La Boutisse

La "Boutisse", dessin de Sophie Héon

J’ai fait une double erreur, dans un récent billet. Premièrement, j’ai parlé d’une « solisse » pour désigner une « boutisse ». Deuxièmement, j’ai mis en cause la parole de mon frère, sa compétence de maçon, en affirmant que c’est lui qui m’avait donné ce mot inconnu de « solisse ».

En outre, dans les commentaires qui ont suivi, des lecteurs fidèles ont ajouté à l’erreur – sans penser à mal – en suggérant que le mot devait être « solive », ce qui ne peut être le cas puisque la solive est une sorte de poutre.

Il s’agit bien, dans les murs de pierres sèches, de « boutisse parpaigne ». Les murs cévenols sont donc construits en double rideaux, et certaines pierres (qui peuvent être, si l’on préfère, des moellons) font toute la largeur du mur et apparaissent u côté intérieur, comme du côté extérieur.

Une autre lectrice fidèle, la talentueuse Sophie, a dessiné un croquis pour rendre la chose plus explicite. Elle vient de m’envoyer un e-mail auquel elle a joint ce croquis que je présente dans ce billet même.

Par la même occasion, je recommande le blog de Sophie, en lien ci-contre, où l’Irlande et même les Tinkers, sont bien représentés.

Voilà, les visiteurs de mon blog ne pourront plus dire qu’ils n’apprennent rien à sa fréquentation. Si La Précarité du sage peut aider à une meilleure connaissance de la maçonnerie, cela compensera les faillites éventuelles que ce blog connaît concernant l’édification morale et spirituelle des masses.

Une terrible beauté est née

Ceci est un vers du grand poète irlandais, W.B. Yeats : A terrible beauty is born. Il avait écrit cela en 1916, après le choc que causa en lui le soulèvement de Pâques qui vit un groupe d’insurgés prendre la Poste centrale de Dublin et déclarer l’indépendance de l’Irlande.

Lui, Yeats, est déjà assez vieux et n’est pas exactement un révolutionnaire. Mais il a toujours milité pour une Irlande autonome et culturellement renaissante. Il ne peut donc pas être contre ce soulèvement armé. Mais il ne peut pas non plus se sentir adapté à cette violence. Comment peut-on sacrifier des vies de jeunes gens doués et prometteurs, pour une cause politique ? Yeats traduit cette contradiction, cet effroi qui le prend devant ces insurgés qui sacrifient leur vie par cette formule qui revient à la fin de chaque strophe de son poème : A terrible beauty is born.

Curieusement, ces fêtes de début d’année 2012 sont pour moi sous le signe de ce poème. C’est d’abord le titre qui a été donné à la Biennale d’art contemporain de Lyon, que j’ai visitée pendant quelques jours. Je ne suis toujours pas sûr de comprendre le sens de ce titre.

Ensuite, cela fait écho à des lectures que j’ai faites pendant ces vacances. Retour à Kyllibegs, de Sorj Chalandon (Grasset, 2011, grand prix de l’académie française) est l’histoire d’un responsable de l’IRA qui a été assassiné en 2006, quelque temps après avoir avoué qu’il avait trahi le mouvement pendant plus de vingt ans. Ce que j’ai apprécié dans le travail de Chalandon, c’est qu’il avait déjà écrit un livre, en 2007, qui racontait l’histoire du même bonhomme. Dans Mon traître (2007) l’histoire est racontée du point de vue d’un Français naïf et idéaliste, alors que dans Retour à Killybegs, c’est le traître qui raconte sa vie à a première personne.

Chalandon cite lui aussi le poème de Yeats, en anglais, et donne à un chapitre ce titre : Une terrible beauté est née.

Fatalement, c’est une phrase qui m’a été inspirée par une des photos de la jeune Chinoise dont je parle dans le billet précédent. Sur son profil de réseau social, je la vois arborer un sourire énigmatique, sur fond de chute du Niagara : A Terrible Beauty is Born.

C’est un poème énigmatique que je lis et relis. En anglais, en français, en anglais encore. Je ne suis pas sûr de la traduction française que j’ai, et pourtant elle réussit bien à faire passer le trouble de Yeats :

« Je les ai rencontrés à la tombée du jour,

Qui venaient avec des visages éclatants

De leur comptoir, de leur bureau, parmi les grises

Maisons du dix-huitième siècle.

