Saint-Patrick à Belfast (2) : une fête pour qui, finalement ?

Au moment où j’écrivais ces lignes, une amie brésilienne revenait de la parade, organisée dans le centre-ville, par les soins de la mairie, et qui avait pour but de rendre la fête familiale et intégrée à l’ensemble de la population.

L’un des enjeux de la Saint Patrick, en Irlande du nord, est de ne pas la voir confisquée par les catholiques, alors que ces derniers, les jeunes en tout cas, tendent à lui faire prendre une dimension de revendication territoriale.

Dans les esprits, on note – et la presse locale relaie ce sentiment – qu’il y a finalement deux fêtes en Irlande du nord, la saint-Patrick pour les catholiques, le 12 juillet pour les protestants. C’est cette division que le gouvernement et le discours de la bien pensance essaie de contester, en faisant de la Saint Patrick quelque chose de plus rassembleur pour tout le monde.

Or, la parade du centre-ville s’avère très décevante et très peu fédérative. L’amie brésilienne est contente de l’avoir vue, mais il est évident, à l’entendre que cela n’a pas la puissance des événements qui prennent place dans le quartier des Holylands.

Saint-Patrick à Belfast (1) : les « Holylands »

Je rentre d’une longue promenade dans le quartier où il ne faut pas aller le jour de la Saint Patrick.

Pour beaucoup de gens de la bonne société, c’est un quartier où il ne faut jamais mettre les pieds, no matter what. Entre autres conseils, à mon arrivée dans la ville, on m’avait chaudement recommandé de ne pas y prendre un logement, malgré sa proximité avec l’université. On me disait : « C’est plein d’étudiants ».

Dans mon esprit naïf, les étudiants sont des gens qui discutent, qui draguent, qui boivent, qui font l’amour quand ils peuvent, qui lisent et écrivent. Toutes sortes d’activités qui me semblaient propices à l’exercice tempéré de la sagesse précaire.

Il n’en était rien. Il fallait décrypter les messages. Les « étudiants », pris dans le contexte, cela voulait dire des jeunes gens qui vont à la fac, mais qui se comportent comme des malfrats, qui violent des filles ivres, qui brûlent des voitures, qui jouent au sport gaélique dans la rue, au mépris des voitures et de l’ordre public.

Un ami protestant m’explique que les autres quartiers d’étudiants sont beaucoup plus calmes, mais à la question de savoir pourquoi celui-là pose problème, je reçois cette réponse énigmatique : « I don’t want to speculate. »

Quand un Nord-Irlandais dit qu’il ne veut pas « spéculer », c’est qu’il y a du conflit communautaire sous roche. On en vient vite à comprendre que ce quartier est plein de jeunes Irlandais catholiques, et que les autres quartiers d’étudiants sont plus mélangés, avec une majorité d’étudiants protestants (donc, pour caricaturer, plus proches de la bourgeoisie, plus respectueux d’un ordre qui, mutatis mutandis, travaille pour eux).

Mon ami protestant confirme : « Personne ne veut le dire, mais c’est ce que tout le monde pense, oui. » Le quartier des Holylands est un ghetto de jeunes catholiques sans parents, et le jour de la Saint-Patrick est le grand jour de liberté, de fête orgiaque et de revendication confuse de leur identité d’Irlandais.

Le faux billet

Barra est passé me rendre visite l’autre jour. Nous sommes allés voir jouer Lyon contre le Real Madrid dans un pub d’Ormeau Road, qui acceptait de diffuser ce match sur une de leur télé. D’ordinaire, les pubs ne diffusent que les matchs auxquels participent des clubs britanniques. Jusqu’à présent, c’est le « Royal bar » qui me permettait de voir Lyon, Bordeaux ou Marseille. Mais Barra, avec son accent du sud, ne pouvait pas aller dans un pub aussi unioniste que le Royal.

L’Errigle, sur Ormeau road, a l’avantage d’être mixte, du point de vue communautaire.

A la fin du match (un partout), il pleuvait. Nous prîmes un taxi pour rentrer chez moi. Le chauffeur était un républicain de la première force. Un accent très fort, un maillot vert, clamant qu’il jouait au hurling (un des sports gaéliques, faisant partie des symboles nationalistes irlandais).

