Minc, Attali : la face sombre de la sagesse précaire

Les héros contemporains de la sagesse précaire sont des personnes très antipathiques. Pourtant le sage précaire est un garçon plutôt sympathique, selon l’angle sous lequel on l’approche. Comment expliquer ce paradoxe ?

Cela s’explique par le fait que la sagesse précaire est une ascèse de l’imposture. Pour être un sage précaire, il ne suffit pas de travailler, il faut encore savoir être roublard.

Prenez Alain Minc. Voilà un homme qui ne sait rien faire, comme le sage précaire, qui vit exclusivement au crochet des autres, comme le sage précaire, et qui ne doit sa fortune qu’à son charme et sa voix suave. Et à sa capacité à flatter les riches et les puissants.

Prenez Jacques Attali. Même profil qu’Alain Minc, un pur parasite, d’une puissance intellectuelle proche du néant, mais qui sait admirablement se faufiler dans le monde. Son oeuvre, la seule chose qu’il aura réussi à accomplir, c’est d’organiser des dîners, de présenter des gens les uns aux autres, de se faire payer pour des conseils fumeux. Mais pourquoi les gens payaient-ils pour ses conseils ? Non parce qu’ils étaient perspicaces, mais parce que les payeurs voulaient entrer dans le cercle magique des « amis d’Attali », et être introduits à leur tour auprès des politiques et des financiers qui gravitent dans certains cercles mondains.

Minc et Attali nous renvoient aux romans de Proust, et on ne peut comprendre leur succès dans la vie qu’en repensant aux personnage de Swann ou de Legrandin.

Le sage précaire admire, dans ces personnages étonnants, la vacuité de leur parole et de leurs livres, et la capacité qu’ils ont d’en faire quelque chose. De transmuer le rien en en quelque chose. Leur aptitude à s’élever à partir d’une incompétence fondamentale. Mais on peut difficilement les prendre pour modèles, car ce sont quand même des gens néfastes pour la collectivité.

Bon, on va dire qu’ils entrent dans le panthéon de la sagesse précaire, mais comme des génies sombres.

Pierre Rabhi, la belle histoire

Tout commence dans le soleil d’Algérie. Pierre Rabhi raconte une enfance lumineuse et sage dans le sud de l’Algérie. Il raconte une pauvreté joyeuse et tranquille. Puis quand il immigre à Paris, il raconte la désolation du travail en usine, et son rêve d’avoir un lopin de terre. Dans son combat quotidien, il rencontre une Française aux yeux verts, qui travaille dans un bureau. L’immigré vertueux et la belle autochtone de la classe ouvrière se plaisent. Ils vivront leur histoire d’amour dans le travail du corps, dans la pauvreté, mais dans la beauté de la nature.

Le petit homme ne promet pas à la jeune femme des richesses mirobolantes, il lui promet simplement une vie heureuse sous le soleil, près de la terre. Avec l’énergie du désespoir, ils réussissent à s’extirper de la ville pour aller s’installer dans les Cévennes ardéchoise. Pourquoi là-bas ? Parce que plus personne ne veut de cette terre ingrate, que les gens quittent la campagne, et qu’on peut acheter quelques arpents de terre et une maison en ruine pour une bouchée de pain.

Du Sahara aux Cévennes

 

Pendant des années, sans électricité ni eau courante, Pierre Rabhi donne ses forces comme ouvrier agricole pour gagner trois francs six sous, et travaille sa propre terre. Il fondera sa famille et finalement, il réussira à vivre frugalement mais paisiblement.

Voilà, tout s’arrête là. Pour le sage précaire, Pierre Rabhi, c’est cela et rien d’autre. Il n’a rien de ce « grand penseur » qui est devenu la coqueluche des médias. Il n’est même pas un penseur à proprement parler. Il est un réservoir de rêve. Rabhi, c’est un voyage de toute une vie, qui va de l’Algérie aux collines de l’Ardèche. Pierre Rabhi, c’est une belle histoire à raconter aux enfants, et c’est une inspiration pour celles et ceux qui se cognent la tête dans une société trop dure pour eux. Une belle histoire qui s’arrête à la fin du XXe siècle.

