Afrique, Chine, Iran – Errements diplomatiques

 cyrus_ii_le_grand_et_les_hebreux-fouquet.1254163872.jpgFouquet: Cyrus II libère les Hébreux

La politique étrangère de Sarkozy a connu, paraît-il, des succès. Je ne sais pas, c’est bien possible, mais ce qui me frappe, pour ma part, c’est la continuité dans l’erreur. Afrique, Chine, Iran, la France se décridibilise avec acharnement.

AFRIQUE – Le discours de Dakar, prononcé en 2007, est maintenant une archive historique et il suffit de le réécouter, même en partie, pour en être choqué. Venir en Afrique noire pour dire aux gens que « l’homme noir » n’est pas assez « entré dans l’histoire » et que c’est là « son drame », est injustifiable et témoigne, de la part de la personne qui a écrit ce discours, de ce qu’on appelle la connerie dans les bar-tabac des villes de province. L’ensemble du discours prête à rire et aura des conséquences néfastes sur notre rapport à l’Afrique pour longtemps encore. Plutôt que de se tasser, les effets vont apparaître avec le temps car le racisme y est relativement bien dissimulé derrière des citations de Senghor. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce discours est maintenant un document qui fait date dans les études postcoloniales, et l’université le prend et l’analyse comme un symptôme particulièrement parlant et radical, presque pathologique, du néocolonialisme.

CHINE – Après l’Afrique, voilà que notre président se ramasse avec les Chinois. Il parvient à se mettre à dos l’ensemble de la blogosphère chinoise, et pas seulement le gouvernement. Ses gesticulations autour des jeux olympiques n’ont donc servi strictement à rien, je crois que c’est aujourd’hui admis. Aucun dossier bilatéral n’a avancé depuis l’élection de Sarkozy. Rien de positif n’est apparu ; au contraire, on en est encore à tenter de réchauffer les relations diplomatiques pour que les Chinois reviennent à la position normale qui est la sienne, et qui consiste à signer des contrats avec la France autant qu’avec d’autres pays européens. En contrepartie d’un délabrement des relations Franco-chinoise, rien n’a bougé au niveau des droits de l’homme, des prisonniers politiques. Bref, échec total vis-à-vis d’un pays qui était pourtant bien disposé à notre égard, et qui devient, à la faveur de la crise actuelle, un acteur fondamental de la géopolitique.

IRAN – Sarkozy a sur le dossier iranien une position plus dure encore que celle des Américains. Il ne prend prend pas en compte le changement d’approche d’Obama ; il est encore sous Bush et se croit dans son bon droit en se lançant dans un bras de fer avec Téhéran. On croit rêver! A ce niveau, ce n’est plus de l’incompétence, cela ressemble à de la bêtise. Va-t-on se mettre à dos tous les pays émergents ? Je ne veux même pas entrer dans le détail de l’affaire, je veux seulement critiquer l’attitude formelle. Au niveau des formes, le président de la France ne peut pas venir dans des pays étranger et prendre de haut des gouvernements étrangers, c’est juste quelque chose qui ne se fait pas.

Et surtout, la France se décridibilise quand elle exige que l’Iran rentre dans le rang « en cessant immédiatement ces activités destabilisantes et en répondant sans délai aux demandes de la communauté internationale » (lemonde.fr avec AFP, 28 sept. 09), sans pouvoir ni vouloir passer à l’acte pour faire respecter sa demande. On appelle cela des gesticulations à contre-temps, et ça ne peut que réjouir le gouvernement de l’Iran qui voit là une démonstration inespérée de l’idée que les Occidentaux leur refusent l’indépendance.

Ce qui me choque dans ces trois dossiers, c’est l’inculture qui semble présider à tous ces mouvements. Quand Sarkozy pense Iran, à quoi pense-t-il ? Pays pauvre, musulman, anti-occidental, il pense peut-être turban, barbe blanche ? Mais quand on pense Iran, il faut d’abord penser Perse, civilisation ancestrale, culture raffinée, profondeur historique. Nous devons aller à Téhéran avec la grandeur de la Perse à l’esprit et Hérodote dans les valises. Il ne faut jamais oublier qu’à l’époque d’Hérodote, par exemple, l’Asie centrale et toute l’Egypte était sous la domination de la Perse, et que les Iraniens n’oublient pas leur grandeur passée. Nous ne pouvons avoir de bonnes relations avec l’Iran si nous ne connaissons rien de son histoire. C’est aussi important que de savoir ce qu’est devenue la sociologie du pays, sa classe moyenne, le rôle des femmes, les mouvements démographiques. Or, Sarkozy se contrefiche de tout cela.