Barra s’autorisa alors à poser une brève question. « Qu’est-ce que c’est que cet accent de Dublin ? » dit le chauffeur. « Et qu’est-ce qui vous prend d’habiter Roden street ? Doit pas y avoir beaucoup de Dublinois, down there… » Nous rions. Non, il n’y a pas d’Irlandais dans mon quartier, c’est vrai. Je rappelle qu’une femme de ma connaissance vient de la république, et qu’elle ne se sent pas en sécurité. « La république, dit le chauffeur, pourquoi tu dis la république ? C’est l’Irlande, point final. » Il se lança dans un réquisitoire contre la république, qui avait abandonné le nord aux Anglais, qui avait volé le drapeau de l’Irlande unie pour se l’appliquer à elle, qui n’avait cure du sort des catholiques et des républicains de l’Ulster. Barra n’en menait pas large, et préférait ne rien répondre.

Arrivé chez moi, je lui donnai un billet de 10 livres. « Donne-moi deux livres, et je te rends un billet de 5. » Ce que je fis.

Le lendemain matin, dans la supérette du coin, je voulus acheter des œufs, des haricots, du pudding et des champignons pour faire le petit déjeuner. On me refusa le billet de 5 livres. « Forgery », me dit la caissière. Contrefaçon. Le chauffeur de taxi s’était vengé des Irlandais du sud, des Français qui habitent chez les protestants, et du monde entier.

Art anglican à Belfast : The Cathedral Church of St. Anne

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Eglise Saint-Nicolas, Carrickfergus

carrickfergus-18-jan-09-030.1232475098.JPG Lire la suite « Eglise Saint-Nicolas, Carrickfergus »

Un Pachtoune au pub irlandais

J’avais promis à mon colocataire pakistanais de fêter son master au pub. Pas pour le corrompre mais pour lui faire partager un peu de la culture locale.

L’autre soir, nous sommes donc allés, selon un programme que j’avais établi, au Bittle Bar, dont les murs sont couverts de peintures. Après quoi j’ai emmené mon ami au Kelly’s Cellar, le vieux pub républicain.

Ces deux pubs font partie de ma géographie belfastoise. Mon Pakistanais ne veut pas entendre de boissons sans alcool. Il dit connaître toutes les bières de ce pays, les avoir toutes essayées. Mais comme il ne connaît pas la différence qui existe entre une Guinness, une Smithwick et une Tennent’s, je me sens dans l’obligation de le guider un peu dans ses choix. « Stout », « Ale » et « Lager », la classification des bières va du plus noir au plus clair, du plus crémeux au plus liquide. Il faut choisir en fonction de la soif du moment. Comme il n’a aucune idée de la soif qui est la sienne, je lui offre une Blue Moon, car on n’en trouvera pas si facilement dans d’autres pubs. C’est une bière américaine, dans un verre évasé, qui est un peu la boisson traditionnelle des amis avec qui je hante ce pub.

Il adore les peintures, en particulier celle du fond, la grande toile qui représente les grands écrivains buvant un verre au pub. Il me demande si je connais ces gens. Je lui donne les noms : de gauche à droite, W.B. Yeats, James Joyce, Brendan Behan, George Bernard Shaw, Oscar Wilde et Samuel Beckett. Tous, appartenant à des générations différentes, partagent le même espace, une Guinness à la main. Mon ami connaît Shaw mais aucun des autres écrivains de la toile. Cela vient de son éducation dans un collège anglophone de Peshawar, dont les professeurs ne devaient pas être à la pointe de la modernité littéraire. Il me demande si c’est un vieux tableau. « Dix ans peut-être, dis-je, peut-être quinze ». Il est très déçu. Il aime les choses anciennes. Il me demande qui sont les autres personnages, sur les autres tableaux, je lui réponds autant que je peux, légitimement fier de montrer ma culture.

Nous buvons un peu vite car nous sortons d’endroits où nous avons été mis à rude épreuve. Moi, de la salle de sport de la fac, lui de la supérette où il travaille au noir.

Il ne saisit pas tout à fait ce que représente, d’un point de vue politique, l’affichage de ces gloires irlandaises. Un message de paix est monté en épingle, avec des peintures du républicain Gerry Adams rigolant avec le pasteur Iain Pasley, mais ça n’en reste pas moins un pub nationaliste, qui célèbre l’identité irlandaise comme il le peut. Par ailleurs, il tente de lier à la fierté « irlandaise » la fierté de Belfast, avec des images de sportifs nord-irlandais, tels que Alex « Hurricane » Higgins, ou George Best. C’est donc un pub pro-irlandais qui prône l’ouverture, le dialogue, la négociation.

