La lune contre les étoiles

Troisième vidéo d’Abadi Al Johar.

La sagesse précaire gâte ses lecteurs. Cette chanson est la même du billet précédent, dans une version plus féminine. Deux chanteuses accompagnent la star du oud.

Les paroles de cette chanson immortelle sont un dialogue. Un amoureux transi est bousculé par les gens du monde :

« Ne t’approche pas d’elle. Ne reste pas près d’elle. Tu vas souffrir, comprends-tu, tu vas souffrir si tu reste éberlué dans la vaste mer houleuse. »

L’amoureux trouve des arguments et ne veut entendre raison. Une de ses répliques les plus étranges :

« Je n’échangerai pas la lune contre les étoiles. »

Quand on voit cet homme au visage disgracieux emmener sur ses mélopées deux superbes créatures sur leur canapé, on comprend mieux pourquoi le sage précaire, en son âge tendre, a consciencieusement appris à chanter et à s’accompagner de la guitare, malgré son aversion pour la musique impure. Il savait, le sage précaire, qu’on séduisait davantage avec la musique non percussive qu’avec la vraie psalmodie sacrée.

Le sage précaire, d’accord en cela avec Abadi Al Johar, n’échangera pas la lune pour les étoiles. Comprenne qui pourra et CQFD. A bon entendeur.

 

Avec Antonin Potoski à Mascate

Cela fait quinze ans qu’Antonin Potoski publient des récits qui tâchent de refléter ce que c’est que voyager au début du XXIe siècle. Un heureux hasard fait qu’il fréquente périodiquement aujourd’hui mon pays d’adoption temporaire, l’Oman. La sagesse précaire fait donc son miel de ses écrits tandis que Potoski se trouve à son tour exposé à la sagesse précaire.

Il a d’abord écrit sur le pays Dogon, puis sur le  Japon et le Bangladesh. Souvent, il appréhende la géographie sous la forme d’un triangle dont il parcourt les côtés. Ses livres sont en général des récits croisés, et comme frottés, qui s’emportent les uns les autres aux trois pointes de ce triangle.

En ce moment, depuis quelques années, son triangle de vie semble être l’Ethiopie, l’Oman et la frontière Birmano-Bangladaise. Il vit dans dans des allers et venues et ses textes sont des vertiges fixés de ces mouvements et de ces décalages. Il écrit sur le Myanmar en Ethiopie, et sur les montagnes d’Afrique australe à Mascate. Il fait voyager ses textes et propose des collisions entre les sens, les paysages, les personnages et les identités.

Potoski fait tellement d’allers-retours entre ces trois points que dans Nager sur la frontière (Gallimard, 2013), il raconte que pour traverser la frontière entre le Myanmar et le Bengladesh, il s’envole en Oman où il ne passe qu’une soirée. C’est aussi ça le voyage des années 2010, tout le monde le sait mais personne n’écrit dessus : il est parfois plus facile et moins coûteux d’enjamber des océans que de marcher tranquillement jusque chez le voisin.

On s’est vus pour la première fois à Mascate, en septembre dernier. Rencontre au sommet, s’il en est, entre la fine fleur de l’écriture viatique contemporaine et la sagesse précaire internationalisée. Mais de ce sommet il n’est rien sorti d’assez remarquable pour justifier une déclaration publique. Juste les prémices d’une amitié possible qui débouchera peut-être, à l’avenir, sur des collaborations éventuelles (beaucoup de modalisation et d’incertitude, comme il sied aux voyageurs précaires de 2015).

Fête nationale en Oman

Nous célébrons en ce moment la fête nationale du sultanat d’Oman, et je suis au travail. Nous aurons un ou deux jours de congés mais plus tard, la semaine prochaine probablement ou celle d’après. Nous attendons que les autorités nous informent des jours qui nous seront octroyés. En attendant, les villes et les couloirs sont couverts de drapeaux et de portraits de Qabous, le Sultan absolu du pays.

Tout le pays tourne politiquement autour de la figure de son leader. C’est un petit culte de la personnalité, tranquille et familial.

