France-Maroc en demi-finale

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Il ne faut pas sous-estimer ce qui se passe autour de l’équipe du Maroc durant ce Mondial 2022. Le succès de cette équipe, qui est la première nation africaine à disputer une demi-finale de coupe du monde, suscite un enthousiasme dans tout le monde arabe. Il n’est pas indifférent de noter que c’est un pays arabe qui organise l’événement, pour la première fois également.

Pendant que nos belles âmes boycottaient l’événement, purgeaient leur mauvaise conscience sur le dos des autres, se présentaient en chevaliers blancs immaculés et présentaient le Qatar comme un pays qui maltraite les travailleurs migrants, de nombreux individus sentaient en eux une espèce de vague fierté à voir un pays arabe réussir à obtenir ce genre de privilège idiot qui n’appartient qu’aux occidentaux d’habitude.

Selon moi il y aura un avant et un après Qatar 2022. Au final, et avec le recul, on finira par accepter l’événement et à le considérer comme une avancée dans le décentrement du monde. Souvenons-nous de la coupe du monde 2002 en Corée et au Japon. Cela coïncidait avec l’arrivée de la Chine dans le commerce international et l’affirmation de l’extrême-Orient dans les nouveaux équilibres mondiaux. Il y avait eu des succès incroyables des équipes japonaise et coréenne. Vingt ans plus tard, on se souvient tous de l’épopée des Coréens. Ils avaient perdu en demi-finale 1 à 0 contre l’Allemagne. Le public était en feu. L’Asie tout entière était en feu.

Nous retrouvons quelque chose de similaire avec le monde arabe aujourd’hui. On voit des reportages non seulement dans les pays du Maghreb et au Qatar, mais un peu partout dans le monde arabe. Dans le bande de Gaza, les Palestiniens exultent. Dans les rues de Bagdad, et même de la douce Mascate, les célébrations vont bon train.

Le Maroc incarne donc l’arabité dans son ensemble. J’ai des amis qui y voient plutôt une ferveur religieuse et qui prétendent célébrer une nation musulmane, dans la joie d’une « Umma » réunie et souriante. Je ne souscris pas trop à cette interprétation, pour la raison que la joie des pays musulmans asiatiques et subsahariens est beaucoup moins démonstrative. Bien entendu, ils soutiennent tous le Maroc, et d’autant plus ardemment que les Lions de l’Atlas affronteront la France, mais on ne voit pas chez eux de célébration particulière.

De plus, s’il fallait regarder les choses sous l’angle confessionnel, il faudrait compter le nombre de musulmans dans l’équipe de France… Vous voyez ce que je veux dire.

Alors qu’en pense la sagesse précaire ? Vous vous demandez tous pour qui mon coeur va battre. La réponse est facile car nous nous trouvons dans une situation très confortable pour un sage précaire. Je supporte la France sans aucune ambiguïté et je la vois aller jusqu’au bout après avoir été certain qu’elle s’effondrerait dès les phases de poule. En revanche, si le Maroc se qualifie, ma déconvenue sera consolée par la joie de voir un pays arabe réaliser l’exploit d’une finale en coupe du monde.

Comment la laïcité est kidnappée par les identitaires

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La laïcité, au XIXe siècle, était une valeur républicaine qui avait pour but de créer un espace public séparé des pouvoirs religieux. Fondée sur la philosophie du XVIIIe siècle, la laïcité devait garantir une vie politique émancipée de l’influence du pape, des évêques et des curés.

Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable.

Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières, 1784.

En France, les religions minoritaires soutenaient à fond la laïcité car cette dernière était exclusivement dirigée contre le contrôle qu’exerçait l’église catholique. Les protestants et les juifs ont toujours été de fervents laïcards.

Depuis les années 2000, le terme de laïcité revient très fort sur la scène intellectuelle alors même que les gens désertent les églises, que le catholicisme français n’est plus que l’ombre de lui-même.

