La marche de 12 novembre

Dimanche 12 novembre, une marche a été organisée par la présidente de l’assemblée nationale pour soutenir Israël dans sa vengeance terrifiante sur la population palestinienne. Pour faire passer cette pilule amère, Mme Braun-Pivet a dit que ce serait pour dénoncer l’antisémitisme en France.
Sans même regarder les reportages qui ont rendu compte de cet événement, je sais déjà ce qui en sera dit à droite et à gauche car la manipulation est de mise dans le discours médiatique.
Ce qui est inquiétant, dès qu’on s’approche de la terre sainte, c’est la façon dont les journalistes français ne sont plus capables de penser par eux-mêmes. La petite émission d’analyse des médias que je mets en exergue ci-dessus fait un point sur le malaise qui a empêché notre champ journalistique de faire son travail depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre.

Voici les trois étapes de l’enfumage pro-israélien orchestré par la présidente de l’assemblée nationale :

1. En séance, elle déclare son « soutien inconditionnel » à Israël.

2. En Israël, elle fait corps avec l’un des belligérants et déclare que « rien de doit empêcher Israël de se défendre ».

3. De retour en France elle appelle la France entière à défiler en soutien au même belligérant. Ce soutien est explicite dans le texte d’appel publié dans Le Figaro et dans les drapeaux exhibés pendant la marche.

Conclusion : il était préférable de boycotter ce défilé, mais ceux qui ont voulu s’y rendre doivent avoir la paix.

Strasbourg, ô Strasbourg !

Hajer aprés une nuit passée dans la voiture

Strasbourg est une ville stimulante pour l’esprit car elle est allemande et elle est française mais le voyageur se trompe souvent sur ce qui fait d’elle une ville allemande et une ville française.

La cathédrale par exemple. Qui peut dire que c’est typiquement allemand ? Il me semble que le gothique est surtout né en France, mais que son expression tardive, dite « gothique flamboyant » est plus visible outre Rhin. En tout cas oui, le sage précaire a toujours été arrêté, interdit, presque effrayé devant la cathédrale de Strasbourg. La première fois que je l’ai vue, c’était dans les années 1990, avec Ben, mais j’ai oublié la raison et l’occasion de notre virée à Strasbourg. Ce que je n’ai pas oublié, c’est l’émotion violente que j’ai ressentie au contact de ce monument extraordinaire. En marchant devant, hier, Hajer me disait que ça lui faisait peur. J’imagine les gens du Moyen-âge. Leur frisson sacré.

La place de la République, aussi, est typique de cette incertitude, (ou devrait-on dire oscillation ?) entre France et Allemagne. Nous l’avons découverte après la nuit passée dans la voiture, et après le premier café pris à l’hôtel de Royan. En tournant autour de cette place, j’ai d’abord pensé que c’étaient des constructions françaises. L’architecture générale me faisait penser à Paris ou à Lyon. Puis en tournant une deuxième fois autour de la place, on voit un symbolisme qui renvoie à l’empire plutôt qu’à la république. On gare la voiture pour regarder les monuments de plus près car il nous semble que là, sur cette place, Strasbourg nous crie son histoire.

Des figures d’écrivains allemands apparaissent sur une des façades, et nous nous avisons qu’il est écrit en lettres d’or surajoutées : « bibliothèque nationale universitaire ». Cette façade célèbre des écrivains de langue allemande sur sa moitié droite, et de l’autre côté Molière, Shakespeare, Dante et Calderon, c’est-à-dire le reste de l’Europe. Si les Français avaient bâti cette bibliothèque, ils auraient mis des auteurs de langue française et à mon avis seulement Goethe du côté européen.

Nous avons adoré nous promener à pied et en voiture dans cette ville romantique et douce. Les arbres étaient jaunes et ocres en bord de rivière. D’énormes oiseaux sombres, des espèces d’oies sauvages, s’y reposaient et s’en détchaient pour faire d’amples cercles dans le ciel gris.

Hajer dit préférer Strasbourg à Munich et voulut y trouver un travail pour s’y installer. Quand, comme elle, on n’est ni française ni allemande, mais qu’on vit avec un Français et dans la langue allemande, il semblerait que Strasbourg soit faite pour vous.

À Strasbourg sous la pluie

Nous avons dormi dans notre voiture sur un parking très joli du centre de Strasbourg. La Place du marché neuf. Une place pavée, arborée, entourée de maisons aux fenêtres eclairées. C’était un enchantement. D’ailleurs nous partageâmes la place avec quelques clochards.

