Evolution et continuité : variété et musique savante

Pour prolonger le débat qui a commencé il y a quelques jours, quand on s’intéresse aux chansons et à la musique, il est remarquable de noter la permanence qui y règne. Les amateurs de musique se détestent mutuellement, et rejettent tel ou tel genre avec horreur. Quand j’étais jeune, les « hardos » voyaient le « funky » comme une erreur de l’humanité ; cela cachait mal la profonde ressemblance des chansons de « funky » et de celles de « hard rock ». De nombreuses expériences ont eu lieu, depuis, montrant qu’on peut jouer toutes les chansons, de quelque style que ce soit, seul à la guitare, ou seul au piano. Ce qui témoigne du fait que les chansons répondent à des principes de composition très similaires.

Il est merveilleux de constater combien la chanson évolue peu, avec le temps. Dans une espace géographique donné, disons la France, on pourrait même penser qu’elle n’évolue presque pas. Les chansons traditionnelles que nous connaissons datent des siècles passés et il semble que rien n’ait changé. Quelques vers, des jeux avec les mots, des ambiances, des mélodies simples qui se répètent. Aux marches du palais, 18ème siècle au moins (mais peut-être plus ancienne) est à la fois simple et profonde, anonyme et singulière. Malgré son anonymat et ses différentes reprises dans les diverses provinces françaises, cette chanson a gardé son étrangeté et sa puissance mythologique, érotique, mélancolique et fondamentalement onirique :

La belle si tu voulais / Nous dormirions ensemble

Dans un grand lit carré / Couvert de toile blanche

Aux quatre coins du lit / Un bouquet de pervenches

Dans le mitan du lit / La rivière est profonde

Tous les chevaux du roi / Pourraient y boire ensemble

 Et nous y dormirions / Jusqu’à la fin du monde

On n’a jamais fait mieux. Pour moi, c’est la chanson des chansons.

Or, ce qui change, dans la musique populaire, ce ne sont que des éléments de surface : orchestration (on dit arrangement dans la pop), voix, interprétation, imageries. Les structures n’ont pas évolué depuis les chansons traditionnelles. Les rythmiques, en temps pairs ou impairs, sont demeurés les mêmes depuis le moyen-âge, semble-t-il. L’évolution se fait surtout au niveau de la technique des sons et des instruments, par des processus très intéressants de capture et d’appropriation. La guitare est enlevée de son usage classique, on en simplifie les accords et le maniement, et elle devient le grand accompagnateur des soirées entre copains, le grand symbole des protest songs, et même le symbole d’un certain mode de vie. L’électronique est aussi détournée de ses usages expérimentaux, on en simplifie l’usage et on accompagne des chansons qui ont ainsi l’air d’être inouïes, mais qui restent très fidèles aux structures des ballades et des branles d’autrefois.

C’est là que la différence est nette avec la musique savante. La rupture entre la polyphonie et le baroque, au tourant du 17ème est radicale. De même celle entre le baroque et le classique, et encore celle qui a vu apparaître le romantisme. On assiste à des transformations de nature vertigineuse. Et je ne parle pas de ce qui s’est passé au XXe siècle : les créations de Webern, si concises, que l’on ne peut écouter qu’en ayant fait au préalable table rase de ce que représentent pour nous le son des instruments de musique.

Ce n’est pas pour rien que feu Claude Lévi-Strauss détestait la musique contemporaine. A mon avis, c’est parce qu’elle rompt structurellement avec les modes passées. Autant, dans la variété, on peut concevoir une permanence de la pratique musicale, des temps les plus reculés jusqu’aujourd’hui, autant la musique savante présente depuis quatre ou cinq siècles une autonomisation de la créativité qui la sépare, progressivement, de ce que les hommes ont toujours fait. Bien sûr, les compositeurs reprennent des mélodies ou des colorations qui viennent de la musique populaire, mais ils n’en ont plus besoin. On perçoit dans le morceau de Dusapin que j’ai mis en tête de billet non seulement l’influence du jazz (qui s’est autonomisé très rapidement de son origine populaire), mais aussi des mélodies un peu cryptées, dans un jeu de cache-cache sonore. Mais ce retour à la mélodie que l’on retrouve depuis la guerre ne doit pas nous faire oublier l’abstraction et l’expressivité infinie dont est capable la musique savante, et dont Webern est peut-être le meilleur représentant.

Un cordonnier lyonnais de la Renaissance pourrait assez vite faire siennes les chansons produites dans les années 2000, une fois passé l’effroi que lui causeraient l’électricité des amplis et les néons des nightclubs, mais devant un morceau de Webern, les amateurs de variété sont aussi démunis que le seraient les indiens Bororo.

Variété, ritournelle : la musique populaire sans hiérarchie

 

Je tourne autour du pot sans parvenir à exprimer ce que je veux dire. 

