Salman Rushdie entre la vie et la mort

Tell a dream, lose a reader

Henry James selon Martin Amis

Dieu merci il n’a pas succombé à ses blessures, pas encore, pas cette fois-ci. Salman Rushdie a échappé à la tentative d’assassinat d’un fanatique qui pensait bien faire en poignardant un innocent. Toute ma solidarité et mes prières vont à Salman Rushdie.

L’extrême-droite peut à bon droit clamer que l’islam a encore frappé. Pourquoi ne le ferait-elle pas ? Au nom de quoi se retiendrait-elle ? Comme toujours, il y a une profonde union objective entre les pires défenseurs d’une cause et les pires adversaires de cette même cause. En l’occurrence, un islam véritable, pur et doux comme il doit l’être, adorateur d’un Dieu miséricordieux comme il est constamment répété dans le Coran, cet islam est également détesté par les fanatiques et par les ennemis de l’islam. Les musulmans, eux, accueillent chaque nouvelle d’un attentat avec le même accablement.

Le sage précaire a toujours lu Les Versets sataniques en diagonale car il n’a jamais pris un véritable plaisir à cette lecture. Une grande partie du roman consiste en des récits de rêve, or les Anglais ont un dicton qui est souvent repris par les enseignants en expression écrite : « Tell a dream, lose a reader » (« raconte un rêve, perds un lecteur. »). Martin Amis prétend dans un article que cette phrase est d’Henry James, donc ce n’est pas vrai. Cette phrase ne ressemble pas au style de Henry James. C’est probablement Martin Amis lui-même qui a dit cet apocryphe mot d’esprit, répétant ainsi ce que de nombreux lecteurs disent dans les cafés du commerce de la critique littéraire :

Ne racontez pas les rêves de vos personnages, ça gonfle tout le monde, et c’est le signe d’un manque d’inspiration évident. Bossez et tâchez d’intéresser vos lecteurs.

Pire que tout, interdisez-vous la facilité de terminer une histoire avec un personnage qui se réveille. « Tout cela n’était qu’un rêve. » C’est intolérable.

Le sage précaire

Dans Les Versets sataniques, les chapitres impairs relatent les faits et gestes de deux personnages, Gibreel Farishta et Saladin Chamcha, et les chapitres pairs sont les récits de rêves de Gibreel. Vous voyez de suite le symbolisme derrière ces prénoms de personnage :

Gibreel se prononce comme Djibril, c’est-à-dire Gabriel en arabe, l’archange qui a révélé les sourates du Coran à Mohammed.

Saladin est le nom d’un grand sultan d’Egypte du XIIe siècle, grand guerrier, victorieux des croisés francs et anglais, vainqueur de Philippe Auguste et de Richard Coeur de Lion. Le sens de Saladin, en arabe, est « rectitude de la foi ».

Sans même lire le roman de Salman Rushdie, on peut imaginer que le personnage Gibreel représente un islam spirituel, onirique, plutôt cool, alors que Saladin va osciller entre l’esprit de chevalerie et le djihadisme qui furent les grandes caractéristiques du sultan d’origine kurde qui régna sur Jérusalem. Nul doute que le romancier anglophone d’origine indienne a joué sur les nombreux effets de sens et de sous-textes qui permettent de faire entendre des échos innombrables avec l’époque contemporaine et les problématiques lancinantes que sont la religion, le racisme, les migrations, le fanatisme ou la liberté d’expression.

Or, il est tragiquement ironique que ce soit dans un chapitre qui raconte un rêve de Gibreel qu’on peut lire les passages incriminés sur un prophète nommé Mahound. Ces passages ne sont en rien blasphématoires, (et quand bien même l’eussent-ils été…), mais ils ont valu à Salman Rushdie d’être mis à mort par des leaders religieux qui font honte à l’islam et aux musulmans.

Il est ironique que ce soit la narration d’un rêve qui cause cette aberration historique. Le dicton disait « raconte un rêve, perds un lecteur ». Les fanatiques d’aujourd’hui en inventent un autre plus lugubre : « raconte un rêve, perds un auteur. »

Les extrémistes vous parlent

Sur un site que je ne nommerai pas pour ne pas faire de la publicité à un organe dont je ne suis pas en mesure de juger le degré de dangerosité ou de bêtise, je lis deux prises de paroles également délétères.

