom et d’identité. Comme elle vient d’une famille riche et protestante de Cobourg, sa vie dissolue faisait mauvais genre et il fallait tout dissimuler pour espérer une fin de vie respectable. Si elle était morte avec cette identité connue de Marie Schnür, les historiens auraient retracer la trame de son existence.
Demander à ceux qui sont devenus célèbres comment faire pour devenir célèbre, ils vous disent toujours les mêmes et vous donnent des conseils désastreux : il faut croire en ses rêves même si ces rêves sont communs, il faut toujours y croire, il faut quitter l’école car on n’y apprend rien. « Le secret, dit un fameux basketteur, c’est de ne pas avoir de plan B ».
Cela est désastreux car il n’y a pas de place pour tous ceux qui en veulent. Prenez le football et tous les sports professionnels. On sait combien de personnes peuvent accéder au haut niveau. On sait donc que l’immense majorité de ceux qui tentent leur chance ont échoué ou vont échouer.
Ceux qui ont reussi ont une tendance naturelle à penser qu’ils l’ont mérité, que la chance et le hasard n’y sont pour rien, et donc ils disent des inepties fondées sur le fait qu’eux ont réussi sans avoir plus talent que d’autres, ni sans avoir travaillé davantage. Ils occultent le facteur chance dans la réussite car ils l’ignorent, et ils l’ignorent car justement l’argent leur est tombé dessus.
Même les joueurs de casino et les rares gagnants du Loto finissent par trouver qu’ils méritent leurs gains.
Il est donc impératif de suivre les conseils des losers et de la sagesse précaire. Jeunes gens qui rêvez d’être une star, jous n’y parviendrez pas, alors prévoyez tout de suite un plan B. Travaillez votre musique, votre football et vos vidéos Tik-Tok. Travaillez mais ne croyez pas en vos rêves. Vos rêves sont cons comme la lune. Travaillez et si vous avez de la chance, alors peut-être recevrez-vous quelques gratifications.
Mais n’oubliez jamais que, statistiquement, vous n’avez aucune chance de réussir.
Les journalistes allemands rapportent que de plus en plus d’experts venus d’ailleurs font leurs bagages et retournent d’où ils viennent. Que ce soit des scientifiques allemands voulant renouer avec leurs racines ou des chauffeurs de taxi mexicains, ils se heurtent à des conditions de vie et de travail inacceptables en comparaison de ce qu’ils ont connu ailleurs.
Les journaux s’inquiètent de cet état de fait car l’économie allemande, même en récession, a un besoin vital de main d’oeuvre étrangère, à tous les niveaux de la vie active. Des ingénieurs jusqu’aux aides soignantes, le pays vit sous perfusion de l’immigration.
On pourrait croire que ce serait plus facile pour les Allemands qui, comme le sage précaire, se sont expatriés et voudraient revenir dans la mère-patrie. Hélas, c’est tout aussi dur pour eux et ils préfèrent renoncer. Der Spiegel, le célèbre hebdomadaire d’actualité, rappelle que depuis vingt ans, il y a chaque année plus d’Allemands qui partent que d’Allemands qui reviennent.
Pourtant, autant que je puisse en juger, la qualité de vie en Bavière est excellente. On mange bien, les villes sont riches de biens culturels et artistiques qui remplissent avantageusement les journées, on y circule à vélo, les transports publics sont efficaces…
La Précarité du sage va encore devoir mouiller la chemise pour découvrir le fin mot de l’histoire.
L’économiste Julia Cagé est un bon produit du système scolaire français. Dès le début de l’entretien qu’elle a accordé à Thinkerview, on sait qu’elle a fait une thèse en Amérique et qu’elle a fait une grande école en France. On ne sait pas encore laquelle.
Tout le long de l’entretien, elle parle de choses dont elle n’est pas spécialiste, mais elle se comporte avec le charme de quelqu’un qui a l’habitude de passer des oraux. Elle se dit : comment passer pour un connaisseur sur cette question alors que je n’y connais rien ? Pour le sage précaire, qui n’est spécialiste que de cela, le bullshit intelligent, la prestation de Julia Cagé est très encourageante.