Je me suis fait gentil en montrant que j’écoutais des trucs modernes. Je me suis fait méchant en critiquant frontalement le rock. Je me suis fait coeur d’artichaut en avouant que je craquais devant des chanteuses françaises et américaines.  Et pourtant je ne parviens pas à dire une fois pour toute ce que je ressens comme malaise devant cette musique populaire qui me plaît, qui m’accompagne comme chacun d’entre nous, et qui en même temps me révulse et m’ennuie.

Il est évident que ce n’est pas la musique qui me pose problème, mais les opinions que l’on se fait d’elle. Je ne supporte plus que les chansons soient perçues comme un art supérieur. Des gens que j’estime, et même des gens que j’aime infiniment, et parfois, pour une certaine d’entre elles, que j’aime de manière irraisonnable, me disent des opinions qui constituent pour moi des petits scandales de la pensée esthétique. Le sage précaire, c’est aussi son job, doit les dénoncer. Il s’excuse par avance à tous les susmentionnés, et ne veut en aucun cas se brouiller avec eux, mais quand il entend dire que Leonard Cohen est un poète, que Talking Heads c’est mieux que Berlioz, que Bob Dylan c’est mieux que Ravel, que les Pink Floyd c’est équivalent à de la musique classique, que les Beatles sont des génies de la musique, le sage précaire dit que quelque chose est pourri dans le royaume de l’art sonore.

Alors je vais renommer les choses pour que ce soit clair : tout ce que nous écoutons comme musique, presque tout, c’est de la variété. Jusqu’à présent, je disais « musique populaire » par opposition à musique savante. Mais il faut appeler les choses par leur nom. Tout ce qui est chanson de quelques minutes, avec ou sans refrain, avec lignes mélodiques reprises en boucle, c’est ce qu’on appelle de la variété. Techniquement, il n’y a pas de différence entre Tom Waits et Céline Dion, entre Bob Marley et Michel Sardou. Sur le plan des paroles, c’est la même chose : l’écriture de Brel et de Brassens est du même ordre que celle de Patrick Sébastien, ou celle de Didier Barbelivien. Entre Comme un ouragan de la princesse de Monaco, et Ballad of a Thin Man de Bob Dylan, la différence générique, poétique et littéraire est si mince qu’il est inutile d’essayer de tracer une frontière.

Ce qui m’insupporte, c’est la mode qui consiste à voir, dans la variété, une hiérarchie qui amène les rockeurs les plus ignorants à mépriser telle chanteuse ou tel chanteur. Les abonnés de Charlie Hebdo méprisent la chanson française, non mais on croit rêver. Il existe un snobisme qui veut que la chanson française n’est pas vraiment de la musique, comparé à des groupes plus obscurs. Le même snobisme mène à penser que Chanson populaire de Claude François est moins cool que les chansons de Bashung. Il faut rabattre un peu tout ça, et affirmer très clairement que les groupes que nous aimons doivent être ramenés à leur juste valeur : variété. Ils ne sont pas plus profonds, ni plus intéressants, ni plus riches que tous ces chanteurs oubliés qui ont créé Hélène je m’appelle Hélène, ou Le Temps des cerises. 

La chanson est là pour accompagner la vie, les actes du quotidien. On chante pour se donner du cœur à l’ouvrage, pour marcher, pour aller faire la guerre, pour apprendre, pour organiser, pour calmer et apaiser

L’art rigoureux des bric-à-brac universels

 Le Musée de l’Ulster, à Belfast

Les Britanniques aiment le patchwork et les espaces paradoxaux. Ils aiment les listes, les Top Ten, les classements, mais ce qu’ils aiment encore plus, c’est l’art de classer les classements, de « mettre ensemble », dans des espaces fermés, des séries de choses méticuleusement répertoriés. Puis de mettre en série les séries, et de jouer comme ça, infiniment, sur des regroupements et des subdivisions.

Les Britanniques ont des habitudes culturelles qui déroutent le voyageur intranquille, et qui le réjouissent plus que tout au monde. Leurs musées sont parfois d’immenses lieux ultra ordonnés, qui traitent d’un peu de tout, sans qu’on comprenne jamais dans quelle optique les choses suivent cet ordre plutôt qu’un autre.

À Belfast, le grand musée de la ville était fermé depuis trois ans, pour restauration, et j’attendais depuis un an son ouverture, car ici, l’hiver est long, humide au dehors mais sec à l’intérieur. L’ Ulster Museum vient enfin d’ouvrir ses portes, et c’est un formidable bric à brac. On y voit une exposition de peinture abstraite, des animaux empaillés, des info sur la création des étoiles, des céramiques chinoises, des artefacts industriels, des vestiges archéologiques, une histoire de l’Irlande du nord, des choses rapportées de lointaines expéditions, et encore mille autres trésors.

