Soutien aux députés qui ont dormi sous la tente

À l’appel de l’association Droit Au Logement (DAL), une poignée de députés ont passé une nuit sous une tente en compagnie de vrais sans-abris, pour alerter les medias du scandale que représentent les centaines de milliers de Français condamnés à vivre dans la rue.

Les médias ont bien été alertés, et certains d’entre eux ont choisi de se moquer abondamment de cette poignée de députés.

Moi qui suis un homme de droite, tendance abbé Pierre, je proteste contre ces indignes quolibets, et je soutiens l’action du DAL.

Décès de Germain Malbreil, professeur de philosophie

Il était professeur à la faculté de philosophie de l’université Lyon 3 Jean-Moulin. Il faisait partie des figures marquantes de notre instruction, surtout pour ce qui concernait la politique et la morale. Ses cours étaient étonnants et parfois destabilisants. J’ai vite senti la présence d’atomes crochus entre moi et cet individu méditatif, qui attirait parfois les moqueries et plus sûrement l’affection de ses étudiants

Germain est petit à petit devenu un ami. Il se confiait à moi après certains cours. Un jour, en 1992 ou 1993, je lui dis qu’il avait beaucoup changé d’une année sur l’autre. « L’année dernière vous étiez incroyablement sévère. Vous nous mettiez des notes en dessous de 0, vous ne vous en souvenez pas ? » Il m’apprenait que lorsqu’il était si sévère avec nous, dans sa vie personnelle, il nageait dans le bonheur, mais que la culpabilité le rongeait.

Mon indifférence aux notes, aux concours et aux titres, m’a aidé à voir en Germain un être humain que l’on peut aller voir pour discuter. Il respectait beaucoup ses étudiants, surtout ceux qui n’étaient pas très doués pour les études. Il savait voir dans leurs copies des fulgurances que personne d’autre ne devinait.

Nous avons gardé le contact après mes années d’étude. Nous nous sommes écrit et téléphoné. J’ai surtout eu la chance de lui rendre visite dans la maison qu’il a achetée dans les Corbières, au pied des Pyrénées.

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La Précarité du sage, 2011

Ce fut un enchantement de voir ce spécialiste de Malebranche, dont il a édité et présenté les Œuvres dans la bibliothèque de la Pléiade, parler des pierres, des tuiles, des types de bois qui composaient sa maison. Il vivait sa maison comme si c’était un être vivant.

Je suis allé chez lui plusieurs fois, dans les années 2000 et 2010. Il était un peu comme un père spirituel pour moi, d’ailleurs je lui ai présenté mon père, qui vivait ses dernières années.

J’ai de merveilleux de souvenirs avec lui mais je suis trop triste pour en dire plus.

Qu’il repose en paix. Son fils et sa fille ont eu la gentillesse de me prévenir de la nouvelle du décès. Ses funérailles auront lieu jeudi 11 janvier 2024 à l’église de Conhilac-Corbières.

Solution pour trouver des professeurs dans vos écoles, vos collèges et vos lycées : logez-les

Ma première expérience d’enseignement de la philosophie a eu lieu en 1995, dans le lycée privé Saint-Joseph, à Thônes (Haute-Savoie). J’étais étudiant à l’université Lyon 3, en maîtrise ou en DEA, très content de décrocher cette opportunité qui fut extrêmement positive pour tout le monde : une lettre de référence manuscrite du proviseur témoigne de la satisfaction de ce dernier quant à mon service dans son établissement (on écrivait encore souvent les courriers officiels à la main.)

Aujourd’hui, dans la France entière, les gens se plaignent que leurs enfants n’ont pas de professeurs dans telle et telle discipline. Ils attendent les bras croisés.

La France compte beaucoup de professeurs précaires, compétents et énergiques, mais qui ne peuvent pas enseigner dans ces endroits dispersés dans la France entière. Pourquoi ? Parce qu’ils habitent ailleurs et que la mobilité coûte cher.

Il faut donc proposer des logements gratuits, agrémenté d’accès à la cantine. Comment croyez-vous que j’aie pu enseigner à Thônes en 1995, alors que je payais le loyer d’un studio à Lyon ? Le lycée fournissait une cellule de moine, le petit-déjeuner et le déjeuner à la cantine. Je jeûnais le soir et ainsi je ne dépensais rien. Seulement à ces conditions l’établissement pouvait assurer le remplacement des professeurs absents.

Remuez-vous, décroisez-vous les bras et offrez des chambres pour loger vos profs, et vous verrez débarquer des milliers de volontaires prêts à se rendre dans vos trous perdus pour enseigner à vos enfants en perdition.

À Strasbourg sous la pluie

Nous avons dormi dans notre voiture sur un parking très joli du centre de Strasbourg. La Place du marché neuf. Une place pavée, arborée, entourée de maisons aux fenêtres eclairées. C’était un enchantement. D’ailleurs nous partageâmes la place avec quelques clochards.