Le petit réseau de privilégiés « Conférence Olivain » a organisé une journée d’étude à Science Po l’année dernière sur le thème « S’emparer de la laïcité ». Guillaume Renée, président de la « Branche Jeune », prit la parole pour ouvrir le colloque. Diplômé de Science-Po, élève de l’ENS, chef de projet au ministère de l’intérieur, M. Renée en connaît un rayon sur la laïcité, sinon il n’aurait pas suivi ce brillant parcours ! Il explique ainsi pourquoi il était urgent de réfléchir sur la laïcité en ces années 2020 :

D’une part, la laïcité est un thème d’une actualité permanente. Une actualité parfois effroyable. L’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, le 16 octobre 2020, nous le rappelle.

Guillaume Renée, « Conférence Olivain »

Voilà ce que nos élites ont fait de notre laïcité.

Avant, le risque dont il fallait se prémunir, c’était une église surpuissante qui pesait sur les consciences. Aujourd’hui on brandit la laïcité pour se protéger de meurtriers isolés.

En 1905, la laïcité servait à nous protéger d’une classe dirigeante, riche, privilégiée, conservatrice et même réactionnaire. Maintenant, l’élite nouvelle la porte en bandoulière pour incriminer des personnes marginalisées, pauvres et précaires.

En 1905, la république devait se défaire de l’influence d’une église organisée et hiérarchisée. Depuis les années 2000, l’élite veut nous faire croire que le danger vient de musulmans incultes qui ne prêchent dans aucune mosquée, qui ne comprennent rien à leur propre religion.

En 1905, le danger qu’il fallait éviter, c’était la scission du peuple français car toutes les personnes concernées, catholiques ou libre-penseurs, étaient français. Cent ans plus tard, les coups de boutoir dans la laïcité viendraient d’étrangers, sans-papiers, clandestins. Les assassins crient « Allah Akbar » avec la même conviction que l’immigré italien cria « Vive l’Anarchie » lors de l’attentat qui coûta la vie au président de la république Sadi Carnot dans les années 1890.

Que l’on compare une seconde les attentats de la troisième république et ceux qui sont commis par les imbéciles depuis 2015 : à l’époque ils ne se bornaient pas à tuer des innocents dans la rue ou des dessinateurs dans un immeuble. Ils lançaient des bombes dans l’assemblée nationale et ils tuaient des chefs d’État. Les institutions de la république pouvaient sentir le danger.

Quand la France connut cette vague d’attentats dits « anarchistes », au XIXe siècle, cela donna lieu aux fameuses « lois scélérates » dénoncées par Jean Jaurès qui n’était pas, lui, ni anarchiste ni terroriste. En revanche, quand le même pays chercha à se protéger contre un vrai système de pensée et de contrôle comme l’église, il a dû inventer plus qu’une loi : la laïcité définissait un nouveau cadre de pensée pour organiser la société indépendamment des décisions de l’église.

La France a connu de nouvelles vagues d’attentats dits « islamistes », un siècle plus tard. Une poignée de Français, quelques Tchétchènes, des illuminés tunisiens, des pauvres abrutis sans âme et sans argent. Nos élites ont peur, ou veulent que nous ayons peur. Alors elles pointent du doigt les vêtements portés par les femmes, rappellent en boucle les attentats et dégainent le terme de laïcité.

Cela ne vous paraît pas évident qu’aujourd’hui le mot de laïcité n’est pas à sa place ? Que nos élites l’ont sciemment perverti ? Qu’il est devenu la façon de pouvoir être raciste sans le dire ouvertement ?

Les grandes idées d’un philosophe en pleine coupe du monde

Si j’en crois le philosophe officiel de la France centriste, Raphaël Enthoven, il faut lutter contre les femmes voilées et contre le Qatar qui est antisémite.

Sur un plateau de TV du service public, il égrène ses griefs contre le Qatar et je souligne ceci : « pays antisémite, où il est interdit de prier en hébreux dans la rue. »

Tous les mots de cette phrase m’étonnent et m’interrogent.

Il est interdit de prier dans les rues ? Pourquoi, qui a envie de prier dans les rues ? Qui voudrait se révolter parce qu’on interdit de prier dans les rues ? Même en France, où l’on a connu des phénomènes de prières musulmanes dans les rues, il y a dix ans et encore en 2017, même en France on a réglé la question et on ne prie plus ni en arabe ni en hébreux dans les rues.