Plus généralement, je crois qu’il faut en finir avec les effets de manche diplomatiques. Les rapports entre pays ne sont pas une affaire de décisions brutales et de rodomontades, elles sont faites d’un long travail de connaissance mutuelle, d’échanges, de frictions, de négociations, sur un temps long et patient. Avec le temps, je me désolidarise des manifestations pro-tibétaines qui ont eu lieu à Paris en mars 2008, et que j’ai un peu soutenues à une époque. Non seulement elles ne feront jamais rien avancer sur le terrain et elles blessent les Chinois , mais surtout elles enracinent des idées stupides et erronées dans l’esprit de la jeunesse occidentale. L’idée que plus on criera plus on aidera les opprimés. L’idée que le Tibet était un pays indépendant avant l’invasion chinoise des années 1950. L’idée qu’on est pur lorsqu’on traite les Chinois d’assassins. L’idée que la France est un pays qui peut exiger des choses aux autres. Là aussi, l’inculture était essentielle aux manifestations anti-chinoises. Qui, parmi les manifestants de Paris, s’étaient jamais penché sur l’histoire du Tibet ? Pour aider les Tibétains, il y a d’autres leviers, plus discrets, sur lesquels agir.

Et d’abord se cultiver sur les régions du monde qui nous intéressent. Les relations internationales ne devraient-elles pas être le lieu de la connaissance, de la recherche patiente, de la lecture et des traductions des grandes oeuvres ?

Traits chinois, lignes francophones

On pourrait croire que c’est incroyable, et pourtant c’est vrai : je suis arrivé de Chine, dans une université où une collègue était sur le point d’organiser un colloque international sur les écrivains francophones d’origine chinoise. Quand j’en parle en France, on pense que cela vient de moi, mais pas du tout. Je ne suis que le co-organisateur.

Je la connais bien, cette collègue, je la fréquentais déjà lorsque j’habitais à Dublin, avant d’aller en Chine. Puis au fil des années, elle s’est mise à se spécialiser dans ces écrivains d’origine chinoise, les François Cheng, les Shan Sa, les Dai Sijie.

Dans un restaurant chinois, elle m’invite à me joindre à elle pour organiser la chose, et nous voilà embarqués dans un colloque au contour évidemment un peu flous. Après réflexions, et aidés par des amis, nous sommes convenus d’un titre : « Traits chinois, lignes francophones« . Nous voulions jouer un peu sur l’idée de « trait » qui rappelle à la fois les idéogrammes chinois (constitués de traits), mais aussi de traits du visage et du tempérament (trait de caractère), ainsi que sur celle de « ligne » au sens des courbes d’un corps, de silhouette, mais aussi de lignes d’écriture. Bon, tout cela donne un titre un peu banal peut-être, mais qui possède assez de sens pour pouvoir être tiré dans plusieurs directions.

On se demande qui inviter comme « Guest speaker« . On a juste assez d’argent pour faire venir une personne, tous les autres participants doivent se débrouiller par leurs propres moyens. Plusieurs noms sont évoqués, plusieurs projets de lettres d’invitation écrits, puis des lettres sont envoyées, et le résultat des opérations tombe un beau matin : le grand écrivain Gao Xingjian accepte de venir à Belfast!

D’habitude, pour un colloque de ce genre, on obtient la visite d’un universitaire un peu réputé, qui a publié quelques bouquins relativement reconnus dans le milieu – et c’est justice, d’ailleurs, car c’est ainsi qu’une culture académique se forme et se développe – mais pas d’un prix Nobel de littérature! En outre, nous faisons coup double car nous aurons exceptionnellement deux « guest speakers » : l’auteur de la Montagne de l’âme, donc, et M. Zhang Yinde, professeur de littérature comparée à la Sorbonne. On peut dire qu’on a bétonné au niveau des invités.

Maintenant quels participants ? De mon côté, j’aurais aimé faire venir Neige, pour qu’elle nous parle d’internet en français, mais surtout pour que ce colloque lui soit une occasion de découvrir l’Europe, mais elle a finalement décliné l’offre, au prétexte bien compréhensible qu’elle n’avait rien à dire sur les sujets proposés. J’aurais aussi voulu que Ben vienne nous parler d’une des nombreuses problématiques liées à la Chine dans lesquelles il s’est formidablement égaré. J’attends sa proposition de conférence.

Nous avons eu des propositions intéressantes, venant d’Afrique et d’Europe, mais encore aucune venant de Chine, et je ne sais pas s’il faut s’inquiéter de cela.

Sinon, je lance ici un appel : quelqu’un serait-il disposé à venir nous parler de l’Institut Franco-Chinois ? C’était à Lyon, entre les années 20 et les années 40, la seule université chinoise basée à l’étranger. Il y a eu des thèse de doctorat soutenues, sous la direction de Marie Curie entre autres, il y a eu des peintres comme Zhang Su Hong dont Malade fièvreuse se trouve dans les réserves du musée des Beaux-Arts de Lyon. Des musiciens, des scientifiques, des hommes et des femmes.