Il fallait faire un tour en France pour une démarche administrative.

Notre véhicule utilitaire a servi pour l’occasion de chambre d’hôtel. Je l’avais essayé de cette manière le jour de l’achat : en m’allongeant dans l’espace arrière pour m’assurer que je pouvais dormir dedans pour des vacances et des voyages.

Vendredi soir, nous sommes entrés dans Strasbourg et avons visité la ville by night. Nous cherchions distraitement une place pour que la voiture puisse rester au calme toute la nuit. Non loin d’un café pour aller aux toilettes de bon matin.

La voiture garée, la promenade nocturne dans les rues pietonnes de Strasbourg fut absolument ravissante, malgré la pluie et le froid. Rien ne pouvait réduire ma bonne humeur car j’étais engagé dans une de ces aventures qui font le sel de la sagesse précaire. Dormir avec sa belle dans une bagnole sous la pluie qui croustille.

La police nous espionne

Quand les policiers ont quitté mon logement, j’ai repensé à leur comportement et j’avoue avoir ressenti de la perplexité. Qu’étaient-ils vraiment venus faire chez nous ?

Dans notre voiture à la vitre brisée, un exemplaire du coran est toujours mis à disposition, par habitude, cela fait partie de notre environnement. Or, la veille, j’avais remarqué que quelqu’un avait visité ma voiture, des papiers étaient en désordre et la boîte à gants étaient ouverte. Mais je ne m’inquiétais pas car il n’y a rien à voler dans ce véhicule.

La personne en question a dû courir au poste de police : il y a dans notre bonne commune un groupe d’islamistes étrangers. Leur voiture est française, leur immatriculation est française, leur coran est français et une vitre est brisée. Protégez-nous grands dieux ! Et s’ils cachaient des bombes ?

Pendant que je faisais ma déposition sur la table de ma salle à manger, je trouvais que la policière regardait un peu trop lourdement dans mon appartement. Je pensais : est-ce tant le bazar que ça ? Juge-t-elle mes performances d’homme au foyer ?

En fait elle était en mission. Elle espionnait, elle contrôlait la population. Elle investigait l’intérieur de ces nouveaux venus pour rédiger un rapport sur notre degré de dangerosité.

Après leur départ je me suis mis à leur place pour imaginer ce qu’il avaient pu penser.

On sonne, c’est un barbu quinquagénaire qui nous ouvre, il est peut-être franco-arabe, c’est sans doute un Français d’origine berbère ou d’Asie centrale. Il porte un survêtement mais vu son embonpoint il ne fait pas beaucoup de sport. Trop de couscous et de gazouze. Il ne parle pas allemand mais bon, on ne peut pas lui en vouloir, la plupart de nos immigrés sont infoutus de maîtriser notre doux idiome. Trop complexe pour eux.

Ce monsieur en survète ne montre pas de signe de méfiance, il n’est ni méchant ni menaçant. Nous invite à entrer dans son salon et nous propose un café pour nous amadouer. Il croit peut-être nous charmer en parlant anglais avec un accent ridicule.

Dans son salon, de grands tapis orientaux recouvrent le parquet. Nom de Dieu, des islamistes. On demande une pièce d’identité. Le quinquagénaire s’exécute, il nous donne son passeport. C’est un blanc finalement, né à Lyon, avec des prénoms chrétiens. Un caucasien sans doute converti à l’islam. Attention à la foi des convertis, c’est les pires. N’oublions pas qu’il y a beaucoup de convertis dans les rangs des djihadistes.

Il nous dit que sa femme travaille en lien avec notre armée et que lui ne travaille pas pour accompagner sa femme. Bizarre. À vérifier et à surveiller.

Il nous sourit avec ses dents du bonheur. Il ne porte pas plainte pour la vitre brisée car il croit à un accident. Il prétend ne pas croire à un crime car il a « confiance dans les habitants » de notre commune. C’est l’hôpital qui se fout de la charité. S’il y a un criminel ici, c’est lui, non pas les retraités allemands qui l’environnent.

Des cartons jonchent le sol de l’appartement. Trop petits pour un trafic d’armes ou de drogue, mais suffisants pour confectionner des bombes. D’ailleurs, il y a une couscoussière. À surveiller. Sur le canapé du salon, des livres pour enfants en allemand et un gros dictionnaire bilingue français-allemand.

Nous quittons les lieux après quinze ou vingt minutes. Nous informons le concierge de l’immeuble et lui demandons de garder l’œil ouvert.

Le soir et le matin

Ma femme souffre du COVID

On a fait le test jeudi dernier, et je suis négatif. En même temps je ne ressentais aucun des symptômes de la maladie. Mais assez parlé de moi.