Prier en hébreux ? Pourquoi prierait-on en hébreux dans un pays musulman ? Pourquoi Raphaël Enthoven feint-il d’être choqué que cela ne soit pas autorisé au Qatar ? Y a-t-il un seul pays au monde, à part Israël, où l’on prie en hébreux dans la rue ?

Je crois comprendre la stratégie du philosophe parisien. Son but est de criminaliser le Qatar, et de l’anathématiser sous le tripalium tétanisant de la misogynie, l’homophobie et l’antisémitisme. Il faut accréditer l’idée que le Qatar persécute les femmes, les homosexuels et les juifs.

Or, nous avons vu que, jusqu’à plus ample informé, les homosexuels étaient tranquilles dans le Golfe persique, même s’ils ne jouissaient pas des mêmes droits qu’en Europe. Nous savons aussi que les femmes étrangères y sont libres si elles sont financièrement indépendantes, et que les juifs n’y sont jamais menacés.

Donc Raphaël Enthoven ment devant nous tous, mais pour quelles raisons ? Je lance une hypothèse : le Qatar est un pays qui refuse de banaliser la politique d’Israël. À la différence de ses voisins, le Qatar continue de désigner Israël comme un pays colonisateur et injuste avec les Palestiniens. Je ne vois pas d’autres raisons qui pousseraient un intellectuel français à déclarer que tel pays est antisémite.

La même semaine, le même philosophe publie ce tweet :

« Un soignant antivax… qui lui confierait sa santé ? Et pourquoi pas un boucher vegan ? Une féministe voilée ? Un plagiste astronome ? Un cercle carré ? »

Raphaël Enthoven, 25 novembre 2022

Une femme qui porte un voile, surtout si elle est musulmane, ne peut pas être féministe selon Enthoven. C’est même une contradiction dans les termes, cela revient à imaginer un cercle carré. Or, je connais beaucoup de femmes voilées qui me paraissent et se déclarent féministes. Rien dans leur comportement et dans leurs paroles ne trahit un anti-féminisme, mais elles portent un voile sur les cheveux, librement, pour des raisons qui les regardent. Enthoven met toute sa puissance médiatique à étouffer la parole de ces femmes. Il faut les faire taire, et si ce n’est pas possible, il faut les rendre inaudibles.

Le philosophe Enthoven prend sa part dans la guerre que livrent certains contre l’islam. Pour la mener, cette guerre, il faut diviser les Français modestes entre eux, ce qui n’est pas très difficile. Il faut aussi tout faire pour maculer les pays musulmans aux couleurs de l’homophobie, de la misogynie et de l’antisémitisme.

Libérons les homosexuels des prisons qatariennes

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La première semaine de la coupe du monde au Qatar a permis aux gens célèbres d’exhiber leur belle âme dans les médias. Je note que l’objet qui a le plus attiré l’attention fut le brassard arc-en-ciel qui promeut l’idée selon laquelle l’amour est le même que l’on soit homo ou hétérosexuel.

Le philosophe Raphaël Einthoven raconte que le Qatar est une honte, que ce n’est pas un pays, que c’est un « fond de pension devant lequel on se couche », un état corrompu, homophobe, antisémite et misogyne.

Du personnel politique de premier rang s’est affiché dans les tribunes de stades, affublé de robe ou d’accessoires de mode aux couleurs de l’arc-en-ciel. L’équipe nationale d’Allemagne, très concernée par ce sujet, voulait porter un tel symbole sur leur tenue sportive. Comme cela leur a été interdit, ils ont pris une photo officielle en portant la main sur la bouche, en signe de protestation.

Après ce geste de courage politique, ils ont perdu leur match contre le Japon. Le sage précaire, s’il était allemand, dirait à ces jeunes gens : gagnez des matches d’abord et après nous parlerons politique. Mais apparemment, la presse allemande soutient l’engagement politique de la mannschaft.

Raphael Einthoven nous dit que l’homosexualité est punie de 7 ans de prison au Qatar, et par la mort si c’est un musulman. Les prisons sont donc pleines d’innocents qui n’ont commis d’autres crimes que d’aimer ? Voilà qui est choquant. Il faut faire quelque chose. Il ne suffit pas de porter un brassard, ni des chapeaux arc-en-ciel. Il faut écrire le nom de prisonniers sur les pancartes de supporter et appeler massivement à la libération de ces femmes et de ces hommes enfermés injustement pour avoir eu des rapports sexuels entre adultes consentants.