Il y a eu aussi des écrivains comme « Jean-Baptiste » Jing Jinyu, traducteur de Romain Rolland et de Lu Xun. De retour à Shanghai, malade et désargenté, il s’est donné la mort en sautant dans la rivière Huangpu (1931).

On l’aura compris, je serais très peiné que le colloque ait lieu sur des écrivains et des artistes connus, et que rien ne se dise sur ces pionniers chinois qui étaient venus en France dès les années 1910. Je suis sûr que des chercheurs travaillent sur ce sujet, et seraient heureux de venir à Belfast, mais comment les trouver ?

Nankin en douce, les livres

Dans la suite des projets de livres qui traversent mon imagination, j’en ai vu arriver un qui m’a paru grandiose. Un récit croisé de la vie à Nankin (Chine) aujourd’hui et des débuts de la république chinoise, à Nankin eux aussi. Pour le dire autrement, et pour pasticher l’auteur dont je parle dans le billet précédent, je présenterais les choses ainsi :

Le projet vaste et confus d’écrire l’histoire de la république chinoise du point de vue du lac des Nuages Pourpres, ou pour le dire autrement, ce qui reviendrait au même sous l’angle de la confusion et de l’amplitude, de parler du lac des Nuages Pourpres du point de vue présumé du père de la république Dr. Sun Yat Sen.

Cela fait plusieurs fois que des idées de livres, basés sur mes écrits bloguesques et sur ce que je n’avais pas encore écrit, m’apparaissent comme des épiphanies. Une fois, j’avais inventé un plan digne de James Joyce extrêmement ambitieux et, avec le recul, assez faisable pour quelqu’un qui n’aurait pas trop de problème de concentration. Chaque chapitre était construit autour d’une femme, un quartier de la ville, une couleur, un art, etc., ainsi que Joyce l’a fait  pour les chapitres de Ulysses. J’en fis aussitôt la critique.

Un peu plus tard, je songeai à une structure hiératique qui n’aurait consisté qu’en des noms de femmes. Chaque chapitre eût été sous la domination tonale et affective d’une femme, ce qui était fidèle à l’impression laissée en moi par la ville de Nankin. Féminine, sensuelle, intellectuelle, inspirante, nourrissante, douce au contact, Nankin garde dans ma mémoire cette image de femme peu fardée mais qui sait marcher avec élégance.

Or je ne sais pas quelle lecture m’a donné l’envie de faire un autre livre. Soit La Clôture dont je viens de pasticher le début, soit un livre de Lacarrière, soit le dernier Blas de Roblès, soit encore Julien Gracq dont je feuillette inlassablement le tome 2 de ses oeuvres en Pléiade. Je le ressens ainsi, l’une de ces quatre lectures, ou la méditation de l’une de ces lectures, dans le jardin de Tullyquilly, m’a présentée comme une évidence ce nouveau projet.

Nankin étant devenue la capitale de la Chine républicaine, elle regorge de lieux très significatifs pour l’histoire de la Chine. Surtout pour cette période trouble qui s’étend de la chute de l’Empire (1911) à la proclamation de la république populaire (1949). N’oublions pas que c’est parce que Nankin était la capitale du pays (pour la sixième fois de son histoire) que les Japonais se sont livrés à leur fameux massacre, en 1937. D’ailleurs, pour revenir à la notion de féminité, ne dit-on pas en anglais The rape of Nanjing pour désigner ce massacre ?

Quelques lieux fondamentaux de cette période auraient articulé le récit :

Le Palais du Président, où les souvenirs de Sun Yat-Sen sont poignants. Petit bureau charmant, modeste, avec vue sur un mur blanc : métaphore presque trop belle pour être vraie de la véritable puissance qu’avait alors le président. Son action se heurtait à un mur, ainsi que sa perception du pays. Tout lui échappait, et la Chine était en folie pure. Albert Londres le dira, dix ans plus tard, ce pays est si incompréhensible que c’en est hilarant : « aller en Chine, dit-il en substance, c’est comme manger du haschich », car il est impossible de rien comprendre. Tous les régimes cohabitent, la république et son président, mais aussi un empereur, ainsi que des seigneur locaux. Bref c’est l’anarchie, et c’est dans cet affaiblissement de l’unité nationale que les Ouïghours et les Tibétains prennent leur distance avec le pouvoir central. Les Ouïghours déclarent l’indépendance du Turkestan oriental, et les Tibétains ne déclarent rien du tout car ils sont plus ou moins autonomes de toute façon.

C’était un de mes endroits préférés de Nankin. J’y allais souvent. C’est ici, dans les beaux jardins du Palais du Président, que j’ai emmené Mimique et Xu Ning Shu, pour faire des vidéos sur les hommes et les femmes. Et aussi sur l’eau et les pierres.

