Comment on devient un « bullshitter »

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D’abord on ne s’en rend pas compte car on ne sait pas ce qu’est un bullshitter. Puis, quand on s’aperçoit qu’on raconte des bêtises, alors on commence à douter. Mais surtout, c’est en fréquentant d’autres bullshitters que les plus lucides d’entre nous peuvent vraiment faire leur examen de conscience.

Le bullshitter, c’est celui qui dit des choses avec assurance, mais sans en avoir la connaissance ni la compétence. Il y a donc plus de bullshitters chez les intellectuels, dans l’université et les médias, que dans les milieux où le savoir est moins considéré, s’il existe de tels milieux.

C’est aussi celui qui se vante d’aventures qu’il n’a pas vraiment vécues, d’amis qu’il ne connaît pas tout à fait. C’est aussi celui qui flatte ou qui dit ce que les gens veulent entendre. On m’a traité de bullshitter un jour, à Dublin, parce qu’à une femme qui me demandait si ses chaussettes étaient sexy, j’ai répondu : « Very sexy indeed. »

« What a bullshitter », a bougonné mon vieux copain Barra.

C’est lui le bullshitter. J’ai des amis qui sont de grands bullshitters.

Moi-même, je me trouve souvent dans la situation de faire le bullshitter et de m’en rendre compte après coup. C’est très troublant. C’était avec un couple d’amis qui avait de la famille en visite. Nous parlions de la promenade qu’ils voulaient faire dans les montagnes d’Irlande du nord. Je leur conseillais d’aller longer la crête où un très long mur court sur des dizaines de kilomètres. Je leur disais que ce mur avait été construit au XIXe siècle, à l’époque de la famine, pour donner du travail aux pauvres gens, ou pour s’en débarrasser (ce qui revient au même). J’avais lu quelque part que de nombreux ouvriers y étaient morts d’ailleurs, de faim, de froid et de fièvre.

Comme je suis un fameux orateur, les gens m’écoutaient avec des mines très expressives. Je me laissais griser par mes propres paroles, et je finissais par inventer, au début par déduction, puis par soucis de donner des frissons à mon auditoire. Plus tard, je me suis renseigné et j’ai découvert que j’avais raconté de grosses sottises. Le mur avait été construit de 1904 à 1922 pour protéger un immense lac artificiel des désagréments causés par des bêtes. Un demi-siècle après la grande famine. Heureusement, mes amis avaient déjà fait leur randonnée, et ont dû raconter à tout le monde, en leur montrant les photos, des histoires de « mur de la faim », de propriétaires terriens machiavéliques et d’Irlandais faméliques portant leurs pierres comme des Sisyphe hyperboréens.

Un été 2018 joué à l’oreille

L’été se termine par un retour tranquille en Oman. Ma femme et moi avons le plaisir de ne pas trouver une maison détériorée ni une voiture en trop mauvais état malgré de bonnes raisons de connaître des déconvenues : la maison était quasiment en mode porte ouverte, et la voiture est restée deux mois sur un parking avec une fenêtre ouverte. Certes la batterie avait été débranchée par mes soins, mais cela n’empêche guère les voleurs d’utiliser un véhicule.

Nos vacances d’été furent grandement improvisées. A la différence de l’année dernière où ma femme avait planifié un grand tour d’Allemagne, nous l’avons joué à l’oreille en 2018.

Après Lyon et les traditionnelles agapes familiales des Cévennes, nous avons passé une semaine à Paris où mon oncle nous a prêté un appartement. Ma sœur m’ayant aussi prêté sa voiture, on peut dire que c’était l’été de la solidarité familiale. Cette voiture nous a permis de nous rendre où nous voulions : nous sommes allés chez des amis turco-allemands dans la ville de Fribourg-en-Brisgau. Puis nous avons fait le tour du lac de Constance, et sommes retournés à Lyon par la Suisse. Un petit voyage de quelques semaines à petite vitesse où j’ai découvert des villes et des sites merveilleux, tels que Berne ou les chutes du Rhin.

