Je suis allé à la messe dimanche dernier en pensant que pendant la période de Pâques, il y aurait peut-être des choses à voir.
Il y avait en effet un membre de l’église plus important que d’habitude, qui portait une mitre et un bâton très impressionnant. En allant à la cathédrale, j’entendais les cloches sonner de manière désordonnée. Ce doit être un morceau de musique, pensais-je.

Plus tard, une amie me demanda si j’avais prié.
« Je ne sais pas prier », lui répondis-je.
Quand les autres prient, moi je me concentre et je pense à toutes sortes de choses.
« C’est ça, prier », me dit-elle. Je l’aurais embrassée. Les catholiques sont parfois dotés de cet esprit inclusif et baroque qui leur fait respecter les apparences autant que l’inapparent.
C’est une vraie question : comment prier ? Le sage précaire peut-il ne pas prier ? Précaire, cela vient de precare, prier en latin, selon certaines étymologies. Pour d’autres, cela vient de Prae: avant et de careo, es, ere : manquer de. Pour mettre tout le monde d’accord, posons que ce qui est précaire, c’est ce qui est obtenu « par la prière », d’où son aspect non assuré, imprévisible, à la remorque, à la dérive. La sagesse précaire est une sagesse suspendue au bon vouloir des autres, des circonstances, des remous de la vie. La différence entre un sage précaire et un chef religieux, ou un gourou, c’est qu’il ne peut rien promettre. C’est un peu désespérant, comme sagesse : on est là, et puis… ce qu’on a, on n’est pas certain de le garder… Ce qu’on n’a pas, on trouve normal de ne pas l’avoir… Non la sagesse précaire, il faut prévenir vos enfants, c’est vraiment en dernier recours.

Pour raccorder la prière à la question des positions du corps qui m’occupe, l’agenouillement est une torture pour moi. Rien n’est moins naturel que de faire reposer le poids de mon corps sur mes genoux. Je ne sais pas si les catholiques en ont contracté une réelle habitude, mais pour moi ce sont des moments intéressants car légèrement douloureux et propices à des prises de conscience : mon corps se retrouve déséquilibré, désarticulé, je me sens devenir marionnette sans colonne vertébrale, sans « assise » véritable. Après l’éloge des assis, il est temps de chanter les agenouillés.
Agenouillé, je ne peux plus penser ni aux pauvres ni aux diacres, ni à personne ni à rien. C’est la prière précaire. La prière de ceux qui essaient seulement de garder l’équilibre en attendant que cela cesse.
L’orgue de St Peter Cathedral, Belfast.