Que critiquer n’est pas effacer

La tribune des poètes qui protestent contre la nomination de Sylvain Tesson comme parrain du Printemps des poètes reçoit beaucoup de critiques dans les médias. À la télévision comme sur les réseaux sociaux, journalistes et politiciens apportent leur soutien à l’écrivain le plus médiatisé de sa génération.

Les signataires sont déclarés ineptes du fait qu’ils ne sont pas célèbres : vous êtes des obscurs et vous osez prendre la parole ? Mais pour qui vous prenez-vous ?

Seuls les gens déjà médiatisés ont le droit de dire ce qu’ils pensent. Il y a quelque chose de scandaleux à voir des gueux faire irruption dans les médias.

Malgré leur obscurité, les signataires sont qualifiés de « médiocres », de « ratés » d’auteurs sans talent. Ils ne sont pas lus mais on sait par avance, on sait de toute éternité, que leurs productions sont nulles. La preuve ? Celle de Sylvain Tesson est appréciée des lecteurs du Figaro.

On reproche aux signataires de vouloir « interdire », « effacer » l’écrivain voyageur. On leur fait le reproche de participer à cette fameuse culture de l’effacement, brandie à chaque fois que des subalternes se permettent de proposer une lecture des faits divergente de celle imposée par les médias ou le pouvoir.

Tous ces gens qui travaillent la langue et la poésie se sentent insultés qu’on leur impose un parrain qui combine les deux défauts d’être réactionnaire politiquement et médiocre littérairement. C’est leur opinion. Le fait qu’ils l’expriment est plutôt un signe de vitalité. On les fait passer pour des salauds.

Les signataires n’ont jamais demandé qu’on retire les livres de l’auteur en question des tables de libraires. Ils ne protestent pas non plus contre ses invitations à la télévision.

Ils prennent juste le droit de critiquer la nomination d’un homme à un mandat pour un événement qui les concerne, eux, en première ligne.

Comparons le lycée Stanislas et le lycée Averroès

Deux lycées font la une de l’actualité française. Deux établissements privés, sous contrat avec l’État, religieux, obtenant des résultats excellents. Tous deux sont accusés de manquement à la laïcité et de dérives sectaires.

Dans l’émission de Pascal Praud sur la chaîne CNews, l’avocat Gilles-William Goldnadel déclare qu’on devrait faire un rapport d’inspection sur le lycée Averroès. Il soutient que nous, les libéraux qu’il désigne sous le nom de gauchistes, protégeons les musulmans et voulons nuire à l’élite catholique.

Eh bien d’accord, retournons vers les rapports d’inspection sur les deux lycées. Mais retournons-y vraiment. Car en novembre 2023, un rapport « accable » le lycée musulman mais sans être diligenté par les services compétents. Ce sont des élus locaux et nationaux (pour certains nommés par le gouvernement) qui donnent leur avis. Les médias proches de Zemmour et Bolloré se félicitent de ce « rapport » :

Ils mettent des photos de femmes voilées pour bien souligner qu’on n’est plus chez nous.

Quelques jours plus tard, on découvre que ce « rapport » n’est pas sérieux, comme le montre la presse indépendante d’investigation :

Alors qui croire ? Le sage précaire propose de suivre la requête de M. Goldnadel, salarié par le patron de médias M. Bolloré. Il demande qu’on aille voir de plus près ce qui se passe au lycée musulman. Justement, la presse centriste aux mains d’autres milliardaires nous informe qu’il y a bien eu des rapports d’inspection, et que ces derniers ont été tenus secrets par le gouvernement parce qu’ils étaient « extrêmement favorables ». Voici la preuve de ce que j’énonce dans cet article d’un directeur de Science-Po publié dans Le Monde :

Je passe directement au passage qui concerne le seul « rappport » qui doit faire autorité en matière de pédagogie et de gestion des lycées :

Enfin la conclusion de cette tribune que je trouve pour ma part poignante, car la montée du racisme et de l’islamophobie au sein de notre gouvernement, nos préfets et nos élus locaux, ne peut que mettre en danger la république dans sa devise de liberté d’éducation, d’égalité des traitements, et de fraternité entre les Français :

Soutenez la poésie contre la Bolloréisation de la littérature

Vous pouvez accéder à la tribune et la signer en cliquant ici.

https://docs.google.com/forms/u/0/d/e/1FAIpQLSedYDyuN9aUqdFYlL0snwWuuCNc2LFmWqFtIn01dnMCL1BRPg/formResponse?pli=1

Pour ma part je n’en dirai pas un mot car j’ai déjà fait ma part du travail. Mais je ne m’interdis pas de relayer le travail des autres.