J’avais déjà été frappé, à Liverpool, par le World Museum qui mettait un peu de tout à la portée du public, sans exhaustivité, sans véritable esprit de système, mais avec un profond souci de plaire et de captiver les familles.

C’est ainsi que les Britanniques sont de grands éditeurs de ces livres typiques, incompréhensibles, d’une drôlerie infinie : les « Miscellannées ». J’en ai vu quelques uns du 19ème siècle à la bibliothèque de l’université, et c’est un genre qui revient à la mode ces temps-ci, semble-t-il. Il s’agit de compiler des articles et des informations sur tout et n’importe quoi, sans discrimination a priori, sans hiérarchie. Un chapitre sur l’histoire de l’édition, suivi par quelques pages sur les noms des papes, puis des pages de listes : listes de villes du monde, listes de ceci, liste de cela, ces livres sont proprement imprévisibles.

Mon ami Patrick, à qui je me suis ouvert de cette idiosyncrasie culturelle, m’a expliqué que l’Angleterre avait été un empire et que, de ce fait, les Britanniques aimaient exposer des choses du monde entier. Patrick voit dans ces musées et ces livres, non un motif d’amusement ou d’admiration, mais le signe d’un intérêt soutenu pour le monde entier.

C’est vrai qu’on sort de ce musée, l’Ulster Museum, avec l’impression d’avoir fait une longue promenade, mais on ne sait où. Une promenade dans des univers très séparés, très variés ; on est passé d’un monde à l’autre sans préparation, et cela crée un véritable sentiment de plaisir mêlé à de la destabilisation. Car même dans les musées d’art, les musées clairement définis, les salles obéissent à une espèce de loi d’autonomie, en vertu de laquelle les espaces tranchent radicalement les uns sur les autres.

Ici, à Belfast, le visiteur est baladé, après quoi il est comme rejeté, projeté dans le très beau Jardin botanique, l’esprit plein d’une impression confuse, entre émerveillement et perplexité. Si cela ne contente pas le désir de voyager, qu’est-ce qui le fera ?

Seamus Heaney et Michael Longley

heaney460.1255885245.jpgphoto robertarood.wordpress.com 

Après la sous-culture, la grande culture. Qui a dit qu’il n’y avait pas de hiérarchie dans l’art ? Quand deux grands poètes viennent lire leurs oeuvres, sur les thèmes de l’amour, de la guerre et du paysage, accompagnés par le plus grand orchestre du pays, le sage précaire respire, il redevient calme et il admire.

La salle était comble hier soir, pour entendre les deux grands héros des lettres nord-irlandaises. Le prix Nobel 1995 (Heaney) et son vieux compagnon Longley, tous deux nés en 1939, ont fêté leur 70ème anniversaire par une lecture publique au Waterfront, la salle de concert au bord de la rivière Lagan. Cette performance rappelait les tournées que les deux poètes effectuaient dans les années soixante. Au-delà de la poésie, de l’amour de la poésie qui reste vivant en Irlande, ces deux hommes donnaient l’image d’une conciliation entre les deux communautés, Seamus étant catholique, et Michael protestant.

longley.1255883396.jpgMichael Longley

Je rencontrais, assise à côté de moi, une jeune rouquine qui enseignait l’anglais à Derry, et qui suivait des cours à Belfast sur la littérature irlandaise. Elle avait écrit un mémoire sur la présence des Troubles dans la poésie de Heaney. Or, chaque fois qu’elle cherchait à obtenir un contre-exemple poétique, venant de « l’autre camp », elle citait Longley. Pour Karen, puisque c’est le nom de cette jeune enseignante, l’oeuvre de ces deux hommes est profondément liée l’une à l’autre, de même que sa propre identité, à elle, héberge un patronyme écossais et un sentiment d’appartenance à l’Irlande. Pour elle, qui n’était pas née à l’époque de ces tournées poétiques, cette soirée était très émouvante. Elle connaissait la plupart des poèmes lus. Elle-même était originaire de département rural de Heaney, et elle avait grandi sous la protection tutélaire du poète.

L’effet que produit le nom et la présence de Seamus Heaney est vraiment étonnant. Les tickets pour l’événement ont été vendus en quelques jours, et le duo pourrait se produire chaque semaine, il y aurait salle comble à chaque fois. Après le « concert » j’ai invité Karen à prendre un verre, et me suis imposé, faussement naïf, à la réception qui a suivi, en présence des poètes, mais aussi du vice-premier ministre Martin McGuinness, de la ministre de la culture, du vice-chancelier de l’université Queen’s, le gratin politico-culturel de la province. Karen était très gênée de jouer ainsi la pique-assiette et elle reconnaissait des visages qui, naturellement, ne me disait rien, à moi qui buvais verres après verres, un vin blanc qui était inexplicablement mauvais. Je le faisais passer grâce aux excellents petits fours. Karen dut partir très tôt car son boyfriend l’attendait en voiture pour la ramener dans son village natal. Une amie brésilienne ayant été refoulée de la réception, je sortis pour aller la chercher, et passais le cordon de sécurité en prétendant que j’étais quelqu’un. On me laissa sortir et rentrer, et on ne fit aucune remarque à mon amie.

