Couvertures

 

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Puis arrive le moment fatidique de la couverture du livre. Que choisir ? Une tonalité minérale ? Océanique ? Culturelle ? Doit-on privilégier la sensualité ? La nostalgie ? L’érudition ?

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Le titre a été trouvé par Pierre, qui s’occupe de la création informatique du livre numérique. Après lecture du manuscrit, il a modifié le titre pour le rendre plus fidèle au contenu. Je l’en remercie.

C’est encore Pierre, plus connu sous le nom de plume d’Ebolavir, dont le blog fait les beaux jours de la culture chinoise francophone, qui se trouve aux manettes du graphisme final. Il propose ces quatre couvertures, où l’on reconnaît trois photos que j’ai prises au Brésil, et une carte de la Renaissance.

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Encore une fois, je fais appel aux lecteurs de La Précarité du sage pour m’aider à faire un choix. Je suis vraiment dans l’embarras du choix et, pour tout dire, j’aimerais proposer aux acheteurs éventuels qu’ils choisissent la couverture qu’ils préfèrent. A l’ère du numérique et de l’internet, ce genre de service devrait être monnaie courante.

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Pour l’heure, il faut discriminer. Quelle couverture vous plaît le plus ? La réponse à cette question ne vous engage à rien et n’est lié à aucune obligation d’achat.

 

Les Arabes tout tristes

Au marché de Villefontaine, je me fournis souvent chez des Arabes qui vendent des galettes de semoule, des salades mechouia et des kesra farçis.  C’est le délice du marché, et leur affaire tourne bien. C’est sans aucun doute le stand qui a le plus de succès sur le marché de Villefontaine.

Ils étaient tout tristes la semaine dernière. Ils étaient polis et efficaces, comme d’habitude, mais on les sentait touchés, assombris.

Je me demande comment je vais les retrouver demain.

En route pour le Brésil en numérique

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Après une vaste consultation, le comité de soutien, le comité de rédaction, et le conseil des sages de La Précarité du sage, a voté pour la publication d’un livre numérique sur la plateforme Kindle d’Amazon.

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Merci aux nombreux commentateurs, sur ce blog et sur les réseaux sociaux, qui m’ont aidé à prendre cette décision, c’est-à-dire à vaincre mes résistances.

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Ce n’est pas la question du support qui me posait problème. Il me paraît préférable d’utiliser moins de papier par les temps qui courent. Mais il y avait cette question morale concernant une grande entreprise, Amazon, peu recommandable sur le plan des ressources humaines, et peu éthique sur le plan des négociations avec les éditeurs et les Etats.

 

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Une autre réticence venait du fait qu’il est toujours préférable d’être publié chez un éditeur professionnel. Mais je ne voulais pas que ce manuscrit un peu particulier attende des années dans un tiroir. Il doit pouvoir se lire facilement, se feuilleter. Il ne s’agit en rien d’un chef d’oeuvre, il n’y a pas lieu d’exiger un traitement de professionnel, ni une quelconque couverture médiatique. C’est un peu un document familial, pour les amis et les proches.

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L’ennui, pour le sage précaire, c’est que les proches habitent souvent au loin. Si loin, si proche.

C’est justement un ami qui habite en Chine qui prend en charge le travail de transformation du fichier Word en livre numérique. C’est dire si les proches sont lointain.

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Pour le titre, en revanche, ma religion n’est toujours pas faite (c’est comme ça qu’on dit ?)

Je crois qu’au final, le titre demeurera Correspondance brésilienne. Le nom du fichier Word pour enregistrer mes travaux d’écriture. Avec un sous-titre, du genre « Lettres viatiques pour aider mon père à mourir ».

Après l’écriture gratuite du blog, et celle, plus confidentielle, du livre édité, je suis relativement excité de voir ce qui va advenir avec le livre numérique vendu une poignée d’euros. On verra à l’usage si c’est une voie à creuser ou une voie sans issue.

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Un titre pour mes lettres brésiliennes

Et puisque j’en suis à demander de l’aide à la communauté des lecteurs, ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Je voudrais un titre, un beau titre pour cette correspondance de voyage. Pour savoir de quoi il s’agit, prière de lire le billet précédent.