La fête nationale est du reste la date anniversaire de la naissance du sultan Qabous. Et si le chiffre 45 se retrouve un peu partout dans les villes et sur les voitures, c’est pour indiquer qu’il s’agit de la quarante-cinquième année de sa prise de pouvoir, en 1970.

Des étudiantes viennent dans mon bureau depuis trois jours pour travailler la prononciation de l’hymne national traduit en français. A force de l’entendre et de travailler le texte, la chanson me trotte dans la tête :

Dieu bénisse sa Majesté le Sultan

Gloire à son Hégémonie

Oman ! Peuple dévoué parmi les nobles Arabes

Un groupe d’étudiants européens, venus ici pour pratiquer l’arabe, sont invités à se déguiser en habits omanais traditionnels, à parader sur une scène de théâtre, et à effectuer des lectures de poèmes arabes. L’ambiance est très bonne, les étudiants omanais sont ravis de voir ces Européens ainsi déguisés et ils acclament certaines lectures plus que d’autres. Je demande à mon voisin pourquoi : c’est la prononciation de l’arabe qui impressionne, plus que le contenu des paroles.

Ce soir encore, une célébration a lieu dans l’amphithéâtre en plein air du campus. Des chants, des sketches, des poèmes, des psalmodies du Coran, c’est très réussi. Et pendant que j’écris ces lignes, j’entends des détonations : un feu d’artifice sans aucun doute.

La fierté nationale est très vibrante en Oman mais elle n’est pas oppressante. On sent que les gens aiment leur pays et leur sultan mais sans jamais chercher à imposer une idée ou une conception. Il n’y a pas d’arrogance, pas de rodomontade. Simplement la joie d’être en famille dans un pays en paix.

 

 

Conférence à Mascate

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Pour tous ceux qui se trouveraient à Mascate ce soir, la capitale du sultanat d’Oman.

Nager le soir

L’hôtel Golden Tulip se trouve à quelques kilomètres de chez moi, sur la route qui mène à l’hypermarché Lulu.

Bellement décoré, il offre un cadre oriental reposant et accessible aux bourses des travailleurs occidentaux. Il y a un restaurant que je n’ai pas essayé, un bar où se produit une chanteuse russe et une terrasse extérieure où l’on peut fumer la chicha. J’y ai passé peu de soirées car il y traîne inévitablement un vieux parfum d’expatriés  las et d’Omanais mateurs.

En revanche, le fond de l’hôtel ouvre sur une jolie piscine entourée de jardins et d’arbres majestueux. Un banian gigantesque dont on a malheureusement coupé les lianes, un bougainvillier, un magnolia, et d’autres que je ne connais pas. Les jardiniers s’arrangent pour que leur feuillage soit large et ombrageux. Au coucher du soleil, des centaines d’oiseaux, des sortes de chardonnerets ou de passereaux, volettent de branche en branche et pépient, piaillent et papillonnent.

La piscine s’éclaire de bleu à la tombée de la nuit et l’on se croirait dans un dessin animé de Walt Disney. Pour profiter des chaises longues et de l’eau, il faut payer. C’est assez cher mais cela peut valoir le coup.

Parfois, rentrant du travail un peu tendu, je décide de dîner tôt et de m’en aller digérer à la piscine du Golden Tulip. J’y nage quelques longueurs paresseuses et lis Histoire du Moyen-Orient de Georges Corm, le temps de me sécher. Je ferme les yeux et me repose enfin. Je nage encore quelques longueurs débonnaires et marche doucement autour des banians et des petits massifs horticoles délicatement dessinés.

J’apporte un ordinateur portable que je laisse traîner sur une table, et sur lequel j’écris ces quelques mots. J’entre dans la salle de gym et soulève sans conviction quelques centaines de kilos de fonte, puis retourne dans l’eau pour nager trois ou quatre longueurs rêveuses.

Encore quelques pages d’Histoire du Moyen-Orient sur une chaise longue et mon stress se trouve bel et bien pulvérisé, atomisé, volatilisé, sous les coups conjugués de la nage, de la pression des muscles, de la lecture, de la détente, de l’effet de l’eau, de la chaleur émolliente de l’air, et des oiseaux qui finissent par se taire.