L’Europe germanique est un monde largement inconnu et sous représenté dans l’industrie touristique. C’est un pourtant un trésor pour le voyageur estival, car on y est bien traité, on y mange bien, les villes y sont belles et les gens sympathiques. Et surtout, le tourisme y étant très développé pour un public national, endogame, les territoires seront prêts à accueillir les déferlantes d’Américains et d’Asiatiques, si un jour l’Europe centrale devient à la mode.

C’est tellement capricieux, le tourisme et les envies de voyage.

Une recension de La Pluralité sur Fabula

Lorsque j’arrive (en retard) à la résidence de France, l’ambassadeur me présente à l’écrivain Olivier Rolin qui passe quelques jours de vacances en Oman. Il sursaute quand il entend mon nom : « Je viens de lire une recension de votre livre sur internet. Il y est dit que c’est dommage de lire un livre sur la littérature de voyage qui ne parle pas d’Olivier Rolin. »

Je suis un peu confus, mais c’est vrai que je n’ai pas désiré faire une place particulière à ses récits dans mon livre. J’assume en rougissant.
Je lui demande ensuite où il a lu cette recension. « Un site que je ne connais pas, dit-il : Fabula. »

Fabula ? Il y a un article sur mon livre dans Fabula ?

Louis XIV et sultan Qabous

On entend un peu trop dire que l’Oman est un désert culturel. Peu de galeries d’art, peu de musées, peu ou pas de théâtre, une scène musicale exsangue, quelques cinémas où l’on mange des productions américaines et regarde du pop corn. Et au milieu de ce désert, aime-t-on disserter, cet opéra pour l’élite bourgeoise.

Le voyageur précaire est trop inquiet pour se satisfaire de ces grands traits confortables. D’abord l’opéra n’est pas hors de prix. On peut trouver des places pour 5 rials (12 euros), ce qui est possible grâce à un système de subventions publiques. Ces subventions ne faiblissent guère magré la crise économique qui touche les pays producteurs de pétrole. Il suffit de voir le nom des interprètes, compositeurs et metteurs en scène qui viennent se produire à Mascate ces derniers mois : Hélène Grimaud, Jonas Kaufmann, Turandot mis en scène par Zeffirelli, Hani Shaker, Abadi al Zohar, Sondra Radvanovsky. Belle programmation qui témoigne au moins un peu d’un réel respect d’un gouvernant pour son peuple.

Un projet de théâtre national est en cours de réalisation, et de nombreux événements culturels voient le jour, sous l’impulsion d’un ministère de la culture qui s’intitule plutôt ministère de l’héritage et du patrimoine. Bref, on note une politique culturelle et éducative impulsée principalement par le sultan en place.

Ces derniers temps, je faisais un cours sur la littérature du XVIIe siècle et notamment sur Molière. Les étudiantes voulant comprendre le rôle du roi Louis XIV dans le développement des arts et des lettres ont soudain trouvé cette question très concrète quand on a esquissé une comparaison avec le sultanat d’Oman : la stabilité exceptionnelle du pays (et l’importance de la stabilité en l’occurrence), la volonté de créer des académies et des universités, le mécénat d’Etat, la munificence des infrastructures scéniques où tout un chacun voit la trace et la grandeur du prince. Et surtout, une chose difficile à démontrer, la protection de certains artistes et certains spectacles contre la pression religieuse. Molière a dû sa survie et sa durabilité à la bienveillance du roi, de même que certaines productions de l’opéra de Mascate ont fait vainement l’objet des foudres de factions conservatrices du pays.

Les filles qui étudient à l’université de Nizwa sont alors très sensibles à ces arguments : ne doivent-elles pas leur place à l’université au bon vouloir du monarque ? Il paraît que leurs grand-mères sont illettrées. Et là encore, bien que mon université soit privée, la plupart de mes étudiantes sont bénéficiaires de bourses d’Etat, ce qui permet à des populations montagnardes un certain accès à l’enseignement supérieur.