Le Mémorial Zhongshan Ling, que je n’ai jamais beaucoup aimé, mais qui est un must touristique pour les visiteurs chinois. C’est là que repose Sun Yat-Sen et c’est là qu’on vient se souvenir de lui, tout en haut d’un des sommets des montagnes Pourpres et Or, à l’ouest de la ville.

J’y suis allé avec des écrivains dont le hasard fait que c’était des écrivains que j’apprécie tout particulièrement : Pierrette Fleutiaux, Philippe Forest et Bi Feyu. Cela nous ramènerait à la rencontre ratée des écrivains franco-chinois : un événement d’envergure où un nombre impressionnant d’écrivains français et chinois ont pu se voir et échanger à l’alliance française, grâce à l’entregent et le dynamisme de Myriam, la directrice de l’époque. L’événement culturel était réussi mis la rencontre, en tant que rencontre, était ratée. 

La littérature étant à l’honneur, ce chapitre parlera du poète Zhu Zhu et l’aubergine, ainsi que du passage chez ce même poète avec Petite Biche, lorsque nous pédalions en amoureux en direction du temple bouddhique de Qi Xia Shan.

Le Lac des Nuages Pourpres, qui est vraiment un des centres les plus intenses de ma vie à Nankin. Un centre à l’extérieur de la ville, mais un centre quand même. Si je pouvais je n’écrirais que sur cela. Le lac de mes amours, de mes découvertes, de mes émerveillements. Mon paradis caché, ma passion territorial. Le cri des gens qu’on y entend. Le lieu sur lequel j’ai essayé mainte fois d’écrire, cherchant les mots pour dire l’émotion que j’y trouvais.

Avant d’être un lac où l’on se baigne, c’était un réservoir creusé dans les années 1930 pour approvisionner d’eau la ville. C’est donc un lieu républicain par excellence, c’est-à-dire fait par des techniciens et pour le bien commun. Il faudrait mettre cela en rapport aux autres projets d’ingéniérie qui avaient lieu à l’époque, comme les canaux, les irrigations, les ponts, tout ce que Pierre-Etienne Will étudie au collège de France ces temps-ci.

Le musée du massacre de Nankin. Je n’ai presque rien écrit sur ce musée, tellement je n’avais rien à en dire de plus que ce que tout le monde en sait. J’avais tort, car personne ne sait rien de ce musée, hormis les gens qui viennent à Nankin.

1937, les Japonais décident de mettre la Chine à genoux. Massacre sans précédent dans la « capitale du sud », abandonnée par les autorités au pouvoir, qui sont allés se réfugier à Chongqing dans le sud du pays.

Le livre pourrait se terminer par cet événement, car pour être honnête, je ne connais pas bien le quartier où le musée est situé. C’est un quartier où il n’y a pas grand chose, ni à voir ni à faire. Des quatre lieux symboliques de cette période de l’histoire, c’est le seul qu’il me serait nécessaire de revoir, et d’investir personnellement, par des promenades, des rencontres et des aventures.

En y pensant un peu, je suis certain qu’on trouverait de nombreux autres témoins de la période républicaine, dans la musique, les bâtiments comme ceux des concessions étrangères, des éléments d’urbanisme comme le fameux croisement de Xinjiekou, créé vers 1919 je crois, et toujours considéré aujourd’hui comme un centre vital de la vie économique de la ville.

Bref, il y aurait mille choses à dire et à tisser dans ce beau récit un peu moite, un peu mélancolique, et qui pourrait soutenir une réflexion sur la difficile démocratisation d’un pays comme la Chine.

Kouchner dans le Yoghourt en plein Xinjiang

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Je ne savais pas que notre ministre des choses de l’ailleurs pouvait à ce point n’avoir rien à dire. D’abord, il confond Ouïghour et Yoghourt, ce qui va rester dans les annales de l’histoire et fera poiler nos enfants qui, eux, en sauront plus sur l’Asie. Il parle de Yoghourt sans même que la journaliste le reprenne. Mais outre ce gag, je suis frappé de ce qu’il n’ait rien à apporter en terme d’analyse.

« C’est une province disputée » ; « J’espère que les affrontements cesseront » ; « Ce sont des musulmans, les Yoghourts » ; « Il faut que tout cela cesse, bien entendu, et que cela s’apaise » ; « C’est un grand pays la Chine »…

Brisons-là. Quand on se met à dire, les yeux dans le vague : « C’est un grand pays la Chine », c’est qu’on a touché le fond de toute analyse possible.

Les violences du Xinjiang vues depuis la France et les Antilles

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Xinjiang, touristes « hans » au lac Tian Shan.