Je vais commencer sur ce blog en vous donnant le nom des homosexuels qui ont été exécutés au Qatar pendant toute cette période de préparation du Mondial.

Alors, depuis 2011, ont été assassinés par l’État du Qatar, pour crime d’homosexualité…

Attendez une seconde, je regarde mes fiches. Je consulte mes archives. Bon je ne trouve pas les noms en question, mais j’y reviendrai dans un prochain billet. Que cela ne nous arrête pas en si bon chemin. Occupons-nous maintenant des homosexuels embastillés.

Monsieur l’émir du Qatar, je soussigné Guillaume Thouroude, sage précaire de renom, vous demande instamment de faire preuve de mansuétude vis-à-vis de toutes celles et de tous ceux qui ont été incarcérés pour avoir conduit des rapports amoureux entre personnes de même sexe.

Voici les noms de celles et ceux que la communauté internationale veut voir libérés :

………………………..

Encore une fois je dois m’interrompre car je ne trouve aucun nom. Je vais pourtant sur les sites d’organisations de défense des droits humains, je me renseigne, je saisis des mots clés sur les moteurs de recherche. Je ne vois rien. De deux choses l’une, soit le Qatar n’emprisonne pas les homosexuels et sa loi homophobe n’est qu’un symbole, soit l’émirat a réussi à dissimuler ces prisonniers de nationalités diverses, à les rendre indétectables aux radars des ONG internationales.

Je lance donc un appel aux lecteurs de La Précarité du sage. Aidez-moi à mettre en lumière les homosexuels prisonniers qui ne méritent pas de rester une minute de plus dans cette geôle infâme.

Le mystère du parquet flottant

Nous avons passé le weekend à poser du parquet. Après deux jours de travail nous n’avons couvert que trois ou quatre mètres carrés de sol.

Samedi, toute la journée, nous avons essayé et essayé encore de faire tenir les lames ensemble. Nous avons échoué lamentablement. C’était d’une difficulté étonnante. Nous avions pourtant acheté ce parquet dans une grande enseigne qui certifiait que des bricoleurs pouvaient s’en sortir sans problème.

Ce qui était bizarre, c’est que nous avions déjà fait un essai au printemps. Prudents, nous avions acheté un seul paquet de plusieurs lames pour tester nos capacités. Nous avions pas mal galéré, et après pas mal d’échecs, nous finîmes par encastrer toutes les lames correctement.

Exactement le même scénario s’est produit hier. Nous perdions patience, nous nous engueulions, nous blessions nos mains et rien n’y faisait.

Je me raisonnais : on a déjà réussi à la faire une fois, il n’y a pas de raison qu’on échoue maintenant qu’on a acheté dix-huit paquets de lames. Finalement j’ai senti qu’il y avait du progrès dans nos tentatives, même si Hajer trouvait que nous n’avancions pas d’un pouce. Nous avons terminé la journée de samedi sur une note d’espoir mais pas tout à fait un succès.

Dimanche matin, forts de ces essais répétés de la veille, les choses furent plus faciles. Je ne sais si nous acquîmes une sorte de tour de main, ou une aide surnaturelle, mais les rangées de parquet réussirent enfin à se clipper.

Mystérieusement, vers midi, les rangées suivantes furent beaucoup plus faciles à poser, mais beaucoup, beaucoup plus faciles. Nous avions du mal à y croire. « Pourquoi n’y arrivait-on pas avant ? » C’était le même bois, les mêmes unités de parquet, achetés au même endroit, de la même marque, demandant la même méthode. Quelque chose s’était produit en nous, une obscure compétence était née.

Il ne fait guère de doute que la prochaine fois, nous ferons face à nouveau à ces difficultés qu’il faudra vaincre de haute lutte, avec patience et engueulades passagères.

Patrick Cabanel décevant à propos de Jean Carrière

Il y a cinquante ans, le cévenol Jean Carrière recevait le prix Goncourt pour L’Épervier de Maheux, un roman rude et qui se veut métaphysique au sein d’une famille qui habite dans le « haut pays », territoire inventé et inspiré des Cévennes.

