Mes tomettes anciennes

Les anciennes tomettes de ma maison, sous la pluie, hiver 2022.

Mon épouse les appelle les « pommettes ». Je trouve cela tellement adorable que je ne la corrige pas.

Quand on a acheté l’appartement, il était dans son jus des années 1950, avec des sols qui, pour certains, dataient de la construction de la maison, il y a un gros siècle. Les tomettes du salon étaient de ceux-là, sur un sol loin d’être plat.

Les tomettes sont artisanales, évidemment, on ne peut en douter quand on voit leur manque de régularité. Elles sont signées dans une cartouche circulaire : « J.B. Saunier, Orange, Vaucluse ».

Le fabricant de tomettes porte le même nom qu’un célèbre ébéniste du XVIIe siècle, dommage que je n’aie pas hérité de quelques meubles de ce dernier, ils valent des millions d’euros.

Une rapide recherche sur mon fabricant de tomettes, habitant dans le Vaucluse, me conduit sur une étude de fouille archéologique menée sur un site d’Orange. Une annexe de cette étude parle des terres cuites contemporaines trouvées sur le site et voici ce que je lis :

La fabrique de l’Arène, créée en 1846 et l’une des plus importantes de la ville utilise l’argile du quartier Mourre-Rouge, produit des tomettes et des carreaux mosaïques. Inondée et partiellement détruite par la crue de novembre 1853, elle est rachetée l’année suivante par le marseillais Jean-Baptiste Saunier, né en 1817. La fabrique cesse son activité en 1906

Anais Roumégou (dir.), Oange Avenue des Thermes, Rapport final d’opération, 2013, p. 124.

Mes tomettes datent donc du XIXe siècle, voire du tout début du XXe siècle. Cela permet peut-être de dater la construction de ma maison, pour le coup. Quand je dis qu’elle a un gros siècle, je ne crois pas si bien dire, elle en a un très gros dans les jambes, et vient probablement du XIXe siècle.

Que faire en temps de guerre ?

Des milliards et des milliards sont engloutis dans la guerre absurde que la Russie mène en Ukraine. Pendant ce temps, d’autres guerres sont toujours en cours, ailleurs, dans l’indifférence étrange de nos consciences troublées. Le Yémen est toujours le théâtre d’un conflit indirect entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Le Myanmar est pris dans une guerre civile sanglante.

C’est Antonin Potoski qui m’a informé de ce conflit au Myanmar. Je n’étais au courant de rien. Nous marchions dans une montagne des Cévennes et il me disait qu’il ne pouvait pas retourner dans ce pays qu’il affectionne, non plus qu’au Bangladesh voisin, à cause des violences d’une armée déchaînée contre la population dans son ensemble. Si j’en crois Potoski, il n’y a plus de problème majeur avec les musulmans Rohingya car ces derniers sont tous réfugiés de l’autre côté de la frontière, mais c’est dans le pays tout entier que la violence accable toutes les strates d’une population qui se révolte contre l’armée au pouvoir.

Le sage précaire ne dit rien sur la guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine. Il n’en dit rien car il sait combien les temps de guerre sont des temps de propagande, de batailles d’images et de manipulations des masses. Le sage précaire est incapable de se faire une idée de ce qui se passe en Ukraine.

La guerre à laquelle le sage précaire se prépare est la guerre des guerres, celle qui verra se confronter la Chine et les États-Unis. J’en parlais déjà en 2007, quand je vivais ma dernière année en Chine.

Rapide rappel du danger à venir

Chines, Octobre 2007

Il me paraissait évident il y a quinze ans que la Chine serait le prochain centre de gravité des prochaines déflagrations.

Lire sur le même sujet, Je vous promets la guerre

La Précarité du sage, 5 février 2009

Alors que faire en temps de guerre ? Je sens que le sage précaire va encore être très décevant. La seule chose qu’il peut préconiser, c’est de déserter les villes, les emplois, les responsabilités, et de cultiver son jardin.

Pourquoi croyez-vous que j’ai acheté un terrain avec une source non loin du terrain de mon frère ? Parce que je suis obsédé par la guerre et le cataclysme depuis ma plus tendre enfance. Parce que je pense tous les jours au moment où il faudra fuir et se cacher.

