Ocean Bar, Dublin

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Donnant sur le bassin du Grand Canal, le bar était pionnier dans ce quartier. Il est bien placé, mais l’intérieur n’a ni les avantages de la modernité ni le charme des vieux endroits.

Un homme qui ressemble à Hugh Grant vient retrouver son vieux copain le serveur. Le serveur est irlandais, peut-être un des propriétaires, et prétend qu’il est très busy alors que le pub est vide. Hugh Grant est un étranger, peut-être allemand, nordique en tout cas, ayant cette chaleur humaine que les Irlandais trouvent intrusive. Je me dis qu’il doit bien s’emmerder dans la vie, Hugh Grant, pour avoir comme compagnon de Friday night un barman qui nettoie le bar en lui parlant de son boulot.

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Un autre étranger entre, habillé d’une chemise à carreaux. Il semble avoir plus d’atomes crochus avec le barman, être moins lourd dans son affection, moins dans le besoin d’amitié. Hugh Grant, lui, se trouve mis de côté. Quand le mec à la chemise à carreaux s’éloigne, Hugh Grant essaie de renouer avec le barman, qui lui fait répéter tout ce qu’il dit, comme si son anglais n’était pas clair. Il répète ses phrases, mais le barman se détourne avant la fin. Hugh Grant réagit en payant une tournée. Quinze euros pour trois pintes.

Fenton et les langues

Il me dit que je devrais traduire mes textes en anglais. « Tu fais quelques erreurs que font les étrangers mais à part ça tu parles couramment. Les étrangers font quelques erreurs par arrogance. »

Moi si je vivais en France, dit Fenton, je regarderais les films de Depardieu, écouterais comment il dit « suce ma bite », et je répèterais, jusqu’à ce que je parle parfaitement le français. Mais les étrangers ne font pas ça, ils résistent à l’anglais correct parce qu’ils tiennent à leurs erreurs. C’est l’arrogance des étrangers, ça rejoint ce que je te disais tout à l’heure sur leur invasion de Dublin. »

L’aide mémoire de Fintan

Fintan sortait de chez Tom pour aller fumer chez lui, et pour boire quelques canettes de bière. A chacune de ses réapparitions, il était un peu plus bourré, un peu plus bavard, un peu moins attentionné. Nous ne l’écoutions guère.

Je m’étonnais du fait qu’il sortait de sa poche un bout de papier, constamment, et le remettait dans sa poche. Il parla des affiches artistiques qui parsemaient la ville de Dublin, en contrepoint des affiches électorales des prochaines élections générales du mois de mars. 

Fintan parla aussi du cinéma Rotonda, ainsi que d’un chanteur, possiblement français, dénommé Red.

Il parlait, il parlait, pendant que j’écrivais sur mon ordinateur portable, et que Tom lisait son magazine mensuel préféré, Mojo. Fintan parlait sans cesser de sortir de sa poche son bout de papier, et de le remettre dans sa poche. 

Mais il parlait dans le vide car il avait perdu le Mojo, il n’avait pas la grâce.

Plus tard dans la soirée, il me montra son bout de papier. Il y était écrit les sujets de conversation qu’il voulait passer en revue avec Tom.

Je déchiffrais :

Art posters

– Rotunda cinema

Red

etc.

Je n’en croyais pas mes yeux. J’avais écrit autrefois une nouvelle intitulée « Le carnet de conversation ». C’était l’histoire d’un pauvre homme qui, pour surmonter son émotion devant les femmes, avait mis au point un carnet qui lui permettait de divertir son interlocutrice en passant logiquement d’un sujet à un autre. Mon histoire se passait à Dublin, à quelques rue de là où nous étions.

Et je voyais devant moi Fintan devenir l’incarnation du personnage de ma nouvelle.

Tom, Fenton et les étrangers

Un soir chez Tom, à Dublin. La veille, Fenton n’était pas apparu car il errait dans la ville et la boisson. Mais ce soir, il est venu chez Tom pour raconter quelques histoires.