Les émeutes et les violences inouïes qui ont lieu en ce moment dans la région du Xinjiang étaient on ne peut plus prévisibles. Elles ne doivent pas étonner, mais elles ne doivent pas être uniquement interprétées comme l’expression d’un peuple opprimé par un régime sans pitié. Au contraire, je propose d’éclairer l’événement sous une lumière familière, pour nous rendre tous ces Chinois plus proches. Que sont les Ouïghours, sinon des Antillais qui se sentent exaspérés d’être français sans être tout à fait français, de se sentir exclus, dépréciés, et sans identité claire car sans pays indépendant, et coupé des autres peuples antillais autour d’eux ?

Il suffirait que la récession continue, et que les difficultés économiques s’éternisent, et ce n’est pas seulement à des problème sociaux que nous ferons face, mais à une remise en cause de l’unité même de la république française. C’est à la faveur d’une crise économique profonde que les Antillais – entre autres – pourraient revivifier un mouvement d’indépendance digne de ce nom.

La Chine, de son côté, fait face à un défi social absolument gigantesque, incomparable avec ce que vit la France, et aucun régime, aucun gouvernement, fût-il démocratique, ne pourrait éviter que des violences éclatent.

Des centaines de millions de pauvres, voilà ce que ce pays doit gérer. Lorsque l’économie tourne à plein régime, lorsque la croissance est à deux chiffres, tout le monde trouve au moins un peu d’espoir de s’en sortir, mais lorsque la croissance tombe à un seul chiffre, disons 6 ou 7%, l’économie ne génère plus assez d’emplois et, soudain, ce sont des millions de personnes qui se retrouvent sans rien et dans le désespoir. C’est assez pour créer des désastres humains. Dans la classe moyenne, les choses deviennent plus dures, cela se voyait déjà en 2007/2008, mais on accepte son sort, et on serre les dents. Mais pour tous ceux qui n’avaient presque rien, c’était le retour dans la misère ; ceci est inacceptable et génère de la violence.

Le mécanisme décrit ci-dessus n’a rien à voir avec le fait que le régime de Pékin soit démocratique ou non. Les violences du Xinjiang ont, certes, à voir avec des problématiques ethniques et territoriales, mais pas plus que les manifestations qui ont eu lieu en Guadeloupe il y a quelques mois.

Chez nous, dans nos « colonies » à nous, il y a eu moins de morts, voire pas de mort du tout. Réjouissons-nous de cela. Mais retenons-nous de donner des leçons aux autres.

xinjiang-cimetiere-kazakh.1247049964.JPGXinjiang, cimetière kazakh.

Destin géographique de mon Ouïghour

Le Ouïghour de mon roman est né près de Turfan, dans le désert de Taklamakan, dans l’ouest de la Chine. Turfan est une oasis à côté de laquelle se trouve un village entièrement consacré à la culture du raisin, Putaogou, la vallée du raisin. Il est né dans les années 1980. Ainsi, mon roman n’aura pas à traiter de la révolution culturelle.

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Dans ce village, pas un Chinois Han, mais seulement des Ouïghours, avec leur architecture traditionnelle, leurs écoles, leurs mosquées. Tous les professeurs, même le professeur de mandarin, sont ouïghours. Les seuls Chinois que l’on voit sont ceux qui passent pour encaisser les loyers, les impôts, ce sont les administratifs.

Mon Ouïghour grandira là, puis il ira à la ville, d’abord Turfan, puis la capitale provinciale, Urumqi. Il n’aimera pas Urumqi, alors il ira, pour une raison que je ne connais pas encore, dans le nord de la province, les montagnes de l’Altai. Près du lac Hanasi, très loin de tout, à la frontière avec la Russie, la Montgolie et le Kazakhstan. Il voudrait faire quelque chose sur la crête qui fait frontière entre ces trois pays. Les cartes, à cet égard, sont fascinantes : un segment minuscule, presque un point, d’où partent en étoile les frontières de quatre pays si différents les uns des autres.

À cet endroit du monde, les cartes de Google Earth ne sont plus des photos satellite, mais des peintures, sans noms, sans habitations, sans rien que le blanc de la neige, le vert des pâturages, le brun de la terre et le bleu des lacs.

Là, il sympathisera d’abord avec d’autres minorités chinoises, des Kazakh, des Kirghizes, des Mongoles, et il saura entrer en relation avec les Occidentaux en visite dans la région. Touristes égarés, mais surtout biologistes, ingénieurs hydrographes, spécialistes de la faune et de la flore venus ici pour des projets de recherche, des observations de toutes sortes. Mon Ouïghour saura apprendre très vite les rudiments d’anglais, et il sera très avide de rencontres.