Voici quelques essais qui ne me satisfont pas :

Lettres brésiliennes

Correspondance brésilienne

Le Brésil pour aider mon père à mourir

Mon cher papa. Lettres d’un voyageur à son père

Voyager pour mourir

Voyager et Mourir. Courrier du Brésil

Terminal samba

L’idéal, ce serait quelque chose de beau et de rigolo. Un titre qui fasse comprendre d’emblée de quoi il retourne, mais qui fasse sourire en même temps. Je ne sais pas pourquoi, je sens qu’en cette occurrence le titre va jouer un grand rôle.

Quelqu’un a-t-il une idée ?

Un éditeur pour les lettres brésiliennes

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Ceci est un appel à votre sagacité, chers lecteurs de La Précarité du sage.

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J’ai mis au point un manuscrit qui cherche maintenant ses lecteurs. Pour trouver ses lecteurs, il a besoin d’un éditeur. J’ai déposé une copie de ce manuscrit chez deux ou trois éditeurs qui me paraissaient convenir, de par leur catalogue et leurs collections, au contenu et au ton de mon livre. Ces manuscrits étaient naturellement accompagnés d’une lettre de présentation précise, qui tâchait de montrer combien mon récit entrait en écho avec leur ligne éditoriale. J’attends les réponses, sans espoir et sans appréhension.

De quoi s’agit-il, me demanderez-vous ? Quand je voyageais au Brésil, mon père vivait ses derniers jours, et comme je ne savais pas quelle attitude adopter, je lui ai écrit tous les jours. Ce sont ces lettres à mon père que j’ai réunies en un volume, et qui constituent l’essentiel de mon livre.

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Il s’agit donc d’une correspondance d’un type particulier, puisque le destinataire n’était plus en mesure de répondre. Un récit de voyage balsamique, voilà comment j’appelle cela. « Balsamique », pas comme le vinaigre, mais comme le baume qui soulage et soigne. Un récit balsamique pour alléger les douleurs de mon père, pour le faire rigoler et pour le faire voyager une dernière fois.

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N’ayant pas le temps ni le désir de faire de nombreuses photocopies, je préfère ne pas bombarder d’autres éditeurs.

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On me propose, donc, de publier cela en bouquin électronique, sur la plate-forme d’édition de Kindle, dirigée par Amazon. L’avantage est que cela est peu coûteux, l’inconvénient que beaucoup de lecteurs préfèrent les livres en papier.

Un autre inconvénient de taille est le statut d’Amazon, en tant qu’entreprise. Est-ce éthique, quand on est un sage précaire, de collaborer si activement avec ce grand méchant loup ?

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C’est ici que je fais appel à votre sagacité. Que pensez-vous de cela ? Dois-je éviter à tout prix le géant de la vente en ligne qui fait tant de mal, paraît-il, à nos libraires ? Dois-je attendre que l’on accepte mon manuscrit ? Que dois-je dire à ceux qui désirent le lire ? Dois-je refuser le livre électronique et conserver le livre en papier ?

Connaissez-vous des solutions alternatives ?

Attentats du 9 janvier 2015. Une superbe journée de terreur

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Journée de terreur pour le peuple français, vendredi fut une journée de magnifique torpeur pour la sagesse précaire.

Réveillé dans le 16ème arrondissement de Paris, le sage précaire visite le musée Guimet en amoureuse compagnie. Ebloui par ladite compagnie, il ignore tout des terroristes et des prises d’otage. L’ouest de Paris est d’ailleurs extrêmement calme. Le musée d’art asiatique est l’écrin d’une journée d’amour : le beau corps des déesses orientales, les poitrines généreuses des temples indiens, les courbes des danseuses chinoises et les rondeurs des beautés khmères font tourner la tête et nous conduisent à retourner à notre nid provisoire, procéder à une sieste balsamique.

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La sieste balsamique est une invention thérapeutique de la sagesse précaire. Elle consiste en un massage spécial qui évacue les états grippaux d’une personne aimée, après quelques minutes de sommeil.

L’après-midi, je me rapproche du centre de Paris et retrouve une amie qui a passé ces dernières journées sur les chaînes d’info en continu. Autour de la place des Vosges, l’agitation est beaucoup plus palpable que dans le 16ème. Les sirènes de pompier et les véhicules banalisés prolifèrent. J’apprends alors ce qui a tenu mes concitoyens en haleine. Nous buvons un thé en regardant l’action des forces de l’ordre à quelques rues de nous.