Si encore il y avait des femmes, des mauvaises langues pourraient dire à bon droit que le sage précaire renifle des culs, mais ce n’est même pas d’actualité. Le sage précaire digère, s’informe, rêvasse et se prépare pour le sommeil.

La piscine ferme à 21.00 (les lumières bleues s’éteignent). A neuf heures moins le quart, je retourne une dernière fois dans l’eau pour quelques brasses somnolentes, prélude à une nuit apaisé.

Comme dans un film de Fellini

Nous sortons de l’eau et nous séchons à l’air doux des tropiques. Dans sa voiture, elle écoute les messages laissés sur son téléphone, et m’annonce que nous sommes invités chez un ami libanais qui nous propose de fumer la chicha au bord de sa piscine. Moi, ce plan inattendu me plaît bien, mais mes amis alcoolisés qui comptent sur moi ?

« Ne t’inquiète pas pour tes amis, je m’en charge. »

Elle passe quelques coups de fil et parvient à les inviter chez son ami libanais. Comment a-t-elle fait, je ne le sais pas mais j’ai confiance car je suis le seul novice dans cette histoire. Toutes les personnes impliquées dans cette soirée sont en Oman depuis des années.

Quartier des ambassades ou des ministères, nous nous garons et traversons des résidences surveillées. L’ami libanais qui nous accueille parle très bien français. Il se présente comme Marocain. Je ne comprends rien à la manière dont les gens s’identifient. Ma compagne de la soirée se dit tantôt Arabe, tantôt Américaine, tantôt Palestinienne, tantôt Syrienne.

Sa robe de soirée est encore humide et salée de l’eau océane, le sable colle encore à notre peau. Elle saute dans la piscine du Libanais Marocain sans autre forme de procès.

Mes amis de l’université finissent par arriver comme par enchantement. La chicha est bonne, elle a été préparée avec de la glace. On me dit que je suis vierge car je n’ai jamais fumé de chicha. On rigole beaucoup à propos de ma virginité car je suis le plus vieux de l’assemblée, tandis que mon amie palestinienne évolue sérieusement dans l’eau, sans communiquer avec la fête ambiante mais en me prodiguant de furtives caresses.

Quand tout le monde est dans la piscine, il est difficile de savoir si elle est particulièrement proche de moi ou si elle caresse tout un chacun comme un chat se frotte aux inconnus dans les souks d’Oman.

Quand la chicha est fumée et que tous sont un peu fatigués, nous sortons de la piscine et retournons dans l’appartement du riche Libanais. Je me tiens à l’écart et vois toute cette petite bande informelle, d’individus en goguette qui ne se connaissaient pas il y a quelques heures. Ils marchent avec indolence, l’effet de l’alcool commence à passer et l’apaisement dû à la chicha se fait sentir.

Mon amie arabo-américaine me dit au revoir de manière formelle, comme après un meeting. Nous projetons de nous revoir car elle prétend aimer plus que tout les montagnes et le monde rural. Elle pense venir à Nizwa, qu’elle connaît bien, et se tient prête à me faire découvrir des petits endroits en dehors des sentiers balisés.

Nous quittons la ville dans une voiture que je conduis, l’esprit ailleurs.

Vivre en Oman : idéal pour perdre du poids

Il ne fait pas de doute que le lectorat universel de la blogosphère mondialisée sera fort intéressé d’apprendre que le sage précaire, après dix jours de vie sur le territoire béni d’Oman, pèse aujourd’hui moins de quatre-vingt kilogrammes.

Pour un homme qui mesure près d’1m80 et dont l’activité physique n’est malheureusement pas importante, le poids idéal devrait se situer entre 75 et 79 kg. Le sage précaire est sur la bonne voie. Sur ordre de la médecine, il lui fallait faire un effort, puisqu’il lui est arrivé de peser près de 90kg, en particulier quand il faisait sa thèse sur une autre terre bénie, celle des fish’n’chips et de la bière stout.