Il fallait faire un tour en France pour une démarche administrative.

Notre véhicule utilitaire a servi pour l’occasion de chambre d’hôtel. Je l’avais essayé de cette manière le jour de l’achat : en m’allongeant dans l’espace arrière pour m’assurer que je pouvais dormir dedans pour des vacances et des voyages.

Vendredi soir, nous sommes entrés dans Strasbourg et avons visité la ville by night. Nous cherchions distraitement une place pour que la voiture puisse rester au calme toute la nuit. Non loin d’un café pour aller aux toilettes de bon matin.

La voiture garée, la promenade nocturne dans les rues pietonnes de Strasbourg fut absolument ravissante, malgré la pluie et le froid. Rien ne pouvait réduire ma bonne humeur car j’étais engagé dans une de ces aventures qui font le sel de la sagesse précaire. Dormir avec sa belle dans une bagnole sous la pluie qui croustille.

Tags étoile de David : Allez-vous présenter des excuses ?

Des étoiles bleues, aux couleurs du drapeau israélien, ont été vus sur des murs de Paris et de sa banlieue, fin octobre début novembre 2023. D’emblée, on a parlé d’antisémitisme et on a accusé les « arabes », la gauche, les islamistes et les immigrés musulmans.

Puis on s’est aperçu qu’un couple de Moldaves avait pu être à l’origine de ces tags, mais curieusement ces Moldaves ont été exfiltrés et se trouvent aujourd’hui en Moldavie. Mince alors, la justice française ne pourra pas les interroger et faire la lumière sur ces étranges actes de vandalisme.

Les jours passent et la question reste en suspens de savoir si finalement c’étaient des actes antisémites ou au contraire des signes de supporters d’Israël…

En revanche, les « arabes », les musulmans et les gauchistes n’ont pas été lavés des insultes qui les ont éclaboussés pendant plusieurs jours. Ils n’ont rien à voir avec ces tags, on les accuse quand même, puis on parle d’autre chose quand on se rend compte que l’événement était plus compliqué que prévu. Plus obscur que ne le pensait celui qui parla d’antisémitisme « couscous ».

Il serait bienvenu qu’on présente ses excuses à ceux qui sont continuellement accusés abusivement. Ce serait aussi un signe de cette « civilisation » dont on est si fier et dont on nous rebat les oreilles.

La police allemande est venue chez nous

Ils ont sonné un matin que j’étais en survêtement. Un homme, une femme et un adolescent en stage.

C’est votre voiture qui est garée en bas ? Une Renault immatriculée ****** ? On a reçu un signalement car une vitre est brisée. Nous venons prendre votre déposition et vous demander si vous portez plainte.

Attendez messieurs-dame, vous savez où j’habite avec la seule immatriculation de mon véhicule ?

Oui, mais seulement parce que nous sommes de la police.

Des passants ont vu ma voiture, ont constaté qu’une vitre était brisée et sont allés au poste pour vous prévenir ?

C’est cela.

Eh bien merci beaucoup monsieur l’agent, asseyez-vous donc et prenez un verre d’eau je vous prie.

J’ai expliqué ce qui s’est passé, le policier prenait des notes, la policière regardait à droite et à gauche. À Grenoble, quand nous fûmes cambriolés, les agents n’avaient pas daigné même sortir de l’Hôtel de Police pour constater les dégâts. En Bavière, trois individus en uniforme viennent carrément chez vous. On ne vit pas dans la même Europe.

Grand remplacement dans les Cévennes ?

Lycée André Chamson, Le Vigan

Quand j’ai été nommé professeur de philosophie au lycée du Vigan, l’année avait déjà commencé et je devais me débrouiller avec des classes dont je ne savais rien. Devant moi, des classes de 35 à 40 élèves de terminale. Ma priorité allait à la conception et l’animation du cours pour respecter le programme et rassurer les élèves sur leur préparation aux épreuves du bac.

Le nom des élèves, leur mémorisation, viendraient dans un second temps. D’ailleurs, je n’avais aucune liste de noms, ni aucun accès aux sites intranet qui permettent d’administrer les classes.

N’ayant que le contact humain pour me faire une idée sur l’origine ethnique de mes élèves, j’évaluais que sur cent individus, il y avait un garçon africain ou antillais, trois garçons maghrébins et trois filles maghrébines. Cela faisait une statistique de 7 % d’étudiants d’origine peut-être étrangère.