Quand les méchants ont perdu, tués sous les balles de nos agents de sûreté, mon amie et moi sortons boire un verre rue de Jouy, dans un bar/restaurant dont la carte des vins présente un étrange tropisme lyonnais. Un choix de quatre rouges : Gamay (le cépage principal du beaujolais), Coteaux du lyonnais et Saint-Joseph. Le patron, apparemment, n’est pas particulièrement originaire de la capitale des Gaules. Il a juste apprécié ces vins, qu’il trouve originaux. C’est drôle, il faut monter à la capitale pour voir respecter le coteau du lyonnais qui, dans ma ville natale, est jugé comme une infâme piquette.

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Pendant que nous sirotons à la terrasse, nous remarquons un doux mouvement dans un atelier en contrebas. Je crois reconnaître une longue silhouette : c’est Jean Rolin himself  qui fait une lecture de son dernier livre dans cette librairie du Marais. Nous demandons aux deux commerçants, la serveuse du bar et la libraire, si nous pouvons joindre la lecture munis de notre verre de vin. Parmi l’auditoire, de bien jolies filles, dont je suppose qu’elles sont journalistes, critiques littéraires, étudiantes et chercheuses en lettres. Des jolies filles et de vieux messieurs.

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Plus tard dans la soirée, mon amie et moi prenons le RER direction Saint-Denis. Nous finissons la journée de terreur dans un collectif d’artistes, dans un immeuble en béton promis à la démolition. Les artistes ont aménagé une petite salle de cinéma, avec des sièges et du matériel de récupération. Ce soir, ils diffusent Le Salon de musique, de Satyajit Ray.

Et là, l’envoûtement de la musique indienne joue à plein. Affalé dans son siège, légèrement enivré de vin fin et sous alimenté, le sage précaire est enveloppé d’une étroite torpeur. Il faut voir ce chef d’œuvre de 1958 tard dans la nuit, après une journée intense, la conscience légèrement, très légèrement altérée. Les scènes de concert vous mettent dans un état de transe, au point que l’on comprend l’attirance des jeunes gens pour les drogues et les violences aveugles.

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Au fond, c’était une journée (d’)halluciné(e).

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Attentats de Charlie Hebdo. Trop d’émotion tue l’émotion

Depuis les assassinats qui ont eu lieu cette semaine, le pays est submergé par une émotion médiatique assez pénible à endurer. Notre émotion, à nous tous, était inévitable, mais la manière dont elle est étirée, allongée, étalée toute la journée, donne un goût amer, à force. La formule de ralliement, « Je suis Charlie », je ne la comprends même pas. Les Philippe Val, sur les plateaux de télévision, qui exhibent leur douleur insurmontable, et parviennent à jouer pendant des heures, et sous les projecteurs, la souffrance éplorée, le sanglot maîtrisé, je n’en peux plus.

La sagesse précaire n’est pas soluble dans l’émotivité larmoyante qui dégouline de nos écrans de télévision, de nos postes de radio et de nos journaux.

Et toujours ces excès de rhétorique. Toutes les deux phrases, on entend ou on lit les mots de « résistance », de « liberté d’expression », de « peuple debout », de « vivre à genoux », que sais-je ? de « sursaut citoyen ». L’ineffable Bernard-Henri Lévy, que l’on aimerait plutôt entendre dénoncer les crimes de l’armée israélienne, vient donner des leçons de morale aux musulmans, en parlant de « moment churchillien de la Ve république ». Ras le bol.

Luz, le dessinateur historique de Charlie Hebdo, a pris ses distance avec toutes ces célébrations symboliques dans une interview aux Inrocks, et sa parole fait du bien :

Des gens ont chanté la Marseillaise. On parle de la mémoire de Charb, Tignous, Cabus, Honoré, Wolinski : ils auraient conchié ce genre d’attitude. Les gens s’expriment comme ils veulent mais il ne faut pas que la République ressemble à une pleureuse de la Corée du Nord. Ce serait dommage.