Car dans les couloirs de La Précarité du sage, on se gausse et on ricane bruyamment. Les collaborateurs de ce blog connaissent Pierre Rabhi depuis des lustres, et nous observons son devenir star avec un certain malaise. Ce que nous ressentons est similaire à ce que ressent un fan de rock qui délaisse son groupe favori au moment où il connaît le succès. Il a perdu son authenticité, sa vigueur, et jusqu’à son identité, en conformant son discours aux émissions de télévision.

Dans les médias, on parle de lui comme un nouveau maître à penser, en le présentant à chaque fois comme un parfait inconnu qu’on a déniché derrière un fagot. Mais pour la sagesse précaire, Pierre Rabhi est un vieux compagnon de route, quelqu’un qu’on ne présente plus. On n’en a même jamais parlé sur ce blog parce qu’il fait partie de nous, il nous est trop intime.

Depuis les années 2000, il court le monde et donne conférence sur conférence. Il s’est transformé en homme public. En homme médiatique. Il organise des stages, il fonde association sur association, il se présente même à des élections. C’est une grande star. Mais en terme de star, le sage précaire préfère Marilyn Monroe.

 

Du Sahara aux Cévennes 2

 

 

Les prostituées du Carlton avaient donc besoin d’argent ?

Après son jogging quotidien et sa douche, le sage précaire s’est rendu au Café de la Soierie pour prendre un café et connecter son téléphone au réseau wifi. Sur la première table de libre, deux journaux étaient pliés et attendaient le sage, comme s’il les avaient lui-même commandés : Le Progrès de Lyon et Libération, tous deux datés du jeudi 11 février 2015.

Ce matin, Libé propose sept pages sur la prostitution, en comptant la une. On sait que le sage précaire est intéressé par la question, lui qui tente en vain de gagner de l’argent en proposant des prestations sexuelles tarifées. (Les rares femmes qui veulent de son corps s’obstinent à en profiter gratuitement, ce qui est une insulte au droit du travail. Mais qui défend les droits de la sagesse précaire ? Qui s’en soucie ?) 

Neuf journalistes ont été sollicités pour réaliser ces sept pages. Six auteurs de texte et trois photographes. Mme Schwartzbrod pour l’éditorial, une « envoyée spéciale » à Lille, une correspondante à Stockholm, un certain A. Gé. relégué aux brèves, Sonya Faure pour le « décryptage » et un reporter resté à Paris. Toute la panoplie du journalisme est donc requis.

Les articles en question insistent lourdement sur le fait que la vie des prostituées n’est pas jolie jolie, qu’elles ont besoin d’argent et que c’est pour cette étrange raison qu’elles ont « vendu leur corps ». L’édito reprend cette formule impropre : vendre son corps. Pourtant, personne n’a acheté le corps de ces femmes, puisqu’aussi bien elles témoignent à Lille en qualité d’ « anciennes prostituées » qui aujourd’hui font autre chose de leur corps.

Les journalistes de Libé viennent de découvrir la précarité, avec effarement.  Ils réalisent soudain que les gens sont pauvres, que la misère existe aujourd’hui encore, et qu’on se sent poussé parfois à des extrémités. Mais cela ne semble les émouvoir que dans la mesure où les pauvres en viennent à se prostituer. Les précaires moins beaux, les hommes, les pauvres femmes moins attractives que les escorts du Carlton, n’ont même pas cette opportunité de gagner quelques centaines d’euros en échange de prestation sexuelle. Donc, nous tous, comme nous ne nous prostituons pas, notre pauvreté reste acceptable, voire enviable.

Marché du livre numérique : Lettres du Brésil

Lettres du brésil n°1

Suite du petit bilan de la mise en vente de Lettres du Brésil.

Il convient de faire un bilan au tout début, car plus tard d’autres facteurs interviendront. Dix jours après le lancement, il n’y a aucun phénomène de bouche à oreille. Il n’y a qu’un texte qui se présente devant le monde, et la réaction immédiate de quelques centaines d’acteurs potentiellement intéressés.