Trouver des solutions minuscules pour avoir de l’eau, de la terre, du soleil, et faire de sa vie un manuel de survie. La sagesse précaire est-elle une branche pourrie du survivalisme ? Le sage précaire va-t-il finir par s’armer dans des bunkers cévenols comme un vulgaire trumpiste qui attend la fin du monde ?

Oh mon Dieu, comme tout cela est glaçant.

Non, j’espère ne pas tomber dans ces extrémités, mais vivre caché avec femme et amis dans un jardin entouré de ronces, afin de soutirer du bonheur égoïste, épicurien, à un monde devenu invivable.

Lettre ouverte à la commission des promotions académiques

  • Commission des Promotions académiques
  • Faculté des Lettres et des Sciences
  • Université de Nizwa
  • Sultanat d’Oman

Chers amis,

J’ai bien reçu votre lettre de rejet de ma candidature. J’accepte avec joie votre décision, non sans vouloir soulever quelques questions. Je lis dans votre lettre de rejet :

La clause 3.1 (B1) stipule que pour être promus au grade de professeur associé, les candidats doivent faire valoir de la publication d’au moins six articles dans des revues à comité de lecture.

Lettre de la commission

Ceci est incorrect selon la réglementation en cours. Je l’ai lue en détail avant de postuler à cette promotion et j’ai eu la confirmation par le chef de comité que je cochais toutes les cases, et que ma candidature était recevable. S’il existe un autre ensemble de règles comprenant cette clause de six articles de revue, assurez-vous qu’il soit correctement diffusé et assurez-vous également que la réglementation en cours soit supprimée pour éviter les confusions.

Mais je n’en dirai pas plus sur la réglementation puisque vous connaissez le problème qui a été maintes fois évoqué en commissions et en réunions de faculté. Je voudrais vous faire part d’une autre préoccupation qui touche la qualité de la recherche au sein de notre faculté.

Vous avez rejeté ma candidature sur la base d’une perception problématique de ce que sont les livres de recherche. Outre mes articles publiés dans des revues, que vous avez appréciés comme parfaitement recevables, vous avez qualifié les livres dont je suis l’auteur comme « non éligibles » pour postuler au rang de professeur associé. Même chose pour les livres que j’ai dirigés. Même chose pour les numéros de revue que j’ai dirigés.

C’est là que je pense pouvoir aider, compte tenu de mon expérience dans l’administration de la recherche. Dans les humanités (littérature, langues étrangères, histoire, philosophie, études religieuses, etc.), les monographies sont des signes majeurs de réussite universitaire. Comme vous êtes de formation scientifique, je vais tâcher de vous donner un exemple équivalent dans votre champ de recherche. Rejeter mon livre publié aux presses de l’Université Paris-Sorbonne, comme vous l’avez fait, c’est un peu comme rejeter des articles de vos collègues physiciens publiés dans des revues scientifiques prestigieuses comme Nature ou The Lancet. Vous n’en croiriez pas vos yeux si cela arrivait, et vous penseriez que c’est une plaisanterie. J’ai pensé la même chose quand j’ai lu votre lettre.

Notre faculté s’appelle College of Arts & Sciences, mais il semble que les lettres et les arts soient quelque peu négligés par des dirigeants qui se sont distingués dans les sciences expérimentales. J’espère donc que vous ne le prendrez pas en mauvaise part si je me permets d’informer et, si Dieu le veut, de contribuer modestement à éclairer quelque peu ce qui est perçu comme une bonne recherche en sciences humaines, en lettres et dans les humanités en général.

Veuillez jeter un coup d’œil à cette capture d’écran, il s’agit d’un article d’analyse littéraire publié dans une revue internationale de premier plan : à la fin de cet article vient la bibliographie, la liste des références, et je vous invite à considérer brièvement les premières lignes. Comme vous pouvez le voir, aucun article n’y est mentionné mais uniquement des livres à auteur unique (des monographies). Pourquoi ? Parce que les livres sont perçus comme la source la plus prestigieuse et la plus rigoureuse de connaissances issues de la recherche en lettres.

Veuillez continuer à parcourir la bibliographie de cet article. Je pense qu’il n’y a pas un seul article. Je vous invite à vérifier par vous-même.