Il faut se représenter ce qu’était l’Oman il y a à peine 45 ans. Un pays profondément divisé, instable et pauvre, tendu entre plusieurs seigneurs, où aucun souverain n’avait la légitimité de l’ensemble du territoire, et où la culture était vraiment le cadet des soucis de la société. Comme à l’époque de Louis XIV, c’est l’absolutisme d’un pouvoir qui a été la condition de possibilité d’une relative paix sociale et d’un développement éducatif de l’ensemble du peuple.

C’est alors que, au bord de la piscine où je décompresse et soigne mon corps d’athlète, je fais la rencontre d’un Québécois d’origine tunisienne. La soixantaine gaillarde et élégante, il est critique de théâtre et m’apprend qu’un festival international a lieu en ce moment, à grands frais, dans mon village de Berket el Maouz.

Un festival de théâtre ici ? Et personne n’en a rien dit au sage précaire ?

La lune contre les étoiles

Troisième vidéo d’Abadi Al Johar.

La sagesse précaire gâte ses lecteurs. Cette chanson est la même du billet précédent, dans une version plus féminine. Deux chanteuses accompagnent la star du oud.

Les paroles de cette chanson immortelle sont un dialogue. Un amoureux transi est bousculé par les gens du monde :

« Ne t’approche pas d’elle. Ne reste pas près d’elle. Tu vas souffrir, comprends-tu, tu vas souffrir si tu reste éberlué dans la vaste mer houleuse. »

L’amoureux trouve des arguments et ne veut entendre raison. Une de ses répliques les plus étranges :

« Je n’échangerai pas la lune contre les étoiles. »

Quand on voit cet homme au visage disgracieux emmener sur ses mélopées deux superbes créatures sur leur canapé, on comprend mieux pourquoi le sage précaire, en son âge tendre, a consciencieusement appris à chanter et à s’accompagner de la guitare, malgré son aversion pour la musique impure. Il savait, le sage précaire, qu’on séduisait davantage avec la musique non percussive qu’avec la vraie psalmodie sacrée.

Le sage précaire, d’accord en cela avec Abadi Al Johar, n’échangera pas la lune pour les étoiles. Comprenne qui pourra et CQFD. A bon entendeur.

 

Avec Antonin Potoski à Mascate

Cela fait quinze ans qu’Antonin Potoski publient des récits qui tâchent de refléter ce que c’est que voyager au début du XXIe siècle. Un heureux hasard fait qu’il fréquente périodiquement aujourd’hui mon pays d’adoption temporaire, l’Oman. La sagesse précaire fait donc son miel de ses écrits tandis que Potoski se trouve à son tour exposé à la sagesse précaire.

Il a d’abord écrit sur le pays Dogon, puis sur le  Japon et le Bangladesh. Souvent, il appréhende la géographie sous la forme d’un triangle dont il parcourt les côtés. Ses livres sont en général des récits croisés, et comme frottés, qui s’emportent les uns les autres aux trois pointes de ce triangle.

En ce moment, depuis quelques années, son triangle de vie semble être l’Ethiopie, l’Oman et la frontière Birmano-Bangladaise. Il vit dans dans des allers et venues et ses textes sont des vertiges fixés de ces mouvements et de ces décalages. Il écrit sur le Myanmar en Ethiopie, et sur les montagnes d’Afrique australe à Mascate. Il fait voyager ses textes et propose des collisions entre les sens, les paysages, les personnages et les identités.

Potoski fait tellement d’allers-retours entre ces trois points que dans Nager sur la frontière (Gallimard, 2013), il raconte que pour traverser la frontière entre le Myanmar et le Bengladesh, il s’envole en Oman où il ne passe qu’une soirée. C’est aussi ça le voyage des années 2010, tout le monde le sait mais personne n’écrit dessus : il est parfois plus facile et moins coûteux d’enjamber des océans que de marcher tranquillement jusque chez le voisin.