Comme on l’a dit hier, nous en sommes à 23 ventes, soit une moyenne de 2,3 par jour. On a vu combien cela était peu. Aujourd’hui, on va contempler le verre à moitié plein.

Une moyenne de deux ventes par jour peut être perçue comme une très belle moyenne. Imaginez qu’elle se maintienne pendant cent ans : cela fait 73 000 exemplaires vendus, c’est énorme ! Voyez, tout nuage a son liseré lumineux.

Plus sérieusement, il ne faut pas oublier que le livre numérique est très peu développé en France. Et que les livres, même en papier, se vendent de toute façon très mal. Il a fallu deux ans, par exemple, pour écouler les mille ou deux mille exemplaires de mon Voyage au pays des Travellers, malgré une couverture médiatique étonnamment bonne (le sujet était assez pointu mais l’intérêt pour l’Irlande est quand même bien ancré en France). Au fond, pour ce livre déjà, les ventes se sont faites sur une moyenne de deux exemplaires par jour, et ce n’est pas celui qui a le moins bien marché dans la maison d’édition.

Une autre chose est intéressante sur le marché frémissant des livres numériques. La librairie en ligne Amazon tient toute sorte de classements, et on peut voir en direct les variations des meilleures ventes. Or, il suffit de vendre vingt exemplaires d’un livre pour figurer une journée dans le le trio de tête en France. Mes Lettres du Brésil se sont retrouvées plusieurs fois n°1 des ventes dans la catégorie « Voyage », ou dans la catégorie « Brésil », grâce à l’exploit relatif d’avoir été achetées plus d’une fois dans une journée.

Enfin, il ne faut compter sur des succès fulgurants quand on écrit. Il convient, au contraire, de faire preuve de patience et de miser sur le long terme. Quand les gens prendront l’habitude de se promener avec leur bibliothèque dans leur poche, grâce aux technologie du numérique, ils viendront peut-être à vos oeuvres, si elles tiennent la distance.

Moralité : tout précaires que nous sommes, tout fragiles que soient nos travaux et nos jours, nous devons écrire chaque page comme si elle allait être lue plus tard, dans un métro ou un avion, sur un écran fin et glissant.

Lettres du Brésil et le marché, premier bilan

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Après dix jours de présence sur le marché, Lettres du Brésil mérite un petit bilan.

Les lecteurs de La Précarité du sage ayant été mis à contribution pour le titre, le mode de publication et la couverture de cet ouvrage, il est normal qu’ils soient tenus au courant de la petite cuisine interne.

Par où commencer ? Les ventes ? Si vous voulez : il y a eu 21 ou 22 ventes en dix jours. Cinq le premier jour, sept le deuxième, puis cela varie les autres jours, entre zéro et trois.

On peut penser que c’est très peu, compte tenu d’un prix très attractif, et du fait que ma présence sur internet (blog et réseaux sociaux) me permet d’informer des centaines de personnes de la parution du livre.

On peut penser que c’est beaucoup, aussi. On peut penser ce qu’on veut, au fond, et le sage précaire se réjouit d’un tel état de fait.

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Mais considérons dans un premier temps le verre à moitié vide. Je parlerai demain du verre à moitié plein (quel art du teasing, ma mère !).

Sous l’angle du relatif échec commercial, mon « récit de voyage balsamique » montre une moyenne de deux ventes par jour, ce qui est proche de zéro, mathématiquement. Pourtant, le livre ne partait pas de zéro, et l’annonce de sa parution ne tombait pas dans l’oreille d’un sourd : les milliers de personnes qui fréquentent ce blog chaque semaine aiment la lecture, a priori, donc l’information selon laquelle le blogueur publie un livre est ici bien ciblée. Nous sommes dans le même secteur d’activité ; ce n’est pas comme si j’annonçais la création de stages de mécanique auto. De plus, les lecteurs de LPDS ne sont pas foncièrement contre la création multimédia (sinon ils ne suivraient pas de blogs), par conséquent l’idée d’un livre numérique ne devait rebuter qu’une portion marginale de cette communauté.