En somme, vous voyez ce que je veux dire : dans la recherche en lettres, les articles des revues à comité de lecture existent, mais ils ne sont pas aussi importants que les livres publiés dans les plus grandes maisons d’édition. Bien sûr, vous pouvez ouvrir n’importe quelle revue et essayer d’y voir un contre-exemple. Si vous pouvez me prouver que j’ai tort, je serai heureux de m’excuser publiquement, de reconnaître mon erreur et de vous inviter à dîner, vous et toute votre famille, dans le meilleur restaurant d’Oman !

Veuillez maintenant considérer tous les professeurs associés en langues étrangères affiliés aux universités les plus prestigieuses du monde. Ont-ils suivi une procédure similaire à celle que vous me faites subir aujourd’hui ? Non, ils en ont suivi une autre. Dans les arts et les lettres, les plus grandes réussites ont toujours été des livres de recherche, pas des articles. Ainsi, pour la promotion de vos collègues, il est nécessaire de comprendre le mot « publications » comme des livres publiés dans des presses universitaires, puis des chapitres de livres et seulement après cela des articles dans des revues à comité de lecture.

Si vous en voulez la preuve, n’hésitez pas à parcourir le site Web de n’importe quelle grande université, aux États-Unis ou ailleurs : les professeurs promus (professeurs associés) placent leurs livres en évidence sur leur page de profil, il les exhibent comme leurs principales réalisations.

Vous pouvez cliquer sur les profils ci-dessous, choisis au hasard dans cinq universités américaines différentes. Ces liens mènent aux pages d’universitaires appartenant aux domaines de recherche que nous enseignons, ici à Nizwa : arabe, beaux-arts, anglais, français et allemand :

Associate Professor in Arabic, UCR

Associate Professor in Arabic, UCLA

Associate Professor in English, Berkeley

Associate Professor in French, Berkeley

Associate Professor in German, Oxford

Associate Professors in Performing Arts, Stanford

Ma conclusion de ce trop long message est simple : demander aux candidats à la promotion un total de six articles et exclure les livres de recherche est non seulement injuste et contre-productif, mais est bel et bien préjudiciable à la qualité même du niveau académique de nos départements de lettres. En poursuivant sur cette voie, vous encouragez les jeunes enseignants à limiter leurs recherches à quelques articles au détriment d’un travail plus profond et plus marquant dans leur domaine. Vous risquez de voir vos départements remplis de professeurs de lettres qui feront proliférer des articles répétitifs tandis que vos concurrents verront fleurir les meilleures productions livresques. Vous risquez d’appauvrir nos départements plutôt que de les enrichir.

Ma recommandation est la suivante : conservez les règlementations telles qu’elles sont et comprenez-les littéralement pour ne pas faire fausse route. L’expression « six publications » ne signifie pas six articles exclusivement, mais des livres, des chapitres de livre et des articles de revues. Et enfin, pour ce qui me concerne, je suis très heureux de ne pas être promu.

Je vous prie d’agréer, chers collègues, à l’expression de ma plus sincère amitié,

Guillaume

Préférer ce livre aux guides touristiques

Mon Birkat al Mouz peut se lire comme on veut du moment qu’on reste au sultanat d’Oman. Récit scientifique, guide touristique, histoire d’amour, roman d’initiation, c’est un peu tout cela si l’on veut. Quoi qu’il en soit, c’est le seul livre d’écrivain français sur le sujet.

Jusqu’à présent, il n’y avait aucun livre littéraire en français sur ce pays. Toutes les publications disponibles sur l’Oman appartenaient au champs des sciences sociales : vous trouverez donc aisément des livres de sciences politiques, d’histoire, d’anthropologie, et des articles par centaines en biologie, en géologie et en archéologie.

N’oublions pas les guides touristiques, qui sont nombreux et qui ne sont pas à rejeter bêtement. Les guides et les manuels ont leurs qualités propres et leur intérêt, loin de moi l’idée de les snober. Ils sont même nécessaires quand on prépare un voyage de quelques semaines dans la péninsule arabique. Néanmoins, je dois préciser qu’ils sont tous traduits de l’anglais. À cette date, été 2022, aucun éditeur français n’a lancé ses propres journalistes sur les lieux, et les informations datent toutes de quelques années. À vous de voir.

