Français, faites un petit effort pour devenir enfin américains, comme tout le monde, et investissez Facebook!
Je sais ce que vous vous dites : c’est un site pour adolescents narcissiques, on se montre des photos, on s’exhibe, on communique virtuellement, on passe des heures à tchatter et on y perd son temps.
Cela est vrai, chers amis, pour les adolescents narcissiques, et pour ceux qui aiment tchatter pendant des heures, et pour ceux qui aiment s’exhiber. Mais rien ne vous oblige à faire comme eux. Vous avez bien un ordinateur connecté à internet ? Et vous n’y passez pas tout votre temps à jouer à des jeux ni à échanger des « coucou, c’est moi » ? Vous y avez trouvé un usage intelligent et les sites comme Facebook peuvent aller dans ce sens.
J’ai déjà parlé du groupe « Gilles Deleuze », administré par des universitaires européens. Sur d’autres groupes, on assiste à des discussions qui se font en plusieurs langues, c’est assez amusant : on lit dans la langue étrangère et on s’exprime dans la sienne pour plus de commodité. On imaginait que de tels sites communautaires allaient être le lieu du monolinguisme anglo-saxon, et on se retrouve avec une tour de babel en forme de toile d’araignée. Il faudrait s’étendre là-dessus.
Mais la question n’est pas de discuter pour passer le temps. Le sage précaire, s’il aime perdre son temps, apprécie aussi la notion d’utilité. Certaines de nos actions ont pour but de servir d’outil à d’autres gens, afin qu’un bricolage commun puisse nous servir en retour. Par exemple, je viens d’adhérer au « fan club » (pour dire les choses brutalement) de Jean Rolin. C’est la première fois que je « deviens » fan, sur Facebook, car je n’y avais encore jamais vu l’utilité. Je l’ai découverte en m’apercevant qu’il y avait quelques étudiants qui travaillaient sur ses livres, et que sur la page de l’écrivain il y avait des espaces pour pouvoir échanger des idées, ou poster des documents, conférences, articles, entretiens, etc.
Imaginons que les lecteurs de Rolin, plutôt que de rejeter Facebook comme le diable, y entrent comme les maoïstes entraient dans les usines. Imaginons qu’ils fassent de l’interventionnisme, de l’entrisme, ils pourraient répondre aux questions que je me pose et que j’ai postées sur la page. Les questions que j’y pose, d’ailleurs, prétendent être elles-mêmes des outils de réflexion, car une question bien posée vaut souvent plus que de nombreuses opinions non motivées.
Facebook, je le rappelle pour les situationnistes en herbe, c’est l’essence du détournement et de la dérive.