Le maire de Lyon : tout pour Charlie Hebdo

Grand salon de l'Hôtel de ville de Lyon, 07 janvier 2015

Hier, les représentants de la presse étaient reçus à l’Hôtel de ville de Lyon pour le déjeuner des vœux du maire. Tout le monde s’attendait que l’on parle de La Précarité du sage, qui avait fait tant couler d’encre en 2014. Gérard Collomb passa entre nous, me serra la main sans me regarder, ce que je pris pour une confirmation qu’il ne pensait qu’à ce blog qui dérange, et prit la parole sur son estrade.

« La tragédie qui a eu lieu ce matin à Paris change bien sûr le contenu de notre réunion. »

Quelle tragédie ? On chuchote dans l’auditoire. J’entends des bribes. Charlie par-ci, Kalash par-là. Evidemment, pas un mot sur la sagesse précaire, qui était a priori le sujet incontournable. Coïncidence ? A mon avis c’est un complot. Ils ont bon dos, les terroristes.

Nous prenons place, chacun à notre table. Moi, j’étais à la table dite « La Confluence », en compagnie de l’adjoint à l’urbanisme. Personne n’était au courant de l’attentat puisqu’il avait eu lieu autour de 11.00 et que nous avions rendez-vous à l’hôtel de ville autour de midi. Nous étions tous en chemin quand l’événement fur relayé par la presse.

C’est en mangeant que nous avons appris le décès de Cabu, de Charb. Les nouvelles venaient petit à petit, et, bien sûr, tout le monde ne parlait que de ça. Tout le monde, sauf le sage précaire et son voisin qui discutaient du prix de l’immobilier dans la ville de Lyon. Quand le maire reprit la parole, entre l’entrée et le poisson, pour nous informer qu’un rassemblement serait organisé sur la place des Terreaux, nous nous transformâmes tous en reporters de guerre.

Descendant verres de Saint-Joseph après verres de Saint-Véran, nous étions suspendus à nos portables, à la pointe de l’info, à échanger des opinions sans pertinence particulière. Pour ma part, je me demandais ce qu’était devenu le dessinateur Luz, que j’ai connu autrefois. Lui aussi est-il une victime ?

Une promenade dans la « Zone à défendre »

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Dans la maison, l’ambiance est bonne. Tous ceux que nous voyons sont jeunes, ils ont l’âge d’être étudiants, certains le sont peut-être mais nous ne nous sentons pas autorisés à poser des questions. Catherine en pose quand même, car elle se sent plus à l’aise que moi. On apprend que l’eau leur a été coupée, mais qu’il leur reste la source. Ils ont donc de l’eau courante.

On apprend qu’ils se chauffent au bois, mais que le bois sec leur est fourni par des sympathisants de la région. D’ailleurs, ils sont tous éberlués par la solidarité dont ils font l’objet. Les gens leur apportent des victuailles à foison. Etant donné qu’ils sont bloqués sur la zone, que la gendarmerie ne les laisserait pas aller et venir, ils doivent se faire parvenir des vivres depuis l’extérieur, et la question de la survie se pose bel et bien.

Une fille est d’accord pour nous accompagner jusqu’à une intersection. Nous marchons dans la boue et nous retrouvons seuls dans les bois.

Au loin deux silhouettes approchent. Deux femmes d’âge mûr. Elles ne sont pas des zadistes à proprement parler, mais soutiennent leur combat. L’une est la mère d’un des zadistes de vingt ans. Elle se pose donc des questions sur l’éducation et l’avenir de son fils mais, malgré une légère inquiétude, est plutôt apaisée et confiante quant au choix qu’il fait de s’engager dans cette vie militante.

C’est une des choses qui nous intéressent ici : dans quelle mesure les ZAD sont aussi des lieux de socialisation et des lieux d’éducation pour les jeunes. Il est probable que, comme beaucoup de phénomènes de militantisme, le mouvement des ZAD soit aussi pour certains une forme d’université, une école de la vie, dans laquelle ils apprennent des notions de bricolage, voire de jardinage, des méthodes de survie et de combat, mais aussi des rudiments de politique, de stratégie, de leadership, de gestion… Peut-être sont-ce des lieux de transmission des savoirs, et l’un des savoirs majeurs, pour le coup, serait celui de la sociologie des organisation.