Le canal entre le blog et le livre semble être constitué d’une tuyauterie passablement bouché.

Ensuite, ce petit livre, qui met en scène un dialogue entre un père et un fils, peut aussi intéresser les membres de la famille élargie. Or, cette famille compte une bonne centaine de personnes puisque mon père et ma mère sont issus d’énormes fratries. Mais on ne dénombre que quatre ou cinq personnes curieuses d’en savoir davantage. Là encore, le canal entre la famille et le livre s’avère un tuyau percé.

Le livre est plus que jamais une denrée fragile. Le chemin qui mène jusqu’au clic de la vente est un chemin tortueux et délicat. Un chemin obscur. Ce n’est peut-être même pas un chemin.

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Rappelons aussi que les Français ne sont pas encore très habitués à la liseuse électronique et au livre numérique. Quand je voyais les Chinois lire des livres sur leur téléphone, à Shanghai ou à Nankin, une réaction feutrée, en moi, s’offusquait, comme si j’étais toujours attaché au papier. Donc, oui, un livre qui se présente sur l’unique marché du numérique part avec un net désavantage.

Pour ce qui est du rejet d’Amazon, et du refus d’y acheter quoi que ce soit, je pense que c’est marginal. Je respecte ces scrupules, j’en avais moi-même avant de publier, mais je pense qu’il s’agit là surtout d’une posture morale et politique : ceux qui annoncent qu’ils boycottent Amazon, n’achèteraient pas le livre s’il était publié ailleurs.

Ce qu’il faut conclure, provisoirement, de la modestie des ventes, c’est que les livres se vendent peu, lentement et difficilement. Qu’il faut en prendre soin et se dire que chaque vente est une petite victoire. Si vous vous apprêtez à publier, permettez au sage précaire de vous donner un conseil : n’espérez pas obtenir un grand succès mais au contraire sachez être heureux d’entendre les éloges d’une seule personne. Quand vous en aurez dix, vous aurez la sensation d’être le roi du pétrole. Alors moi, avec mes vingt lecteurs, vous imaginez mon exultation.

 

Trop bon, trop con

Une lectrice a judicieusement commenté le billet précédent : ceux qui n’élèvent pas la voix ont tendance à être « trop bons, trop cons ».

Le sage précaire n’a jamais utilisé cette expression populaire. Non qu’il ne se soit senti parfois le dindon de la farce, le bouffon de la soirée (trop con), mais il ne s’est jamais perçu comme « trop bon ». Ni même comme bon, n’ayons pas peur des mots. La plupart du temps, le sage précaire essaie de ne pas être trop mauvais ou méchant, c’est à peu près l’étendue de son devoir moral.

Les rares fois où le sage précaire a pu se dire : « ici j’ai fait montre de bonté », ça n’a jamais ouvert la porte à une avanie. Je n’ai jamais eu qu’à me réjouir d’avoir été bon.

Mais là je pose la question : fermer sa gueule devant des cons qui, en plus d’être cons, sont en position de supériorité hiérarchique, est-ce être bon ? Dans mon petit théâtre des vertus, je place malheureusement à un rang élevé le courage de dire ses quatre vérités à un chef.

Tout figure d’autorité mérite le respect, a priori. Mais elle doit mériter son statut, et quand elle faillit, une voix me dit que je ne peux pas laisser passer ça, que je dois lui dire son fait. En faisant cela, je scie la branche sur laquelle je suis assis, mais je commets un acte bon, du point de vue de la morale de la conviction.

Alors, par un tour des choses bien mystérieux, celui qui ne sait pas fermer sa gueule se trouve être aussi bien « trop bon, trop con ». C’est en apprenant à se taire, à opiner, qu’il sera à sa façon en situation de transgression vis-à-vis de ses propres valeurs.

Le Sage précaire apprend à fermer sa gueule

Il y a des gens qui détestent les cons. Pas moi. D’ailleurs, je ne sais pas les identifier. Je peux fréquenter quelqu’un pendant des années, sans savoir si c’est un con ou pas. Les autres m’en informent parfois.