Nous sortons sous la neige pour aller au Kelly’s Cellar, et c’est dehors que mon Pakistanais me dit qu’il a beaucoup aimé le Bittle Bar. Il ne savait pas que de tels lieux existaient à Belfast. Ce qui le frappe le plus, c’est le fait qu’un pub puisse être envisagé comme un endroit culturel, avec des images du passé, une construction de tradition communautaire. Lui, les rares fois où il sort, son cousin l’emmène dans des clubs dans le but de trouver des filles. Et la frustation de ne pas en trouver n’a d’égal que l’ennui d’être obligé de boire du mauvais alcool, et d’être de ce fait un mauvais musulman.

Au Kelly’s Cellar, il insiste pour payer sa tournée. Ce sera deux pintes de Guinness. Le vieux pub enchante mon colocataire, qui n’a jamais été dans un établissement aussi ancien. Les plafonds sont bas, les charpentes en bois, la décoration est faite de tout un bric-à-brac de broquantes. Je lui ai montré la date de naissance de l’établissement : mille sept cent quelque chose. Il me dit, oh Guillaume, presque quatre cents ans. Il y a quatre cents ans, un homme était adossé à cette poutre en bois.

Il rêvait tout haut, et l’alcool aidant, il devenait excessivement bavard, parlant d’images qu’il avait « in the back of my head ». Il sentait revenir à la conscience des images enfouies d’un temps ancien dont il avait la nostalgie, mais qu’il n’avait jamais vécu.

Tout le long du chemin du retour, il fut extrêmement loquace. Quelque chose dans la découverte de ces pubs l’avait bouleversé. Non pas la présence de l’Irlande, ni celle de la culture. Peut-être la conscience de la durée, ou du passé. Quelque chose du passé, à quoi il se sentait appartenir. Nous passâmes devant une enfant qui dit « hi » à une passante. Mon ami répondit « hi » à la place de la passante, et me fit tout un discours sur l’innocence des enfants. Après quoi, nous dûmes presser le pas pour éviter de nous prendre une boule de neige que lançaient d’autres grands enfants, cachés dans une rue perpendiculaire.

Cathédrale anglicane : le service des 9 leçons

Fin décembre, j’ai assisté à ce service de la tradition anglicane. Les neufs leçons, c’est un pot-pourri de lectures de la bible et de chansons composées pour l’occasion, chansons que les Britanniques appellent des « Carrols ». On dit aussi les « Christmas Carrols » car c’est une façon de fêter la naissance du Christ.

C’est Jonny qui m’a parlé de cela, quelques jours auparavant. Jonny est un jeune thésard en linguistique, beau gosse et joueur de rugby. Il demande parfois, quand la semaine tire à sa fin, si les gens ont « any plans for the week-end ». C’est une façon de faire la conversation. Quand je lui ai demandé s’il avait, lui, « any plan for the week end », il m’a répondu qu’il irait à son église pour les neufs leçons. Qu’il appréciait ce rite car il y avait des cierges allumés et de la belle musique.

Le dimanche suivant, je suis donc allé dans la cathédrale anglicane de Belfast, Sainte Anne. J’avais espéré voir une communauté nombreuse et fervente, l’église était loin d’être pleine. Je m’étais attendu à des choeurs qui me ravissent l’âme, j’ai eu droit à des chansons nunuches. Mon voisin connaissait tous les chants par coeur et il chantait trop fort pour que j’entende la chorale. 

Déjà que noël me déprime, si en plus on me fait subir ce genre de supplice…

Je n’ai pas osé sortir avant la fin. En revanche, je me suis vengé sur les Irish coffee que j’ai bus après le service, dans un bar à cocktail un peu décadent.

Une conférence du sage précaire à Queen’s University Belfast

Des années après mes conférences en Chine, où l’objectif était que Monsieur Tout le monde parle à d’autres anonymes, la sagesse précaire continue de sévir en Europe.

A Nankin et à Shanghai, j’avais donné des conférences sur le postmodernisme, sur l’architecture, sur Sartre et, déjà, sur la littérature du voyage. J’avais bénéficié de l’aide déterminante d’interprètes extraordinaires, tels que ma grande blogueuse d’amie Neige, mais aussi l’impeccable Lumière de L’Aube, ou la sensuelle Xu Ning Shu. L’interprète est essentiel dans une conférence bilingue, car il peut embellir et réhausser l’intérêt de l’audience.

