La France est en grève, il paraît. Je ne suis pas très au courant de la raison qui fait descendre mes compatriotes dans la rue, mais j’aime bien l’idée que, dans mon pays, le peuple prenne la rue.
Ce qui m’étonne, en revanche, c’est la réaction des Britanniques. Ces derniers jours, j’ai entendu six ou sept personnes me dire qu’ils apprécaient le fait que la France ait gardé un sens de la manifestation, de la révolte ou de la grève.
Qu’un gauchiste américain le dise, passe encore, mais j’ai entendu ce discours de la part de personnes non politisées. Dans mon souvenir, jusque récemment, on regardait les manif gauloises de haut, comme le signe d’une population qui a refusé le progrès, et qui a échoué dans la constitution d’une société harmonieuse.
Or, je sens une inflexion d’opinion, un insensible retournement de situation (une situation peut-elle se retourner de manière insensible ?) Des expressions telles que : « La France a gardé le sens de la révolution », « je respecte la France pour ça », « les Français ne se laissent pas faire ».
L’Irlande, au contraire, accepte avec soumission les mesures drastiques que leur gouvernement leur impose, sous la dictée des organismes internationaux. Je n’ai pas beaucoup lu la presse, ni écouté la radio ni regardé la télé, donc je n’ai pas pris la température de ce que les leaders d’opinion disent. Mais mon impression est la suivante. Après le coup de massue qu’a été la crise de 2008, la population a été soulagée de ne pas connaître une plus grande catastrophe, et a accepté les mesures de rigueur budgétaire sans broncher. L’année dernière, le fait que la population soit docile était ressenti comme une bonne chose, un signe de maturité et un sens des responsabilités. Aujourd’hui, on se dit que le peuple devrait se faire entendre un peu. On commence à être déçu par le manque de réaction. Où est le peuple ? Et les Irlandais qui étaient réputés pour être désobéissants, récalcitrants, difficiles à dompter, se comportent comme des agneaux qui vont à l’abattoir.
Il y a outre-manche une rumeur qui gronde.