J’ai passé avec un salut de la tête

Ou des mots polis dépourvus de sens,

Ou bien je me suis attardé un instant et j’ai dit

Des mots polis dépourvus de sens,

Ou avant même d’avoir fini j’ai pensé

A quelque histoire plaisante, ou à un bon mot,

Destinés à distraire une connaissance

Au club, au coin du feu,

Parce que j’étais sûr qu’eux et moi

Nous jouions dans la même farce:

Tout est changé, changé du tout au tout :

Une beauté terrible est née. »

 C’est cela, la beauté terrible qui fait irruption. C’est l’irruption de la réalité dans la farce que nous pensions jouer.

Biennale de Lyon, bilan et perspectives

Qu’est-ce que ça devient, l’art contemporain ? Qu’y connaît-on, qu’y comprend-on ? Je suis content d’être allé visiter les quatre lieux où la Biennale de Lyon prenait place, juste avant qu’elle ferme ses portes. Cela m’a permis de me rendre compte que ce monde de l’art avait évolué plus vite que celui de la sagesse précaire (lui qui, mutatis mutandis, ne bouge presque pas).

L’intérieur des usines, où se déroulaient les expositions de la biennale, était assez difficile à circonscrire. Moi qui ai travaillé dans la médiation de l’art contemporain de 1997 à 2000, je dois avouer que je me suis senti un peu largué. La plupart du temps, je ne trouvais pas cela déplaisant, mais j’étais incapable d’évaluer ce que je voyais.

De nombreuses œuvres d’artistes d’Amérique du sud. Non pas, comme on pourrait le penser, parce que ce sont de grands pays émergents, mais parce que la commissaire (invitée par Thierry Raspail) vient d’Argentine, et a fait venir celles et ceux qu’elle connaît le mieux. Dans l’esprit de Thierry Raspail, le conservateur du Musée d’art contemporain, l’idée de s’ouvrir à l’Amérique du sud était important après la prégnance de l’Asie il y a deux ans, il y a quatre ans…

J’imagine que les Lyonnais se sont dit qu’il y en avait un peu assez des Chinois, qu’il fallait s’ouvrir à l’Amérique du sud. Il a alors contacté la charmante Victoria Noorthoorn, et ils se sont entendus pour une exposition qui oscille entre folle ambition et classicisme convenu.

La biennale avait commencé dans les années 90 avec une grande exposition sur les monochromes. Au milieu des années 90, il y en avait eu une sur les « nouvelles technologies ». En 1997, le grand Harald Szeemann avait été invité pour concevoir une exposition qui fasse écho aux grandes expériences anarchistes et révolutionnaires des années 70.

Tout cela, donc, était très européen, américain, occidental. En 2000, Jean-Hubert Martin (qui s’était fait un nom avec Les Magiciens de la terre) a fait une exposition critique sur l’exotisme, qui était censé s’ouvrir sur l’Afrique et l’Océanie. Ce fut la dernière exposition pour laquelle je travaillais…

On note donc bien un déplacement géographique chez les responsables lyonnais de l’art conemporain. D’une conception de l’histoire de l’art linéaire, liée à l’idée d’avant-garde et d’historicisme, ils se sont progressivement ouverts à l’idée de créativité artistique venue de n’importe où et n’appartenant plus à un progrès de l’art.

D’où la présence de la peinture, du dessin, de projets qui me rendaient dubitatifs : des choses dont j’aurais dit, dans les années 90, que cela n’avait aucune chance de figurer dans un musée d’art contemporain.

Autrefois, on privilégiait les installations, les créations d’espace, d’où pouvait surgir une poésie renversante. Le travail de l’Américaine Ann Hamilton est pour moi le meilleur exemple de cette forme d’art

La biennale d’art contemporain de Lyon

Vue de la Saône depuis La Sucrière

 

Ce qui impressionne le plus, dans la biennale de Lyon, c’est l’environnement des lieux d’exposition. Que ce soit le Musée d’art contemporain, coincé entre le Rhône et le parc de la Tête d’Or, les anciens docks près de la confluence du Rhône et de la Saône, ou que ce soit l’usine T.A.S.E, en pleine banlieue, chaque espace possède une forte identité et une puissance visuelle extraordinaire.