Il séduira une chercheuse allemande, ou américaine, ou française. Il en séduira plusieurs car, let’s face it, mon Ouïghour est extrêmement charmant. Il a les yeux noirs très perçants, de grands yeux très bien dessinés qui inspirent confiance. Au début, les étrangers lui sont un moyen de subsistance, mais assez vite, il comprend qu’en approfondissant le contact, il peut obtenir beaucoup de ces gens-là. S’ils sont vos amis, ils peuvent vous faire quitter le pays, aller dans des pays lointain, devenir quelqu’un, voyager, que sais-je. Mon Ouïghour n’a pas d’ambition sociale très nette, mais il est rêveur.

Grâce à une femme scientifique qui est tombée amoureuse de lui et qui croit en son potentiel humain et intellectuel, il obtiendra des bourses, d’abord pour aller à l’université de Pékin, puis pour aller en France. En France, il comprendra que c’est en retournant en Chine avec une identité de Français qu’il pourra avoir une vie libre et, disons, stendhalienne.

Trentenaire, il retourne en Chine en prétendant qu’il est Français quand cela l’arrange. Avec les femmes chinoises, ça l’arrange.

Il retournera dans le Xinjiang dans les années 2010, et ce ne sera pas brillant.

Le roman d’un Ouïghour

Les émeutes d’Urumqi me rappellent le roman que je voulais écrire sur l’histoire d’un Ouïghour.

Les Ouïghours sont musulmans et ils ont une apparence européenne, disons turque. Quand on est brun et qu’on parle mal, voire très mal le chinois, on peut prétendre en être un, et ça passe. Non que les Ouïghours ignorent le mandarin, mais il est vrai qu’ils sont nombreux à ne pas le parler correctement. Lors de mon voyage dans cette province de l’ouest, je me souviens d’une oasis près de Turfan où très peu de gens étaient capables de communiquer en chinois.

Il m’est arrivé d’être pris pour un Ouïghour, l’année dernière, et c’est un grand souvenir. Dans un taxi, en compagnie d’une femme chère à mon coeur, nous nous lançâmes dans un jeu dont j’ai oublié l’origine. Le chauffeur posait des questions sur moi à mon amie, qui lui faisait croire que j’étais originaire du Xinjiang. Il y a cru sans aucun problème à ma grande surprise. Il me posait des questions auxquelles je répondais mollement. Mon amie, elle, était enchantée, car pour une fois, elle ne passait pas pour une de ces Chinoises qui sortent avec un étranger. J’étais un Chinois, comme eux, mais d’une minorité lointaine.

Nous avons continué ce petit jeu, et cela m’a ouvert des perspectives fictionnelles à perte de vue. J’imaginais que notre mensonge était vrai et l’histoire s’écoulait très naturellement entre mon amie et moi. Nous nous racontions l’histoire de ce garçon chinois musulman qui finit par se promener main dans la main avec une Chinoise. Je demandais à mon amie si elle pouvait envisager une histoire d’amour avec un Ouïghour, à quoi elle répondit oui sur le principe mais qu’elle n’aimait pas leur odeur. La question de l’odeur est en fait vite réglée, car elle avoua très vite que les étrangers en général puaient trop fort pour elle, et qu’elle faisait un écart à ses principe pour moi…

Nous visitions Xian et sa région, à ce moment-là, une ville célèbre dont les Chinois disent qu’elle est à l’ouest (comme son nom l’indique), alors qu’en réalité elle est au centre géographique du pays. Nous visitions des mosquées, et il y avait de nombreux musulmans autour de nous, dans la ville. Que l’on me prenne, moi, pour un Ouïghour, ne laissait pas de m’émerveiller, car eux-mêmes, les musulmans de Xian, ne me prenaient en aucun cas pour l’un des leurs.

Curieux de voir si l’attitude des Chinois à mon égard allait changer, j’ai gardé mon rôle plus d’une journée entière. C’était facile : le Ouïghour que j’incarnais était en fait très acculturé à l’Europe car, après avoir passé son enfance à Turfan, et avoir rencontré des étrangers dans les montagnes de l’Altaï, il avai obtenu une bourse qui lui avait permis de faire des études en France.

Dans les faits, rien ne changea. On me traita avec le même respect, la même politesse. On s’intéressa plus à moi, certes, mais la curiosité n’était pas si grande qu’on aurait pu le penser. L’idée qu’un Ouïghour s’occidentalise et revienne en Chine, bardé de diplômes mais parlant un mandarin désastreux, et au bras d’une Chinoise han avec qui il communiquait en anglais, tout cela n’avait rien d’incroyable à l’homme de la rue.

Parfait, me suis-je dit, un vrai roman réaliste s’ouvre à moi.

Les 20 ans de Tienanmen et le blocage des blogs

Nous sommes en plein anniversaire des grandes manifestations de la place Tienanmen. Elles ont eu lieu entre le 15 avril et le 4 juin 1989, il y a exactement 20 ans.