Grâce à des voyageurs qui sont venus chez moi, dans l’oasis de Birkat al Mouz, j’ai pu feuilleter notamment le guide publié par Gallimard : c’est luxueux mais truffé d’erreurs et d’approximations. Il y a même des photos qui illustrent l’Oman avec des personnes habillées de vêtements appartenants aux pays voisins.

Si vous préparez un voyage en Oman courant 2022, faites plutôt confiance à mon livre.

Les seuls livres « littéraires » consacrés à ce beau pays étaient écrits en arabe et en anglais. Le plus célèbre étant bien sûr Le Désert des déserts de Wilfred Thesiger, (Arabians Sands, 1959).

En français, il ne faut pas occulter le très beau Ormuz de Jean Rolin (2013), ni les superbes récits d’Antonin Potoski, Cités en abîmes (2011) et Nager sur la frontière (2013). Malheureusement, aucun de ces livres n’est consacré entièrement à l’Oman.

Qu’on aime mon livre ou qu’on le déteste, on ne trouvera nulle part ailleurs une peinture aussi précise ni aussi colorée ni aussi foisonnante ni aussi intéressante ni aussi sentimentale du Sultanat d’Oman.

Ma rivière ne connaît pas la sècheresse

Au bord de l’Arre, Cévennes, 15 août 2022

Depuis le mois de mai, quand j’ai chaud je vais prendre une pause au bord de la rivière Arre. J’ai trouvé un coin où il y a toujours de la place pour moi et mes invités. Je ne sais par quel mystère, l’eau de l’Arre est toujours abondante et extrêmement fraîche.

L’été 2022 est pourtant particulièrement chaud, caniculaire et fait souffrir la France entière d’une sècheresse de fin du monde. Le département où nous habitons est tellement en crise qu’il nous est interdit d’arroser les jardins et les trottoirs.

Or l’eau est tellement froide qu’il me faut du temps pour baigner mon corps entier. Je n’ai jamais aimé la pratique des eaux fraîches qui consiste à se précipiter dans le bain, s’ébrouer un instant et ressortir bien vite en prétendant qu' »elle est bonne » et en se frottant d’une serviette. Ma technique est celle d’un sage chinois. J’entre centimètre après centimètre et acclimate tout mon organe à la température de l’eau.

Dans l’eau de l’Arre avec un chien

C’est la raison pour laquelle on ne voit guère qu’un chien en ma compagnie dans les eaux de l’Arre.

Il fait pourtant une chaleur à crever dans toute la région. Nous nous réveillons de nos siestes brûlants, incapables de travailler ni sur nos articles à écrire, ni sur nos travaux manuels. Seule la rivière fait baisser durablement la température de notre corps.

Salman Rushdie entre la vie et la mort

Tell a dream, lose a reader

Henry James selon Martin Amis

Dieu merci il n’a pas succombé à ses blessures, pas encore, pas cette fois-ci. Salman Rushdie a échappé à la tentative d’assassinat d’un fanatique qui pensait bien faire en poignardant un innocent. Toute ma solidarité et mes prières vont à Salman Rushdie.

L’extrême-droite peut à bon droit clamer que l’islam a encore frappé. Pourquoi ne le ferait-elle pas ? Au nom de quoi se retiendrait-elle ? Comme toujours, il y a une profonde union objective entre les pires défenseurs d’une cause et les pires adversaires de cette même cause. En l’occurrence, un islam véritable, pur et doux comme il doit l’être, adorateur d’un Dieu miséricordieux comme il est constamment répété dans le Coran, cet islam est également détesté par les fanatiques et par les ennemis de l’islam. Les musulmans, eux, accueillent chaque nouvelle d’un attentat avec le même accablement.

Le sage précaire a toujours lu Les Versets sataniques en diagonale car il n’a jamais pris un véritable plaisir à cette lecture. Une grande partie du roman consiste en des récits de rêve, or les Anglais ont un dicton qui est souvent repris par les enseignants en expression écrite : « Tell a dream, lose a reader » (« raconte un rêve, perds un lecteur. »). Martin Amis prétend dans un article que cette phrase est d’Henry James, donc ce n’est pas vrai. Cette phrase ne ressemble pas au style de Henry James. C’est probablement Martin Amis lui-même qui a dit cet apocryphe mot d’esprit, répétant ainsi ce que de nombreux lecteurs disent dans les cafés du commerce de la critique littéraire :

Ne racontez pas les rêves de vos personnages, ça gonfle tout le monde, et c’est le signe d’un manque d’inspiration évident. Bossez et tâchez d’intéresser vos lecteurs.