Je suis allé sur les docks, dans l’ancienne usine de « la Sucrière », autour de 16h30. Le soleil se couchait et éclairait d’ocre les structures industrielles qui se dressaient dans une brume mélancolique de fin de journée. Les poutres métalliques, les ponts suspendus et les silos de la rive gauche de la Saône entraient en résonnance avec les jolies collines boisées de la rive droite, parsemées de maisons de maîtres, de châteaux et de couvents. Sur la rivière elle-même, les péniches offraient au regard des promeneurs des jardins privés et des modes de vie au fil de l’eau.

Un autre jour, je me suis rendu à l’usine T.A.S.E., à Vaulx-en-Velin, une friche industrielle que l’on repère de loin grâce à une espèce de château d’eau peint en rouge. Dans la cour de l’usine, une allée de pelouse, des arbres taillés et des sculptures néo-classiques. Un petit îlot de jardin à la française dans un environnement désaffecté.

 

 C’est ce que j’aime quand je retourne dans la capitale des Gaules. Visiter la Biennale d’art contemporain, c’est visiter Lyon et son passé industriel.

Agnès Varda de ci de là

Ce soir, à 22h30 sur Arte, on pourra voir le film documentaire d’Agnès Varda sur les artistes contemporains qu’elle aime. C’est une série d’émissions très belles, où l’on reconnaît son style – déjà bien rôdé sur Les Glâneurs et la glâneuse dans les années 2000 – et dans lesquelles elle présente, sur un même ton, des artistes célèbres et des créateurs obscurs.

Michel Jeannès est un des créateurs chéris d’Agnès Varda. C’est un artiste dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog. On l’appelle aussi Monsieur Bouton et il se fait photographier dans le monde entier.

Ce soir, l’épisode d’Agnès Varda de ci de là tricote des portraits aussi variés que Monsieur Bouton, le peintre Pierre Soulages et des réparateurs de filets de pêche à Sète.

Comme le dit mon amie Cécilia, Agnès Varda dé-hiérarchise les gens et les travaux.

La sagesse précaire préconise donc la vision de ce programme télé de qualité, pour passer de joyeuses fêtes de noël.

Perfection du piano

Clara Schumann, Scherzo n°2, op. 14

Depuis que des disques de musique classique tournent sur la platine de mon bureau collectif, ma concentration intellectuelle s’est améliorée. En particulier grâce au piano.

Cela fait longtemps que je suis très impressionné par cet instrument. Ce que l’on peut faire avec le piano, ce que les musiciens ont pu composer avec lui me fascinent. Ma fascination avait commencé quand une voisine du dessus, en Chine, mettait des disques de piano tous les matins. Elle devait avoir une sorte d’obsession, et elle a dû me la communiquer.

Parfois, dans mon bureau, quand j’y suis seul, je ne pense plus à rien, j’éteins les lumières et je pénètre le monde incroyablement varié, complexe, surhumain, des morceaux de Mozart, de Schubert, de Schumann. (Chopin, c’est moins mon truc, je l’avoue, et je partage ce sentiment avec une amie japonaise dont on dit qu’elle est une vraie pianiste mais qui a toujours refusé de jouer pour moi. Alors nous parlons musique dans les pubs, des pintes de bière à la main, et nous pensons de concert que Bach est préférable – et même, pardoxalement, plus libre pour l’interprète – que Chopin.) 

Parfois, je n’écoute plus, car je me lance dans des méditations historiques sur l’invention technologique que le piano représente. Je me dis qu’il a fallu des siècles de travail pour arriver à cette perfection absolue. Une fois qu’on a inventé le clavier, il restait encore beaucoup à faire.

D’abord, le son était fluté, avec les harmonium et les orgues, c’était beau mais dès qu’on jouait un peu vite, cela devenait confus. Bon, j’entends déjà les défenseurs de l’orgue, des mecs comme Ben, par exemple, qui vont venir protester, comme quoi c’est très exagéré de dire que c’est confus, etc. Alors disons que l’orgue n’est peut-être pas confus, mais que ce qu’il gagne en amplitude sonore, il le perd en précision.

Ensuite avec l’épinette, et le clavecin, le son était pincé, parce que les cordes étaient pincées. C’était beau, et en plus, on pouvait jouer diablement vite, ce que mes amis Forqueray et Couperin ont pris un malin plaisir à faire. Mais avec le clavecin, on pouvait appuyer aussi fort que l’on voulait, le son était à peu près égal, et il avait une longueur très médiocre.