Cette dernière connaissait aussi les poèmes de Heaney par coeur, et s’arrangea pour aller lui parler. Elle était plus ou moins mandée par l’université de Sao Paolo de faire venir le prix Nobel nord-irlandais au Brésil, pour l’inauguration d’un département d’études irlandaises. Elle revint vers moi, bouleversée d’avoir parlé au grand homme.

Tout cela me transportait aux temps où les écrivains étaient des étoiles de la vie sociale. L’époque où Dickens faisait des tournées pour lire ses romans, et où des milliers de gens se déplaçaient pour voir et écouter le prodige.

Ras le cul de cette sous-culture

Hier soir, j’ai même quitté le cinéma avant la fin du film. Au bout d’une demie-heure, je savais tout ce que j’avais besoin de savoir. Ou plutôt, je savais que je n’avais rien à acquérir de ce film, (500) Days of Summer. Comme dit mon ami américain Daniel : « aujourd’hui, tous les films sont produits pour plaire aux Américains de quinze ans. Si tu n’es pas un garçon, si tu n’as pas quinze ans, si tu n’es pas américain, le cinéma est une forme d’art qui ne t’est pas destinée. » C’est extrême, mais j’étais de cet avis hier soir.

La semaine dernière, j’avais déjà quitté un théâtre avant la fin de la performance. C’était un concert/performance/événement pour la « Traduction ». International Translation Day, qu’ils appelaient cela. Un groupe de musiciens, composé d’Africains, d’un Européen, d’un sud-Américain, d’un Chinois, jouait du reggae. Le leader du groupe faisait passer dans l’assistance des percussions africaines et irlandaises. Le « Bodhran », percussion traditionnelle irlandaise était montré au public : « Vous savez comment on en joue, n’est-ce pas ? C’est un peu complexe, il faut faire comme ça et comme ça. Mais bon, pour ce soir, vous pouvez juste taper dessus comme ça : BOUM BOUM ». L’important était que chacun fasse du bruit, en frappant dans ses mains, en chantant, en frappant sur des tambour. Et il fallait faire passer les percussions à ses voisins.

Moi, j’ai fait mon rabat-joie. Je prenais les instruments qu’on me tendait et les faisais passer à d’autres spectateurs sans les utiliser. Ou bien je les posais, laissant tomber ce lourd symbole d’instrument de musique qui passe de main en main, comme les langues et les cultures qui sont censées entrer dans un échange constant. Je serais curieux de savoir combien de gens dans l’assistance pouvaient parler autre chose qu’anglais…

International Translation Day. Comme par hasard, le Noir qui chantait le reggae chantait en anglais. Comme par hasard, le Chinois qui jouait du violon, jouait de sorte qu’on ne l’entendait pas. Je m’agitais sur mon siège, cherchant le moment adéquat pour m’enfuir.

Quelle image de la traduction et de la musique veulent-ils donc véhiculer, ces organisateurs de soirées ? Et dans une université en plus! Qu’y avait-il donc à glaner d’universitaire là-dedans, dans cette fausse communion où les uns jouaient d’instruments électrifiés, et les autres de rien du tout, les uns couvrant les bruits des autres ? Quel type de savoir, ou de savoir-faire, a-t-on pu imaginer faire circuler dans ce fatras ?

Qu’on ne me force pas à chanter et être content. Cette façon de prendre le public pour une entité d’emblée acquise à sa cause et prête à faire du bruit, m’est horripilante. Cette façon de faire croire que la musique peut être jouée par tous, indistinctement, sans apprentissage, m’est odieuse. Même pour les enfants, une telle activité ne me convainc pas. Cette croyance béate que les langues peuvent être apprises comme on joue du reggae m’est pénible à tolérer. Cette culture d’adolescent qui démontre sans fatigue que le mélange des races est la seule chose enviable, le seul horizon culturel qui vaille me désole.

Et le film d’hier, pas mal fait au demeurant, était présenté dans le seul cinéma d’art et essai de la ville où j’habite. Film qui met en scène de jeunes adultes qui parlent d’amour ensemble de la manière la plus convenue qui soit : public ciblé, adolescents qui rêvent d’amour sans en avoir, qui écoutent du rock et qui sont bons en dessin et en informatique. La présence d’une petite soeur pré-pubère qui conseille son grand frère est censée attirer les enfants qui rêvent d’être pris pour des adolescents. Mon ami Daniel était dans le vrai.