En se constituant comme un mixte de camp de scout, d’usine, d’école, de caserne, de syndicat, de lieu de rencontre, de famille, les ZAD expliquent peut-être leur succès dans la jeunesse française (et dans les générations précédentes). L’attraction qu’elles exercent vient peut-être de cette concentration et cette multiplicité de réalités sociales et politiques dont elles sont le théâtre. Après tout, de nombreux écrivains, journalistes, patrons de presse et responsables politiques d’aujourd’hui ont été formés à la seule école du militantisme, dans les années 68 et 70. On les retrouve en costume sur les plateaux de télévision, mais ils ont tout appris sur des barricades, dans des affrontements et des négociations avec la police, dans des bagarres contre des « fachos », dans des AG interminables et des guerres picrocholines.

Nous devons repartir, Catherine doit être rentré à Lyon pour la sortie des classes. Nous proposons de faire du covoiturage, et faisons la route du retour avec un zadiste. Il compte se rendre à Paris en stop. Nous apprendrons qu’il est actuellement en master de sociologie dans une université parisienne, et qu’il écrit un mémoire sur « l’agriculture de proximité ».

ZAD, discuter sur la barrière

Nous sommes entre midi et deux, les gendarmes sont en train de manger et les routes sont libres. Nous atteignons sans encombre la Maquizade : au bord de la route, une barrière bricolée et colorée, une tente de fortune pour ceux qui sont en poste. C’est l’accueil. Au cas où personne ne ferait le gué, une pancarte est adressée à la presse pour indiquer aux journalistes la marche à suivre : présentation de la carte de presse, du média, de l’employeur, des raisons de leur présence, de l’article ou du reportage prévu. Un numéro de téléphone et une adresse électronique sont donnés. La demande journalistique sera discutée « en AG » et une réponse sera donnée sous peu.

Un peu plus loin, sur la zone à défendre, une grande maison semble être le camp de base des zadistes. C’est la maison forestière, qui a dû être prise d’assaut. De la maison viennent les cafés, les vivres et les info pour les militants de la barrière.

Nous sommes gentiment accueillis par deux jeunes hommes habitués aux médias. Ils nous écoutent et ne voient pas l’intérêt de notre projet de documentaire. Je laisse Catherine parlementer, expliquer notre démarche. Les zadistes accusent l’ensemble des médias de faire des papiers tendancieux et éloignés de la vérité, et dans le même temps, n’ont pas très envie de nous laisser voir la réalité.

L’un des points d’achoppement est que la maison forestière, ainsi que l’ensemble de la zone, est en fait leur lieu de vie, et qu’il s’agirait pour nous de nous immiscer dans leur intimité, leur quotidien, et d’y poser des questions, ce qui est un peu trop intrusif. « C’est la même chose que dans tout collectif autogéré, toute communauté. Imaginez qu’on vienne faire un reportage dans votre salon, et qu’on vous pose des questions au petit déjeuner. »

Catherine proteste du fait qu’il ne s’agit pas du tout d’une simple communauté : ils occupent illégalement un site qui était promis à de grands travaux, donc ils savaient dès le début que leur geste était politique, attirerait l’attention des forces de l’ordre et des médias, il n’est donc plus question d’intimité. Ils sont obligés d’accepter, en effet, que l’on s’intéresse à eux. Dans leur aventure, même prendre un café est un geste politique.

Ils en ont conscience, c’est pourquoi ils ne nous ferment pas la porte, ne montrent aucun signe d’hostilité, et finalement nous proposent d’aller nous promener sur la zone pour nous faire une idée par nous-même. Sur ce point, zadistes et gendarmes adoptent le même ton et les mêmes méthodes : ils érigent des barrages, demandent des papiers et des cartes de presse, mais affirment que tout le monde est libre d’aller et venir à pied, comme bon nous semble.

Ils nous prêtent des gilets jaunes, car c’est la règle, les journalistes doivent porter des gilets jaunes. Nous sommes accueillis dans la maison forestière, bien chauffée au feu de bois. Des filles font des crêpes pour toute l’équipe. Les crêpes partiront dans les différentes directions, les différentes zones où les cabanes sont en train d’être construites, et où vivent des zadistes.