Vendredi 18 novembre, la médiathèque du Vigan organisait une soirée pour rendre hommage au grand écrivain et à son Goncourt maudit. Nous fûmes honoré de la visite de l’historien Patrick Cabanel qui nous gratifia d’une conférence sur les rapports entre Jean Carrière et les autres écrivains cévenols, André Chanson et Jean-Pierre Chabrol notamment.

Voir à ce sujet : Connaissez-vous Jean Carrière ?

La Précarité du sage, 11 juin 2013

Cette conférence fut pour moi une grande déception. Je m’attendais à une présentation beaucoup plus informée, de la part d’un savant très connu pour ses livres sur l’histoire des protestants, des Cévennes et des relations entre protestants et juifs. Malheureusement, ce fut une série de propos décousus, des banalités sur la littérature et des jugements de valeur à l’emporte-pièce.

À des enfants assis au premier rang, il fit des commentaires plutôt déplaisants : j’espère que quand vous serez grandes vous aurez la chance d’entrer dans ces belles écoles que sont les prépas, grâce auxquelles vous saurez parler avec éloquence, comme je le fais ce soir, sur tout un tas de sujets.

Les seuls documents qu’il avait à partager étaient quelques lettres de Carrière à Chamson, qu’il tâcha de distiller pour faire durer sa conférence, mais la matière était trop pauvre pour nourrir un auditoire un peu plus exigeant qu’une classe de collégiens. Cabanel improvisa pour combler un manque manifeste de préparation, mais ses plaisanteries et ses parenthèses n’avaient ni le brio ni l’érudition que le public viganais méritait.

J’avais déjà exprimé une légère déception vis-à-vis du roman primé par le Goncourt, et me voilà lourdement déçu par le grand historien de la région.

Je ne boycotterai pas le mondial au Qatar

On nous dit qu’il fait trop chaud au Qatar pour jouer au football, et que les stades seront donc climatisés, ce qui est un crime contre l’environnement. Je suis allé au Qatar en octobre 2015, et à nouveau en mars 2018, il n’y fait pas trop chaud et la climatisation ne sera pas nécessaire fin novembre début décembre.

D’ailleurs, la sagesse précaire est satisfaite de la saison choisie pour l’organisation de la coupe du monde. Fin novembre, c’est le moment le plus dépressif de l’année, il fait toujours nuit, les gens sont tristes, ils ont froid, on est loin des fêtes de fin d’année. Un grand événement sportif est le bienvenu pour remonter le moral des troupes. En juin et juillet, au contraire, il fait trop chaud et les gens passent leur bac, leurs examens, veulent regarder d’autres événements sportifs, l’attention est trop sollicitée.

Mais ce n’est pas pour ça que des gens boycottent le mondial cette année.

Depuis quelques mois, de nombreux articles et émissions dénoncent le Qatar pour son mauvais traitement des ouvriers qui construisent les stades de football. Or, cela fait douze ans que le Qatar a été nommé pour organiser la coupe du monde du football. On nous dit que les ouvriers sont maltraités. Je le crois, mais pas plus que dans tous les pays chauds, et dans tous les pays froids. Les immigrés sont mal traités, malheureusement, dans de nombreux coins de cette planète.

Le Qatar est accusé de mettre en esclavage des ouvriers. Je n’y crois pas. Les ouvriers sont venus de leur propre chef dans les pays du Golfe, personne ne les a forcés. Ils y ont été poussés par la pauvreté comme les autres immigrés. Ils repartiront chez eux au bout de quelques années, comme tous les autres ouvriers des pays du Golfe, exception faite de ceux qui sont morts.

Que va-t-on faire de tous ces stades ? N’est-ce pas un gâchis épouvantable ? Oui, comme tous les jeux olympiques, les expos universelles, et toutes ces conneries. Bienvenu dans le monde du capitalisme, vous venez de découvrir que ce monde est dirigé par des dispositifs de gaspillage indécent, et de dépense somptuaire dégoûtante.