Je ne supporte plus toute cette merde. Je me sens culturellement étouffé par des modes narratives bêtes et naïfs, des conceptions de l’amour immatures, de la variété qui se prend pour de la grande musique, de l’anti-racisme creux qui se prend pour de la pensée. Je deviens impatient, je vais m’énerver.

Malade fiévreuse, 1935. L’histoire mystérieuse d’une peinture franco-chinoise

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Réserves du Musée des Beaux-Arts de Lyon, 2009.

Pour les happy few qui peuvent aller dans les réserves du Musée des Beaux-Arts de Lyon, un tableau de 1935 leur racontera une des belles histoires de l’entre-deux-guerre franco-chinois. Que ceux qui aiment la Chine, la peinture, les belles femmes et les musées prêtent attention à ce petit billet. Les autres, ceux qui n’aiment ni la Chine, ni la peinture, ni les femmes, ni les musées, passent leur chemin et ne reviennent jamais sur ce blog.

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Mon étudiante de l’université Fudan était à Lyon ce jour-là et nous sommes allés ensemble dans les réserves du musée. 2009.

Je suis allé voir ce tableau accompagné d’une amie shanghaïenne. C’est une heureuse coïncidence que le jour même où je fus autorisé à pénétrer les profondeurs du musée, mon ancienne étudiante me rendît visite à Lyon, ville où je n’habite d’ailleurs pas. Elle posa, à ma demande, devant Malade fièvreuse, et son radieux sourire, son regard séduisant, faisaient un joli contraste avec la beauté fatale de cette Dame aux Camélias extrême orientale.

J’y fus toléré grâce à la gentillesse et l’efficacité du personnel du musée, qui m’ont ouvert les portes et les bras. Quand des membres imminents de ce dernier ont appris que s’organisait le colloque « Traits chinois, lignes francophones », en février 2010, ils m’ont parlé de ce peintre chinois qui, dans les années trente, vivait à Lyon et avait fait le portrait de sa femme malade.

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Malade fiévreuse de Chang Su Hong, Lyon, MBA, 1935.

Né à Hangzhou en 1905, diplômé d’art appliqué à l’université du Zhejiang, puis enseignant les beaux-arts au même endroit, 常书鸿 (Chang Shu Hong) est venu à Lyon en 1928 pour  étudier à l’Institut franco-chinois. Quelques années plus tard, il continua sa formation aux Beaux-Arts de Paris, et participa à de nombreuses expositions en France, dans une entre-deux-guerres beaucoup plus sinophile qu’on pourrait l’imaginer aujourd’hui. Il s’est marié avec une autre étudiante de l’Institut franco-chinois, dont il aura une fille, née à Lyon et qui fut, assez récemment la biographe de son père.

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Malade fiévreuse de Chang Su Hong, Lyon, 1935.

C’est le visage de sa femme que l’on voit sur ce tableau, enfiévré dans tous les sens du terme. L’artiste chinois, qui apprit la technique de la peinture à l’huile en France, l’utilisa pour faire briller les yeux de son épouse. Pour le voyageur candide que je suis, le rouge des joues rappelle le maquillage des chanteuses d’opéra de la région du Zhejiang, ou même de l’opéra Kun, dans le Jiangsu.

En dépit de quelques jugements un peu dépréciatifs sur ce tableau, je l’apprécie de plus en plus. Je fais d’ailleurs le pari que le Musée des Beaux-Arts de Lyon lui fera quitter la réserve pour rejoindre les cimaises des salles du XXe siècle. Qui veut parier ? Un repas chez Boccuse!

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Dossier Chang Su Hong dans les archives du Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Dans les archives, on apprend par une lettre de l’artiste qu’il s’agit du premier tableau « chinois » à avoir été acheté par le gouvernement français pour les musées nationaux. Chang est prêt à le vendre « à n’importe quel prix », du moment que l’argent déboursé provient officiellement du denier public.

Nous voici donc au début d’une glorieuse histoire. Celle des artistes chinois en France, en Europe et dans le monde occidental. Soixante-quinze ans plus tard, un Yan Pei-Ming allait offrir à l’art occidental des funérailles nationales. Entre Malade fièvreuse (1935) et Les Funérailles de Monna Lisa (2009), les Chinois ont marqué l’art en France d’une empreinte indélébile et incontournable. Réjouissons-nous : ceci n’est que le début de notre brillante collaboration.

Lusigny-sur-Ouche, dans le lit de Napoléon

Pourquoi un sage précaire ne pourrait-il pas fréquenter des aristocrates ? Qu’est-ce qui l’en empêcherait ? Ses convictions politiques ? Allons donc, quelles convictions seraient inhumaines au point de mettre à l’index des braves gens qui ont le malheur d’être les descendants involontaires de fainéasses en bas de soie ?