Soudain je reçus les listes d’appel et je lus un nombre importants de noms arabes. Une proportion bien plus importante de Driss, de Réda, de Sheinèze ou de Rayan. À la louche, je dirais 20 % d’étudiants portant des prénoms faisant penser qu’un de leur parent venait d’Afrique.

Je précise que ce lycée n’a pas de concurrence dans la région. Riches et pauvres, toutes les familles de la communauté de communes envoient leurs rejetons dans ce lycée. Je n’ai pas entendu parler d’établissements privés attirant les privilégiés.

Tous ces adolescents plus ou moins arabes m’avaient paru non seulement francais de souche, mais même cévenols d’origine. Ils ne s’étaient pas intégrés, ils s’étaient fondus dans la masse.

C’est l’image concrète et réelle du « grand remplacement » vendu par l’extrême-droite pour nous faire peur.

Un autre admirateur talentueux de Jean Rolin

Jean Rolin, photo de Julien Barret, parue sur son site « Autour de Paris »

Quand je suis tombé sur ce « Guide de Paris« , et que j’ai déroulé le chapitre sur l’écrivain Jean Rolin, j’ai eu la sensation étrange de lire quelque chose que j’avais moi-même écrit.

Or, comme je suis retourné sur ce site et que je l’avais oublié entre temps, ma mémoire a joué son rôle dans ma lecture, si bien que je pensais vraiment l’avoir écrit en partie.

C’est en lisant les commentaires que je me suis retrouvé pour de bon : j’avais laissé un commentaire qui montrait ma différence avec ce brillant blogueur que je ne connais pas personnellement. Ce commentaire aussi je l’avais oublié mais je l’ai relu avec plaisir car je souscris toujours aux mêmes idées qu’à l’époque. En revanche j’ai vu que le webmaster du site m’avait répondu avec beaucoup d’urbanité.

Tout ceci est à lire ici : https://autour-de-paris.com/project/jean-rolin-profession-arpenteur

Des amateurs pour l’Olympique lyonnais

« Football amateur ». Photo gratuite d’une banque d’image associée à mon blog.

On connaît l’origine du sage précaire donc on en déduit qu’il est un supporteur de l’Olympique lyonnais. On se souvient notamment de ce billet de 2007 où le sage précaire regardait perdre Lyon contre le Barça en compagnie d’une entraîneuse chinoise dans un bar de Shangai.

Par ailleurs l’un des chevaux de bataille de la sagesse précaire est la défense de l’amateurisme au détriment du professionnalisme. Les meilleurs écrivains de l’histoire furent des amateurs. Rares furent les écrivains professionnels qui ont marqué les esprits après leur mort.

Lire à ce sujet : Amateurs et professionnels de l’écriture.

La Précarité du sage

Aujourd’hui, depuis que l’Olympique lyonnais est dernier du classement de Ligue 1, on peut enfin faire converger mes deux passions, le football et l’amateurisme. Remplacez les joueurs grassement payés par de braves gamins des quartiers de Bron, de Vaulx-en-Velin, des Minguettes ou de Vaise. Choisissez dans les clubs amateurs de la ville et de ses banlieues les meilleurs joueurs et donnez-leur la chance de leur vie.

Que risque-t-on dans tous les cas ? Perdre les matchs ? On les perd presque tous. Nous sommes dernier et tout va mal dans le vestiaire. À quoi sert de se crisper sur ces professionnels-là qui, visiblement, sont en plein burn out. Envoyons-les en cure de repos et redonnons de la fierté au public lyonnais en faisant jouer des amateurs.

Ces nouvelles figures inconnues du grand public seront extrêmement motivées et redonneront le moral aux supporters. Ils créeront de l’enthousiasme, de l’émulation et de la joie de vivre. Même les défaites seront accueillies avec joie et le moindre match gagné sera un véritable triomphe.

Der Blaue Reiter, le livre

L’Almanach de 1912, dirigé par Kandinsky et Marc

Gardons à l’esprit que le mouvement Der Blaue Reiter est avant tout un projet éditorial. J’ai été très impressionné par ce fait dans l’exposition que j’ai visitée au musée Lenbachhaus, à Munich. Der Blaue Reiter est un livre avant d’être une exposition. Une revue savante qui sert de machine de guerre pour soutenir et accompagner les productions et diffusions des oeuvres d’art.