J’en profite pour demander à Tom et Fenton à quel âge ils ont vu une personne noire de peau pour la première fois. Je voulais le savoir car j’avais écrit une histoire sur des matches de football entre Irlandais et immigrés. Nous savons que l’Irlande est une terre d’immigration depuis les années 1990. Mais je voulais en savoir plus sur le ressenti de quelqu’un comme Tom, grandi dans les années 60 à la campagne dans l’ouest, étudiant dans les années 80 dans la ville de Limerick.

Fenton est né à Londres, donc il a vu des gens du monde entier dès le plus jeune âge. Tom, en revanche, a rencontré un Noir dans la ville de Limerick, dans une institution religieuse, où il fut logé avec sa classe. L’homme d’origine africaine, était un prêtre et travaillait dans le gîte. C’était dans les années 70. Tom avait dix-sept ans et ça l’a beaucoup marqué. Tous les jeunes se poussaient du coude et le pointaient du doigt. C’était un véritable événement.

Fenton rigola et m’expliqua ce qu’il en était à ses yeux. L’Irlande est passée rapidement d’un état homogène à une situation d’invasion. Il utilise des mots comme « flooded » (inondé). Des étrangers partout dans les rues, et des étrangers outrageusement arrogants. Ils veulent écraser les Irlandais. Bientôt un parti nazi viendra et emportera la mise.

Tom dit qu’en 1996, il partit de Dublin, vécut à Prague. Quand il revint en 1998, tout avait changé, la ville avait été « inondée » d’étrangers.

Dublin et l’éditrice parisienne

L’autre jour, un ami a fait la rencontre d’une jeune femme, qu’il a qualifiée de « sensuelle », et qui se trouve être éditrice dans une des grandes maisons d’édition parisienne. Comme la jeune femme a avoué un penchant pour la littérature du voyage, mon ami lui a parlé de moi et lui a demandé l’autorisation de me communiquer son adresse électronique.

Moi, tout de go, j’écris à la femme sensuelle pour lui exposer les projets de récits de voyage que j’ai dans la manche, et elle me répond.

Des différents projets, celui qui touche l’Irlande attire son attention. Elle dit que si je parviens à « trouver le ton, le style qui convient à ce récit », il pourrait s’agir là d’ « un sujet passionnant, un livre passionnant ». Un projet qu’elle aimerait beaucoup « suivre ». Je n’en dirai pas davantage pour éviter qu’on me pique mes idées « passionnantes ».

La jeune femme sensuelle me demande cinquante pages, et comment lui refuser quoi que ce soit ?

Alors je profite d’être dans une des meilleures bibliothèques du monde pour remettre à jour, toiletter et réécrire les pages sur Dublin que j’avais écrites il y a cinq ans. J’en écris de nouvelles car Dublin a profondément changé de visage, et c’est ce visage dont j’essaie de dresser le portrait.

L’ennui est que j’ai beaucoup trop de pages. Ce n’est pas cinquante que je peux envoyer, c’est deux ou trois cents. J’éprouve le plaisir cruel de celui qui coupe, qui élimine et efface. Allez, tout ce qui n’est pas assez rempli de vie, à la poubelle. Pour les beaux yeux d’une femme sensuelle que je ne connais pas.

Irlande en grève 2010 : les prophéties de Daria

 ireland-protest-nov-20102.1290885421.jpgPhoto Irish Times

Il a fallu du temps pour que les Irlandais renouent avec la combativité qui leur était coutumière dans les siècles passés. Aujourd’hui samedi 27 novembre 2010, des dizaines de milliers de personnes manifestent à Dublin contre les plans d’austérité qui affectent leur vie quotidienne, leur emploi et leur avenir.

On parlait du « Tigre celtique » pour évoquer les boom économique des années 1990-2000, il faut maintenant trouver un autre animal, mais, espérons-le, un animal qui rugit toujours et grognera longtemps.