Avec l’invention du pianoforte (pour jouer piano et pour jouer forte comme on veut), et ses cordes frappées par des marteaux en velour (là aussi « marteau » et « velour », quel oxymore délicat), alors on pouvait jouer rapidement comme avec le clavecin, et tenir de notes longuement, comme à l’orgue. On pouvait privilégier la clarté de la pensée des Lumières, ou au contraire s’enliser dans des langueurs monotones annonciatrices des dérives romantiques.

On dit avec raison que le piano est l’instrument romantique par excellence. On a tous en tête les nocturnes de Chopin, les envolées de Rachmaninov. Ce qu’il ne faut pas oublier, cependant, c’est que le piano fut inventé un siècle avant le romantisme, et que le XVIIIe siècle connaissait l’existence de gens tels que Mozart. Mettez cet instrument merveilleux entre les mains d’un génie comme Mozart, et laissez-le s’amuser avec ce jouet autant qu’il le veut. 

Il en est sorti, bien sûr, des choses très célèbres, ce troisième mouvement de la sonate n°11. Mais aussi des jeux brillants et philosophiques, comme les fameuses 12 Variations sur « Ah! Vous dirai-je Maman » …

En général, mes méditations ne me mènent nulle part et s’interrompent brutalement, car j’ai tout de même une thèse à finir.

 

Les icônes de Belfast

Si Belfast se distingue par ses fresques murales, force est de reconnaître qu’elles ne sont pas toutes politiques, ni partisanes.

Cette fresque, conçue par le département des études byzantines (avant qu’il ne ferme), montre une sainte Sophie en majesté, vers qui se prosterne un personnage habillé en vert (on est en Irlande au sens large du terme) tenant entre ses bras le bâtiment où nous nous trouvons présentement : House 5, University Square, Belfast. Nul doute que ceux qui savent lire le grec ancien sauront reconnaître cette explication écrite aux pieds de sainte-Sophie.

Au fond de la cour, on peut voir le bureau des thésards que nous occupons collectivement. Des sages montent l’échelle vers le ciel des Idées, et certains échouent, comme des anges déchus, et finissent leur course dans la gueule du dragon, qui représente sans doute l’ignorance, la bassesse d’âme et le ressentiment qui ronge l’âme de ceux qui échouent.

C’est quand même sympathique de travailler sur sa thèse avec ces symboles comme peau symbolique.

Ce qui m’émeut dans cette fresque, c’est l’accommodement des personnages religieux et symboliques aux systèmes d’évacuations, gouttières, lampes et bouches d’aération qui occupent les murs.

Cela forme une sorte de syncrétisme intéressant, où la bible semble être protégée par un tuyaux en PVC, grâce à quoi les voies mystérieuses du très Haut croisent sans se gêner celles compliquées des eaux usées.  

 

 

 

 

Et au milieu de cette réunion de plomberie et de sacré, des personnages connus et et appréciés en compagnie de qui l’on peut méditer sur notre sort : Méthode, Cyrille, sainte Catherine.

Sculpture et affrontements

RISE, de Wolfgang Buttress

Pendant que les violences éclatent à l’est de Belfast, on érige à la lisière de mon petit ghetto une grande sculpture qui symbolise le soleil qui se lève et l’optimisme de la ville.

« RISE », la sculpture de l’artiste Wolfgang Buttress, basé en Angleterre, prendra place sur le rond-point de Broadway, exactement à l’intersection de deux axes essentiels : l’axe nord-sud de l’autoroute M1, et l’axe est-ouest le long duquel se distribuent les quartiers de Falls Road et du Village. Précisons une fois encore qu’à l’ouest du rond-point, on est catholiques, et de l’autre côté protestants.

Moi, avec mon esprit tordu, quand j’ai vu cette sculpture apparaître petit à petit, j’ai pensé que le but était séparer les communautés par un gros ballon, et de diminuer l’impact des provocations lancées de part et d’autre du rond-point. Mais les journaux et les sites officiels annoncent un tout autre objectif : il s’agira d’accueillir les automobilistes qui entrent dans la ville avec un signe plein de dynamisme, de confiance en l’avenir et de lumière.