Je vous donne la première qui est présentée comme une lettre de menaces suite à une demande de recouvrement de facture :

Je ne paie pas, je me suis convertie à l’islam. La révolution arabe est là on est partout. On va vous faire cracher le sang. On va vous faire pire qu’à Samuel Paty. Vous avez vu ce qu’on a fait au stade de France. Les Kalaches sont prêtes. C’est des rivières de sang qui va couler. Vive Allah. Vive la révolution islamiste. Nous serons les maitres de la France. On va tous vous prendre ce sera pour bientôt, vive Mohamed.

Lettre non signée et non datée.

Le deuxième prise de parole est un commentaire suscité par la lecture de cette lettre de menace. Par souci d’authenticité, je laisse le texte dans l’état où il apparaît sur le site.

d’ abord en finir avec la République laïque, maçonnique , qui ne sait que faire qu’une chose:
la guerre au christianisme;
qui organise la décomposition du pays par le Grand Remplacement , le rejet des mœurs naturelles
pour les remplacer par le culte LGBTQ de Dionysos et de Vénus,
qui importe le djihad au nom des valeurs de la Licra
et nous fait des Bataclans.
Dieu et le Roi !

Cadoudal, 13 août 2022

Il faut faire un effort de l’esprit pour se convaincre qu’il existe des gens pour penser comme cela, pour écrire des choses comme cela et pour rendre publique cette logorrhée. Ces gens ont le droit de vote.

Israël et sa rengaine de l’été

Photo de cottonbro sur Pexels.com, générée quand j’ai saisi : « Summertime in Israel »

Le Monde daté d’aujourd’hui publie un reportage sur « l’enfer » des Palestiniens à Gaza et à la frontière égyptienne. Reportage assez bien écrit. Une chose est étrange cependant : Israël est à peine évoqué. On lit Le Monde avec la sensation globale que les Arabes souffrent mais qu’ils sont surtout victimes des autres Arabes. Sans vouloir pousser le bouchon trop loin, on pourrait dire que les Arabes souffrent surtout de leur manque d’organisation, leurs lacunes humanitaires et la corruption de leurs agents. Au fond, heureusement que les Israéliens occupent la Palestine, quand ils prennent les choses en main c’est quand même mieux organisé.

J’avais déjà remarqué ce procédé dans un livre qui se déroulait en Palestine occupée. De la même manière que dans ce reportage du Monde, mais sur la longueur d’un livre entier, l’auteur avait réussi à rendre les Israéliens innocents de toute injustice. Dans l’article que j’avais consacré à ce texte, j’en avais rendu compte de la manière suivante :

La présence d’Israël est ainsi montrée comme une force lointaine, implacable et étouffante, mais en définitive peu contraignante pour les chrétiens et non problématique pour le narrateur. Toute critique à son endroit est déminée par des procédés stylistiques qui permettent de la rendre inopérante

G. Thouroude, « La question délicate des relations avec l’islam », Loxias n° 65.

C’est ainsi, le colonialisme a encore de beaux jours devant lui.

Pourtant, comme le dit René Backmann dans un journal plus modéré que Le Monde, « l’apartheid israélien » est un fait, ce n’est plus un débat. Backmann fait la liste, citations à l’appui, de toutes les institutions qui déclarent que l’État d’Israël commet des crimes contre l’humanité dans sa politique de persécution des Palestiniens : Amnesty International, Human Rights Watch, l’ONU, et même B’Tselem, le centre d’information israélien sur les droits de l’homme.

Et cet été, comme tous les étés, Israël détruit consciencieusement tout ce qu’il peut détruire, avec la bénédiction de nos gouvernements européens et de nos plumitifs payés pour rappeler incessamment que tout est la faute aux musulmans. Nous soutenons un système d’apartheid reconnu hors-la-loi et raciste, tout en luttant contre Poutine et sa guerre ignoble en Ukraine. Le colonialisme d’Israël est reconnu et avéré, il se propage sous la protection bienveillante de notre gouvernement, mais ce dernier préfère lancer des polémiques et des opprobres sur des musulmans en les accusant d’antisémites.

J’ai l’impression de revivre l’été 2014, où j’écrivais des billets tristes et indignés sur ce que faisait Israël à Gaza. Relisez ce billet : je notais que BHL ne disait rien sur Gaza mais qu’il parlait d’Ukraine pour que nous allions faire la guerre à Poutine. On lui a donné satisfaction avec huit ans de retard.