On s’est vus pour la première fois à Mascate, en septembre dernier. Rencontre au sommet, s’il en est, entre la fine fleur de l’écriture viatique contemporaine et la sagesse précaire internationalisée. Mais de ce sommet il n’est rien sorti d’assez remarquable pour justifier une déclaration publique. Juste les prémices d’une amitié possible qui débouchera peut-être, à l’avenir, sur des collaborations éventuelles (beaucoup de modalisation et d’incertitude, comme il sied aux voyageurs précaires de 2015).

Fête nationale

Nous célébrons en ce moment la fête nationale du sultanat d’Oman, et je suis au travail. Nous aurons un ou deux jours de congés pour cela mais plus tard, la semaine prochaine probablement ou celle d’après. Nous attendons que les autorités nous informent des jours qui nous seront octroyés. En attendant, les villes et les couloirs sont couverts de drapeaux et de portraits du Sultan.

Tout le pays tourne politiquement autour de la figure de son leader. C’est un petit culte de la personnalité, tranquille et familial.

La fête nationale est du reste la date anniversaire de la naissance du sultan Qabous. Et si le chiffre 45 se retrouve un peu partout, c’est pour indiquer qu’il s’agit de la quarante-cinquième année qu’il a pris le pouvoir.

Des étudiantes viennent dans mon bureau depuis trois jours pour travailler la prononciation de l’hymne national traduit en français. A force de l’entendre et de travailler le texte, la chanson me trotte dans la tête : « Dieu bénisse sa majesté le Sultan / Gloire à son hégémonie / Oman, peuple dévoué parmi les nobles Arabes … »

Un groupe d’étudiants européens, venus ici pour pratiquer l’arabe, sont invités à se déguiser en habits omanais traditionnels, à parader sur une scène de théâtre, et à effectuer des lectures de poèmes arabes. L’ambiance est très bonne, les étudiants omanais sont ravis de voir ces Européens ainsi déguisés et ils acclament certaines lectures plus que d’autres. Je demande à mon voisin pourquoi : c’est la prononciation de l’arabe qui impressionne, plus que le contenu des paroles.

Ce soir, encore, une célébration a lieu dans l’amphithéâtre en plein air du campus. Des chants, des sketches, des poèmes, des psalmodies du Coran, c’est très réussi. Et pendant que j’écris ces lignes, j’entends des détonations : un feu d’artifice sans aucun doute.

La fierté nationale est très vibrante en Oman mais elle n’est pas oppressante. On sent que les gens aiment leur pays et leur sultan mais jamais chercher à imposer une idée ou une conception. Il n’y a pas d’arrogance, pas de rodomontade. Simplement la joie d’être en famille dans un pays en paix.

 

 

Nager le soir

L’hôtel Golden Tulip se trouve à quelques kilomètres de chez moi, sur la route qui mène à l’hypermarché Lulu.

Bellement décoré, il offre un cadre oriental reposant et accessible aux bourses des travailleurs occidentaux. Il y a un restaurant que je n’ai pas essayé, un bar où se produit une chanteuse russe et une terrasse extérieure où l’on peut fumer la chicha. J’y ai passé peu de soirées car il y traîne inévitablement un vieux parfum d’expatriés  las et d’Omanais mateurs.

En revanche, le fond de l’hôtel ouvre sur une jolie piscine entourée de jardins et d’arbres majestueux. Un banian gigantesque dont on a malheureusement coupé les lianes, un bougainvillier, un magnolia, et d’autres que je ne connais pas. Les jardiniers s’arrangent pour que leur feuillage soit large et ombrageux. Au coucher du soleil, des centaines d’oiseaux, des sortes de chardonnerets ou de passereaux, volettent de branche en branche et pépient, piaillent et papillonnent.

La piscine s’éclaire de bleu à la tombée de la nuit et l’on se croirait dans un dessin animé de Walt Disney. Pour profiter des chaises longues et de l’eau, il faut payer. C’est assez cher mais cela peut valoir le coup.

Parfois, rentrant du travail un peu tendu, je décide de dîner tôt et de m’en aller digérer à la piscine du Golden Tulip. J’y nage quelques longueurs paresseuses et lis Histoire du Moyen-Orient de Georges Corm, le temps de me sécher. Je ferme les yeux et me repose enfin. Je nage encore quelques longueurs débonnaires et marche doucement autour des banians et des petits massifs horticoles délicatement dessinés.

