Adieux pleins de joie et de retenue fatiguée

Dans cette photo de famille, on voit le petit chien pointer le bout de son museau, preuve que mon action conciliatrice a porté ses fruits. Il n’a plus peur de mes beaux-parents et s’approche pour être sur la photo lui aussi.

Cette semaine fut riche en émotions car l’état de santé de certaines personnes se dégradent. Alors oui, nous avons noué des liens d’autant plus forts qu’ils sont soulignés par une aide physique, corporelle, qui ne peut laisser l’âme indifférente.

Vous voyez sur cette photo, au-dessus de ce paragraphe, que la jeune voisine soutient mon beau-père car il lui est difficile de rester en équilibre debout.

Derrière nos sourires, il y a donc une vraie joie profonde de se retrouver et de s’être soutenus les uns les autres.

Car, on le dit beaucoup mais c’est vrai, quand on aide et qu’on se rend utile à quelqu’un, en réalité, c’est tout autant le soignant qui est aidé par le soigné.

De même que l’ethnologue Nastassja Martin refuse d’écrire qu’elle a été attaquée par un ours, mais qu’il y a eu un événement-rencontre entre une femme et un fauve, chacun laissant sa trace chez l’autre, de même, entre Youssef et le sage précaire, il y a eu rencontre et chacun laisse sa trace.

J’espère recevoir de mon beau-père un peu de sa joie de vivre, de sa faculté de danser et de chanter, de se tenir debout même quand il perd l’équilibre et la masse musculaire.

Ma belle-mère, elle, reste dans un état stationnaire, et elle aussi a appris à aider son mari pour manger ses yaourts. Le petit chien, on le voit, est déjà fidèle à sa nouvelle maîtresse, et si Dieu le veut, va apporter son aide à la famille.

Cette séance de photos était épuisante pour mes beaux-parents. Il n’y a pas eu de larmes à notre départ, car la fatigue était plus grande que la tristesse.

La passion qui dominait dans ces adieux était la retenue et l’appel de la sieste.

Un petit chien tunisien sans prénom

D’ordinaire les chiens dans les fermes tunisiennes sont attachés et ont une fonction essentielle mais délétère : aboyer comme des fous dès qu’un étranger approche. Faire peur et éloigner les rôdeurs. Leur vie, vue de loin, semble vraiment misérable.

Mais à notre arrivée à Ftiss, mon beau-frère m’a dit que celui-ci n’avait pas vocation à être attaché. Il était là pour apporter de la vie au contraire, ce qui me réjouissait.

Nous avions parlé de cela la dernière fois. Les deux parents qui vivent dans la ferme n’ont pas seulement besoin d’aide à domicile et d’auxiliaire de vie, ils ont besoin de contact, d’échanges, de joie de vivre autour d’eux.

Or mon beau-père n’aimait pas trop les chiens et chassait celui-là quand il mettait la patte dans la cour intérieure. Le petit chien, par conséquent, avait peur de nous tous, et tendait à imiter les autres chiens qui, attachés à une corde, s’évertuaient à aboyer même quand il n’y avait aucun rôdeur à l’horizon.

J’ai donc essayé de l’apprivoiser, ce petit chien, et de lui donner un nom. Le problème est que le nom qui me venait était déjà pris par un de ceux qui sont attachés et que j’avais baptisé quand il était petit et que je lisais le dernier roman d’Eric Vuillard : Billy the Kid.

Je réussis à m’approcher de lui et un jour, victoire, il me lécha la main et accepta de se laisser prendre dans mes bras. Il tremblait un peu parce que pour lui, les humains sont des êtres méchants et toujours de mauvaise humeur.

Il n’était pas très confiant mais comme les chiens sont des anciens loups qui ont choisi le camp de l’homme il y a quelques centaines de milliers d’années, tout chien est par principe adoptable, domptable et domesticable en peu de temps.