Ici, en Oman, pas d’alcool. C’est déjà une tentation de moins. Les choses sucrées ne sont pas très appétissantes, et la plupart des restaurants sont tenus par des Indiens, donc la nourriture est très riche en légumes. Il n’est pas rare de se voir proposer des salades de fruits. Beaucoup d’herbes, de verdure dans les taboulés, et dans les salades en général. D’ailleurs les sauces de salade sont très saines, à base d’huile d’olive et de citron.

Seules les dates, parmi les aliments incontournables, sont chargées naturellement en sucre. Elles se présentent sous de nombreuses variétés : au souq de Nizwa, j’ai été accueilli par Rachid, un entrepreneur qui dirige une belle affaire de dates. Il m’a présenté un échantillon d’une petite dizaine d’espèces et m’a fait goûter celles qui m’ont paru les plus éloignées des dates que nous connaissons en Europe et au Maghreb. Les moins sucrées, noires de peau, ou au contraire bicolores. Des saveurs puissantes de chocolat et de réglisse.

Le soir, le soleil se couche à 19.00, et le matin le travail commence à 7.30. Cela encourage à se coucher à 20.30 sans manger et à se lever avant l’aube, au chant du muezzin. La première prière se tient vers 4.30. Le cas échéant, le sage précaire court un peu pour saluer le soleil qui apparaîtra derrière les montagnes autour de 6.00.

Les lectrices précaires qui prennent ce blog pour un magazine féminin en auront pour leur frais. Retour des vacances d’été, abreuvées de rosé, arrosées de mojitos et gavées de barbecues, vous  saurez ici comment vous refaire une silhouette de princesse arabe.

Loger à Nizwa. Mon premier appartement omanais

On ne peut pas dire que je me sente encore tout à fait chez moi, mais je suis satisfait de mon appartement. Il est spacieux et son carrelage est assez joli dans son genre oriental.

Dès l’entrée, un immense hall vide nous accueille. On pourrait y loger une famille de migrants. Je me demande ce que je vais faire de cet espace vide (non, je vous vois venir, mais je vous dis non : je n’ai rien contre les migrants, j’en suis un moi-même, mais je n’ai ni le temps ni la compétence de m’occuper d’une famille de réfugiés). Peut-être placer un brûle-encens pour parfumer mes soirées avec le fameux bois de oud que l’on vend dans les magasins d’ici, et qui embaume merveilleusement certains lieux publics.

(Bon, ça va, le sage précaire n’est pas l’abbé Pierre non plus. J’ai été sans domicile fixe pendant plus d’un an, je peux quand même profiter d’un peu de confort, non ?)

De part et d’autre de cette entrée, la chambre d’amis avec ses lits jumeaux et sa petite salle de bains privative, et un salon doté de canapés presque neufs et d’une télévision capricieuse. Autant le dire de suite, j’ai fermé les portes et n’utiliserai ces deux espaces que lorsque je recevrai des amis ou de la famille (mais pas une famille de migrants, à moins que je la rencontre dans mon quartier, entre la fac et mon logement). A bon entendeur salut.

Tout au fond de l’appartement, la chambre principale (Master bedroom, dit-on pompeusement ici) avec son lit King size, pour les folles nuits de galipettes, et sa salle de bains. A l’autre angle de la maison, une cuisine relativement grande, munie d’un réfrigérateur, d’une table, de chaises et d’un petit lave-linge. Dans un coin, une porte donne sur un balcon exigu, peu accueillant, sans autre utilité apparente que de faire sécher le linge – ou de faire dormir un clandestin sans papier. Les fumeurs de clope et de pétards sauront peut-être mieux quel profit en tirer.

Entre la chambre et la cuisine, une troisième salle de bains ! Au cas, je présume, où le sage précaire ne se laverait pas suffisamment, ou que les toilettes viendraient à manquer.

Résultat, je ne sais jamais où prendre ma douche, où faire mes besoins, et je ne retrouve jamais ni ma serviette de bain ni mon dentifrice.