Chez les propriétaires du château de Lusigny-sur-Ouche, d’ailleurs, on ne s’est pas contenté d’affamer la population locale et d’écraser la paysannerie bourguignonne sous des impôts injustes, si tant est qu’on l’ait jamais fait. On a aussi beaucoup oeuvré pour le rayonnement des arts. Des artistes, des écrivains et des politiques s’y rencontraient depuis la création du château, à la fin du 17ème siècle.

Ce à quoi je veux arriver, pour aller au plus rapide et au risque de passer pour un auteur sans rigueur, c’est que j’ai dormi dans le même lit que Napoléon, au vu et au su de tous. C’est une façon de parler, naturellement : Napoléon n’était pas physiquement dans le même lit que moi, et personne ne me regardait dormir, ni n’attendait mon réveil. Ou si peu. Et si l’on attendait mon réveil, c’est que j’étais en retard pour effectuer je ne sais quelle excursion.

Mais s’il est vrai que l’Empereur est bien venu dans le château, entre la campagne d’Egypte et le passage de la Bérézina, alors c’est dans la chambre où j’ai dormi qu’il a été accueilli. Après quelques recherches entreprises dans des bibliothèques de Beaune et de Dijon, un faisceau d’indices et de présomptions m’invite à avancer qu’il y a rencontré le célèbre sculpteur François Rude, bonapartiste échevelé, et que c’est sur une des tables du salon que, tous deux, ils ont décidé de ce qui allait devenir Le Départ de 1792, plus connu sous le titre de La Marseillaise, sur l’arc de triomphe de l’Etoile, à Paris.

Bien entendu, on me dira que l’Arc de triomphe ne fut inauguré qu’en 1836, bien après l’Egypte et la Bérézina. Mais que dire de cette lettre de Rude à sa nièce Cécilia de Warins, datée du 29 mars 1831 : « Ma toute petite, je serai fidèle à l’Empereur malgré que tu en aies, et le serment que je lui fis secrètement, au bord de l’Ouche, la France entière demande aveuglément que je la tienne. » ?

Cette promesse, s’il l’a bien faite à Napoléon sur les bords de l’Ouche, cela ne peut guère être ailleurs qu’au château de Lusigny. Mais surtout, elle n’a pas pu être faite après le 27 septembre 1809, pour des raisons qu’il serait trop long d’exposer.

Je ne ferai pas l’historique du château et toutes les relations artistiques qui le lient au génie français, d’autres le feront mieux que moi, mais il est ironique de noter qu’aujourd’hui, les descendants des propriétaires libéraux du premier empire, restent engagés dans les problématiques des musées et de la médiation culturelle. Ironiquement, ils le sont demeurés dans une approche plutôt critique vis-à-vis de la sanctuarisation de l’art. Hugues de Varine, l’heureux propriétaire du lieu, est même un des deux créateurs du concept d’écomusée, qui opère dans le monde entier une révolution silencieuse dans la manière de mettre en valeur les cultures et les savoir-faire, sans passer par un rapport de consommation entre le visiteur et l’exposant.

Je ne ferai pas l’histoire du château, mais il serait bon qu’on la fît, et sous cet angle si cela était possible : celui d’une réflexion sur l’art et les pratiques d’art, novatrices, subversives et pourtant réalisables. On ne sait jamais : si cela se trouve, c’est un attavisme très ancien, chez les De Varines, de rechercher des alternatives, et de promouvoir des façons de créer qui résistent aux appareils d’Etat. De Napoléon aux altermondialistes, c’est un fait que les châtelains bourguignons suivent parfois des itinéraires aussi opaques qu’aventureux.

« Transformers 2 », apogée et fin du cinéma

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Je recommande d’aller voir Transformers II pour les dix premières minutes, qui sont une ouverture ébouriffante. Un spectacle extraordinaire, qui vous cloue sur votre fauteuil, incrédule, devant ces corps et ces machines qui se transforment, se transfigurent, se métamorphosent dans un ballet invraisemblable qui croise les mouvements de caméra les plus complexes et les plus irréels qui soient imaginables.

Le reste de film a dû être réalisé par quelqu’un d’autre, d’autres équipes. Je pense que le producteur a voulu une équipe spéciale, un budget séparé et une technologie à part pour les quelques minutes d’ouverture. Il a voulu marquer l’histoire des arts visuels, nul doute à cela. En regardant ces danses de machines et d’humains, je me suis dit que le cinéma avait atteint là une sorte d’apogée. Jamais on ne pourra faire mieux, sur le plan des effets spéciaux et de la virtuosité. Pour faire plus fort, il faut sortir du bi-dimensionnel et créer du volume.