Les difficultés relationnelles, le sage précaire les connaît plutôt avec une engeance spécifique : les supérieurs hiérarchiques.

Pas tous, notez, bien. J’ai connu de très bons chefs, sous l’autorité de qui j’ai travaillé des mois et des années sans l’ombre d’un nuage. Le vrai problème, en réalité, c’est l’incompétence de certains supérieurs hiérarchiques. Qu’ils aient de l’autorité sur moi, passe encore. Qu’ils soient stupides, ou incultes, admettons, ça ne me dérange pas. S’ils savent de quoi ils parlent, s’ils connaissent leur domaine d’activité, c’est déjà beaucoup et ça me convient amplement.

Mais trop souvent, ces individus se retrouvent en position de responsabilité sans le mériter, et détiennent un droit de vie ou de mort sociale qu’ils manipulent sans scrupule et sans lumière. Cet état de fait me rend nerveux, et je ne parviens pas à m’y soumettre. Ces mauvais chefs s’avèrent mal assurés dans leur gestion, peu sachant dans leurs approches, confus dans leurs ordres, malhabiles dans leurs feedbacks, ce qui les rend contradictoires dans un premier temps, difficiles à suivre, puis lâches dans un second, avant d’être expéditifs pour faire table rase. Et ils se débarrassent de vous comme si, par magie, d’autres collaborateurs leur apporteraient les compétences dont ils manquent.

Ce sont ces supérieurs qu’il faut savoir endurer pour réussir dans la vie. Je regarde autour de moi : nombre de mes amis ont le portefeuille bien rempli et dorment sur leur deux oreilles, grâce à leur capacité à avoir su se taire face à des supérieurs incapables. Ils en souffrent, mais savent souffrir en silence. C’est une force qu’ils ont, et que je contemple avec envie.

Autant le sage précaire aime travailler en équipe et s’entend bien avec ses égaux, autant il peut être chatouilleux avec celles et ceux qui ont du pouvoir. Pour des raisons purement pragmatiques, il vaudrait mieux s’écraser et laisser dire, mais c’est difficile pour moi. Le fait même qu’ils aient du pouvoir, c’est plus fort que moi, me conduit à les provoquer. C’est bizarre, cela doit correspondre à une maladie.

Un vieux problème avec l’autorité, qui a commencé dès l’école maternelle.

Mais cela doit finir. Résolution de la nouvelle année : le sage précaire va tâcher de fermer sa gueule avec les cons qui l’emploient.

 

 

Le Musée des Confluences, de l’extérieur

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Selon un article du Monde, l’apparence de ce musée donne l’image d’un accident d’avion. Belle intuition de journaliste. Le nouveau musée de Lyon incarne en effet une chute et une carlingue froissée, comme si un météorite était tombée sur la vieille capitale des Gaules.

Encore un nouveau musée dans une ville de province. C’est ainsi, toutes les villes se dotent d’infrastructures impressionnantes pour attirer les touristes. Le miracle qu’a connu Bilbao, avec son Musée Guggenheim ouvert en 1997, tout le monde rêve de le connaître. La sagesse précaire ne saurait dire si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

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Il y a une chose que le sage précaire aime, c’est la géographie. Et Lyon est une des villes françaises les plus excitantes, du point de vue de la géographie, de la topographie et de la géologie. Deux cours d’eau principaux se rejoignent au centre ville, la Saône et le Rhône. Une bande de terre se rétrécit inexorablement, sous l’attraction du fleuve et de la rivière, jusqu’à disparaître dans l’eau, au moment où les deux voies s’épousent.  On appelle « le Confluent » cette bande de terre.

Le musée des Confluences s’appelle ainsi parce qu’il célèbre cette géographie, mais pas seulement. Il s’agit aussi d’un musée scientifique qui voit se réunir plusieurs disciplines de recherche. Sciences naturelles et sciences de l’homme mêlent leurs eaux pour proposer des salles d’exposition spectaculaires, qui racontent l’origine des choses, l’évolution de l’humanité ou les explorations d’anciens savants.