Fictions of Whiteness, de Maeve McCusker : une performance postcolonialiste

Statue de Joséphine non décapitée

For literary critics interested in such subjects as slavery, colonialism,and the ghosts of the past, the remarkable outpouring of world-class writing that characterized French Caribbean in recent decades offered a fertile, highly self-aware, and intellectually rewarding terrain.

Maeve McCusker, Fictions of Whiteness, p. 19

Cette citation est un bon exemple du style d’écriture de cette autrice universitaire : solide et élégant, ses phrases sinueuses permettent d’équilibrer un propos en se défendant de toute attaque tout en pointant plusieurs objectifs et sans jamais oublier de se raccorder aux idées précédentes. Maeve McCusker fut ma directrice de thèse, avec Dominique Jeannerod, et à ce titre je lui dois incontestablement une amélioration de mes capacités d’écriture académique.

Son dernier livre, Fictions of Whiteness, est un essai de critique littéraire qui se penche sur l’imaginaire associé aux « blancs », les « békés », qui vivent aux Antilles françaises. Vous qui venez de voir le film Napoléon de Ridley Scott au cinéma, gardez à l’esprit que la femme de Bonaparte, Joséphine de Beauharnais, était une créole blanche, et reste à ce jour la plus célèbre des blancs des Caraïbes. Elle avait paraît-il un petit accent antillais quand elle parlait, « ses r s’évanouissaient dans sa bouche » dit l’historien Henri Guillemin.

À propos de Joséphine, Maeve écrit cinq très belles page dans la substantielle introduction (35 pages en ajoutant la préface) sur le phénomène essentiel qu’est la statue de l’impératrice située en Martinique. C’est une œuvre gigantesque, en marbre blanc pour éviter la couleur sombre du bronze, et qui concentre sur elle un faisceau de problématiques historiques, esthétiques, narratives, coloniales et néocoloniales. Maeve démêle élégamment ces fils embrouillés de questions autour de la statue, sa matière, son sens, ses detériorations, son déboulonnage ou sa mémoire. Je cite à nouveau une longue phrase puissante de Fictions of Whiteness qui montre combien cette Joséphine pétrifiée concentre sur elle des désirs contradictoires, mêlant racisme victorieux et anxiété des dominants :

The tensions between omnipotence and persecution, between dominance and muteness, or at the very least the uneasy relationships among supremacy, vulnerability, victimhood, and anonimity that characterize the post-Abolition, and especially perhaps the post-departmentalization plantocracy, were captured in the wounded memorial, itself a fiction of triumphant whiteness, a « post-colonial performance », and a site of ambivalent and even traumatized power.

Maeve McCusker, Fictions of Whiteness, p.5

L’idée d’une « performance post-coloniale » pour qualifier une statue est une très belle création, à mon avis très fructueuse.

Maeve McCusker, professeure de français à l’université Queen’s de Belfast, est spécialiste de littérature antillaise et a déjà publié un livre remarquable sur Patrick Chamoiseau. Cette étude sur les blancs de Martinique et de Guadeloupe depuis le XVIIIe siècle est très originale car on a plutôt l’habitude de mettre en avant les auteurs et les personnages qui incarnent la négritude et ses developpements. Comme elle le dit, à l’exception du prix Nobel Saint-John Perse, les seuls auteurs antillais vraiment intéressants sont noirs. Les békés étaient plus doués pour faire du sucre que de la littérature. Raison pour laquelle j’ai pour ma part regretté un chapitre sur l’auteur (créole blanc dont la créolité nous est souvent inconnue) de l’Anabase.

Cela n’enlève rien aux nombreux mérites de Fictions of Whiteness. À travers des romans de Traversay, Levilloux, Glissant, Chamoiseau, Placoly et autres Marie-Reine de Jaham, Maeve McCusker invite le lecteur à réfléchir sur la condition privilégiée des blancs.

Bien sûr aux Antilles (c’est moi qui parle) la couleur de la peau n’a pas le même sens qu’en Europe, du fait déjà que les blancs y sont venus d’Europe, y ont massacré les indigènes et y ont introduit des esclaves d’Afrique. Ils ont donc recréé de A à Z tout un monde nouveau qui n’avait pas beaucoup de chances de satisfaire une âme baignée dans l’idéologie des Lumières. Les blancs y demeurent une petite minorité de la population qui possède l’essentiel de la richesse. Mais justement, nous les Français de métropole, nous avons une lourde tendance à ignorer, occulter, voire dédaigner la vie et les tensions à l’œuvre dans ces départements américains que nous trouvons normal de posséder.