Le journal Médiapart nous informe de toutes les corruptions qui ont présidé à l’élection du Qatar pour l’organisation du Mondial. J’écoute attentivement, et j’en conclus qu’en effet ils ont graissé la patte de bien des gens à coups de millions d’euros. Ces millions viennent de leur gaz et du pétrole qu’ils vendent. Ils ne les ont pas volés aux Qatariens qui, eux, vivent dans l’opulence. Personnellement, je préfèrerais qu’ils investissent ces millions dans la création d’un monde plus juste et plus intelligent, mais comment reprocher à des pays du Proche-Orient de ne pas faire ce que nous n’avons pas fait ?

La sagesse précaire ne donnera donc pas l’instruction de boycotter la coupe du monde de football 2022.

Mes amis irlandais en visite

En l’espace d’un mois, j’ai reçu la visite de mes deux vieux amis irlandais. Tom et Barra.

Tom est venu brièvement chez nous fin octobre car il s’est organisé un tour de France selon sa vieille méthode : ferry, trains et cars. Comme cadeau il m’a apporté une miche de pain qu’il se cuisine chaque semaine. C’était mon souhait car j’ai toujours adoré son pain. Hajer l’a trouvé délicieux aussi.

Tom vient de passer la barre des soixante ans. C’est la première fois qu’il m’avoue son âge. Avant, je ne pouvais que deviner en fonction de ses anecdotes de jeunesse qui se déroulaient dans les années 1980.

Barra est venu mardi dernier et nous avons passé la journée à Montpellier. Lui aussi a suivi sa vieille habitude de voyage, très différente de celle de Tom. Il a pris un billet d’avion de manière impulsive, sans savoir où il dormirait ni ce qu’il ferait en France. Il a sauté dans l’inconnu, comme lorsque nous étions jeunes et que nous nous baladions ensemble en Hongrie, en Chine ou en Suède.

Tom et Barra n’ont pas changé, pas d’un iota. Barra continue d’aller à des concerts, Tom continue de vivre d’expédients. Barra continue de voyager sur des coups de tête. Tom fait toujours preuve d’une organisation maniaque et poétique, tandis que Barra rate ses trains et ses avions. Barra réserve un billet pour Toulouse pour prendre son avion pour Dublin, alors qu’il a réservé son retour depuis Lyon St Exupéry.

J’ai demandé à Barra combien il gagnait en tant que professeur. Plutôt que de me parler d’argent, il m’a montré la grille des salaires des enseignants irlandais. Ils commencent à plus de 3000 euros par mois et terminent leur carrière au-delà de 7000. Ils touchent des primes de plusieurs sortes avec ça. Entre la France et l’Irlande, c’est une différence de traitements qui va du simple au double.

Barra portait un t-shirt flanqué d’un message « Listowell festival ». Il attendait une réaction de ma part mais ma mémoire me jouait des tours. Il s’agissait d’un pub où nous passâmes une soirée avec Tom, en 2011. Il me rappelait la chanson que toute la compagnie avait chantée en choeur : Only our divers run free.

Nous n’avons pris aucune photographie.

Michel Onfray et l’antisémitisme

Michel Onfray en défense du sionisme, du CRIF et dans la haine de Mélenchon

Cette vidéo est une des choses les plus étranges que l’on puisse regarder. Elle date de 2018. L’assassinat d’une femme juive avait suscité une émotion légitime et une « marche blanche » avait été organisée contre l’antisémitisme. Or, le groupe communautaire pro-israélien CRIF s’était permis d’exfiltrer et d’exclure Mélenchon et les députés de La France insoumise, en raison de leurs critiques vis-à-vis de la politique de l’état d’Israël.

Dans cette vidéo, Michel Onfray défend l’action du CRIF et défend aussi la colonisation des terres palestiniennes.

Bon, le philosophe semble être animé d’une haine tellement profonde pour Jean-Luc Mélenchon que, peut-être, il ne peut retenir ses coups et ne voit plus de limite à tout ce qui peut noircir, salir ou maculer le leader de gauche. On ne sait pas ce qui se cache derrière une telle haine. Le candide que je suis peut imaginer qu’il y a eu des promesses non tenues, des déceptions ou des conflits personnels.

Ce qui m’intéresse davantage, c’est l’inconséquence des arguments de Michel Onfray. Dans cette vidéo, il tient des raisonnements tellement incohérents que le professeur de philosophie que je suis a envie de la diffuser à ses élèves pour qu’ils s’entraînent à débusquer les sophismes et les paralogismes.