Il y a, dans l’histoire de l’art, des réalisations qui parachèvent un style ou une technique. Aucune sculpture ne sera jamais mieux faite que celles du Bernin, aucun tableau ne sera plus parfait que certains Ver Meer. Personne ne dépassera Bach dans l’art de la fugue. Après lui le déluge, les musiciens se concentrent sur d’autres choses à faire.

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La comparaison avec Bach n’est pas fortuite. Quand il compose, il est déjà vieux-jeu, et tout le monde se fiche du baroque. On a de nouveaux instruments, de nouvelles salles, de nouveaux sons et de nouvelles pratiques d’écriture. Le baroque est déjà mort, par rapport aux modes et aux technologies, et c’est précisément à ce moment-là que le baroque va connaître ses compositions les plus belles et les plus puissantes, pour devenir immortelles.

De la même manière, le cinéma est déjà presque mort, il est dépassé de toutes parts, par l’internet, par la renaissance de la télévision, par les jeux vidéo, et c’est là que, en détournant l’esthétique desdits jeux vidéo, le réalisateur de Transformers a fait dix minutes de cinéma abstrait magnifique, sans intrigue, sans récit, sans début ni fin : des images mouvement pures, mais des images mouvement machiniques, dans la machine, par la machine et pour la machine.

Transformers, c’est un chant à la transformation des corps et à la prothèse. Pas étonnant que cela plaise aux adolescents, qui non seulement sont en pleine croissance, mais portent de la ferraille au bout du nez, sur les dents, dans la bouche, marchent avec des béquilles, restent fascinés par des voitures et des motos, se collent des téléphones aux oreilles, manipulent des Ipod, ont les poches pleines de machines bruyantes et flashantes.

A cet égard, il s’agit de l’accomplissement des grandes expérimentations du début du XXe siècle, créations futuristes, odes à la machine, au piston, à la thermodynamique.

Après, le film développe une histoire que personne, à mon avis, ne peut même comprendre. Il y a des bons et des méchants, parmi les machines, mais à part ça, je ne sais même pas pourquoi on se bat, ni qui gagne à la fin. Si, c’est l’amour qui gagne à la fin, car le héros, qui a toujours refusé de dire « I love you » à sa sublime girlfriend, le dit quand il revient à la vie. Mais il le dit de manière mécanique, je n’y ai pas cru un seul instant. Et surtout, j’ai trouvé insupportable la présence de ses parents, toujours là quand il enlace la jeune fille. La jeune fille, elle, est complètement indépendante de ses parents, ce qui me fait penser, entre autres raisons, que c’est là un film pour jeunes garçons pubères, très branchés ordinateurs et mécanique.

La poésie maniaque de Tom

Tom Pius passe le temps de façon à sentir que le monde ne le dépasse pas entièrement. Qu’au moins ce qui dépend de lui, sa vie, ses décisions, ses habitudes, soient harmonieusement cadrées et circonscrites, comme une belle équation mathématique.

Depuis 1989, il garde un compte précis de toutes ses activités, le détail de toutes ses dépenses. L’autre soir, il me parle d’un film de Bertollucci qu’il a revu récemment, et qui lui a paru très différent de ce qu’il avait en mémoire. Il y repense un peu longuement puis s’exclame : « Je vais vérifier combien de fois je l’ai vu. » Il pianote sur son ordinateur et une demie minute plus tard : « Tiens, je ne l’ai jamais vu. J’ai dû confondre avec un autre film. » Je lui donne alors le titre d’un film au hasard, et il me sort presque instantanément combien de fois il l’a vu, à quelle date et où. Lorsqu’on en vient au Mépris de Godard, il me dit : 24 octobre 1999, et c’est tout. Je lui rappelle qu’il l’a vu avec moi et Barra dans les années 2000, à Dublin. Cela le trouble, car il se souvient de l’avoir vu avec moi, mais s’étonne de ne pas l’avoir noté dans ses archives.

Il fait semblant que cela est de la plus haute importance. Il dit que le monde, ainsi, lui paraît relativement ordonné, lorsque sa vie à lui est à peu près rangée dans des catégories. L’ordinateur de Tom est un immense poème de catégories, de listes et de séries. Une poésie concrète, infinie. Mais une poésie qui invite à la mémoire et à la discussion. Il dresse la liste des dix meilleurs films de chaque année depuis 1989. Cela occasionne des voyages dans le temps, et donne une certaine image de la vie culturelle de Dublin à une époque donnée. On se dit, ah oui, je me souviens de ce film, mais c’était en telle année ? On est surpris de certains rapprochements, on se dit que Tom a oublié des chefs d’oeuvre qui n’ont pas dû passer la Manche.

Il collectionne aussi des autoportraits de photomaton depuis 1982. Son ami Rob, qui est venu ce soir-là pour faire une partie d’échec, suggère qu’il en fasse une installation artistique. Nous rions de ses coupes de cheveux et de ses changements de style.