Ce dont nous nous souvenons, nous qui étions assez vieux pour voir la télévision, ce sont les chars que Pékin a envoyés sur les étudiants. Aujourd’hui les étudiants ne sont au courant que de quelques détails et le régime de Pékin a réussi à faire oublier Tienanmen, ou du moins à dégonfler tellement son contenu que les jeunes de 25 ans connaissent à peine  l’existence de troubles dans les années 80. Ils ne parlent pas de manifestations, et ignorent tout du massacre ; dans leurs livres d’histoire, seuls quelques mots rappellent qu’il y a eu des désordres et que Deng Xiaoping a su remettre de l’ordre dans le pays.
Comme je l’écrivais lorsque j’enseignais en Chine, il fallait du temps pour qu’un titre de journal comme « Les enfants de Tienanmen » soit compris. Le mot de Tienanmen ne leur faisait pas penser aux massacres de 1989. L’article du Monde faisait le portrait de Hu Jia et sa femme, aujourd’hui en prison et sous résidence surveillée. Les étudiants de Shanghai acceptaient sans problème que nous parlions de ces choses, mais ça ne résonnait pas très fort dans leur conscience, je dois l’avouer.


C’est peut-être une question de terminologie. Le pouvoir des mots est essentiel et beaucoup dépend de ceux avec lesquels nous racontons l’histoire. Pour « Tienanmen 1989 », faut-il parler de « massacres », de « manifestations », d’ « événements », de « viols » ? Là encore, je parlais de ces questions de vocabulaire en 2006, lorsque j’habitais et enseignais en Chine. Je précise cela car je tiens à rappeler que je jouissais d’une liberté de parole totale, dans mes classes et sur mes blogs. J’étais peut-être surveillé, mes paroles étaient peut-être rapportées aux réunions des étudiants du Parti, on me l’a fait comprendre plusieurs fois, mais je n’ai jamais eu besoin de faire de l’autocensure. Ou plutôt : j’ai toujours lutté contre la tentation de l’autocensure qui est présente partout chez ceux qui travaillent en Chine.
 Après un premier blog qui cherchait à décrire une image douce de la Chine, j’ai monté un deuxième blog qui était beaucoup plus politisé et qui essayait d’aborder frontalement les questions qui fâchent, mais sans chercher à insulter. « Méditer 89 », par exemple, était un billet qui avait pour but de remettre les événements de Tienanmen au coeur d’une réflexion sur l’histoire en général. Je cite de nombreux billets que j’ai mis en ligne pour montrer qu’on peut parler de ces choses avec les Chinois, mais qu’il faut constamment réfléchir sur la manière d’aborder ces sujets. Cela n’empêche pas que mon blog a été bloqué plusieurs fois. Pas le mien seul, mais tous ceux qui appartenaient à over-blog.com. C’est pourquoi j’en ai monté un autre sur lemonde.fr.

Or aujourd’hui, ce sont les blogs de blogspot qui sont bloqués, et ce, probablement, jusqu’à la fin des commémorations des « événements » de Tienanmen. Cela touche Neige et son Pays de Neige, qui ne peut plus être approvisionné. Même chose pour le blog d’Olivier David qui, lui, a monté un nouveau blog sur lemonde.fr.

Pour la Chine, il nous reste les toujours incontournables blogs de Cai Chongguo, Ebolavir et Silouane.

« Les funérailles de Mona Lisa », ou Yan Pei-Ming au Louvre

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Quand le musée du Louvre propose à des artistes contemporains d’élaborer un prolongement à une œuvre de sa collection, le Chinois Yan Pei-Ming relève le défi avec le tableau le plus célèbre du musée, donc du monde : La Joconde. Mais comment traiter de Mona Lisa ? Il a décidé de la faire mourir, et d’organiser ses funérailles.

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Pour ce faire, non seulement il reproduit la fameuse image dans des dimensions gigantesques et dans des couleurs grises légèrement bleutées, mais il va en faire un retable. De part et d’autre de la belle Italienne, deux tableaux continuent le paysage de La Joconde, comme on peut le voir en particulier avec le bras d’eau qui passe derrière la tête de Mona Lisa, et qui se poursuit sur le tableau de droite. Et comme on le voit, plus généralement, en suivant des yeux la ligne d’horizon.

Ses paysages sont jonchés de têtes de mort, comme dans la vieille tradition baroque des Vanités. Yan Pei-Ming, né à Shanghai en 1961, et formé à la peinture monumentale à la chinoise, n’a aucun complexe avec la tradition occidentale. Il la prend à bras le corps et en fait ses propres interprétations. Retable médiéval, portrait Renaissance, Vanité baroque, l’artiste contemporain reprend toute l’histoire de l’art à son compte dans son style reconnaissable.