Ce retour à la morosité économique qui touche l’Irlande me rappelle mes premières semaines à Dublin, à la fin des années 90. J’avais rencontré Daria, une Irlandaise francophone que j’aimais beaucoup et avec qui je passais beaucoup de temps au pub. J’étais émerveillé par les conversations que nous avions au Mulligan’s, dans une petite rue entre la Liffey et Trinity College. Près d’un feu de tourbe, dans une odeur de vieux bois mouillé, le Mulligan’s n’appartenait pas au Celtic Tiger mais à un Dublin plus lointain, plus obscur, où les écrivains inventaient une façon mi-ouvrière mi paysanne de parler du temps et des sentiments contrariés.

Nous parlions de littérature avec cette jeune femme dont le français me bluffait littéralement. Je la faisais parler sur l’Irlande qui, je ne sais pourquoi, me fascinait. J’entendais dire des choses qui m’intéressaient, jusqu’à ce qu’un jour elle fasse une prophétie qui me plaise infiniment. Je ne sais plus de quoi nous parlions, et elle m’a dit : « Non, mais on va redevenir pauvres, de toute façon. On n’est pas habitués à être riche, ça ne va pas durer ».

J’avais adoré entendre cela. Non que j’aimais l’idée d’une Irlande pauvre, mais je me réjouissais de côtoyer une femme au pessimisme rigolard, qui buvait des pintes de Guinness sans complexe et qui répondait si bien aux images que j’avais en tête de l’Irlande éternelle. Elle incarna soudain, à mes yeux embués, le pays dont j’avais rêvé dans les livres, celui des rires et des ivresses sans espoir. J’étais si enthousiaste d’avoir entendu cette prophétie que je l’ai écrite dans toutes les lettres que j’envoyais à mes amis.

« Hier soir, dans un pub sombre et humidement chaleureux, une Irlandaise à la chevelure frisée m’a tenu le plus extraordinaire langage… » 

Je me disais que c’était la fameuse « loi de Murphy », celle qui explique que si les choses peuvent foirer, elles foireront. Le pessimisme était musique à mes oreilles. C’était la voix de Beckett, celle qui me parlait profondément, à moi qui venais d’être à la fois viré de mon travail, et quitté par mon amoureuse.

Alors aujourd’hui, dans les manifestations, des gens portent des pancartes qui appellent à revenir à la monnaie irlandaise d’avant l’euro : le punt. Le punt, c’était l’argent que j’utilisais pour payer les pintes de Guinness au Mulligan’s, alors ça me rappelle de bons souvenirs. 

Les explications à ce qui se passe viennent de toute part. Les étrangers disent que les banques sont responsables, mais que les Irlandais étaient devenus fous, à acheter des maisons comme si c’était des cadeaux de noël. Daria, elle, ne donnait pas d’explication, elle disait que la pauvreté reviendrait par n’importe quel moyen.

Moi, je peux témoigner que les Irlandais de mon âge, à part Tom, Fentan et, dans une moindre mesure Barra, avaient intégré dans leur vie quotidienne que les banques pouvaient prêter sans arrêt, et qu’il était absurde, frileux et contre-productif de vivre en bon gestionnaire. S’endetter, spéculer, emprunter et hypothéquer, vivre à découvert était un signe d’adaptation au monde réel, donc d’intelligence.

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En même temps, il ne faut rien regretter. C’était chouette, ces deux décennies de bulle, c’était la Californie pour pas cher, on y croyait, on portait des T-shirt en plein hiver, on était les rois du pétrole. Ca n’arrive pas tout le temps, il y a des peuples qui n’ont jamais connu une telle euphorie, alors on aurait été cons de ne pas en profiter au maximum.

Remember Fontenoy

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Souvenons-nous de ces milliers d’Irlandais qui, au fil des temps, se sont battus dans les rangs de l’armée de France. Loyaux sujets de Jacques II, ils l’ont suivi dans son exil hexagonal et ont formé les importants « Régiments irlandais ».