Les études postcoloniales, je les ai beaucoup critiquées, mais elles ont cette vertu de nous inviter à prêter attention à des auteurs, des territoires et des histoires que notre culture majoritaire préfère dissimuler. Maeve McCusker fait partie des rares postcolonialistes à être toujours intéressante et à ne jamais dire de bêtises. D’ailleurs elle n’hésite pas, à ma surprise, à comparer le contexte littéraire de l’Irlande (colonisée par l’Angleterre) et celui d’îles américaines (colonisées par la France) (p. 74.).

Il y aurait sur ce point trop à dire, alors je m’arrête là.

Allemagne, pays de vieux et d’étrangers

Il suffit de rester une période moyenne en Allemagne pour se rendre compte que la plupart des personnes avec qui vous avez à faire n’est pas allemande.

Dans les magasins, les administrations, les transports, tout le monde parle polonais, turc ou italien avant de s’adresser à vous en allemand.

J’ai déjà parlé de la vieillesse des populations allemandes dans les quartiers residentiels. Et vraiment, jour après jour, en tout cas dans une première année passée partiellement en Allemagne, l’impression qui s’impose à moi est celle d’un pays qui ne pourrait pas survivre sans une immigration soutenue.

Et c’est le moment que l’éternel racisme a choisi pour réapparaître.

Bégaudeau/Enthoven, deux manières opposées de raconter sa vie

Il est passionnant de lire deux autobiographies en parallèle, Deux singes ou ma vie politique de François Bégaudeau et Le Temps gagné de Raphaël Enthoven.

Les deux hommes sont nés au début des années 1970, étaient de bons élèves. Ils passent à la télé et dans les médias, les deux sont engagés politiquement, et sont d’excellents orateurs. Ils publient tous deux des livres. Ils sont agrégés, l’un de lettres l’autre de philosophie. Le parallèle se fait de lui-même.

Or, le lecteur fait une expérience radicalement différente quand il lit Le Temps gagné et Deux singes.

Dans le livre d’Enthoven, il n’apprend rien et reste assis dans son rôle de spectateur.

Dans le récit de Bégaudeau, le lecteur est debout et il se déplace. Il n’est pas spectateur, il participe à un atelier. Le texte fonctionne comme une proposition narrative qui explique comment la politique s’introduit dans une vie, et comment un indivu l’appréhende. Le lecteur est donc invité à chaque page à faire ce même travail de mémoire et de politique.

Quand on lit Bégaudeau, on n’est pas impressionné. On n’est pas au spectacle, on n’admire ni ne déteste jamais le petit Bégaudeau narrateur, car on est mis en mouvement. La fonction lecteur est dynamisée, et on est invité à se mettre au travail.

Enthoven, au contraire, prend soin de nous mettre à distance et de nous dire regardez-moi. Quand il parle des coups de son beau-père, de la défécation de sa femme, de la maison de Carla Bruni, c’est Raphaël qui danse devant nous, sur cette scène majestueuse que le monde éditorial et médiatique a construite pour nous. Raphaël n’oublie pas de se donner le mauvais rôle parfois pour ne pas apparaître malhonnête.

Bégaudeau, lui, parle de lui comme Sartre le faisait dans Les Mots, parce qu’une vie humaine en vaut une autre. Bégaudeau sait que sa vie n’est pas plus intéressante que la nôtre. Il traque son enfance dans ses éléments concrets pour trouver à quel moment et pourquoi il est devenu « de gauche », alors que son frère et sa sœur se fichent de la politique. Le déterminisme familial facile étant évacué, on peut chercher des déterminismes plus fins, plus complexes, et c’est une quête passionnante à poursuivre.

7 octobre 2023 : La fin annoncée de la pression pro-israélienne en France

Depuis les attaques du 7 octobre 2023, j’ai le sentiment très net d’un changement profond et radical dans la fabrique des idées en France. Une voix dit, à l’intérieur de moi : c’est fini.

Mais qu’est-ce qui est fini ?

Les espoirs de voir un État palestinien sont morts depuis longtemps, la paix était remplacée par le concept de sécurité pour les Israéliens, au prix d’un écrasement du peuple palestinien. Bien, c’était la victoire de l’extrême-droite, la solution raciste qui réussissait à s’imposer même aux pays arabes de la région. De ce fait, les Français pro-israéliens pouvaient imposer leur narratif en douceur.