Il ne résiste jamais aux hommes car il est par définition programmé pour se rendre utile aux hommes et à tout recevoir des hommes. C’est le choix que son ancêtre a fait, et aujourd’hui, il ne connaît pas d’autre salut que la vie humaine, avec ses bonheurs et ses détresses.

Son prénom ne s’accrochait pas sur lui. Je ne pouvais l’appeler que « petit chien ».

Quand je l’approchais de mon beau-père, il tremblait de tout son corps. Il fallait prendre un peu de temps pour que ces deux-là s’apprécient.

Je connais mon beau-père, il est de nature affective et trouve toujours de quoi rigoler. Au début, il ne comprenait pas l’intérêt de voir un chien dans l’espace domestique mais il n’a pas fallu beaucoup de jours pour qu’il fonde de tendresse pour la mignonnerie de ce petit regard espiègle et qui respire l’intelligence.

Voyage en Tunisie de septembre 2026

Depuis Marseille où Hajer et moi fêtions notre dixième anniversaire de mariage, la nouvelle nous parvint que la grand-mère venait de mourir. Nous partîmes aussi sec à Tunis pour assister aux funérailles.

Nous avons loué une voiture de marque indienne qui avait l’avantage d’être petite et légère, donc peu consommatrice d’essence, et assez élevée pour emprunter les pistes accidentées de Ftiss.

Voiture de la marque Mahindra louée à l’aéroport de Carthage.

Je raconterai une autre fois la veille funéraire car un tel événement mérite un chapitre à lui seul.

Nous sommes restés une semaine entière dans la ferme de Ftiss où, en 2016, Hajer et moi avons accepté de nous unir devant Dieu et devant les hommes. C’était donc un voyage impromptu qui aurait dû être prévu et organisé de longue date, comme si la grand-mère, en mourant, s’était mêlée de nous envoyer un signe : ne fêtez pas votre union à Marseille, petits mécréants, revenez immédiatement à Ftiss.

La semaine s’est déroulée sous le signe des animaux. J’ai beaucoup traîné avec les chiens. Ceux que j’avais baptisés lors de mon dernier passage, ont grandi et m’ont reconnu à l’odeur et à l’ouïe, c’était très impressionnant.

Un petit chien est apparu que mon beau-frère Tarek a introduit dans la famille. Il a décidé de ne pas attacher celui-ci pour en faire un compagnon aux vieux parents. Très bonne idée, sauf que la famille se méfie des chiens et tendent à les chasser quand ils entrent dans la cour intérieure de la ferme.

J’ai cherché toute la semaine à lui donner un nom mais je n’ai pas trouvé. Je n’étais convaincu par aucune de mes tentatives. J’ai quitté la ferme en l’appelant « le petit chien ».

Les autres animaux ne sont pas en reste. J’ai trouvé qu’en ces temps de difficultés économiques, les poules et les dindes se portaient comme des charmes. Les pintades en particulier m’ont impressionné par leur beauté ardoise et le goût délicieux que leur chair apporte à la chorba tunisienne : une soupe de tomate à l’orge ou à je ne sais quelle céréale.

Les chiens au parc des Châtaigniers

Image générée quand j’ai saisi les mots « Chien qui chie au parc des châtaigniers ». Photo de Masood Aslami sur Pexels.com

Les moteurs de recherche préfèrent ne pas montrer la réalité du phénomène. On saisit « chien qui chie dans un parc », les images générées sont d’adorables toutous dorlotés par des maîtres pleins d’amour.

Dans le parc des Châtaigniers où nous habitons, nous voyons au contraire les habitants promener leur bête et les laisser faire leurs besoins sur l’herbe. Nous ne voyons jamais personne ramasser les déjections. Ils doivent croire que c’est la nature sauvage.

Quand viennent les beaux jours, on voit les élèves du lycée s’allonger dans le même parc des Châtaigniers, mais chiens et élèves n’occupent pas le territoire en même temps, heureusement.

De 10.00 à 17.00, on voit des adolescents réviser et se prélasser dans l’herbe.