Le seul gros défaut dans la roublardise de Mme Cagé se révèle à la fin de l’émission, quand elle doit pourtant répondre à la question la plus facile.
Une des questions finales des entretiens Thinkerview consiste à donner trois conseils de lecture. Franchement, c’est du pain béni pour bricoler des réponses avantageuses. Or, souvent, les intervenants sont fatigués à ce moment-là et donnent des réponses mal foutues. Même l’écrivain François Bégaudeau ne s’en est pas bien sorti et a lancé trois noms comme ça, à l’arrache, sans habiter sa réponse.
Julia Cagé est très amusante à observer dans cet exercice car elle joue le rôle qu’apparemment on enseigne dans les classes préparatoires et les grandes écoles : l’art de parler de tout avec éloquence et de paraître aussi convaincant que possible. C’est en tout ce dont se flattait l’historien Patrick Cabanel en son temps. On ne devrait pas être fier de cela, et le sage précaire n’est fier de ce talent que parce qu’il n’en a pas d’autre.
D’abord elle dit : « ouais ! » mais elle n’a pas encore les trois livres en tête.
Après un silence, elle cite un livre de Barbara Stiegler mais elle en dit juste assez pour impressionner. Elle ne l’a pas lu. Elle en a tout juste entendu parler.
Ensuite elle galère pour trouver un deuxième conseil. Elle soupire, pense à voix haute, se demande ce qu’elle a lu récemment, et rien ne vient. La honte pour une intellectuelle française. Ressaisis-toi Julia.
À court d’idées, elle lance un truc de baratineur que nous connaissons tous : « Alors là je vais vous dire, ça va vous étonner. Je vais vous faire bondir, là. » C’est génial de voir, ça nous rend les élites plus proches de nous. Tenez-vous bien, je vais vous conseiller un truc, mais c’est une dinguerie, retenez-moi ou je fais un malheur…
Elle conseille toute l’oeuvre de Hanna Arendt. Comme c’est ridicule, et pour se rattraper, elle prétend l’avoir relue récemment. Pour faire passer la pilule, elle n’a d’autre choix que d’insister, de grossir le trait : »J’ai tout relu du début à la fin », dit-elle, en vous regardant bien dans les yeux, pour s’assurer que ça passe. C’est évidemment un gros bobard. Elle en tire de pauvres idées sans grand intérêt, des choses à moitié fausses, du bla bla convenu sur Hanna Arendt, mais elle pense avoir produit son petit effet.
Son troisième conseil est un roman de Paul Auster, et là non plus elle n’est pas brillante. Bon, c’est la fin de l’émission, elle n’est clairement plus la fringante normalienne qu’elle est d’ordinaire.
À part ça j’aime bien Julia Cagé et je regarde cet entretien pour la deuxième fois, ce qui est assez dire.
L’histoire poignante de mon ami H. qui prend des risques pour mettre le pied en Europe remue tant d’idées et de souvenirs en moi. Les mots et les idées s’entrechoquent.
Deux discours sur la migration se font face et sont également sans avenir et sans issue. En Europe, le discours dominant est celui de l’anti-immigrationnisme qui prétend que l’immigration est la cause de nos problèmes. En France, l’extrême-droite pense et dit cela depuis 50 ans, rejointe par les partis de droite et du centre depuis leur défaite de 1988, rejointe enfin par la gauche anti-sociale dite gouvernementale, qui se vautre depuis 2001 dans un racisme renommé élégamment laïcité.
En face, c’est une position inverse qui s’impose. En Afrique, le discours omniprésent est celui de la réussite par l’émigration. Aider quelqu’un revient bien souvent à lui trouver un « contrat » ou un visa dans un pays du Golfe persique, d’Amérique ou d’Europe. Les conseils fusent du genre : apprends telle langue, forme-toi à tel métier, cela te donnera plus d’opportunité pour partir dans tel pays. C’est un véritable crève-coeur de voir tant de gens de grande qualité avoir intégré l’idée que la réussite se trouverait forcément ailleurs.