Lever de soleil entre le "Village" et "Falls Road"

Hier soir, par ailleurs, pour la deuxième nuit consécutive, des affrontements ont eu lieu de l’autre côté de la ville, là où je n’habite pas. Dans le quartier de Short Strand, où une enclave catholique subsiste dans un environnement largement dominé par les protestants. Entre 400 et 700 personnes ont participé à des jets de pierre, de cocktails molotov et de dégradations de toutes sortes. Des coups de feu ont été tirés, un journaliste blessé à la jambe. Lundi, deux personnes furent blessées par balles.

Comme à chaque fois que cela se produit, c’est-à-dire chaque été, on feint de s’étonner et on annonce que ce sont les pires violences que l’on ait vues depuis une décennie.

Comme toujours, selon qui donne les nouvelles, les responsables des coups de feu sont les républicains dissidents (pro-irlandais) ou les paramilitaires de l’UVF (Ulster Volonteer Force, pro-britanniques). La première version est celle du Belfast Telegraph, qui accomplit une acrobatie rare : l’article commence en désignant les républicains comme coupables, et termine en avouant que le chef de la police refuse de dire qui sont les responsables des coups de feu.  

Nous abordons la troisième génération de combattants communautaires. Dans les années 90, on pensait que le temps de la paix était arrivé car les nouveaux combattants n’étaient même pas nés à l’époque de la Bataille du Bogside en 1969. Aujourd’hui, les plus jeunes de ceux qui lancent des pierres et foutent le feu aux voitures n’étaient pas nés à l’époque des accords de paix de 1998.

De la Confluence à Cécilia

La Saône à Lyon 1

Depuis le quartier de la Confluence, qui se trouve, comme son nom l’indique, à la toute fin de la Saône, juste avant qu’elle ne se fonde amoureusement dans le cours viril du Rhône, le non moins viril sage précaire se prépare à remonter la Saône pour aller retrouver la féminine Cécilia, du côté de Vaise.

La Saône à Lyon 2

Cela constitue une très longue promenade puisqu’il s’agit de traverser la bonne ville de Lyon de part en part. Sans compter que le sage précaire a une valise qu’il traîne derrière lui.

La Saône à Lyon 3

Mais il fait beau, nous sommes au mois de mars, c’est le début du printemps. Et le plaisir de revoir ma ville natale au soleil rasant de fin d’après-midi me donne envie de marcher.

Le plaisir de revoir Cécilia aussi, qui est en train d’enregistrer de nouveaux audio-guides pour le musée des beaux-arts de Lyon. Le studio d’enregistrement se situe Quai Arloing. De là-bas, nous irons manger sur les pentes de la Croix-Rousse et nous irons chez elle, car elle est ma grande bienfaitrice lyonnaise.

Les côteaux de Saône m’ont toujours paru féériques, mystérieux. Ces clairières en terrasse, ces constructions suspendues, cette verdure et ces arbres. Il y a derrière ces espaces mélancoliques des histoires et des musiques déchirantes.

Il se trouve que j’ai ramoné les chaudières de certains de ces internats/couvents. Quand mon père garait la voiture dans la cour, qui donnait sur la Saône, il prenait toujours des minutes et des minutes pour trouver le gars qui avait la clé de la chaufferie, et moi, j’allais me rouler une clope sur un de ces murets, et je contemplais la rivière et la ville.

Un jour peut-être, il me faudra vivre dans une péniche. La vie en péniche me fait penser aux romans d’André Dhôtel, et c’est le métier de marinier que j’ai voulu faire quand j’ai quitté Lyon, dans les années 90. Finalement, j’ai choisi d’émigrer en Irlande, mais c’est passé de peu.

Sous les saules pleureurs du Quai de Saône, chaque Lyonnais a laissé des souvenirs amoureux, a emmené une belle étrangère et s’est permis des acrobaties inavouables.

Pour ma part, une jeune Finlandaise me faisait découvrir l’Europe du nord et cherchait à me persuader qu’il ne fallait pas la juger, que les quais de Saône étaient une exception dans sa vie.

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Ce que Cécilia a envie de faire, avant d’aller manger, c’est de prendre « l’apéro ». Ah, cela fait si longtemps qu’on n’a pas pris l’apéro, tout simplement, sur une terrasse.

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À partir d’ici, la lumière est si belle sur les façades et sur le fleuves que je vais me taire. Je laisse les images parler de cet après-midi de mars.

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Quai Pierre-Scize

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Art anglican à Belfast : The Cathedral Church of St. Anne

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