Pire que tout, interdisez-vous la facilité de terminer une histoire avec un personnage qui se réveille. « Tout cela n’était qu’un rêve. » C’est intolérable.

Le sage précaire

Dans Les Versets sataniques, les chapitres impairs relatent les faits et gestes de deux personnages, Gibreel Farishta et Saladin Chamcha, et les chapitres pairs sont les récits de rêves de Gibreel. Vous voyez de suite le symbolisme derrière ces prénoms de personnage :

Gibreel se prononce comme Djibril, c’est-à-dire Gabriel en arabe, l’archange qui a révélé les sourates du Coran à Mohammed.

Saladin est le nom d’un grand sultan d’Egypte du XIIe siècle, grand guerrier, victorieux des croisés francs et anglais, vainqueur de Philippe Auguste et de Richard Coeur de Lion. Le sens de Saladin, en arabe, est « rectitude de la foi ».

Sans même lire le roman de Salman Rushdie, on peut imaginer que le personnage Gibreel représente un islam spirituel, onirique, plutôt cool, alors que Saladin va osciller entre l’esprit de chevalerie et le djihadisme qui furent les grandes caractéristiques du sultan d’origine kurde qui régna sur Jérusalem. Nul doute que le romancier anglophone d’origine indienne a joué sur les nombreux effets de sens et de sous-textes qui permettent de faire entendre des échos innombrables avec l’époque contemporaine et les problématiques lancinantes que sont la religion, le racisme, les migrations, le fanatisme ou la liberté d’expression.

Or, il est tragiquement ironique que ce soit dans un chapitre qui raconte un rêve de Gibreel qu’on peut lire les passages incriminés sur un prophète nommé Mahound. Ces passages ne sont en rien blasphématoires, (et quand bien même l’eussent-ils été…), mais ils ont valu à Salman Rushdie d’être mis à mort par des leaders religieux qui font honte à l’islam et aux musulmans.

Il est ironique que ce soit la narration d’un rêve qui cause cette aberration historique. Le dicton disait « raconte un rêve, perds un lecteur ». Les fanatiques d’aujourd’hui en inventent un autre plus lugubre : « raconte un rêve, perds un auteur. »

Les extrémistes vous parlent

Sur un site que je ne nommerai pas pour ne pas faire de la publicité à un organe dont je ne suis pas en mesure de juger le degré de dangerosité ou de bêtise, je lis deux prises de paroles également délétères.

Je vous donne la première qui est présentée comme une lettre de menaces suite à une demande de recouvrement de facture :

Je ne paie pas, je me suis convertie à l’islam. La révolution arabe est là on est partout. On va vous faire cracher le sang. On va vous faire pire qu’à Samuel Paty. Vous avez vu ce qu’on a fait au stade de France. Les Kalaches sont prêtes. C’est des rivières de sang qui va couler. Vive Allah. Vive la révolution islamiste. Nous serons les maitres de la France. On va tous vous prendre ce sera pour bientôt, vive Mohamed.

Lettre non signée et non datée.

Le deuxième prise de parole est un commentaire suscité par la lecture de cette lettre de menace. Par souci d’authenticité, je laisse le texte dans l’état où il apparaît sur le site.

d’ abord en finir avec la République laïque, maçonnique , qui ne sait que faire qu’une chose:
la guerre au christianisme;
qui organise la décomposition du pays par le Grand Remplacement , le rejet des mœurs naturelles
pour les remplacer par le culte LGBTQ de Dionysos et de Vénus,
qui importe le djihad au nom des valeurs de la Licra
et nous fait des Bataclans.
Dieu et le Roi !

Cadoudal, 13 août 2022

Il faut faire un effort de l’esprit pour se convaincre qu’il existe des gens pour penser comme cela, pour écrire des choses comme cela et pour rendre publique cette logorrhée. Ces gens ont le droit de vote.