Les politiciens et les intellectuels français continuent de traiter d’antisémites tous ceux qui se permettent de critiquer Israël. Michel Onfray lui-même l’a fait, ce qui montre bien la déchéance physique et mentale de cet homme que j’avais prophétisée en juin 2021. La capture d’écran que j’avais mise en illustration de ce billet disait : « L’antisionisme c’est de l’antisémitisme ». Déclaration d’Onfray pour discréditer à l’avance toute critique vis-à-vis de la criminelle avancée d’un État d’apartheid.

Ce qui se passe en Israël est plus préoccupant pour la paix dans le monde que ce qui se passe ailleurs. Plus préoccupant car contrairement à ce qui se passe en Russie, en Chine ou ailleurs, il est impossible de critiquer sans être neutralisé.

L’imam Iquioussen accusé d’homophobie

Maintenant qu’il est dans l’actualité je vous recommande de regarder une seule vidéo de l’imam français de nationalité marocaine que Gérald Darmanin veut chasser de France. Cette vidéo s’intitule « Musulman et homosexuel ? ». Il faut la regarder pour prendre conscience du contexte.

L’imam réfléchit sur la question de savoir si l’on peut être un bon musulman tout en étant homosexuel.

Écoutez l’auditoire devant lui et appréciez le talent de pédagogue de Hassan Iquioussen. Imaginez-vous une seconde à sa place, comment vous débrouilleriez-vous ?

Car il ne parle pas seul devant une caméra, savez-vous. Il s’adresse à un public qui l’a invité à venir donner une conférence. La salle interagit avec lui et sur la question de l’homosexualité il a affaire à des mecs du bled qui n’aiment pas ça du tout. On entend des voix de vieux messieurs qui protestent que c’est très mal, que c’est un péché, que l’homosexualité « détruit la société ».

Or ce que fait Monsieur Iquioussen est très fort, en ce contexte, et je vous prie d’en prendre la mesure. Il réussit à se faire entendre d’eux, de ces hommes maghrébins conservateurs sur le plan des valeurs familiales. Et il réussit à leur faire admettre qu’il faut être tolérant avec les homosexuels, qu’il faut les aimer, qu’un jour peut-être leurs enfants leur avoueront une identité sexuelle imprévue, et qu’il faudra être à la hauteur de cette religion d’amour qu’est l’islam.

Alors bien sûr, en tant que religieux, il se doit de dire clairement que l’homosexualité est un péché, et il est obligé d’insister là-dessus pour être entendu de cet auditoire. Le fait que le ministre Darmanin, que Le Figaro et Valeurs actuelles, reprennent des mots de cette introduction pour qualifier l’imam de sale arabe homophobe est indigne. Il faut avoir l’honnêteté de regarder la vidéo quelques minutes de plus pour entendre l’imam leur dire, à tous ses hommes en colère, dans les yeux, qu’ils sont eux-mêmes des pécheurs, et qu’ils ne valent pas mieux que les homosexuels.

Puis il leur impose le silence avec le sourire, avec des histoires personnelles, avec des extraits du Coran, avec des paroles prophétiques et avec des scènes épiques de l’histoire sainte. Il compare tel personnage de l’Arabie médiévale avec Rambo. Il fait feu de tout bois pour amener les musulmans à être tolérants, fraternels, miséricordieux et respectueux. Et c’est ce genre d’individu que Darmanin veut mettre à la porte ?

Regardez cette vidéo et posez-vous les questions suivantes : cet homme est-il dangereux pour la France ? Diffuse-t-il un discours de haine ? Mérite-t-il l’opprobre et l’exclusion ? Darmanin ment-il ou dit-il la vérité sur le cas Iquioussen ?

Après avoir répondu à ces questions, posez-vous cette autre série de questions subsidiaires : quel genre d’homme remplacera Hassan Iquioussen s’il part de France ? Un homme plus ouvert ou un homme plus rigoriste ? Que cherchent la droite et l’extrême-droite en ciblant des hommes comme lui ? À pacifier nos quartiers populaires ou à augmenter la tension ?