D’habitude, on pense ce qu’on veut d’Onfray, mais sans être brillant il n’est pas complètement illogique. Ici, il me donne l’impression d’être drogué, ou aliéné. Il n’est plus lui-même. D’ailleurs, un professeur de physique et d’épistémologie fait une critique plutôt convaincante de son argumentation.

En définitive, Michel Onfray a retiré cette vidéo de sa chaîne Youtube. Selon moi, il a eu bien raison. Moi aussi je l’aurais retirée. Néanmoins, il eût été préférable qu’il fît une critique de ce faux-pas.

Antisionisme fin 2022.

L’État d’Israël vient de renouer avec l’extrême-droite. Les élections ont mené Benyamin Netanyahou au pouvoir, grâce aux soutiens des ultra, des fanatiques et des racistes.

Le sionisme était un projet généreux et progressiste dans les années 1880, mais c’est devenu une réalité criminelle et illégale, en particulier sous l’égide de Benyamin Netanyahou.

Dans cette circonstance, on ne peut qu’être opposé au sionisme, entendu comme un projet colonial, raciste et discriminant.

En France, de nombreuses personnalités et des groupes d’influence essaient d’interdire le fait même d’être opposé au sionisme. Des gens comme Michel Onfray, Yann Moix, Christine Angot, Franz-Olivier Giesbert, Philippe Val et des centaines d’autres, criminalisent l’antisionisme.

En 2018, Michel Onfray est allé tellement loin dans l’indécence pro-sioniste qu’il a préféré retirer cette vidéo qui se terminait par un étrange « Bravo le CRIF ». Or quelqu’un a publié à nouveau cette vidéo. Le philosophe ne l’assume pas car elle semble être le résultat d’une négociation ou d’un pacte secret avec un groupe d’influence. Regardez la, c’est très étonnant : tout donne à penser qu’Onfray est en service commandé, mais pour qui ? On comprend qu’il cherche à supprimer cette vidéo.

Cliquez ici pour la voir

L’assemblée nationale a voté une loi, en 2019, qui assimile l’antisonisme à l’antisémitisme. Or l’antisémitisme est un délit et non pas une opinion.

Un piège est en train de se refermer sur nous : nous devons non seulement accepter, mais vouloir la colonisation illégale des terres palestiniennes, au risque d’être taxé d’antisionisme, c’est-à-dire d’antisémite, c’est-à-dire de raciste.

Un collectif de 125 universitaires juifs a réagi à cette folie en lançant un appel aux députés français. Ils demandent de ne pas voter cette loi qui « assimile à tort l’anti sionisme à l’antisémitisme » : « Nous vous demandons de lutter contre l’antisémitisme et contre toutes les formes de racisme, mais sans aider le gouvernement israélien dans son programme d’occupation et d’annexion. »

Début 2022, l’Etat d’Israel a été accusé par Amnesty International d’imposer un régime d’apartheid : « Après quatre ans de recherche, nous affirmons que le système de domination et d’oppression mis en place par l’Etat israélien à l’encontre des Palestiniens et des Palestiniennes constitue un crime d’apartheid, tel que défini par le droit international. »

Au dîner du CRIF de février 2022, le député Meyer Habib a déploré que la France ne condamne pas Amnesty International. Meyer Habib voudrait qu’Amnesty International arrête d’accuser Israel de commettre des crimes contre l’humanité.

Au dîner du CRIF 2022, le réalisateur Alexandre Arcady « espère que notre communauté sera vigilante ». De quelle communauté parle-t-il ?

Au dîner du CRIF, on discutait de la guerre que la Russie venait de déclarer à l’Ukraine. Le député français Meyer Habib déclarait notamment que Poutine était « un grand patriote russe ». M. Habib ne doute pas de l’issue du conflit car « je ne vois pas qui va aller se battre pour l’Ukraine, à part les Ukrainiens qui, semble-t-il, ne se battent même pas eux-mêmes. »

Fin 2022, on ne sait pas ce que pense le député Meyer Habib de la guerre en Ukraine, du patriotisme de Vladimir Poutine, ni de la victoire de Benyamin Netanyahou.