Israël et sa rengaine de l’été

Photo de cottonbro sur Pexels.com, générée quand j’ai saisi : « Summertime in Israel »

Le Monde daté d’aujourd’hui publie un reportage sur « l’enfer » des Palestiniens à Gaza et à la frontière égyptienne. Reportage assez bien écrit. Une chose est étrange cependant : Israël est à peine évoqué. On lit Le Monde avec la sensation globale que les Arabes souffrent mais qu’ils sont surtout victimes des autres Arabes. Sans vouloir pousser le bouchon trop loin, on pourrait dire que les Arabes souffrent surtout de leur manque d’organisation, leurs lacunes humanitaires et la corruption de leurs agents. Au fond, heureusement que les Israéliens occupent la Palestine, quand ils prennent les choses en main c’est quand même mieux organisé.

J’avais déjà remarqué ce procédé dans un livre qui se déroulait en Palestine occupée. De la même manière que dans ce reportage du Monde, mais sur la longueur d’un livre entier, l’auteur avait réussi à rendre les Israéliens innocents de toute injustice. Dans l’article que j’avais consacré à ce texte, j’en avais rendu compte de la manière suivante :

La présence d’Israël est ainsi montrée comme une force lointaine, implacable et étouffante, mais en définitive peu contraignante pour les chrétiens et non problématique pour le narrateur. Toute critique à son endroit est déminée par des procédés stylistiques qui permettent de la rendre inopérante

G. Thouroude, « La question délicate des relations avec l’islam », Loxias n° 65.

C’est ainsi, le colonialisme a encore de beaux jours devant lui.

Pourtant, comme le dit René Backmann dans un journal plus modéré que Le Monde, « l’apartheid israélien » est un fait, ce n’est plus un débat. Backmann fait la liste, citations à l’appui, de toutes les institutions qui déclarent que l’État d’Israël commet des crimes contre l’humanité dans sa politique de persécution des Palestiniens : Amnesty International, Human Rights Watch, l’ONU, et même B’Tselem, le centre d’information israélien sur les droits de l’homme.

Et cet été, comme tous les étés, Israël détruit consciencieusement tout ce qu’il peut détruire, avec la bénédiction de nos gouvernements européens et de nos plumitifs payés pour rappeler incessamment que tout est la faute aux musulmans. Nous soutenons un système d’apartheid reconnu hors-la-loi et raciste, tout en luttant contre Poutine et sa guerre ignoble en Ukraine. Le colonialisme d’Israël est reconnu et avéré, il se propage sous la protection bienveillante de notre gouvernement, mais ce dernier préfère lancer des polémiques et des opprobres sur des musulmans en les accusant d’antisémites.

J’ai l’impression de revivre l’été 2014, où j’écrivais des billets tristes et indignés sur ce que faisait Israël à Gaza. Relisez ce billet : je notais que BHL ne disait rien sur Gaza mais qu’il parlait d’Ukraine pour que nous allions faire la guerre à Poutine. On lui a donné satisfaction avec huit ans de retard.

Les politiciens et les intellectuels français continuent de traiter d’antisémites tous ceux qui se permettent de critiquer Israël. Michel Onfray lui-même l’a fait, ce qui montre bien la déchéance physique et mentale de cet homme que j’avais prophétisée en juin 2021. La capture d’écran que j’avais mise en illustration de ce billet disait : « L’antisionisme c’est de l’antisémitisme ». Déclaration d’Onfray pour discréditer à l’avance toute critique vis-à-vis de la criminelle avancée d’un État d’apartheid.

Ce qui se passe en Israël est plus préoccupant pour la paix dans le monde que ce qui se passe ailleurs. Plus préoccupant car contrairement à ce qui se passe en Russie, en Chine ou ailleurs, il est impossible de critiquer sans être neutralisé.

L’imam Iquioussen accusé d’homophobie

Maintenant qu’il est dans l’actualité je vous recommande de regarder une seule vidéo de l’imam français de nationalité marocaine que Gérald Darmanin veut chasser de France. Cette vidéo s’intitule « Musulman et homosexuel ? ». Il faut la regarder pour prendre conscience du contexte.

L’imam réfléchit sur la question de savoir si l’on peut être un bon musulman tout en étant homosexuel.

Écoutez l’auditoire devant lui et appréciez le talent de pédagogue de Hassan Iquioussen. Imaginez-vous une seconde à sa place, comment vous débrouilleriez-vous ?