J’apporte un ordinateur portable que je laisse traîner sur une table, et sur lequel j’écris ces quelques mots. J’entre dans la salle de gym et soulève sans conviction quelques centaines de kilos de fonte, puis retourne dans l’eau pour nager trois ou quatre longueurs rêveuses.

Encore quelques pages d’Histoire du Moyen-Orient sur une chaise longue et mon stress se trouve bel et bien pulvérisé, atomisé, volatilisé, sous les coups conjugués de la nage, de la pression des muscles, de la lecture, de la détente, de l’effet de l’eau, de la chaleur émolliente de l’air, et des oiseaux qui finissent par se taire.

Si encore il y avait des femmes, des mauvaises langues pourraient dire à bon droit que le sage précaire renifle des culs, mais ce n’est même pas d’actualité. Le sage précaire digère, s’informe, rêvasse et se prépare pour le sommeil.

La piscine ferme à 21.00 (les lumières bleues s’éteignent). A neuf heures moins le quart, je retourne une dernière fois dans l’eau pour quelques brasses somnolentes, prélude à une nuit apaisé.

Comme dans un film de Fellini

Nous sortons de l’eau et nous séchons à l’air doux des tropiques. Dans sa voiture, elle écoute les messages laissés sur son téléphone, et m’annonce que nous sommes invités chez un ami libanais qui nous propose de fumer la chicha au bord de sa piscine. Moi, ce plan inattendu me plaît bien, mais mes amis alcoolisés qui comptent sur moi ?

« Ne t’inquiète pas pour tes amis, je m’en charge. »

Elle passe quelques coups de fil et parvient à les inviter chez son ami libanais. Comment a-t-elle fait, je ne le sais pas mais j’ai confiance car je suis le seul novice dans cette histoire. Toutes les personnes impliquées dans cette soirée sont en Oman depuis des années.

Quartier des ambassades ou des ministères, nous nous garons et traversons des résidences surveillées. L’ami libanais qui nous accueille parle très bien français. Il se présente comme Marocain. Je ne comprends rien à la manière dont les gens s’identifient. Ma compagne de la soirée se dit tantôt Arabe, tantôt Américaine, tantôt Palestinienne, tantôt Syrienne.

Sa robe de soirée est encore humide et salée de l’eau océane, le sable colle encore à notre peau. Elle saute dans la piscine du Libanais Marocain sans autre forme de procès.

Mes amis de l’université finissent par arriver comme par enchantement. La chicha est bonne, elle a été préparée avec de la glace. On me dit que je suis vierge car je n’ai jamais fumé de chicha. On rigole beaucoup à propos de ma virginité car je suis le plus vieux de l’assemblée, tandis que mon amie palestinienne évolue sérieusement dans l’eau, sans communiquer avec la fête ambiante mais en me prodiguant de furtives caresses.

Quand tout le monde est dans la piscine, il est difficile de savoir si elle est particulièrement proche de moi ou si elle caresse tout un chacun comme un chat se frotte aux inconnus dans les souks d’Oman.

Quand la chicha est fumée et que tous sont un peu fatigués, nous sortons de la piscine et retournons dans l’appartement du riche Libanais. Je me tiens à l’écart et vois toute cette petite bande informelle, d’individus en goguette qui ne se connaissaient pas il y a quelques heures. Ils marchent avec indolence, l’effet de l’alcool commence à passer et l’apaisement dû à la chicha se fait sentir.

Mon amie arabo-américaine me dit au revoir de manière formelle, comme après un meeting. Nous projetons de nous revoir car elle prétend aimer plus que tout les montagnes et le monde rural. Elle pense venir à Nizwa, qu’elle connaît bien, et se tient prête à me faire découvrir des petits endroits en dehors des sentiers balisés.

Nous quittons la ville dans une voiture que je conduis, l’esprit ailleurs.