Or j’ai récidivé. Preuve que la sagesse précaire n’est pas morte. Elle se faufile dans des institutions de tous ordres pour professer et donner des leçons.

Fin novembre, ma conférence portait sur le récit de voyage contemporain. Cela s’est déroulé dans l’université où je fais ma thèse, à Belfast, en présence de camarades et de professeurs. Le titre était : “Ecrire le voyage dans un monde postmoderne : perspectives critiques sur un genre littéraire (dés)orienté”.

C’était un moment important pour moi et mon travail de recherche, car c’était l’occasion pour moi de partager des découvertes que j’avais faites, et aussi de transmettre un peu d’enthousiasme pour cette littérature que peu de gens connaissent.

Comme les principaux critiques anglophones des récits de voyage sont postcolonialistes, j’étais dans l’obligation de parler de ce courant de pensée. Or, comme c’est un courant très dogmatique, à la limite du sectarisme, je savais que je touchais à quelque chose de brûlant. J’avais l’ambition d’exposer ce que disaient les critiques en question, d’en souligner les apports positifs, mais aussi d’en sugnaler des limites, afin, si possible, de circonscrire une approche qui dépasse ces limites. C’était dangereux.

Pour éviter de faire une conférence ennuyeuse que personne ne comprend, au lieu de me réfugier derrière l’analyse jargonneuse d’un texte que personne n’a lu au préalable, je me suis lancé dans une présentation “parlée”. C’était construit, écrit et travaillé, mais l’apparence était celle d’une causerie, d’un cours, ou d’une improvisation. Presque rien, bien sûr, ne fut improvisé, mais la gestion du temps de parole reste un art difficile : je n’ai pas eu le temps de conclure comme j’aurais voulu. Le but n’était pas d’être parfait, ni lisse, ni impressionnant. Le but était d’attirer l’attention sur ce genre littéraire qui me plaît tant, et de montrer quelques problématiques actuelles qui existent dans le monde de la recherche.

Le jour de la présentation, je portais pour la dernière journée une moustache de Gaulois. Elle avait poussé tout le mois de novembre et je regrette que personne n’ait pris une photo de moi, en cravate, avec une carte de voyageur projetée en arrière-plan.

J’avais disposé sur la table tout un tas de bouquins reliés à mon sujet. Je pouvais les montrer à mesure que j’en parlais, comme Bernard Pivot dans une émission de télé. A la fin, on m’a dit que j’avais ressemblé à un mélange de Pivot et de Jean-Pierre Coffe, celui qui s’émerveille d’une belle tomate et qui s’énerve devant une tranche de jambon. C’était un bel hommage. C’est vrai que j’ai ce côté grande gueule et amoureux, qu’on ne prend pas au sérieux, qui agace et qui amuse en même temps.

Pour ce qui est des auteurs, j’ai évoqué Nicolas Bouvier, Michel Le Bris et son manifeste “Pour une littérature voyageuse”, François Maspero et Jean Rolin. Quant aux critiques, j’ai eu le plaisir de dévoiler en première mondiale la trouvaille du “Cercle de Liverpool”, dont j’ai parlé dans un billet récent.

Cela m’a été reproché. On ne doit pas parler de cercle, mais d’individus indépendants. C’est dommage, je trouvais que “Cercle de Liverpool” avait un côté à la fois Rock’n’Roll et footballistique extrêmement sexy. Avec ma moustache, en plus, tout cela donnait une touche Seventies du meilleur effet, genre Saint-Etienne et ses poteaux carrés, le monde ouvrier en majesté. Tant pis, j’abandonne cette jolie création ; elle n’apparaîtra pas dans ma thèse.

Une partie de l’assistance a apprécié ma présentation, et une partie s’est sentie offensée, ou gênée par mes arguments. Le désaccord de certaines personnes s’est exprimé publiquement par des regards de connivence, des grimaces, des ricanements. Peut-être ont-elles essayé de me déstabiliser, je ne sais pas. Quand on est un étranger, comme c’est mon cas, on ne comprend jamais très bien ce que font les gens autour de soi. Je ne leur en veux pas, quoi qu’il en soit, car une réaction de rejet est le prix normal à payer quand on touche à des débats actuels et conflictuels, comme la place hégémonique des études postcoloniales dans la recherche.