En cet été caniculaire, le gouvernement nous donne le spectacle navrant d’une provocation doublée d’un acharnement pour exaspérer les bonnes volontés et faire exploser les violences. En cet été d’incendies causés par des pompiers, Darmanin est le parfait pompier pyromane.

Faut-il défendre Hassan Iquioussen ?

J’ai regardé plusieurs vidéos de l’imam que le ministre de l’intérieur veut expulser hors de France, au motif de discours de haine contre la France et les juifs. Gérald Darmanin, ledit ministre, accuse aussi M. Iquioussen d’être homophobe et contre l’égalité entre les hommes et les femmes.

Il ressort de ces vidéos que l’imam en question est injustement accusé. Il est religieux et conservateur mais plutôt moins rétrograde que le ministre lui-même et beaucoup plus ouvert et tolérant que nos politiciens et polémistes de droite.

Le but est donc d’instrumentaliser l’islam pour faire peur aux braves gens et se faire passer pour un redresseur de tort. Darmanin, violeur de femmes et menteur public, se fait aider par la presse raciste qui cite des propos de l’imam de manière à lui faire dire ce qu’il n’a pas dit.

Alors attention braves gens. Un jour ils sont venus chercher les juifs mais vous n’avez rien dit car vous n’êtes pas juifs. Puis ils sont venus chercher les communistes mais vous n’avez rien dit car vous n’êtes pas communiste. Ils ont ensuite discrédité les feministes, les gays et les progressistes en les accusant de wokisme mais vous préférez laisser faire car vous êtes hors de tout cela. Aujourd’hui ils cherchent des musulmans au prétexte de discours de haine, et vous ne dites rien car vous n’êtes pas musulman. Quand ils viendront vous chercher, il risque de n’y avoir plus personne pour vous défendre.

Ma mère a 80 ans

C’est l’anniversaire de ma mère. Elle est née en août 1942, en pleine France occupée et déprimée. L’été 42 était très chaud et très pauvre, les Français n’avaient pas encore l’espoir de voir les Allemands perdre la guerre mondiale qui faisait rage dans le Pacifique. Au contraire, c’est en juin de cette année que Pierre Laval, le premier ministre du gouvernement de Pétain, déclara dans un discours devenu célèbre : « je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que sans elle le bolchevisme s’installerait partout ». Ma grand-mère était enceinte jusqu’aux dents et, probablement, pensait que sa fille à venir grandirait dans une nation dominée par le fascisme et le racisme le plus assumé.

Le pire est que ce racisme n’était même pas le fait des seuls imbéciles nationaux ; il nous était imposé par la puissance occupante qui, par dessus le marché, affamait les Français en confisquant les récoltes pour nourrir les Allemands. Tout le monde souffrait de cette tyrannie et pourtant les Français ont eu l’envie de se reproduire. Cela fait penser à une pensée de Chamfort (1740-1794) :

Comment se fait-il que sous le despotisme le plus affreux, on puisse se résoudre à se reproduire ? C’est que la Nature a ses lois plus douces, mais plus impérieuses que celle des tyrans ; c’est que l’enfant sourit à sa mère sous Domitien comme sous Titus. 

Chamfort, Maximes et Pensées, DVI.

En 1942, ma mère bébé sourit à Hélène Margueritte, bien que gouvernée par Hitler et Pétain. Cet été-là, on voyait s’intensifier la terreur nazie sur le territoire du Troisième Reich, par des persécutions et des déportations de nos frères juifs. Ma mère est née quelques semaines après la « rafle du Vél’ d’Hiv » de sinistre mémoire, et quelques semaines avant les « grandes rafles » des 26 et 30 août opérées dans des villes de la « zone libre ». Et pourtant c’est dans cette obscure infamie que le Baby Boom a commencé en France. C’est à partir de 1942 que la natalité de la nation est repartie à la hausse.

Pour fêter les 80 ans de ma mère, nous choisissons de nous réunir autour d’elle, non dans sa Normandie natale, mais dans une terre connue pour son rôle joué dans la résistance à l’occupation nazie : les Cévennes. Nous célébrons l’anniversaire de la femme qui nous a donné la vie autour de la ville du Vigan, où le chef Marceau tomba le jour de l’assaut que ses hommes lancèrent pour la libérer. Nous mangeons à quelques pas des lieux de mémoire du maquis Aigoual-Cévennes.

Bonne anniversaire à toutes les mères précaires.