C’est cette domination de l’idéologie pro-israélienne qui est en train de diminuer en France. Ils ne peuvent plus nous intimider en nous traitant d’antisémites. C’est fini. Ils essaient encore, les journalistes de télévision se déchaînent contre Jean-Luc Mélenchon qui refuse le narratif et le vocabulaire imposés par Israël, mais ça ne marche plus. La machine à intimider, à anathématiser, est maintenant grippée. Ce qu’ils ont réussi à faire avec Edgar Morin, Pascal Boniface, Jeremy Corbyn, Daniel Mermet, ou encore Siné, c’est-à-dire à leur pourir la vie, à les faire taire, à leur faire perdre leur emploi, ils n’y arrivent plus aujourd’hui.

Pendant une grosse vingtaine d’années, le discours israélien en France s’est imposé et a démontré sa puissance dans nos médias. Ce mouvement a commencé après les attentats du 11 septembre 2001, et a trouvé son terme le 7 octobre 2023. 22 ans de domination intellectuelle étouffante. Je ne donne pas de noms parce qu’ils sont innombrables : ceux qui travaillaient à la télévision devaient soit se taire sur la question israélienne, soit abonder dans le sens de la colonisation inique, soit disparaître des écrans. Prenez le cas de deux chroniqueurs de l’émission phare des années 2010, On n’est pas couchés : Aymeric Caron est gentiment (silencieusement) poussé vers la sortie pour avoir confronté BHL sur le sort des Palestiniens, entre autres faits d’armes qui lui sont encore reprochés aujourd’hui sur CNews. Yann Moix reste apprécié du fait de son soutien indéfectible à Israël. Ça se voyait, je le voyais, mais le dire nous faisait passer pour des antisémites.

Mais c’est fini tout ça. Ils ont trop tiré sur la corde, et de son côté, Israël a trop massacré, humilié et brutalisé. Soutenir la politique de ce pays, tout en diffamant ceux qui le critiquent, c’est maintenant être dans le camp de l’extrême-droite la plus décomplexée. C’est une nouvelle tragédie pour les juifs, ils n’avaient pas mérité ce fardeau. Leur plus grand ennemi, depuis 2001, ce ne sont pas les musulmans, pas les « islamo-gauchistes », mais bien les pro-Israël.

Le cas le plus célèbre de ces gens intimidés par ce groupe d’intérêt est le comedien Dieudonné, que je défendais dans ce blog il y a quinze ans. J’y voyais déjà une injustice et je me faisais insulter. Je n’y reviens pas, car les historiens vont s’y pencher abondamment. J’ai fait ma part du travail.

Observons ce qui va se passer avec les comédiens de France Inter qui se trouvent sur la sellette. Selon toute probabilité, ils devraient disparaître eux aussi, car un mouvement d’oppression intellectuelle ne meurt pas vite, et puis les soutiens d’Israël restent majoritaires dans nos médias, privés comme étatiques, donc il va y avoir de nouveaux soubresauts. Mais il va être passionnant d’observer comment la transition va se jouer et à quoi elle va mener.

Qui parle de « Cancel culture » ?

Cette émission de débat est intéressante en ce qu’elle dissimule. Les quatre intervenants expliquent ce qu’est la culture de l’effacement (cancel culture en anglais) sans jamais dire que ce terme est lui-même connoté et problématique.

En effet, ceux qui veulent renommer les rues du maréchal Pétain, ou les rues Adolf Hitler, déboulonner les statues de Lénine ou de Staline, retirer de la vente les pamphlets antisémites de Céline, ne cherchent pas à « effacer » la mémoire de ces personnalités. D’ailleurs personne ne songe à parler de cancel culture à leur propos.

On en parle depuis quelques années parce que ceux qui veulent déboulonner ne paraissent pas légitimes aux yeux des dominants. Ôter les nazis et les antisémites de nos villes, c’est normal, mais protester contre les colonialistes, les esclavagistes et les racistes, franchement, les maîtres trouvent cela exagéré. Alors on invente des mots incriminants : culture de l’effacement, nouvelle dictature de l’esprit, terrorisme intellectuel. Domination des minorités agissantes qui « nous » imposent leur vision et leur valeur…

Il n’y a pas de culture de l’effacement, ce terme a été inventé par des privilégiés qui cherchaient à décrédibiliser les simples citoyens qui voulaient faire entendre leur voix. Alors on les traite de « puritains », de « racistes », de « dictateurs », on leur prête une volonté d’interdire, de proscrire, d’annuler des oeuvres (« cancel » se traduit aussi par « annuler » !), comme si des minorités pouvaient imposer quoi que ce soit à un système médiatique verrouillé par de richissimes hommes d’affaires.