Car il ne parle pas seul devant une caméra, savez-vous. Il s’adresse à un public qui l’a invité à venir donner une conférence. La salle interagit avec lui et sur la question de l’homosexualité il a affaire à des mecs du bled qui n’aiment pas ça du tout. On entend des voix de vieux messieurs qui protestent que c’est très mal, que c’est un péché, que l’homosexualité « détruit la société ».

Or ce que fait Monsieur Iquioussen est très fort, en ce contexte, et je vous prie d’en prendre la mesure. Il réussit à se faire entendre d’eux, de ces hommes maghrébins conservateurs sur le plan des valeurs familiales. Et il réussit à leur faire admettre qu’il faut être tolérant avec les homosexuels, qu’il faut les aimer, qu’un jour peut-être leurs enfants leur avoueront une identité sexuelle imprévue, et qu’il faudra être à la hauteur de cette religion d’amour qu’est l’islam.

Alors bien sûr, en tant que religieux, il se doit de dire clairement que l’homosexualité est un péché, et il est obligé d’insister là-dessus pour être entendu de cet auditoire. Le fait que le ministre Darmanin, que Le Figaro et Valeurs actuelles, reprennent des mots de cette introduction pour qualifier l’imam de sale arabe homophobe est indigne. Il faut avoir l’honnêteté de regarder la vidéo quelques minutes de plus pour entendre l’imam leur dire, à tous ses hommes en colère, dans les yeux, qu’ils sont eux-mêmes des pécheurs, et qu’ils ne valent pas mieux que les homosexuels.

Puis il leur impose le silence avec le sourire, avec des histoires personnelles, avec des extraits du Coran, avec des paroles prophétiques et avec des scènes épiques de l’histoire sainte. Il compare tel personnage de l’Arabie médiévale avec Rambo. Il fait feu de tout bois pour amener les musulmans à être tolérants, fraternels, miséricordieux et respectueux. Et c’est ce genre d’individu que Darmanin veut mettre à la porte ?

Regardez cette vidéo et posez-vous les questions suivantes : cet homme est-il dangereux pour la France ? Diffuse-t-il un discours de haine ? Mérite-t-il l’opprobre et l’exclusion ? Darmanin ment-il ou dit-il la vérité sur le cas Iquioussen ?

Après avoir répondu à ces questions, posez-vous cette autre série de questions subsidiaires : quel genre d’homme remplacera Hassan Iquioussen s’il part de France ? Un homme plus ouvert ou un homme plus rigoriste ? Que cherchent la droite et l’extrême-droite en ciblant des hommes comme lui ? À pacifier nos quartiers populaires ou à augmenter la tension ?

En cet été caniculaire, le gouvernement nous donne le spectacle navrant d’une provocation doublée d’un acharnement pour exaspérer les bonnes volontés et faire exploser les violences. En cet été d’incendies causés par des pompiers, Darmanin est le parfait pompier pyromane.

Faut-il défendre Hassan Iquioussen ?

J’ai regardé plusieurs vidéos de l’imam que le ministre de l’intérieur veut expulser hors de France, au motif de discours de haine contre la France et les juifs. Gérald Darmanin, ledit ministre, accuse aussi M. Iquioussen d’être homophobe et contre l’égalité entre les hommes et les femmes.

Il ressort de ces vidéos que l’imam en question est injustement accusé. Il est religieux et conservateur mais plutôt moins rétrograde que le ministre lui-même et beaucoup plus ouvert et tolérant que nos politiciens et polémistes de droite.

Le but est donc d’instrumentaliser l’islam pour faire peur aux braves gens et se faire passer pour un redresseur de tort. Darmanin, violeur de femmes et menteur public, se fait aider par la presse raciste qui cite des propos de l’imam de manière à lui faire dire ce qu’il n’a pas dit.

Alors attention braves gens. Un jour ils sont venus chercher les juifs mais vous n’avez rien dit car vous n’êtes pas juifs. Puis ils sont venus chercher les communistes mais vous n’avez rien dit car vous n’êtes pas communiste. Ils ont ensuite discrédité les feministes, les gays et les progressistes en les accusant de wokisme mais vous préférez laisser faire car vous êtes hors de tout cela. Aujourd’hui ils cherchent des musulmans au prétexte de discours de haine, et vous ne dites rien car vous n’êtes pas musulman. Quand ils viendront vous chercher, il risque de n’y avoir plus personne pour vous défendre.