Se loger à Nizwa : le choix de l’université

Après quelques jours à l’hôtel, où j’ai rencontré des collègues de Syrie, de Jordanie, de Tunisie, mais aussi des travailleurs indiens, une jolie Philippine et des restaurateurs turcs, un très loquace responsable des ressources humaines m’a fait visiter des appartements qui se trouvent dans ma catégorie de loyer. Cette catégorie tourne autour de 220 rials, c’est-à-dire 500 euros par mois. Le système fonctionne de la manière suivante : l’université possède des immeubles et des appartements diversement placés dans et hors la ville de Nizwa, et si le personnel veut être logé dans un de ces appartements, il choisit parmi ceux qu’on lui fait visiter et le loyer sera déduit de son salaire.

L’inconvénient est que le parc privé pourrait sans doute proposer des alternatives plus variées et moins chères.

L’immense avantage (les avantages, devrais-je dire) est que l’on n’avance aucune caution, que l’on ne perd pas son temps à chercher un logement, que ce dernier est meublé (la clim’ est évidemment déjà installée !), qu’il est assuré en cas de dommage et que l’on peut en changer en cours d’année si un collègue veut partir ou échanger avec vous.

Apparemment, il n’y a qu’un seul employé qui se charge de loger tous les nouveaux arrivants, un Omanais sympathique mais inflexible et intraitable, qui parle un anglais très fleuri. Dans sa parole, le futur et le passé s’intervertissent gaiement ainsi que les genres, les modes et les humeurs. On comprend donc peu ce qu’il raconte et il se plaint abondamment de trop travailler. Il dit qu’il se casse les reins à nous « aider », qu’il est prêt à tout pour nous « rendre heureux », qu’il s’est couché hier après minuit et qu’il était sur le pont ce matin à six heures. Il sait s’y prendre pour m’apitoyer.

Dans sa jeep, il conduit en robe blanche et en turban noué sur la tête, et sa conversation est sans arrêt interrompue par des coups de téléphone. Il m’appelle « docteur William » ou « my friend », selon son humeur. Comme il est seul à cette tâche, qu’il sait que nous parlons entre nous, il ne peut pas nous berner et inversement ne peut pas non plus baisser les prix. Il y a là, sinon une honnêteté véritable, du moins une garantie de traitement égal pour tous.

Après avoir vu un appartement trop petit et un autre bien trop grand, mon choix s’est porté sur un rez-de-chaussée près d’une mosquée, attenant à un coiffeur indien, idéal pour mon abondante chevelure. Je voulais une chambre d’amis pour offrir du confort à mes visiteurs, près de l’université pour faire des siestes quand je le veux. Et pour aller au travail de bon matin à pied ou à bicyclette. Sieste et transports doux, voilà le luxe pour le sage précaire.

Beaucoup d’enseignants et de chercheurs préfèrent habiter à quinze ou vingt kilomètres, plus près du centre commercial, ou encore plus loin près du souk de Nizwa, afin de profiter de l’animation toute relative du centre ville.

Ma stratégie est différente : plutôt que de faire beaucoup de route tous les jours, je me réserve les longs déplacements pour les weekend et les soirs de sortie. Comme j’ai beaucoup de pain sur la planche, tant pour la recherche que pour l’enseignement, il ne me déplaît pas de dormir à deux pas de mon bureau, où l’on m’a installé un ordinateur neuf, et où j’ai posé les quelques dizaines de livres emportés dans mes bagages.

Chaleur tendre

Le climat est excellent, c’est la bonne surprise. Très chaud mais supportable, plutôt agréable, même en costume cravate.
Je transpire, mais je me sens bien. Il suffit d’entrer dans mon bureau, mon appartement où n’importe quel immeuble et véhicule pour être rafraichi par l’air climatisé.
Environné de palmiers et de montagnes ocres, je pense à mon père. Je pense qu’il aurait adoré ces paysages de sable et d’arbres courts sur pattes.
C’est un environnement qui donne envie de faire l’amour avec la femme de ses rêves. La chaleur elle-même est caressante, c’est une étreinte de chaleur. Ce n’est pas une chaleur violente, qui attaque la peau et les nerfs. On pourrait mourir de cette étreinte, mourir de tendresse.