Les auteurs des articles de cette publication sont les artistes eux-mêmes, qui ne parlent pas de leurs propres œuvres mais de celles de leurs collègues. C’est ce que la sagesse précaire ne sait pas faire, par un mélange de paresse et de vieille morale, se mettre en situation collective pour que chacun fasse la publicité de l’autre. Moi, je découvre que La précarité du sage est cité ou mentionné à droite à gauche sans avoir été averti, ce qui est flatteur mais ne permet pas de faire système.

Peinture d’art populaire en illustration de l’Almanach Der Blaue Reiter.

Les images choisies pour illustrer cet Almanach (il n’y a eu que deux numéros du fait que le mouvement s’est dissout à l’occasion de la guerre de 1914) sont une belle surprise. Quelques dessins et peintures de nos chers Munichois, autant d’œuvres de grands artistes français perçus comme les parrains de l’entreprise (surtout Delaunay et Matisse), et une majorité d’images venues d’ailleurs.

Des photos de sculptures médiévales, beaucoup de Moyen-âge, des masques asiatiques, des décorations arabes, un peu d’antiquités égyptienne et gréco-romaine, et une forte présence d’art naïf. Art brut, art populaire, dessins d’enfants et de fous. Les expressionnistes trempaient leur imaginaire dans ce que la technologie moderne permettait de mettre à disposition du spectateur occidental curieux.

Quatrième de couverture, où l’on reconnaît la signature de Kandinsky.

Le ménage à trois des artistes munichois

Franz Marc, Deux femmes sur la montagne, 1908

Les deux femmes représentées sur cette esquisse faite à Munich ne sont pas choisies au hasard. Le peintre était amoureux d’elles, elles l’amaient en retour, et les trois connaissaient les sentiments de tous. Ils se sont mariés l’un avec l’autre, à tour de rôle. Ils formaient un trio amoureux et créatif qui n’étaient pas complètement étranger aux mœurs des Européens progressistes de la belle époque.

Les deux femmes étaient plus âgées que l’homme et cela ne dérangeait personne. Maria avait quatre ans de plus que Franz mais ils ne pouvaient pas se marier car Franz était déjà marié à Marie Schnür, de treize ans son aînée. Cette dernière avait déjà un enfant qu’elle avait eu à Paris, fruit de la vie de Bohème des jeunes Européens.

C’est peut-être pour adopter cet enfant conçu à Paris que Franz se maria avec Maria. On ne sait rien de cela car il ne reste pas grand chose de cette relation.

Les trois protagonistes de cette histoire étaient peintres et très influencés par les impressionnistes qui révolutionnaient l’art depuis trente ans en France. Ils cherchaient la bonne recette pour vivre en adéquation avec leur spiritualité, la modernité, les problèmes et les désirs de leur temps. Quand ils ne peignaient pas, ils montaient des coopératives socialistes, quand ils ne se caressaient pas en pleine nature, ils créaient des collectifs d’artistes tels que le Blaue Reiter à Munich.

Marie Schnür, Maria Marc et Franz Marc, en détente relative pendant l’été 1906.

Ce monde d’espoir, de crises et de créativité était précaire. La guerre de 14-18 approchait et Franz n’a rien fait pour l’éviter. Il est mort en soldat sur le sol français dont il a tellement aimé la culture d’avant-garde. Dans ses carnets de tranchée, des dizaines de chefs d’œuvres griffonnés, dans lesquels transparait la passion de Franz pour l’art, et ses tentatives inlassables de comprendre le monde par des mouvements de crayon.

Sa deuxième épouse, Maria Franck, a survécu dans ce village de Bavière où ils expérimentaient l’amour libre et naturiste, pour s’éteindre à près de 80 ans.

Sa première épouse en revanche, Marie Schnür, on ne sait pas ce qu’elle est devenue, et on a perdu toute trace de son enfant. Apparemment, elle a mal vécu ce « ménage à trois », et elle semble avoir mis un terme à sa carrière artistique peu après la guerre. Je pense, pour ma part, qu’elle a changé de nom et d’identité. Comme elle vient d’une famille riche et protestante de Cobourg, sa vie dissolue faisait mauvais genre et il fallait tout dissimuler pour espérer une fin de vie respectable. Si elle était morte avec cette identité connue de Marie Schnür, les historiens auraient retracer la trame de son existence.

Franz Marc, Nu avec chat, 1910