Chère Madame,
Je vous remercie encore pour nos échanges récents. Ils témoignent d’une ambition réelle pour le développement international de votre entreprise, et je suis convaincu qu’un positionnement précis peut vous permettre de saisir des opportunités importantes dans la région du Golfe.
Si je me permets d’être direct tout en restant pleinement respectueux de votre démarche, c’est parce que les attentes dans cette région sont élevées et nécessitent une préparation stratégique solide. Les institutions et entreprises de la péninsule arabique, avec lesquelles je travaille quotidiennement, apprécient chez les Français des partenaires capables d’incarner une certaine stature européenne : excellence culturelle, rigueur intellectuelle et savoir-faire reconnu dans les domaines de la communication, des arts et du patrimoine. Cette dimension constitue un atout naturel pour une agence hexagonale.
Cependant, pour que cette promesse française soit crédible et compétitive, deux éléments sont aujourd’hui incontournables. Le premier va de soi mais le second pourrait paraître à tort polémique :
1. Une véritable capacité de travail en anglais, et non une simple externalisation
Le recours systématique à la traduction affaiblit souvent la fluidité des échanges et peut être perçu comme un manque de maîtrise de la relation internationale. Les acteurs des monarchies pétrolières attendent un niveau d’anglais professionnel permettant d’interagir directement, rapidement, et sans intermédiaires.
2. Une présence affirmée d’auteurs et de spécialistes arabophones
Cela ne relève pas uniquement d’une question linguistique. C’est une question de positionnement culturel que je voudrais discuter avec vous en tant que nous sommes vous et moi citoyens français :
Notre pays entretient depuis plus d’un millénaire un lien profond, complexe et continu avec les cultures arabes et musulmanes – de l’époque médiévale aux échanges intellectuels, en passant par la Méditerranée moderne et les dynamiques contemporaines. Cette réalité fait partie intégrante de notre identité culturelle et constitue une force unique, qui est malheureusement sous-exploitée.
Mon propos n’est pas de prétendre que la maîtrise de l’arabe est requise pour être réellement audible et légitime dans le Golfe. Je sais bien que les Saoudiens et les Qatariens ne s’attendent pas à voir une jolie Parisienne échanger des salamalecs avec eux lors d’une négociation. En revanche, si vos contenus étaient portés par des auteurs capables d’écrire directement en arabe, de comprendre les nuances culturelles et de s’inscrire dans cette longue histoire de relations franco-arabes, votre agence aurait plusieurs longueurs d’avance sur la concurrence et contribuerait à donner une meilleure image de la France. Pas seulement celle du luxe, de la mode et du XIXe siècle, mais celle d’un pays millénaire qui prend la culture au sérieux.
Présenter une équipe sans compétences rédactionnelles en anglais et en arabe peut donner l’impression que la France n’assume pas ce patrimoine historique. À l’inverse, intégrer des auteurs français arabophones et anglophones enverrait un signal fort : celui d’une agence française pleinement consciente de ses richesses, ouverte sur le monde arabe, et capable de dialoguer avec lui en profondeur.
Je suis persuadé qu’en renforçant ces deux axes, votre entreprise pourra non seulement répondre aux attentes du marché du Golfe, mais aussi s’y distinguer par une approche fondée sur l’héritage culturel français, qui est intimement lié, de longue date, à la culture arabe.
Ce n’est donc pas une question d’ajouter un service de traduction, mais de porter une vision authentique et ambitieuse de ce que peut être une agence française dans un contexte international plein d’opportunités mais connaissant une concurrence très forte venue de pays européens très solides culturellement et capables de proposer des prix plus compétitifs.
Imaginez une seconde des agences espagnoles concurrentes à la vôtre et domiciliées en Andalousie. J’en connais. Pour gagner un marché, elles vont rappeler la grandeur des siècles arabo-andalous, ce qui sera bien vu puisque « Al Andalous » est toujours perçu comme un âge d’or de la culture islamique. Imaginez que ces agences se présentent avec, à la fois, le savoir-faire européen, la technologie occidentale, la réputation sympathique des Espagnols et une arabité assumée, confiante en elle-même ! Elles obtiendraient tous les contrats.
Heureusement, les Espagnols ne sont pas en avance sur l’enseignement de l’arabe. La France a ici un atout qu’il ne faut pas négliger. Votre agence a dans sa ville de nombreux talents capables de vous aider à incarner une France enfin réconciliée avec sa dimension arabe tout en étant anglophone comme tout le monde.
Je reste naturellement à votre disposition pour approfondir ces points et envisager ensemble des pistes de structuration adaptées.
Bien cordialement,
Guillaume Thouroude
Conseiller transversal en affaires culturelles
France, Allemagne, Arabie Saoudite












