Des volets de chêne doré

Ce n’était pas mon idée de faire faire des volets sur mesure, en bois, à l’ancienne. Moi, je me serais satisfait des vieux volets qui étaient en place lors de l’achat de notre appartement.

Maintenant qu’ils sont là et que nous les avons traités avec une lasure de couleur « chêne doré », je ne peux qu’applaudir. Non seulement ils protègent des grosses chaleurs de l’été, mais ils procurent chez le précaire que je suis un sentiment étrange de bourgeois repus.

Faisons quelques pas en arrière et considérons la maison dans son ensemble. À part notre voisine de palier, la jolie centenaire Mme Serrenne, nous sommes les seuls à avoir des volets en bois. Aux deuxième et troisième étages, nos chers voisins ont opté pour des saloperies en PVC blanc ou même pour pas de volets du tout, moyennant quoi nous offrons la meilleure apparence de toute la maison.

Si la joie du bourgeois se reconnaît au sentiment ressenti d’une supériorité matérielle sur les autres, alors c’est bien une jouissance de gros con qui m’anime depuis que nous avons installé nos volets en chêne doré. Je sens mon ventre s’arrondir.

Sage plaquiste

Tout le monde parle du « placo ». On ne peut plus faire de travaux tranquillement sans entendre ce mot dix fois par jour. De mon temps on n’en parlait jamais.

Il s’agit de monter des cloisons sans briques, sans béton, sans bois, sans rien qui coûte cher. Les plaques de plâtre sont à la fois simples à poser, faciles à découper, à percer, à trouer, à manipuler, à visser. Grâce à ces cloisons en plâtre, on peut isoler son logement en glissant de la laine de verre entre elles et les murs. On peut enfin faire passer les câbles électriques, les tuyaux d’eau et tout ce qui nous déplaît derrière la cloison en « placo ».

Or je ne savais pas faire ce travail de plaquiste et cela me frustrait.

J’ai fini par acheter le matériel et essayer avec les moyens du bord.

Un beau mois de juillet

Hannah Arendt sur le chantier de notre appartement

Ces vacances d’été n’ont de vacances que le nom.

Le sage précaire passe un mois de juillet 2022 extrêmement laborieux et studieux. Quand il ne travaille pas dans son appartement, il écrit des conférences et des articles. Quand sa femme ne fait pas de la maçonnerie, elle travaille sa thèse. Quand ils ne se rendent pas au café pour avoir de l’internet, le sage précaire et son épouse décapent, vissent, scient, posent, font du carrelage, plaquent, consolident, assemblent, peignent, vernissent, construisent, gondent et dégondent, bref apprennent les métiers du bâtiment.

Non seulement le sage et son épouse partagent les travaux du même appartement, mais en outre, ils écrivent sur un sujet assez proches et en viennent à lire des sources voisines. En conséquence, il leur arrive de discuter sur Hannah Arendt le matin, de se disputer sur des étagères l’après-midi, de se réconcilier pour faire la sieste et de relancer une discussion au soir tombé sur l’opposition entre « désolation » et « isolement ».

Pourquoi aller sur une plage ?

Histoire de l’aid : une mosaïque inattendue

Je vais vous raconter une histoire qui ne pouvait nous arriver que le jour de l’Aid. Fête musulmane majeure.

Tout commence il y a deux jours. Nous achetons pour une poignée d’euros des carreaux de vieilles faïences. Dieu sait ce que mon épouse planifiait de faire avec ces carreaux.

Arrivés à la maison nous jetons un œil sur la faïence et réalisons que c’est une sorte de puzzle. Il y a des motifs et nous essayons de composer des fleurs, des détails architecturaux et des lignes qui semblent être des tiges.

Petit à petit nous voyons apparaître un tableau charmant. Une porte orientale sous un ciel étoilé. J’y vois, personnellement, une porte de mosquée. À l’intérieur, plutôt que des jets d’eau qui servent aux ablutions, un jaillissement de végétaux et de fleurs.

Chemin faisant, nous vîmes que les carreaux étaient made in Tunisia.

C’était notre cadeau de l’Aid. Un Signe envoyé par le tout-miséricordieux pour nous encourager dans nos efforts de rénovation.

Notre joie fut intense et durable. Joyeux aïd à tous. Que votre vie soit pleine de surprises et de trésors inattendus.