Il y a quelques jours, à deux pas de ma maison, 115 Roumains ont été expulsés de leur maison par des bandes de… Des bandes de quoi ? Des bandes de pauvres gens, à n’en point douter. Des pauvres types qui ne supportent pas de voir des étrangers vivre dans leur quartier. Plus de vingt familles ont dû trouver un logement d’urgence, en état de choc. Il n’y a pas qu’eux qui sont en état de choc. L’immense majorité des gens est effaré et partage le sentiment de honte que les journaux expriment.
Les Britanniques découvrent avec horreur qu’il y a autant de racisme chez eux qu’ailleurs. Loin des raffineries d’Angleterre où les ouvriers protestaient récemment contre l’emploi d’étrangers, aux cris de « British Jobs for British People » ; loin de la poussée électorale d’un parti ouvertement xénophobe lors des européennes, l’Irlande du nord digère difficilement ses étrangers. Avant les Roumains, c’étaient 40 Polonais qui durent quitter leur logement dans des conditions similaires. Puis des Hongrois furent la cible de réactions de rejet. J’espère que ces méthodes brutales ne viendront pas s’appliquer chez moi, où vivent un Pakistanais, un Slovaque, un Français et un pauvre Irlandais… Ma maison combine tout ce que les beaufs britanniques détestent : la France, l’islam et l’Europe de l’est.
Dans le Belfast Telegraph daté du 19 juin 2009, ce n’est pas Madame Tout-le-monde qui commente l’événement, c’est Anna Lo, élue municipale de la ville de Belfast, née en Chine, arrivée en Irlande du nord dans les années 1970. (Y avait-il un programme d’échange entre la Chine maoïste de l’époque et Belfast en guerre civile ?) Elle est membre d’un parti « transcommunautaire », et elle rappelle des faits alarmants : ce n’est que depuis 2004 et l’élargissement de l’Europe que l’Irlande du nord connaît le multi-culturalisme. En quelques années, 50 000 immigrés ont débarqué d’Europe de l’est. Dans un pays où les haines sont habituellement dirigées contre des gens qui ont exactement le même mode de vie que soi, la même langue, la même culture, c’est raide et un peu violent, il faut admettre.
Anna Lo rappelle surtout que tous ces étrangers, qu’on a délogés manu militari, n’occupaient pas de logements sociaux mais payaient un loyer dans le secteur privé. « They boost the local economy by paying for rent, food and service. » (Ils renforcent l’économie locale en payant les loyers, l’alimentation et les services). Quand il voit le nombre de maisons vides et décrépies dans le centre de Belfast, le voyageur se dit qu’en effet les actes racistes sont ici – plus qu’ailleurs – contre-productifs.