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Quand on entre dans la salle, les toiles sont éclairées de telle sorte qu’on a l’impression d’être en présence de « toiles multumédia », comme si les toiles diffusaient de la lumière. On s’éloigne alors, et c’est avec la distance qu’on perçoit le jeu sur les paysages. De près, on croit être devant des peintures abstraites, sauf Mona Lisa elle-même qu’on reconnaît.

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Quelle éthique pour l’étranger ?

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Je n’ai pas évoqué les assassinats qui ont eu lieu le mois dernier à Belfast. Vous vous en souvenez peut-être, deux militaires britanniques ont été tués par le « Real IRA », une organisation dont je ne sais rien, mais dont les médias officiels disent qu’elle n’est constituée que de pauvres malfrats en mal d’aventure et sans projets, sans réelle coordination. 

Je n’en ai pas parlé car je ne voulais pas heurter des sensibilités. Quand on est étranger, on a une sorte de devoir de réserve : parler de politique locale, c’est mal vécu par certains autochtones, c’était déjà vrai en Chine, et c’est certainement vrai en France. Mais on ne peut pourtant pas se taire éternellement. On ne peut pas vivre à Belfast et ne parler que des jolies montagnes, des jolis châteaux et des jolies filles. Même un étranger qui ne s’intéresse pas à la politique sera invité à aller visiter les Murals les plus présentables. Un autre étranger qui aime flâner en ville, verra d’autres fresques murales, moins touristiques et extrêmement violentes. En arrivant ici, en août, j’avais été frappé par la violence qui s’exprimait sur les murs et dans certains éléments urbains, dans des quartiers qui pourtant semblaient paisibles. J’en avais fait un petit billet pessimiste qui n’a pas été très bien reçu, pour cette raison qu’un étranger devrait plutôt la fermer. C’est assez sain, comme réaction, je ne me plains pas. Mais un étranger a aussi ce rôle à tenir, d’être un voyageur candide, et qui voit les choses d’un oeil neuf. 

Alors de quoi faut-il parler, et comment ? Ce sont les deux questions que je me pose sans cesse. C’est un sujet qui dépasse de loin le seul cas de Belfast. Tous ceux qui vivent à l’étranger et qui éprouvent le désir légitime d’exprimer ce qu’ils ressentent sont contraints au même examen de conscience.

Mes amis chinois qui passent quelques mois en France sont dans le même cas. En règle générale, ils détestent. J’ai rencontré trois étudiantes l’autre jour lors d’un dîner à Paris, elles sont formelles sur un point : plus jamais la France, qui est idéale pour faire du tourisme, mais un enfer lorsqu’il s’agit d’y vivre. Une autre amie chinoise a créé sur Facebook un album photo sur son séjour d’un mois à Paris : dix images sinistres ; des affiches, des files d’attentes, un métro, une boutique vieillotte, des enfants derrière des grilles, etc. ; on a le sentiment d’un voyage traumatisant. Je lui demande depuis des mois d’écrire un récit de voyage, mais elle n’en a pas le temps, et peut-être pas l’envie.

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Si j’étais éditeur – mais que ne suis-je éditeur ? – je ferais une collection de petits récits de voyage écrits par des migrants, des étudiants et des chercheurs qui sont profondément déçus par la France. Pour ceux qui n’écrivent pas, j’embaucherais des gens pour leur faire raconter leurs périples et les retranscrire. Cette collection serait le première au monde et serait très utile pour les recherches sur la littérature des voyages.

C’est toute la question de l’éthique de l’étranger. Il n’est pas là pour critiquer, son récit nous ennuie s’il est essentiellement critique et négatif (sauf pour des chefs d’oeuvre comme Le poisson-scorpion de Nicolas Bouvier, qui est une magnifique descente en enfer, et qui donne de l’île de Ceylan une image tellement horrible qu’elle en devient fascinante et attirante). L’étranger n’a pas à être élogieux non plus. Alors que doit-il dire, publiquement s’entend ?

Si l’on répond à cette question par : « ne rien dire de négatif, pour ne blesser personne », alors il n’est plus question d’éthique mais de morale étroite ou de bonnes manières érigées en principe de vie. Je dis que l’étranger fait face à un problème éthique, c’est-à-dire qu’il doit éprouver la difficulté de la vie avec les autres : trouver l’équilibre entre la franchise qui permet une vraie communication avec autrui, et le savoir-vivre qui en évite les écueils. L’étranger ne veut pas blesser ses hôtes, mais il ne veut pas atrophier son regard ni sa parole. Il veut respecter se hôtes au point de leur dire la vérité de ses perceptions. Il doit d’autant moins réprimer sa parole que c’est elle qui sera le plus utile aux autochtones. Pour critiquer la France, Montesquieu n’a pas trouvé mieux que d’imaginer un Persan regarder nos moeurs avec l’oeil neuf et naïf de l’étranger. Aujourd’hui, nous devrions lire et écouter les Chinois vivant à Paris.