En réalité, quand on s’attaque à des statues d’esclavagistes, c’est pour éviter de célébrer des grands hommes comme s’ils n’avaient rien fait de mal. Quand on critique une star de cinéma accusée de viols et d’agressions, c’est pour ne pas oublier les nombreuses victimes qui ne sont pas écoutées, et qui finissent, chaque année, par mourir sous les coups de leur compagnon. Mais la mémoire n’est en aucun cas « annihilée ». Les films dans lesquels joue Gérard Depardieu seront toujours diffusés et aimés. En revanche les films les plus choquants peuvent être mis hors de portée des publics fragiles. Il s’agit seulement de retirer de l’espace public les signes ostensibles de célébration de certaines personnes, quand il a été avéré qu’elles ont participé à opprimer, à dégrader des gens qui furent méprisés dans nos sociétés.

Juifs, noirs, femmes, homosexuels, ouvriers, insurgés, beaucoup de gens furent persécutés de manière brutale et injuste, et quand ils prennent la parole, ils affirment ne pas supporter qu’on célèbre tranquillement ceux qui ont écrasé leurs ancêtres ou agressé les gens de leur espèce. Qu’y a-t-il de révoltant à cela ?

Cela ne les efface absolument pas. Nous continuons de lire Céline, et même ses pamphlets grâce aux prêts bibliothécaires. Nous continuons d’étudier l’histoire. Les statues déboulonnées ont toujours leur place, comme le dit un manifestant dans l’émission que je mets en ligne : leur place est dans les musées. L’expression « culture de l’effacement » est un donc mensonge. Ceux qui l’emploient sont soit menteurs, soit manipulés par des menteurs..

Après des propos polémiques de Meyer Habib, trente-neuf députés demandent la levée de son immunité parlementaire

Il a fallu attendre la fin de 2023 pour que des responsables politiques enrreprennent enfin une action contre le problématique Meyer Habib.

La Précarité du sage alerte sur cet individu indigne de la représentation nationale depuis plus de deux ans. L’appartenance à Israël est doucement en train de perdre l’immunité qu’elle garantissait avant le nouvel épisode apocalyptique que nous sommes en train de vivre depuis les attaques du 7 octobre 2023.

Je mets en ligne ci-dessous l’article du Monde qui relate l’action des députés de gauche contre M. Habib.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/12/22/guerre-israel-hamas-apres-des-propos-polemiques-de-meyer-habib-trente-neuf-deputes-demandent-la-levee-de-son-immunite-parlementaire_6207245_823448.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=android&lmd_source=default

Gangubai Kathiawadi, un film indien progressiste

Scène de danse du film Gangubai Kathiawadi

Film indien de 2022, Gangubai Kathiawadi raconte l’histoire d’une femme née dans une bonne famille, enlevée puis vendue pour devenir prostituée à Bombay. Le réalisateur est très célèbre en Inde. Il cherche à élaborer un discours d’émancipation pour les femmes de mauvaise vie dans un pays conservateur.

Comme tous les films de Bollywood, il y a des chants et des danses, mais très peu malheureusement. J’ai adoré ces scènes aux mouvements amples et à la sauvagerie maîtrisée.

Mais le plus impressionnant dans ce film, outre la flamboyance picturale des plans, ce sont les messages sociaux et politiques qui y sont diffusés.

L’émancipation des femmes est naturellement en première page de l’agenda. Le film met en scène un processus d’émancipation d’un groupe de travailleuses du sexe.

La coexistence entre indhous et musulmans est une ligne narrative très forte à mes yeux, même si elle n’est pas très explicite pour ceux qui ne seraient pas informés. Les personnages musulmans jouent un rôle plutôt positif puisque lorsque le personnage principal se fait frapper par un pashto, elle va chercher protection auprès d’un leader de la communauté musulmane, qui se comporte avec elle en gentleman.

De même l’héroïne tombe amoureuse d’un jeune tailleur de vêtements, mais sacrifie cet amour pour donner ce garçon en mariage à une de ses protégées qui ne veut plus se prostituer. On devine qu’elle ne s’autorise pas à être heureuse, mais aussi qu’elle ne veut pas des difficultés d’un mariage mixte, car on devine que le jeune amoureux est lui aussi musulman alors qu’elle est hindoue.

La légalisation de la prostitution est enfin une étonnante revendication du film. On y voit des travailleurs du sexe qui ne demandent pas qu’on interdise leur activité, mais qu’on les considère avec respect et dignité.

Tout cela me paraît étonnamment progressiste pour un film grand public dans un pays dirigé par un nationaliste raciste. Il y a même des dialogues qui m’auraient semblé osés dans un film français.