
Elle combine ce qui se fait de plus désirable chez les femmes d’aujourd’hui : l’intelligence, la conversation délicieuse et stimulante, l’instinct de séduction, la droiture en amitié, la fidélité en amour, la capacité à entretenir le désir de la fréquenter. Dans ses soirées, elle sait attirer autant de femmes que d’hommes.
L’exposition du Musée des Beaux-Arts de Lyon, Juliette Récamier, muse et mécène, qui se tient du 27 mars au 29 juin 2009, donne de précieux éclairages sur la grande dame pour tous ceux qui aiment les femmes, l’histoire, le XIXe siècle, les relations entre les hommes et les femmes, bien d’autres choses encore.
Des détails qui en disent long : son visage change considérablement selon l’artiste qui la représente. Piquante et érotique dans les bustes de Chinard, elle est sublime et éthérée dans ceux de Canova, et encore très différente dans les tableaux de François Gérard. Je ne parle pas que de l’expression, mais de la forme même du visage, de la taille du nez, du contour des yeux, de la longueur de la face. Ce n’est pas la qualité des artistes qui est en cause, mais l’irreprésentabilité de certaines femmes. Mme de Récamier est de celles-là. Elles inspirent tous les hommes qui la croisent mais personne n’est capable de la reproduire correctement. Elle le dit elle-même à propos du superbe portrait de Gérard : « Elle me plaît plus qu’elle me ressemble. »
L’exposition ne se limite pas à des tableaux et des sculptures de l’exquise femme de lettres. Elle reconstitue aussi des états de la mode, dont elle était une icône, et met en scène des intérieurs de certains de ses logements, où venaient se réunir les grands écrivains, les grands esprits scientifiques, philosophiques et politiques de son temps. On y voit enfin des oeuvres du XXe siècle directement inspirées de celle que j’ai souvent qualifiée de plus belle femme du XIXe siècle.
J’invite ceux qui visiteront cette exposition à utiliser l’audioguide. Je n’ai pas encore fait le tour du monde entier, mais à ma connaissance, les audioguides du musée des beaux-arts de Lyon sont ce qui se fait de meilleur sous le soleil de la muséologie. Ils vous accompagnent d’une manière extrêmement intelligente car ils ne remplacent en rien les animateurs conférenciers. Au contraire, ils offrent des territoires de visites différents, ils font écouter des morceaux de musique en rapport direct à la vie de Juliette (dont un très bel aria à la harpe du Voyage à Rheims de Rossini), ils proposent des extraits d’interviews d’historiens, de psychanalystes, de conservateurs. Ce que j’ai aimé par dessus tout, ce furent les lectures d’extraits de correspondances et de mémoires, qui permettent de se laisser guider par le style de Châteaubriand, de Sainte-Beuve, ou de ce merveilleux amoureux que fut le philosophe Ballanche. Et surtout par la voix même de Juliette Récamier, dont les lettres sont d’une délicatesse à mourir d’amour.
Je précise : les audioguides du musée des beaux-arts sont sans doute réservés à celles et ceux qui ont déjà une certaine pratique des musées et des expositions. Il convient de savoir ne pas rester bloqué sur chaque entrée, ne pas être linéaire, ne pas chercher à tout entendre. Il faut savoir tracer ses propres itinéraires, ouvrir son propre chemin dans le fourmillement des choses exposées. Quand on a ce savoir-faire, alors l’audioguide est un média qui ouvre la visite à une réelle profondeur esthétique et intellectuelle.
Amenez-y la femme ou l’homme de vos rêves, et offrez-lui une coupe de champagne dans un café de la capitale des Gaules. Vous y parlerez d’amour autant que de philosophie.

"L'hommes le plus affectueux" de Yan Pei-Ming
"Les funérailles de Monna Lisa", détails.