De 18.00 à 21.00, on voit les chiens faire caca sur les mêmes parcelles.

C’est bien organisé.

J’aime regarder les propriétaires pendant que leur chien souille le parc de la ville. Ils font semblant de ne rien remarquer. Ils sont un peu gênés. Pas au point de ramasser la merde dont ils sont responsables, mais on sent que ce n’est pas le meilleur moment de leur journée. Ils tirent un peu sur la laisse pour signifier au clébard : « bon, Médor, tu as fini ? Ça commence à durer ton histoire, et les gens nous regardent. »

La seule personne que je connais, dans cette région, qui fait preuve d’assez de civilité pour ramasser ses déjections canines lors des promenades quotidiennes, c’est un Anglais, mon ami Peter, qui n’élève pas moins de trois labradors. Il semble que nous ayons encore des leçons à prendre chez nos amis d’outre-Manche.

Les chiens sur les chemins

Image générée quand j’ai saisi « Chien, Noir, Rivière ». Photo de Matej sur Pexels.com

Je commence à en avoir ras-le-bol des chiens et de leur propriétaire sur les chemins de promenade. Ces gens n’ont vraiment plus aucune civilité. Ils ne ramassent pas les crottes, ils laissent les bêtes importuner les promeneurs, ils confondent chemin de promenade et nature sauvage. Moi, quand j’avais un chien, j’allais le promener dans des champs et au bord de rivières où il n’y avait personne. Je laissais l’animal courir, c’était la campagne sans randonneurs, et c’était agréable pour nous deux.

J’avoue qu’en effet, la vie d’un tel animal près de soi est assez apaisante. Je reconnais l’utilité du truc. Je comprends l’amour qu’on peut porter à des chiens. Mais aujourd’hui ils sont devenus insupportables, et leur maître ne cherchent même plus à les contrôler.

Hier, le long de la rivière Coudoulous, j’ai vraiment cru me faire dévorer par un chien qui a couru vers moi. Comme il pleuvait et que je portais une casquette, perdu dans mes pensées, je n’ai vu le molosse qu’au dernier moment et il m’a fait très peur. J’ai fait un saut de côté, retiré mes bras. Le chien, en réalité, n’était pas méchant. Il voulait juste jouer avec moi et mettait ses pattes sur moi. Ce con sautait autour de moi et je ne parvenais pas à m’en débarrasser.

Je n’avais aucun intention de jouer avec ce chien. La plupart du temps, d’ailleurs, je n’ai pas très envie de jouer avec les individus que je ne connais pas et qui ne s’annoncent pas. Je dirais la même chose d’enfants intrusifs, de parents démissionnaires et d’ivrognes en quête d’affection. Votre situation d’enfant, de chien ou de drogué ne vous donne aucun droit sur mes émotions.

Le pire dans mon histoire de chien au bord du Coudoulous, c’est l’attitude de la propriétaire. Elle marchait tranquillement à quelques dizaines de mètres, et ne semblait pas dérangée du tout de voir son animal faire peur aux promeneurs.

Quand je l’ai vue, cette dame, je me suis dit qu’elle allait au moins avoir une attitude d’autorité vis-à-vis de la bête. Qu’elle allait la gronder, lui signifier que ce comportement était inadmissible. Pas du tout. Elle marchait calmement et disait simplement : « Non, Médor, non. »

C’est tout.

Et quand elle m’a croisé, elle m’a dit : « Désolé, hein. »

« Je vous en prie », ai-je répondu.

Cette dame ne paraissait pas contrariée ou confuse. Je pense même qu’elle ressentait une certaine satisfaction à avoir effrayé un mâle solitaire, par l’intermédiaire de son adorable toutou.

« Il n’est pas méchant », « il veut juste jouer », « il aboie mais ce n’est pas contre vous ». Allez vous faire voir ailleurs. Cotisez-vous pour créer des « parcs à chiens » et laissez les territoires communaux aux gens civilisés.