Mon épouse Hajer se sentait fiévreuse et extrêmement fatiguée. Diagnostiquée positive au COVID, elle refuse que je m’approche d’elle et élit domicile dans notre chambre à coucher. Je suis condamné à vivre dans le reste de notre appartement. Chienne de maladie qui m’exile loin de celle que j’aime. La séparation des couples n’est pourtant pas la pire des conséquences de ce virus qui, visiblement, est apparu parmi nous pour durer.

Je passe donc mes journées à désinfecter l’appartement et à préparer des tisanes, des soupes, des choses à manger et à boire en petite quantité car un malade du covid n’a plus d’appétit.

Tout cela nous renvoie au printemps 2021 quand j’étais malade d’un autre variant de ce même virus. La comparaison n’est pas à mon avantage.

Quand Hajer s’occupait de moi, elle était aux petits soins, faisait énormément d’efforts, venait souvent s’enquérir de mon état. Même la nuit elle entrait dans ma chambre et me réveillait pour s’assurer que j’étais en vie. Ma pauvre amoureuse avait peur que je meurs et je trouvais cela tellement mignon.

Et pourtant, Dieu sait que j’étais pénible. D’une humeur massacrante, toujours gémissant comme Orgon dans le Malade imaginaire de Molière.

Aujourd’hui que les rôles se sont inversés, je fais de mon mieux mais je ne suis pas au niveau. Mes tisanes et mes soupes ne sont pas aussi délicieuses, je me plains d’être fatigué et c’est Hajer qui, du fond de sa fièvre, s’inquiète de ma santé.

Des volets de chêne doré

Ce n’était pas mon idée de faire faire des volets sur mesure, en bois, à l’ancienne. Moi, je me serais satisfait des vieux volets qui étaient en place lors de l’achat de notre appartement.

Maintenant qu’ils sont là et que nous les avons traités avec une lasure de couleur « chêne doré », je ne peux qu’applaudir. Non seulement ils protègent des grosses chaleurs de l’été, mais ils procurent chez le précaire que je suis un sentiment étrange de bourgeois repus.

Faisons quelques pas en arrière et considérons la maison dans son ensemble. À part notre voisine de palier, la jolie centenaire Mme Serrenne, nous sommes les seuls à avoir des volets en bois. Aux deuxième et troisième étages, nos chers voisins ont opté pour des saloperies en PVC blanc ou même pour pas de volets du tout, moyennant quoi nous offrons la meilleure apparence de toute la maison.

Si la joie du bourgeois se reconnaît au sentiment ressenti d’une supériorité matérielle sur les autres, alors c’est bien une jouissance de gros con qui m’anime depuis que nous avons installé nos volets en chêne doré. Je sens mon ventre s’arrondir.

Un beau mois de juillet

Hannah Arendt sur le chantier de notre appartement

Ces vacances d’été n’ont de vacances que le nom.

Le sage précaire passe un mois de juillet 2022 extrêmement laborieux et studieux. Quand il ne travaille pas dans son appartement, il écrit des conférences et des articles. Quand sa femme ne fait pas de la maçonnerie, elle travaille sa thèse. Quand ils ne se rendent pas au café pour avoir de l’internet, le sage précaire et son épouse décapent, vissent, scient, posent, font du carrelage, plaquent, consolident, assemblent, peignent, vernissent, construisent, gondent et dégondent, bref apprennent les métiers du bâtiment.

Non seulement le sage et son épouse partagent les travaux du même appartement, mais en outre, ils écrivent sur un sujet assez proches et en viennent à lire des sources voisines. En conséquence, il leur arrive de discuter sur Hannah Arendt le matin, de se disputer sur des étagères l’après-midi, de se réconcilier pour faire la sieste et de relancer une discussion au soir tombé sur l’opposition entre « désolation » et « isolement ».

Pourquoi aller sur une plage ?

Histoire de l’aid : une mosaïque inattendue

Je vais vous raconter une histoire qui ne pouvait nous arriver que le jour de l’Aid. Fête musulmane majeure.

Tout commence il y a deux jours. Nous achetons pour une poignée d’euros des carreaux de vieilles faïences. Dieu sait ce que mon épouse planifiait de faire avec ces carreaux.

Arrivés à la maison nous jetons un œil sur la faïence et réalisons que c’est une sorte de puzzle. Il y a des motifs et nous essayons de composer des fleurs, des détails architecturaux et des lignes qui semblent être des tiges.

Petit à petit nous voyons apparaître un tableau charmant. Une porte orientale sous un ciel étoilé. J’y vois, personnellement, une porte de mosquée. À l’intérieur, plutôt que des jets d’eau qui servent aux ablutions, un jaillissement de végétaux et de fleurs.

Chemin faisant, nous vîmes que les carreaux étaient made in Tunisia.

C’était notre cadeau de l’Aid. Un Signe envoyé par le tout-miséricordieux pour nous encourager dans nos efforts de rénovation.

Notre joie fut intense et durable. Joyeux aïd à tous. Que votre vie soit pleine de surprises et de trésors inattendus.