En revanche, j’ai beaucoup apprécié les marques de réconfort, de soutien et d’amitié que m’ont témoignées mes camarades thésards ainsi que quelques professeurs. Certains m’ont appelé le soir même, d’autres m’ont félicité les jours suivant, d’autres m’ont écrit. Ces signes de soutien m’ont réchauffé le coeur.

Edward Carson, le grand réac de mon village

Dans mon quartier, Edward Carson est évidemment un héros pour des raisons locales, pour son énergie et son talent à refuser tout compromis avec les nationalistes. Il a été infatigable dans la lutte pour une Irlande du nord « unie » à la couronne, c’est pourquoi il a dirigé des partis dits « unionistes », comme le UUP (Ulster Unionist Party) dans les années 1910.

C’est pourquoi, sur cette fresque de mon quartier, que personne n’a vue en vrai à part moi, car personne ne se promène dans mon quartier à part moi, Carson est représenté avec cette devise : « We Won’t Have Homerule » (la loi sur l’autonomie ne passera pas). La petite fresque, à côté, représente certainement les funérailles nationales de Carson, car on note souvent, à son propos, qu’il en a eu les honneurs, et que c’est sans aucun doute quelque chose d’important.

Pour le reste du monde, Carson est surtout connu pour avoir été l’avocat qui a conduit Oscar Wilde aux travaux forcés, à la misère et à l’exil. Deux grands orateurs se sont affrontés au tribunal, l’un était avocat, l’autre écrivain. L’un était conservateur, l’autre homosexuel je m’en foutiste. Les deux hommes étaient nés à Dublin et se sentaient britanniques. Carson a gagné et Wilde est allé crever, sans un sou, à Paris.

Je n’entrerai pas davantage dans le détail de sa vie politique. Non parce qu’elle ne vous intéresserait pas, cher lecteur, mais parce qu’elle ne m’intéresse pas, moi. La seule chose qui me frappe chez Carson, c’est combien son image est présente dans la ville de Belfast. C’est sans aucun doute le Dublinois le plus célébré de Belfast. Non seulement les fresques de mon quartier, ainsi que celles, plus célèbres, de Shankill road, mais surtout l’impressionnante statue de Stormont, le parlement nord irlandais.

Quel meilleur symbole de l’éloquence nord-irlandaise que cette sculpture gigantesque, à l’avant-garde du parlement, faisant face à la ville ? On ne sait trop ce qu’il faut penser de cela.

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Not Square : être jeune à Belfast

Ne me demandez pas le nom de ce style de musique. Johnny, l’autre jour, m’a parlé brillamment d’un look et d’une musique qui m’a semblé proche de cela, mais j’ai oublié le nom.

Not Square, c’est le groupe de Ricky, et Ricky est le mec cool de Belfast. Le mec le plus populaire de la jeunesse rock’n’roll d’Irlande du nord. Toutes les filles l’aiment, et tous les garçons sont ses copains. C’est lui qui joue de la basse sur ce morceau, qui ressemble un peu à Bobby Lapointe, et qui danse avec sa charmante copine, Oonagh, qui est sa plus grande fan.

Les quatre années qui viennent de passer, Ricky faisait une thèse sur Borgès et la peintre Remedios Varo. Il vient de passer sa soutenance (yesterday as a matter of fact), et il sort le premier album de Not square. C’est le week end de la jeunesse glorieuse de Belfast. Ce soir, Not Square joue dans la salle de concert de la fac. C’est la soirée de Ricky, Ricky en majesté. Et à travers lui, c’est la jeunesse branchée de Belfast qui va se refléter et qui va résonner. La jeunesse cool, la jeunesse post-industrielle, la jeunesse post-Troubles.

La jeunesse à lunettes, la jeunesse qui prétend mal danser et qui trouve ça beau, la jeunesse qui prétend s’en foutre des tensions communautaires, la jeunesse qui parle espagnol, qui travaille dans l’art contemporain et le théâtre, la jeunesse qui va boire des cafés l’après-midi, la jeunesse qui fait des études, la jeunesse surréaliste, la jeunesse qui lit Andre Breton dans le texte, la jeunesse impeccable, la jeunesse aux manières délicieuses, la jeunesse polie, la jeunesse alternative et privilégiée de Belfast.