Le 11 mai 1745, sur les terres de l’actuel Belgique, les Français ont affronté la coalition de l’Angleterre, de l’Autriche et de la Hollande. A Fontenoy, grosse boucherie des familles. Les Irlandais, cachés dans la forêt de Bary, foncent alors sur les Anglais, et seront cruciaux dans la victoire finale de la France.

battle_of_fontenoy.1277234319.pngLouis XV rend hommage à Maurice de Saxe, vainqueur de Fontenoy (peinture de Pierre Lenfant)

Après, le cri de Remember Fontenoy est devenu un cri de ralliement pour les Irlandais par la suite. On sait comment les symboles se constituent et évoluent : les nationalistes irlandais l’ont réutilisé jusqu’en 1916, où le soulèvement de Dublin a donné de nouveaux héros et un nouvel imaginaire.

On a entendu Remember Fontenoy jusqu’en Amérique du nord, lors de la guerre d’indépendance. C’est dire si cette bataille a symbolisé la lutte et l’esprit de sacrifice pour la liberté.

J’ai appris tout cela dans un musée très intéressant, à Dublin. Près de la gare Heuston, le musée des arts décoratifs et d’histoire. Une salle entière est consacrée à ces Irlandais de France.

Moi, je me sers de ce cri d’appel avec mes amis dublinois quand ils me disent que, par nature, les Irlandais sont des gens pacifiques qui ne se mêlent pas de politique.

Une pinte gratuite contre la France

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Le pub « The Oval » offre une boisson à tout le monde le soir où la France se fera éliminer. Je conseille donc à tous les lecteurs d’aller à Dublin mardi soir, où, selon toute probabilité, la fin des Bleus en coupe du monde devrait être officialisée.

J’y étais samedi midi, avec Tom, pour suivre la rencontre Japon-Hollande. En mangeant mes frites et mes saucisses, j’admirais les posters anti-français qui montraient Thierry Henry en pleine action, avec la mention « BARRED » en travers, pour signifier que le tricheur n’était pas le bienvenu dans ce pub.

Plus tard, j’ai regretté de n’avoir pas volé un de ces posters. Tom m’a promis qu’il en demanderait un aux patrons.

Tom, l’ange gardien de Fintan

Tom est certainement un solitaire, un célibataire dans l’âme, mais son usage de la solitude est telle que son réseau d’amis est riche. Il a une capacité d’endurance avec les emmerdeurs qui me fascine. 

Son ami Fintan, par exemple, est aussi sensationnel que pénible. Plein de charme, de gentillesse et d’un humour dévastateur, il est l’incarnation du mec dont il faut se débarrasser à tout prix. Envahissant et sans notion des distances, il demande toujours quelque chose à quelqu’un. Au fil des années, Tom lui a prêté une somme d’argent absolument colossal. Fintan remboursait par à-coups. Tom recevait de temps en temps une lettre avec un billet de vingt livres, ou de vingt euros.

Fintan est excessif en tout, et n’a pas de capacité à se restreindre, mais il fait rire Tom, et pour cela, Tom lui pardonne tout. Il dit que les inconvénients causés par Fintan ne sont que le prix à payer pour tant de divertissement.

C’est pourquoi Fintan, après avoir tenté de devenir comique professionnel en Angleterre et en Amérique (où il n’a jamais mis les pieds), puis coiffeur à Limerick, a décidé de s’installer à Dublin, dans le même immeuble que Tom. D’abord à l’étage en dessous, puis, dès que ce fut possible, sur le même palier.

Le but de cet arrangement est un échange de bons procédés. Fintan divertit Tom avec ses histoires invraisemblables et sa faconde irrépressible, et Tom gère la consommation d’alcool et de drogue de Fintan. Ce dernier ne peut se passer de fumer des joints et de boire, au moins un peu tous les jours. Tout arrêter le rend trop malheureux, et seul, il dépasse les limites, ce qui le rend encore plus malheureux. Tom est donc son agent de sécurité, son principe de réalité. Il accepte de garder chez lui bouteilles et joints, papier à rouler et tire-bouchon. Il accepte de se faire passer pour médecin-barman.