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L’architecture est assez folle. Le but de ce monument, semble-t-il, est d’être vu, de faire parler, d’impressionner et, si possible, de créer de la conversation. Un cabinet d’architectes autrichiens a remporté le concours et incarne aujourd’hui la modernité lyonnaise.

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Les Lyonnais étaient impatients de visiter enfin ce mastodonte. Dès le premier d’ouverture, les entrées font le plein. Nous verrons si cela tient la route dans le temps.

Pour le moment, le sage précaire y est allé voir de ses yeux. Une première fois avec la femme qu’il aime, une deuxième fois déguisé en journaliste, pour les voeux du maire aux élus du Grand Lyon.

Bilans de ces agapes : vins rouge de Saint Joseph et excellents petits fours. On parlera une autre fois de ce qui se visite à l’intérieur du Musée des Confluences.

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Résultat de la consultation

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Le gagnant de la consultation est cette couverture, montrant un homme planté devant l’océan.

Je sais, ce résultat est étonnant quand on lit le billet d’il y a quelques jours. Sur ce blog, les commentateurs ont voté en majorité pour la carte Renaissance et pour l’architecture de Niemeyer.

Mais c’est Facebook qui a fait pencher la balance pour le choix final. A ma grande surprise, c’est celle-ci, le vieil homme et la mer, qui a attiré une nette majorité de suffrage. Encore plus étonnant, il semble que ce soit la préférée, et de loin, de la gent féminine.

Les gens les plus proches de moi, d’un point de vue socioculturel, ont préféré la carte Renaissance et l’architecture de Brasilia. Mais quand on écrit, on désire aussi toucher celles et ceux qui ne vous ressemblent pas.

Et d’ailleurs, le sage précaire se sent bien avec les gens qui sont loin de lui.

Le maire de Lyon : tout pour Charlie Hebdo

Grand salon de l'Hôtel de ville de Lyon, 07 janvier 2015

Hier, les représentants de la presse étaient reçus à l’Hôtel de ville de Lyon pour le déjeuner des vœux du maire. Tout le monde s’attendait que l’on parle de La Précarité du sage, qui avait fait tant couler d’encre en 2014. Gérard Collomb passa entre nous, me serra la main sans me regarder, ce que je pris pour une confirmation qu’il ne pensait qu’à ce blog qui dérange, et prit la parole sur son estrade.

« La tragédie qui a eu lieu ce matin à Paris change bien sûr le contenu de notre réunion. »

Quelle tragédie ? On chuchote dans l’auditoire. J’entends des bribes. Charlie par-ci, Kalash par-là. Evidemment, pas un mot sur la sagesse précaire, qui était a priori le sujet incontournable. Coïncidence ? A mon avis c’est un complot. Ils ont bon dos, les terroristes.

Nous prenons place, chacun à notre table. Moi, j’étais à la table dite « La Confluence », en compagnie de l’adjoint à l’urbanisme. Personne n’était au courant de l’attentat puisqu’il avait eu lieu autour de 11.00 et que nous avions rendez-vous à l’hôtel de ville autour de midi. Nous étions tous en chemin quand l’événement fur relayé par la presse.

C’est en mangeant que nous avons appris le décès de Cabu, de Charb. Les nouvelles venaient petit à petit, et, bien sûr, tout le monde ne parlait que de ça. Tout le monde, sauf le sage précaire et son voisin qui discutaient du prix de l’immobilier dans la ville de Lyon. Quand le maire reprit la parole, entre l’entrée et le poisson, pour nous informer qu’un rassemblement serait organisé sur la place des Terreaux, nous nous transformâmes tous en reporters de guerre.

Descendant verres de Saint-Joseph après verres de Saint-Véran, nous étions suspendus à nos portables, à la pointe de l’info, à échanger des opinions sans pertinence particulière. Pour ma part, je me demandais ce qu’était devenu le dessinateur Luz, que j’ai connu autrefois. Lui aussi est-il une victime ?