Des millions de personnes dans le grand sud sont parkés dans des centres, des prisons, des camps, aux portes des espaces européens, américains ou asiatiques perçus comme des Eldorado d’opportunités. On entend des chansons et on voit des pancartes de gens qui clament : « Laissez-nous passer », « we need to pass ».
Où la sagesse précaire se situe-t-elle dans cet embrouillamini ? Doit-elle militer pour un accueil inconditionnel de tous ceux qui le veulent ? En quoi cela serait-il humaniste et rationnel ?
Le sage précaire est gêné. Il aimerait voir les voyageurs libres de traverser les frontières mais il comprend les frayeurs et les inquiétudes des braves gens devant l’immigration. Cette inquiétude est la même partout, elle est par exemple présente en Tunisie cet été en présence de tous les subsahariens qui apparaissent dans les villes côtières.
Ce qui est insoutenable dans tout discours, c’est de réduire les Africains à une catégorie d’être humain, celui qui cherche à s’en sortir. Il faut aussi donner voix à tous ceux qui veulent juste voir du pays, sans nécessairement fuir la misère, comme le sage précaire lui-même le faisait.
Depuis des mois, j’entends des nouvelles alarmantes de mon ami H. qui menace de prendre tous les risques et d’émigrer coûte que coûte. Il n’en peut plus de sa vie, il ne voit aucune autre issue que le départ et la clandestinité en Europe.
Nous faisons ce que nous pouvons pour le convaincre de ne pas faire de bêtises. Apparemment nous ne faisons pas tout ce que nous pouvons, ou en tout cas ce qu’il faudrait faire. Nous sommes impuissants à le raisonner. Il m’a dit la mort dans l’âme que lorsque je serai en Tunisie il serait déjà parti et qu’il serait soit en Italie, soit en pleine mer, soit mort, soit porté disparu.
C’est affolant et pourtant on ne peut pas se permettre de s’affoler. Ce qui est certain c’est qu’on ne peut pas profiter la conscience tranquille de la Tunisie, ni parler avec détachement de la culture locale. Heureusement pour nous, notre voiture est un modeste véhicule utilitaire d’une marque française, donc aux yeux même des Tunisiens, une caisse de pauvre. Avec nos vêtements sans marque, notre voiture de blaireau, nos livres en papier en lieu et place de tablettes et téléphones high tech, nos préférences pour la ferme de Ftiss plutôt que pour des logements climatisés de la côte, nous faisons plutôt pitié qu’envie.
J’espère en tout cas que nous ne participons pas trop aux jeux délétères que je vois à l’œuvre où chacun cherche à se faire passer soit pour nécessiteux soit comme roi du pétrole. De mon côté, je ne parle jamais d’argent et cela m’est aisé car je laisse Hajer s’occuper de ce délicat et encombrant sujet.
Toujours est-il que les Tunisiens sont constamment exposés à des compatriotes venant d’Europe, les poches pleines d’argent et les mains pleines de biens de consommation. Cela crée une frustration invivable. Les candidats au départ sont de plus en plus nombreux et de plus en plus désespérés. Ils sont littéralement prêts à mourir car plus les années passent plus leur situation se dégrade.
Cela résonne avec les histoires horribles, relayées par les réseaux sociaux, de clandestins subsahariens renvoyés dans le désert entre Lybie et Tunisie. On a retrouvé des femmes et des enfants morts de soif. La police les avaient reconduits à la frontière lybienne.
Les Tunisiens sont en effet affolés de voir tous ces Africains dans leurs villes. D’où viennent-ils, se demandent-ils ? Ils pensent notamment que c’est le gouvernement algérien qui les laisse passer voire les escorte jusqu’à la frontière tunisienne et leur dit débrouillez-vous.