En grand comédien, Fintan fait jouer à Tom un rôle de sage autoritaire et ferme. Ils négocient les doses et les états limite. C’est un jeu de fous, une pièce de boulevard catastrophique de sages précaires, qui n’a d’autre fin que d’empêcher à Fintan de sombrer. Chaque jour où il n’a pas dépassé les bornes est une victoire de Fintan sur lui-même.

L’autre soir, alors que je passais un week-end à Dublin, Tom et moi revenions d’une soirée au théâtre et au pub avec d’autres amis. Il était deux heures du matin. Fintan n’était pas couché et vint s’imposer chez Tom pour faire son show. Il était complètement ivre et savait qu’il n’obtiendrait rien. 

Tom sur le canapé, moi sur une chaise, nous riions et applaudissions à ses blagues. Au milieu de son stand up comedy, il me poussait à demander du vin, moi qui avais déjà bu plusieurs Guinness. Il disait en se secouant de rire : « Come on, Tom! What we need is a glass of wine, don’t be a jerk. » Il prétendait qu’il était si content de me revoir, après tant d’années, qu’il fallait célébrer nos retrouvailles. Moi, franchement, j’avais assez bu, assez ri, assez entendu de conneries, et j’étais prêt à dormir.

Fintan avait beau dire que j’avais bonne mine, que j’avais vraiment l’air d’un mec heureux de vivre, que la chemise de Tom était trop belle, que la vie de Tom était fucking perfect malgré les nombreux défauts qu’il lui trouvait, nous tînmes bon et il finit par s’endormir quelque part chez lui, peut-être même dans son lit.

Le nomade en Irlande

 199cafe_en_seine.1272368404.jpg« Café en Seine », Dublin (Photo Wikipedia)

Le nomade se distingue du grand voyageur banal en ceci qu’il retourne toujours aux mêmes endroits. Il n’est pas un Globe trotter qui, fatalement, revient toujours chez lui pour préparer un nouveau voyage. Au contraire, il est un pasteur qui va de source en source, un berger qui chemine de pâturage en pâturage, sans avoir de lieu familier propre, où il se sent plus chez lui qu’ailleurs.

Il se distingue aussi du vagabond qui erre ça et là. Il y a de l’ordre dans les déplacements du nomade, même s’il apparaît parfois seulement a posteriori.

C’est pourquoi le nomade peut revoir Dublin à plusieurs époques de sa vie. Plusieurs époques de sa vie à lui et de sa vie à elle, à Dublin elle-même. Le peu que je sais de la capitale irlandaise est suffisant pour avoir un regard quasiment historique sur elle.

J’y suis allé la première fois en 1998, il y a plus de dix ans. Puis j’y ai vécu jusqu’en 2004. Depuis j’y retourne presque chaque année, car c’est un de mes pâturages. Je m’y sens autant chez moi que dans la bonne ville de Lyon où je suis né.

Avec le temps, on voit des choses qu’on ne peut pas voir lorsqu’on est un banal grand voyageur. On voit comment une nation se donne des images, des repères, des symboles. J’aime infiniment regarder les strates d’histoire qui cohabitent une même ville.

Comme l’Irlande a connu une période de grande excitation, avec le Celtic Tiger, un boom économique qui a passablement bouleversé les attitudes et les villes, le sentiment historique se renforce pour le nomade des années 2010.

Déjà, les écrivains invité au Festival franco-irlandais 2010, festival tenu au Château de Dublin en avril, parlent de cette période comme d’une chose ancienne. Il paraît que les pubs et les boîtes de nuit à la mode il y a encore deux ou trois ans sont devenus déserts aujourd’hui. Il paraît que le fameux Café en Seine n’a plus la cote, ce qui me désole, moi qui aime les atmosphères décadentes et sophistiquées. J’aimais boire de la Guinness dans des lieux où les talons aiguilles côtoyaient les sacs à dos.