Il range, dans sa comptabilité délirante, toutes ses dépenses en dix catégories : « FOOD », « HEALTH », « IMAGE », « HOUSEHOLD », « TRANSPORT », « COMMUNICATION AND STATIONNERY », « MEDIA », « SOCIAL LIFE », « ACCESSORIES », « INTANGIBLES », « ARTIFICIAL » et « EXTRAORDINARY ». Rien d’autre n’existe dans le monde de Tom, et tout y est – en théorie – quantifiable. Dans la catégorie « food », le voyageur note que Tom a acheté exactement 46 types de choses dans l’année passée. Mais vous pourriez lui demander pour l’année 2000, en un clic il saurait vous dire s’il a mangé une plus grande variété d’aliments, et combien cela a coûté, au centime près. C’est une autre version de la sagesse précaire, comme je l’ai écrit en 2007, une version où la fluctuation des ressources est compensée par une rigidité et une rectitude des représentations.

Dans la catégories « IMAGE », on y voit les vêtements, le coiffeur, mais aussi les produits d’hygiène personnelle et même les factures de blanchisserie. En revanche, la lessive est rangée dans la catégorie « HOUSEHOLD ». C’est ce qui est réjouissant dans les listes, les systèmes et les taxinomies : comme le réel est insaisissable, on arrive vite à des décisions absurdes ou pleines de poésie involontaire. La catégorie « INTANGIBLES » en est une bonne illustration. Tom y a rangé les dépenses suivantes : « charité », « cadeaux », « fleurs ». On pourrait croire que c’est de la frime, mais l’autre soir, j’ai pu remarquer que ces amis les plus proches étaient aussi surpris que moi de toutes ces listes et de leur contenu. Tom travaille à cet archivage dans le silence, dans les heures creuses de sa vie, sans en faire de publicité.

C’est un authentique travail d’artiste que la vie de Tom. C’est une performance et une installation à la taille d’un individu. Il n’y a pas d’un côté un Tom qui vit sa vie quotidienne, et de l’autre un Tom artiste qui écrit et met en scène ses pièces de théâtre. Il n’y a qu’un Tom, mathématicien et artiste, pour qui un équilibre des comptes où pas un euro ne dépasse est une perfection aussi agréable à l’esprit qu’une fugue de Bach.

Les femmes qui comprennent les hommes

Beaucoup de femmes se plaignent de ne pas être « comprises » par les hommes. Ce n’est pas réciproque, les hommes ne se plaignent pas beaucoup d’être incompris par les femmes. Pourtant, il est remarquable que si peu de femmes comprennent les hommes. Il semble que des femmes passent d’hommes en hommes sans rien apprendre à leur contact.

Juliette Récamier a su attirer les hommes à elle, ce qui est aisé, et elle a su se les rendre fidèles, empressés, sans rien leur donner de charnel en échange. Ce qui la distingue des autres, ce n’est pas son intelligence ou sa beauté, c’est sa compréhension intime de la mécanique des mâles. Elle savait comment leur parler, comment les regarder, comment leur écrire, comment les accueillir, comment se faire respecter d’eux, comment les stimuler et les émouvoir.

Dans une lettre écrite au peintre François Gérard, elle engueule ce dernier d’avoir accepté je ne sais quelle gravure provenant d’une de ses toiles : elle voulait être consultée et elle exige du peintre qu’il fasse en sorte que ce projet de gravure s’arrête toutes affaires cessantes. Elle parle alors avec autorité et hauteur, dans un style d’un classicisme admirable. Moi, à la place de François Gérard, je me serais dit : « Bon, je fais interdire toutes les reproductions de cette toile, je réponds à Juliette de manière courtoise et sèche pour lui annoncer que c’est fait, et j’arrête de fréquenter cette chieuse. Pour qui se prend-elle, de me parler sur ce ton ? Qui va rester dans l’histoire, flûte quoi, elle ou moi ? » 

Mais la fin de la lettre de Juliette montre sa connaissance des hommes. Elle change de ton, elle parle de l’hiver triste qu’elle s’apprête à traverser et dans une dernière fulgurance, elle lui lance : « Je sais que vous penserez à moi, et j’aimerais que vous me le disiez. » Je cite de mémoire, elle a peut-être écrit : « Je sais que penserez beaucoup à moi et je serais heureuse de vous l’entendre dire. »

Ce n’est pas très complexe, et cela prête même à rire, j’ai remarqué : après la douche froide, faire la confidence d’une faiblesse, et offrir à l’homme d’être utile pour adoucir sa douleur. Le lecteur trouvera cela nunuche, mais le coeur et l’amour sont nunuches, ils ne deviennent jamais adultes et raisonnables. A la place de François Gérard, je me serais radouci à la fin de la lettre, et j’aurais passé le reste de la journée à travailler, avec Juliette en tête.